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32

Author: 15210689748
"publish date: " 2021-06-25 20:35:31
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Caroline arrive comme elle l’avait annoncé. Nous n’avons rien prévu de spécial, mais le réfrigérateur est plein de petites choses pouvant agrémenter un apéritif dînatoire. Après nous avoir salués, la reporter se dirige aussitôt vers la chambre d’amis et enchaîne par un passage par la salle de bains. Maud et moi attendons avec impatience les « choses louches » qu’elle a à nous apprendre. Sauf que Sarah est avec nous, notre curiosité va donc devoir se contenir un moment, car nous souhaitons au possible éviter d’aborder ce sujet en sa présence.

Caroline sort de sa douche seulement vêtue d’un short et d’un débardeur.

— Tu es en mode vacances, l’accueille Maud.

— En mode week-end à la campagne, lui répond-elle. Et j’espère qu’il va faire beau, parce que comme tu le vois, j’ai besoin de bronzer.

Elle arbore une jolie paire de jambes, longues et fines, mais qui font pâle figure à côté de celles dorées de Maud.

Nous nous installons tous les quatre autour de la table basse où nous venons de disposer un assortiment de crudités, de gâteaux et de sauces. Sarah adore les apéritifs dînatoires, alors elle reste un moment avec nous. Puis après quelques verres de jus de fruits consommés et les gâteaux terminés, elle se lasse de l’ambiance et nous quitte pour aller visionner un dessin animé à l’étage.

Caroline sait qu’on évite de parler de l’accident devant Sarah, alors c’est aussitôt le départ de la fillette qu’elle aborde le sujet :

— Bon, je ne sais pas si ça expliquera les rêves de Sarah, commence-t-elle, mais il y a un truc à découvrir.

— Qu’est-ce que tu veux dire ? s’intéresse Maud, intriguée.

— Vous avez vu la réaction de Fabre, il paraissait furieux lorsque j’ai parlé de l’accident. Car il ne faut pas se leurrer, il a tout de suite fait le rapprochement en entendant les noms d’Eléanore et Célia Weiss. Donc mon avis est qu’il y a un traumatisme derrière tout ça.

— Un traumatisme, répété-je, pour lui ?

— Oui. Pourtant il n’y était pas, il n’est arrivé qu’après. Mais je pense que ça a été, et ça l’est encore à mon avis, très difficile pour sa femme et sa fille.

— Qu’est-ce qui te fait dire ça ? l’interroge Maud. Seulement sa réaction ?

— Non, justement. Et c’est ce dont je veux vous parler.

Nous fixons Caroline, qui prend son temps pour bien peser ce qu’elle va nous dévoiler.

— J’ai parlé de cet accident avec d’autres personnes, des personnalités politiques, dont certains de premier plan. Les proches du candidat Fabre, ils noient le truc. Soit ils font semblant de ne pas être au courant, soit ils disent que c’est une vieille affaire et que c’est d’ordre privé dans la mesure où cela concerne Madame Fabre. Admettons… Sauf que quand j’ai interrogé des personnes d’autres camps, là c’était différent… Bon, certains n’étaient pas au courant de l’accident ou ne s’en souvenaient plus, mais d’autres s’en rappelaient très bien et en ont soulevé quelques interrogations…

— Quel genre ? demandé-je.

— Ils m’ont dit que Madame Fabre et sa fille ne s’étaient plus montrées depuis le drame.

Je la regarde avec de grands yeux et Maud intervient :

— Depuis deux ans ?

— Oui. Alors attention, certains ont contredit ces informations, disant que Madame Fabre avait seulement pris du recul sur la vie politique de son mari et que ça n’avait rien à voir avec l’accident. Du coup, j’ai mené ma petite enquête.

Je profite de son répit pour remplir les verres, Caroline boit une gorgée puis reprend :

— Elise a été déscolarisée, elle suit maintenant des cours à domicile. J’ai vérifié, et en effet, elle est bien inscrite et a une professeure qui vient lui faire son éducation. Ça ne se passe pas loin d’ici, dans leur manoir.

