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31

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"publish date: " 2021-06-25 20:35:30
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Durant le déjeuner, nous discutons avec Maud de Frédéric Fabre, de sa femme et de sa fille. Nous prononçons volontairement leurs prénoms afin de discerner chez Sarah la moindre réaction ou souvenir remonté à la surface. Mais rien. La fillette ne réagit pas et reste concentrée sur son assiette de légumes qu’elle rechigne à manger.

— Tu as une Elise dans ton école ? demande Maud.

— Maman, je t’ai déjà dit que je ne connaissais pas d’Elise.

— Pourtant il me semble bien qu’il y en a une en CM1 ou en CM2, non ?

— Je ne crois pas. En tout cas s’il y en a une, je ne la connais pas.

Depuis l’échange téléphonique avec Caroline, nous nous efforçons, Maud et moi, de trouver une raison plus rationnelle aux phrases nocturnes de Sarah. Seulement nous n’avons pas trouvé d’autre Elise que la fille de l’ancien ministre.

Cette histoire est de plus en plus étrange, j’en viens à me poser trop de questions. Des questions gênantes sur l’accident, était-il vraiment accidentel ou non ? Mais aussi sur Maud et Sarah... Car oui, je divaguais avant de les rencontrer, et j’explique cela. Alors que ce qui arrive maintenant, c’est de l’ordre du fantastique, de l’irréel. N’importe qui de sensé nous traiterait de fous si nous lui racontions toute cette histoire. Néanmoins, Caroline nous croit, elle est de notre côté. Enfin surtout de celui de Maud… Donc cela vient s’ajouter à mes doutes. Serais-je en train de me faire berner ? Mais pourquoi ? Quelle en serait la raison ? Je n’ai pas d’argent à extorquer et sur ce point, Maud est bien mieux lotie que moi grâce à la pension mensuelle du père de Sarah. Alors pourquoi se moqueraient-elles de moi ? Et une fillette de sept ans pourrait-elle être aussi bonne comédienne ? De là à se retourner les yeux au point de les avoir blancs, j’en doute. L’autre hypothèse serait un problème psychiatrique de Sarah, seulement il y a beaucoup d’éléments louches dans cette histoire. Le fait qu’elle parle de sujets concernant l’accident qu’elle n’est pas censée connaître en est le principal. Mais est-ce nous qui faisons des rapprochements trop hâtifs ? Le choix du prénom Elise est-il un hasard ?

« Ça va ? » s’inquiète Maud en me voyant pensif.

J’acquiesce et lui propose de nous préparer un café, ce qu’elle accepte. Je me lève, rassemble les assiettes vides et les couverts, puis les dispose dans le lave-vaisselle. Et pendant que Maud engage une nouvelle conversation avec sa fille, j’allume la machine à café et patiente à côté.

J’ai toujours été rationnel, je ne crois que ce que je vois. Sauf que là, j’ai vu des choses qui ne laissent aucune place à la rationalité. J’ai bien perçu dans le regard du neuropsychologue, lorsque j’ai abordé le sujet des rêves de Sarah, qu’il ne me croyait pas. Et je ne peux pas lui en vouloir, j’aurais réagi de la même manière à sa place. Mais je dois maintenant trouver une explication à tout ça, sans quoi je deviendrai réellement fou.

Je pose la première tasse devant Maud avant de placer la seconde dans la machine.

J’ai besoin de certitudes. La première étant que l’accident d’il y a deux ans en est bien un et qu’aucun élément n’a été caché.

Mon attention est brièvement détournée par les vibrations du téléphone de Maud, puis j’éteins la cafetière et reprends ma place à table et le fil de mes réflexions. Car il y a cette question aussi, pourquoi une si jolie femme s’est intéressée à moi ? Pas que je sois repoussant, j’ai séduit Célia alors qu’elle était également très belle… Mais lorsque Maud s’est intéressée à moi, j’étais au fond du trou, dénué du moindre attrait de séduction.

— C’est Caroline, me dit Maud.

— Pardon ?

— Le SMS. Elle me dit de regarder les informations ce soir.

— Pourquoi ?

— Je ne sais pas, c’est justement ce que je lui demande.

Nous attendons la réponse, qui arrive après moins d’une minute.

— « Regarde le JT de 20 heures, Fabre lance officiellement sa campagne et j’aurai besoin de votre avis sur un truc », me lit-elle.

— Il faudrait savoir sur quoi, dis-je.

Elle pianote un message devant moi, qui doit j’imagine, ressembler à mon interrogation. Et le téléphone vibre quelques secondes plus tard.

— « Vous le saurez en regardant, n’insistez pas ».

Puis elle me fixe.

— OK, dis-je.

Nous buvons notre café silencieusement, chacun perdu dans ses pensées, sauf que les miennes doivent être différentes. Ça y est, je suis parti à me questionner et je n’arrive plus à m’arrêter. Je cherche une explication rationnelle et je crois qu’imaginer que je rêvais depuis des mois le serait davantage que la direction que prend toute cette histoire.

Sarah est partie jouer dans le jardin et nous l’apercevons passer en courant devant la baie vitrée. Je la regarde s’amuser, puis Maud. Ses yeux croisent les miens, et je sais à cet instant que mes interrogations sur sa sincérité sont ridicules. Elle me sourit. Je termine mon café et ma tasse vide rejoint ses congénères sales.

— Plus qu’à patienter jusqu’à 20 heures, m’exclamé-je.

— Je dois aller faire quelques courses avec Sarah, lui acheter des vêtements pour la rentrée, est-ce que tu veux venir ?

— Oui, répliqué-je aussitôt, avant de me sentir tout à coup angoissé. Et j’en comprends rapidement la raison, c’est ce qu’étaient parties faire Célia et Eléanore il y a deux ans, la dernière fois que je les ai vues.

*

Nous prenons le goûter dans le centre commercial. Des structures de jeux se trouvent face au snack où nous sommes installés et Sarah nous abandonne pour s’y amuser.

— Tu as une idée de ce que Caroline veut qu’on voie ? m’interroge Maud.

— C’est ton amie, tu la connais mieux que moi.

— D’accord, mais là ça concerne Frédéric Fabre. Il lance sa campagne, qu’est-ce qu’il pourrait faire qui nous concernerait ?

— Peut-être qu’il sera accompagné de sa fille…, supposé-je.

— Alors on devrait peut-être regarder avec Sarah ?

— Au cas où, oui.

Maud souffle.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— J’ai hâte que tout cela soit terminé.

— Je te rappelle que c’est toi qui as voulu te lancer là-dedans avec Caroline.

— Oui je sais, ça n’empêche que je suis pressée que ce soit fini. J’ai l’impression que toute notre relation tourne autour de ça, en ce moment.

— Notre vie de couple, tu veux dire ?

— Oui, me répond-elle. On devrait être en train d’écrire notre histoire et au lieu de ça, on est obsédés par cette affaire. Alors je ne te le reproche pas, c’est moi qui ai voulu creuser, parce que je pense que c’est justement nécessaire pour nous projeter plus sereinement… Mais tu vois, nous sommes tous les deux en vacances et je nous verrais bien en maillot de bain à nous prélasser au bord d’une piscine, ne pensant à rien. Ou bien faire l’amour toute la journée.

— On peut faire tout ça.

— Oui, sauf qu’on en revient toujours au même sujet de conversation, car je ne pense qu’à ça. J’ai peur chaque soir en redoutant une nouvelle crise de Sarah et j’ai peur de ce qu’on va découvrir.

Je suis un peu gêné d’avoir ce genre de conversation dans un lieu public, car bien que les personnes installées aux tables voisines paraissent occupées par leurs propres discussions, c’est clair que nous sommes audibles pour qui voudrait nous écouter.