— Il est à une trentaine de kilomètres, précisé-je.

— Oui, ils y passaient justement leurs vacances l’été où il y a eu l’accident. Eh bien, il semblerait qu’après ça, Madame Fabre et sa fille y soient restées et ne soient pas retournées dans leur appartement parisien.

— C’est étonnant ? demandé-je.

— Plutôt, oui. Après, c’était peut-être prévu, je ne sais pas… mais je trouve la coïncidence surprenante.

— Et tu dis que certains ont contredit ces affirmations, s’exclame Maud.

— Oui, certains disent que c’est faux, qu’ils ont vu Phanélie et Elise Fabre depuis, et qu’elles ne se cloîtrent pas dans leur manoir de campagne. Sauf que je n’ai rien trouvé, ni photo ni aucune vidéo où elles apparaissent. C’est simple, la dernière trace que j’ai trouvée, c’est leur bref passage à l’hôpital suite à l’accident.

— Elles y étaient toutes les deux ? demandé-je. Qu’est-ce que tu as trouvé à ce sujet ?

— Je sais qu’elles y sont passées toutes les deux, oui. Ce sont les pompiers qui ont emmené Phanélie Fabre, sa fille est repartie dans la voiture du ministre, qui l’a emmenée là-bas avant de la ramener chez lui deux heures plus tard. J’ai eu vent des résultats, sans pouvoir obtenir le document médical, et il semblerait que Madame Fabre souffrait d’un léger traumatisme cérébral, de plusieurs hématomes, mais surtout d’un trouble dû au choc émotionnel. Elle serait restée inconsciente un moment avant d’être conduite aux urgences. Et d’après ce que je sais, elle est ressortie après moins de deux jours d’hospitalisation, avec un suivi infirmier à domicile.

— Et c’est suspect ? l’interroge Maud.

— Non. C’est court, néanmoins fréquent pour les personnes publiques. Elles préfèrent un suivi médical à domicile, cela offre une meilleure discrétion et diminue les risques de fuites dans la presse par le personnel hospitalier.

— Et Elise, rien ?

— Un gros hématome, et il a été noté « quelques incohérences dues à la frayeur provoquée par l’accident ».

— Quel genre d’incohérences ? demandé-je.

— Je n’en sais rien, rien de plus n’a été signalé. Mais pour en revenir à ce qui est très suspect, vous devez le savoir, la famille Fabre est réputée pour être très croyante. Frédéric Fabre est un politique qui défend ardemment les valeurs de l’Église et n’hésitait jamais à se montrer en famille lors de messes ou autres événements religieux. Et si j’utilise l’imparfait, c’est que depuis deux ans, sur les seuls clichés de lui dans un endroit sacré, il est seul. Ni sa femme ni sa fille n’ont été vues dans une église depuis l’accident. Donc à moins qu’elles aient perdu leur foi lors du choc, je trouve cela très bizarre.

Alors que je réfléchis à toutes ces annonces, Caroline ne me laisse pas le temps de faire le tri et ajoute :

— Autre chose, les hommes politiques ont pour habitude de communiquer leurs lieux de villégiatures au début de l’été… Eh bien depuis deux ans, il n’y a que le manoir de stipulé.

— Et ce n’était pas le cas avant ? demandé-je.

— Il l’était également, mais en plus de quelques voyages. Alors que maintenant, ses seuls voyages sont d’ordre professionnel. Je vous le dis, il cache un truc.

— Et tu peux en savoir davantage ?

— Pour moi ce sera compliqué, car je suis journaliste et qu’il s’agit là de la sphère privée… Par contre, pour toi, ça me paraît jouable.

— Pour moi ?

— Oui, tu ne les as jamais contactés ?

— Non.

— Mais ce ne serait pas choquant que tu le fasses, je trouverais même la démarche naturelle. Ta femme et ta fille se trouvaient dans l’autre voiture, tu es en période de reconstruction, tu cherches à connaître certains détails concernant l’accident…

— Je ne suis pas certaine que ce soit une bonne idée, intervient Maud.

— OK, répliqué-je, je vais les contacter.