— Bref, reprend-elle, je me torture l’esprit pour rien.

— Non, dis-je, et je suis d’accord avec toi. Mais en effet, tout sera plus simple pour nous lorsque cette histoire sera derrière nous. Seulement la priorité en ce moment, c’est Sarah si le problème vient d’elle, ou Eléanore s’il s’agit d’autre chose.

— Et si elle était encore vivante ?

— On peut reparler de tout ça à la maison ?

Elle acquiesce et nous nous levons de table.

C’est sur le chemin du retour, dans la voiture, que Maud me repose la question. Je regarde dans le rétroviseur et vois que Sarah nous observe.

— Ce serait très bizarre et incompréhensible, concédé-je.

— D’accord, mais si c’était le cas ?

— Quoi, si c’était le cas ?

— Est-ce que cela changerait quelque chose pour nous ?

— Qu’est-ce que tu essaies de me faire dire ? l’interrogé-je.

— Rien, je veux juste savoir.

— C’est si Célia était encore vivante que ça changerait quelque chose…

Elle a un rire nerveux, avant de demander :

— Te poserais-tu au moins la question ou serait-ce évident ?

Je la regarde, je comprends très bien ce qu’elle veut dire et bien que j’en connaisse la réponse, je n’ai pas envie de répondre à cette question.

— Alors ? finit-elle par insister.

— La question ne se pose pas.

— Je te la pose quand même.

— Ma femme est morte, Maud. Je l’ai enterrée, comme j’ai enterré Eléanore, d’ailleurs.

Je regarde de nouveau Sarah dans le rétroviseur, peut-être attends-je qu’elle me contredise, mais elle ne dit rien.

— J’ai le droit de me poser la question, reprend Maud, de m’interroger sur tes sentiments.

— Sauf que c’est déplacé. Cela faisait dix ans que j’étais avec Célia, et nous, nous sommes ensemble depuis six mois.

Elle ne répond pas, comprenant probablement le caractère saugrenu de sa demande. Je gare la voiture devant la maison et nous entrons. Il est bientôt 19 heures, il nous reste un peu plus d’une heure à patienter.

« J’aurais juste aimé que tu me dises que la décision aurait été difficile à prendre », murmure Maud avant de s’engager dans les escaliers.

J’hésite entre la suivre ou la laisser réfléchir, car cela m’énerve. Pas qu’elle se pose des questions sur nous, je m’en pose également, mais qu’elle se serve de Célia pour cela. Alors par prudence, je ne la suis pas et m’installe sur le canapé.

Maud redescend juste avant 20 heures. Je viens d’allumer la télévision et ai mis la deuxième chaîne. Elle s’installe près de moi, sans un mot. Cela ne m’inquiète pas, au contraire, sa réaction me rassure. Car je ne crois ni en la survie de Célia ni en celle de ma fille, alors mon avenir, je le vois maintenant auprès de Maud et Sarah. Pour autant, je m’interroge de plus en plus sur l’existence des esprits – un comble pour un pragmatique endurci comme moi –, alors il me faut rapidement éclairer les nombreuses zones d’ombre.

Le journal commence, le présentateur annonce les différents sujets qui vont être évoqués, et le manque d’actualités importantes fait que le démarrage de la campagne de Frédéric Fabre est énoncé en premier. Il dit quelques mots sur sa démission passée du ministère et sur sa présentation avant d’enchaîner avec des images. Nous voyons l’ancien ministre entouré d’une foule de personnes, évoluant dans les couloirs d’une usine agroalimentaire. Des mains sont tendues vers lui, avec dans chacune des micros ou des téléphones portables afin d’enregistrer chaque phrase énoncée par le nouveau candidat. Des questions pleuvent de toute part, auxquelles Frédéric Fabre ne répond pas. Il continue de se frayer un chemin parmi les journalistes, bien aidé par son service d’ordre. Et alors que les questions sur son lancement de campagne et sur son abandon du ministère continuent d’affluer, une autre attire toute notre attention :

« Monsieur Fabre, que pouvez-vous nous dire sur Célia et Eléanore Weiss ? »

Nous reconnaissons aussitôt la voix de Caroline. L’homme en costume s’arrête net et se retourne. Son visage se ferme alors qu’il paraît rechercher qui a posé la question.

« Célia et Eléanore Weiss », entendons-nous de nouveau, de la voix de l’amie de Maud.

Il regarde dans la direction d’où provient la question et un sentiment de colère se lit sur son visage. Il semble inspirer fortement avant de se retourner et de reprendre son avancée. Les autres questions reprennent leur place et la vidéo passe au discours de lancement de campagne. Après cela, le présentateur ne fait aucun commentaire sur la question qui a eu l’air de mettre Frédéric Fabre dans l’embarras, à croire que Maud et moi étions les seuls à l’avoir remarquée.

Et alors que je réfléchis toujours à ce que nous venons de voir…

— Faut que j’appelle Caro, s’exclame Maud.

Elle n’a pas eu le temps de saisir son téléphone qu’il se met à sonner.

— C’est elle ? demandé-je.

Elle regarde l’écran et acquiesce.

— Oui ?

— …

Je lui fais signe de mettre le haut-parleur.

— Oui, on vient de le voir, répond Maud.

— Alors, qu’est-ce que vous en pensez ?

— À vrai dire, tu ne nous as même pas laissé le temps d’en parler.

— Il se souvient de leurs noms, prononcé-je de manière suffisamment forte pour qu’elle entende.

C’est à ce moment que je réalise l’absence de Sarah, nous avions pourtant prévu qu’elle regarde avec nous.

— Où est Sarah ? chuchoté-je.

Maud me fait un signe de tête en direction des escaliers et j’en conclus qu’elle doit être dans sa chambre.

— Vous avez vu sa tête, il paraissait décontenancé, s’en amuse Caroline.

— On l’a vu, lui répond Maud. Mais quoi en penser ?

— Oui, continué-je, ça ne veut rien dire d’autre que le fait qu’il se souvient des noms de ma femme et de ma fille.

— Pour qu’un homme comme lui s’en souvienne, c’est qu’il y a une raison, insiste-t-elle. Les hommes politiques ont généralement une mémoire très sélective, ils se rappellent seulement ce qui les sert ou les dessert. Les petites gens, ils n’en ont rien à faire.

— Oui enfin là, on parle de deux personnes tuées dans un accident impliquant sa femme et sa fille, précisé-je.

— Je sais, mais vous avez vu sa réaction ? Il a réagi aussitôt en entendant les noms et surtout, il avait l’air furieux. Vous n’êtes pas de mon avis ?

— Si, répond Maud, c’est clair que c’est louche.

— Et ce n’est pas le seul truc qui l’est, croyez-moi. D’ailleurs, est-ce qu’il y a moyen que vous m’accueilliez demain soir ?

Maud me regarde, comme pour me demander mon aval.

— Ce n’est pas le seul truc ? demandé-je.

— Non, j’ai remarqué des comportements bizarres… Enfin je dois gratter encore un peu et je pense justement pouvoir me faire une meilleure idée de tout ça d’ici demain. Du coup j’ai bien envie de louer une voiture et de passer vous voir.

— OK ! s’exclame Maud.

— Je pense arriver avant l’heure du dîner.