Caroline saisit son téléphone laissé sur la table basse, sa façon hâtive de le faire stimule notre intérêt.

— J’appelle un collègue, nous dévoile-t-elle en remarquant qu’on l’observe.

Elle se lève et se dirige vers la cuisine. Elle n’est qu’au niveau de la porte lorsqu’elle commence à parler, elle se positionne dos au mur, restant dans notre champ d’écoute et de vision. Maud et moi tendons l’oreille. Caroline réclame un numéro de téléphone, elle donne une adresse que nous devinons être celle du manoir des Fabre.

Elle continue à parler, pas assez fort pour nous permettre d’entendre distinctement. Elle semble négocier l’information. Puis sans qu’on ait senti arriver la fin de l’échange, Caroline raccroche et nous rejoint sur le canapé.

— Un collègue va m’envoyer le numéro de téléphone du manoir, cela te permettra de les appeler pour tenter d’obtenir une entrevue.

— C’est un homme politique qui te donne l’info ? demande Maud.

— Non, un collègue journaliste. Et ça devrait aller assez vite, les numéros de fixe sont assez simples à récupérer.

— Il n’avait pas l’air d’être d’accord, dis-je, tu semblais négocier.

— Non, pas du tout. Au boulot, on a l’obligation de faire circuler librement les informations, donc il n’a pas le choix. Il me mettait juste en garde et me rappelait les limites de mes droits ; nous nous interdisons de nous servir du cercle privé des personnes publiques pour obtenir des renseignements. Seulement là, ce n’est pas moi qui vais les appeler et ce n’est pas dans le but d’un article de presse. Donc je lui ai dit que je connaissais les limites et qu’il n’avait pas à s’inquiéter.

— Il risque des problèmes ?

— Non, il n’est pas mon supérieur et je suis censé connaître mes droits et limites, donc si je viens à violer ces dernières, je serai tenue pour seule responsable.

Elle marque un temps d’arrêt avant de reprendre :

— Sinon…

Sarah fait son apparition au sommet des escaliers et Caroline se tait. La petite dévale les marches à toute vitesse. Elle vient près de nous, les yeux parcourant la surface de la table et paraît déçue de ne rien trouver de nouveau.

— Tu as encore faim, ma chérie ? l’interroge Maud.

Elle répond non de la tête, avant de demander :

— Le dessin animé est terminé, est-ce que je peux en regarder un autre ?

Sa maman consulte sa montre, comme pour se donner bonne conscience, car je sais que ni elle ni moi n’avons envie de prendre les dix minutes nécessaires pour aller la coucher de suite, trop impatients que nous sommes d’avoir la suite des infos de la journaliste.

— Un dernier.

Sarah décroche un large sourire et disparaît aussi vite qu’elle est arrivée. Caroline se tourne vers nous et reprend :

— J’ai fouiné un peu sur les raisons de l’accident, j’ai cherché à savoir s’il y avait un discours officieux en plus de l’officiel.

— De quoi parles-tu, exactement ? demande Maud.

— De savoir s’il s’agissait bien d’un accident.

— Et donc ? m’impatienté-je.

— Je n’ai pas trouvé d’élément contradictoire. Soit tous les gendarmes présents sur les lieux étaient corrompus, soit le discours officiel était véridique. Et je pencherais plus pour cette dernière hypothèse. Nous sommes en France, on ne fait pas facilement mentir six agents des forces de l’ordre sans qu’aucun ne revienne par la suite sur ses déclarations.

— Et tu as quand même obtenu des précisions ? la questionne Maud.

— Rien de nouveau. La voiture de la femme d’Adam s’est déportée sur la voie de gauche et elle roulait à une vitesse légèrement supérieure à la limitation. Si l’accident est intentionnel, c’est du fait de Célia. Sauf qu’avec sa fille de 8 ans à l’arrière, c’est peu crédible. Et des peupliers bordent cette route, donc si ça avait été un désir de suicide, elle aurait probablement choisi de s’encastrer dans un arbre plutôt que de faire d’autres victimes.

— Elle n’était pas suicidaire, interviens-je, et elle n’aurait jamais intentionnellement risqué la vie d’autres personnes, et encore moins celle d’Eléanore.

— Donc la thèse de l’accident, celle qui a été retenue, reste la seule évidente.

— Elle se serait endormie, c’est ça ? demande Maud.

— Ou plutôt un moment d’inattention, dis-je.

— Oui c’est ce qu’ont pensé les agents sur place. Elle se serait retournée pour parler à Eléanore et se serait involontairement déportée sur l’autre voie.

— Adam, s’exclame Maud, le premier cauchemar qu’avait fait Sarah, celui que tu m’as raconté…

— Il confirmerait cette version, confirmé-je sans lui laisser le temps de terminer sa phrase. C’était Eléanore criant à Célia de faire attention à la voiture qui arrivait en face. Enfin c’est comme cela que je l’ai interprété.

— C’est une putain d’histoire bizarre quand même, s’exclame Caroline, tellement bizarre qu’aucun journal n’accepterait mon article si je voulais parler de cette affaire.

— Nous sommes bien d’accord que tout cela reste entre nous ? lui rappelé-je.

— Oui, je disais ça comme ça, ne t’inquiète pas. Je ne compte pas en parler plus que nécessaire.

— Plus que nécessaire ?

— Comme ce que tu as vu à la télé, j’ai été juste assez vague pour faire réagir Fabre. Mais je ne vais pas en faire un article et je ne ferai de toute manière rien sans en avoir discuté avec toi auparavant.

*

Le numéro n’arrive pas aussi vite que l’espérait Caroline, et ce n’est que le lendemain matin qu’elle nous annonce l’avoir reçu. Nous attendons la fin du petit-déjeuner pour appeler. Il est 10 heures tout juste passées, nous sommes dans la cuisine lorsque je compose le numéro.

« Oui », répond une voix masculine. Je me surprends à ressentir tout à coup du stress à l’idée qu’il puisse s’agir de notre ancien Premier ministre, ce n’est pourtant pas un homme que je trouve impressionnant ni que j’estime particulièrement.

— Bonjour, dis-je après un moment d’hésitation, j’aimerais parler à Madame Fabre.

— D’accord, qui dois-je annoncer ?

— Adam Weiss.

Ma voix me paraît revenir à la normale, mon ton est plus sûr. Et c’est au tour de mon interlocuteur de marquer un temps d’hésitation.

— Je… Madame Fabre est sortie.

— Quand pourrai-je la joindre ? demandé-je aussitôt.

— Madame est en voyage, elle pourrait ne pas revenir avant un long moment.

— Avant un long moment, répété-je, alors peut-être pourrais-je parler à Monsieur Fabre ?

Je comprends à sa façon de dire « madame », qu’il doit être un employé de maison.

— Ce n’est pas possible, Monsieur, au revoir Monsieur.

Puis il raccroche, sans me laisser le temps d’ajouter quoi que ce soit. Face à moi, les filles qui ont suivi tout l’échange grâce au haut-parleur sont éberluées.

— Vraiment bizarre, s’exclame finalement Maud.

— En tout cas, déclaré-je, on sait maintenant qu’elle est là-bas.

— Ça, ce n’est pas évident.

— Si, intervient Caroline, l’homme était prêt à lui passer avant qu’Adam ne se présente. Ce qui veut dire qu’il connaît Adam, et qu’il est donc au courant de l’affaire.

— Et qu’est-ce que ça cacherait ?

— Je n’en sais rien, et peut-être même que ça ne cache rien.

— Peut-être ne souhaite-t-elle simplement pas reparler de cette histoire ? proposé-je.

— C’est ce que j’allais dire, sauf que tu vois, de t’entendre le prononcer, j’ai mon côté avocate du diable qui se pointe et je me dis que si c’est la seule raison, l’homme aurait très bien pu le dire au lieu d’inventer une histoire. Il aurait pu dire un truc du genre « Madame Fabre est encore choquée, elle ne se sent pas capable d’aborder le sujet de l’accident », et voilà ! Mais non, il a eu besoin de raconter qu’elle était partie en voyage, alors que juste avant il demandait qui il devait annoncer… Va falloir ruser pour la rencontrer.

— Et comment comptes-tu t’y prendre ? s’informe Maud.

— Pour le moment, je n’en ai aucune idée.

Nous restons silencieux, jusqu’à ce que Maud reprenne la parole :

— En tout cas, j’ai le sentiment que lorsqu’il a dit qu’elle pourrait ne pas revenir avant un long moment, il paraissait sincère et troublé.

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Sans Elles   Remerciements

RemerciementsNous y voilà, le fameux moment des remerciements.Alors je vais commencer par Eva, mon épouse, tu as lu Sans Elles, l’as relu, puis relu... Je sais qu’il s’agit pour le moment de ton préféré et j’espère réussir à t’en écrire un prochain que tu préfèreras encore.À Julia, tu me lis et me corriges depuis maintenant des années. Il est toujours difficile de se corriger soi-même et tu m’as encore une fois été d’une grande aide avec Sans Elles. Ton avis m’est toujours extrêmement précieux.À ma petite sœur Melody, pour ta participation dans la dernière lecture et à tes messages qui font chaud au cœur.À Ophé, sans toi ce roman ne serait probablement pas édité chez Inceptio. Tu as encore une fois su me convaincre.À Lysiah, encore une très jolie couverture à ton actif !À toute la family Inceptio, pour les superbes moments que nous passons ensemble.Puis à vous, lectrices et lecteurs. Merci de me suivre ou de me découvrir dans mes aventures littéraires. J’espère q

Sans Elles   41

41Plusieurs jours passèrent avant que toute l’affaire ne soit rendue publique. Ils ne furent pas si simples que je l’espérais. Eléanore pleurant celle qui avait été sa mère de substitution durant deux longues années, ainsi que Célia, sa maman, comme si elle ne découvrait qu’aujourd’hui qu’elle était réellement morte dans l’accident.C’est difficile de la voir souffrir. J’aimerais qu’elle soit toujours heureuse, au moins autant que je le suis de la retrouver. Seulement elle pleure sa mère comme je l’ai fait ces dernières années. Alors que c’est ensemble que nous aurions dû surmonter cette épreuve, je ne peux maintenant que compatir et la soutenir.Nous avons attendu quelques jours avant de faire revenir Sarah, et même après cela, il nous faut la tempérer afin qu’elle laisse Eléanore respirer et retrouver peu à peu une vie normale. Mais les voir jouer ensemble me fait fondre sur place. Maud suit cela avec distance, elle sait disparaître pour me laisser seul avec ma fille et apparaî

Sans Elles   40

40Nous arrivons devant le grand portail en fer forgé.— Et maintenant ? demande Maud.— On fonce, répond Caroline.C’est aussi l’idée que j’ai en tête. Les filles s’agrippent tandis que j’enfonce de toutes mes forces la pédale d’accélérateur. La voiture s’immobilise après avoir repoussé de seulement quelques centimètres les lourdes portes de métal et Maud se cogne violemment la tête contre le tableau de bord.— Continue ! crie-t-elle alors que du sang lui coule déjà d’une narine.Je l’écoute et enclenche la marche arrière. C’est à la troisième tentative que les articulations du portail cèdent enfin.Je stoppe la voiture devant la grande entrée et descends sans prendre le temps d’arrêter le moteur. Je cours jusqu’à la porte et la pousse, elle n’est pas verrouillée. Un homme se trouve là, dans le hall. Ce n’est pas Monsieur Fabre, j’en conclus qu’il doit s’agir de Christophe Mercier. Je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche qu’il déclare en m’indiquant l

Sans Elles   39

39Je laisse un message sur le répondeur de Maud pendant le trajet où je lui explique mes sérieux doutes suite à la déclaration de la femme de ménage. C’est quelques minutes plus tard que je vois qu’elle essaie de me rappeler, seulement j’arrive à la gendarmerie. Je la rappellerai.À mon entrée, je réclame aussitôt le commandant Vail. On me demande la raison et je réponds que j’ai une question urgente à lui poser. C’est le jeune homme de la dernière fois et il me reconnaît, aussi il n’insiste pas et s’en va prévenir son supérieur. Cette fois-ci, le commandant vient en personne à l’accueil.— En quoi puis-je vous aider ? me demande-t-il après les salutations d’usage.— Je voudrais faire appel à vos souvenirs concernant l’accident.Le gendarme paraît gêné, puis hésite quelques secondes, avant de m’inviter à le suivre.La porte de son bureau refermée derrière moi, il s’exclame :— Ne me faites pas regretter de vous avoir laissé consulter le dossier.—&nb

Sans Elles   38

38C’est assez bizarre de me rendre chez quelqu’un que je ne connais pas afin de lui poser des questions. Caroline me déconseille d’avertir la personne de mon passage et de tout miser sur la compassion. Ce qui lui semble naturel par son métier est loin de l’être pour moi, mais je suis motivé et je m’interdis de repartir sans rien avoir appris.Il est 9 heures lorsque je frappe à la porte. Une dame âgée d’une cinquantaine d’années m’ouvre et me sonde de bas en haut.— Bonjour Madame.— Bonjour…Elle me regarde d’un air méfiant, craignant probablement un représentant.— Vous êtes Myriam Lafarge ?— Oui, je peux vous aider ?— Je pense que oui, je m’appelle Adam Weiss.Me présenter ne déclenche aucune réaction particulière de sa part, sinon celle de l’interrogation.— J’ai perdu ma femme et ma fille dans un accident de voiture il y a deux ans, peut-être vous souvenez-vous ?— Qu’est-ce que vous voulez ? me demande-t-elle.

Sans Elles   37

37Caroline part pour se rendre au manoir. Malgré mon insistance, elle refuse que je l’accompagne et je finis par me ranger à son avis. Elle a l’air de savoir ce qu’elle fait et semble avoir une idée derrière la tête qu’elle garde pour elle. « Restez ici jusqu’à mes nouvelles, vous avez besoin de parler un peu », nous dit-elle juste avant son départ. Tandis que je repense aux rêves de Sarah et à ce que pourrait être leur explication, Maud vient près de moi et m’embrasse.— Je ne t’en veux pas, me dit-elle, je comprends ce que tu as fait.— Non, j’ai agi trop vite. Je me suis laissé porté par mes angoisses et j’aurais dû répondre à tes appels, seulement je ne l’ai pas fait parce que j’étais tourmenté et que j’avais peur de m’emporter contre toi sans raison valable.Elle prend ma main et m’attire jusqu’au canapé.— Tu veux reparler des éléments du dossier, de ce que cela t’a fait de te replonger dans l’accident ?— Ça n’a pas été simple, expliqu

Sans Elles   27

27Après quelques minutes de réflexion, je rejoins la maison et constate que Maud a rejoint Sarah à l’étage. Je me sers un verre d’eau, autrefois j’aurais pris un whisky dans un moment pareil, mais j’arrive maintenant à m’en passer. Maud doit m’entendre, car elle descend et me retrouve dans la cu

Sans Elles   26

26Je passe le week-end avec Sarah et laisse Maud profiter de la présence de son amie. Elles ont passé leur samedi après-midi à faire du shopping sans rien rapporter et nous ont honorées de leur présence pour le dîner.Les choses se sont apaisées entre Caroline et moi, la nuit a calmé mon animos

Sans Elles   25

25Les premières lueurs du soleil réveillent Sarah qui commence à remuer dans le lit. Je n’ai pas dormi, mais sens que ça peut peut-être enfin venir. Maud se lève avec sa fille, puis le temps d’un battement de paupières, elles ont disparu de la chambre. Je tends l’oreille et entends la télévision

Sans Elles   24

24J’appelle le neuropsychologue à la première heure, et par chance, il peut nous recevoir en fin de matinée. Cela me fait penser qu’il a malgré tout dû croire un minimum à mon histoire, pour accepter de me caler un rendez-vous aussi rapidement.Durant le trajet, j’essaie d’échanger un peu avec Sa

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