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Sans Elles   Remerciements

RemerciementsNous y voilà, le fameux moment des remerciements.Alors je vais commencer par Eva, mon épouse, tu as lu Sans Elles, l’as relu, puis relu... Je sais qu’il s’agit pour le moment de ton préféré et j’espère réussir à t’en écrire un prochain que tu préfèreras encore.À Julia, tu me lis et me corriges depuis maintenant des années. Il est toujours difficile de se corriger soi-même et tu m’as encore une fois été d’une grande aide avec Sans Elles. Ton avis m’est toujours extrêmement précieux.À ma petite sœur Melody, pour ta participation dans la dernière lecture et à tes messages qui font chaud au cœur.À Ophé, sans toi ce roman ne serait probablement pas édité chez Inceptio. Tu as encore une fois su me convaincre.À Lysiah, encore une très jolie couverture à ton actif !À toute la family Inceptio, pour les superbes moments que nous passons ensemble.Puis à vous, lectrices et lecteurs. Merci de me suivre ou de me découvrir dans mes aventures littéraires. J’espère q

Sans Elles   41

41Plusieurs jours passèrent avant que toute l’affaire ne soit rendue publique. Ils ne furent pas si simples que je l’espérais. Eléanore pleurant celle qui avait été sa mère de substitution durant deux longues années, ainsi que Célia, sa maman, comme si elle ne découvrait qu’aujourd’hui qu’elle était réellement morte dans l’accident.C’est difficile de la voir souffrir. J’aimerais qu’elle soit toujours heureuse, au moins autant que je le suis de la retrouver. Seulement elle pleure sa mère comme je l’ai fait ces dernières années. Alors que c’est ensemble que nous aurions dû surmonter cette épreuve, je ne peux maintenant que compatir et la soutenir.Nous avons attendu quelques jours avant de faire revenir Sarah, et même après cela, il nous faut la tempérer afin qu’elle laisse Eléanore respirer et retrouver peu à peu une vie normale. Mais les voir jouer ensemble me fait fondre sur place. Maud suit cela avec distance, elle sait disparaître pour me laisser seul avec ma fille et apparaî

Sans Elles   40

40Nous arrivons devant le grand portail en fer forgé.— Et maintenant ? demande Maud.— On fonce, répond Caroline.C’est aussi l’idée que j’ai en tête. Les filles s’agrippent tandis que j’enfonce de toutes mes forces la pédale d’accélérateur. La voiture s’immobilise après avoir repoussé de seulement quelques centimètres les lourdes portes de métal et Maud se cogne violemment la tête contre le tableau de bord.— Continue ! crie-t-elle alors que du sang lui coule déjà d’une narine.Je l’écoute et enclenche la marche arrière. C’est à la troisième tentative que les articulations du portail cèdent enfin.Je stoppe la voiture devant la grande entrée et descends sans prendre le temps d’arrêter le moteur. Je cours jusqu’à la porte et la pousse, elle n’est pas verrouillée. Un homme se trouve là, dans le hall. Ce n’est pas Monsieur Fabre, j’en conclus qu’il doit s’agir de Christophe Mercier. Je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche qu’il déclare en m’indiquant l

Sans Elles   39

39Je laisse un message sur le répondeur de Maud pendant le trajet où je lui explique mes sérieux doutes suite à la déclaration de la femme de ménage. C’est quelques minutes plus tard que je vois qu’elle essaie de me rappeler, seulement j’arrive à la gendarmerie. Je la rappellerai.À mon entrée, je réclame aussitôt le commandant Vail. On me demande la raison et je réponds que j’ai une question urgente à lui poser. C’est le jeune homme de la dernière fois et il me reconnaît, aussi il n’insiste pas et s’en va prévenir son supérieur. Cette fois-ci, le commandant vient en personne à l’accueil.— En quoi puis-je vous aider ? me demande-t-il après les salutations d’usage.— Je voudrais faire appel à vos souvenirs concernant l’accident.Le gendarme paraît gêné, puis hésite quelques secondes, avant de m’inviter à le suivre.La porte de son bureau refermée derrière moi, il s’exclame :— Ne me faites pas regretter de vous avoir laissé consulter le dossier.—&nb

Sans Elles   38

38C’est assez bizarre de me rendre chez quelqu’un que je ne connais pas afin de lui poser des questions. Caroline me déconseille d’avertir la personne de mon passage et de tout miser sur la compassion. Ce qui lui semble naturel par son métier est loin de l’être pour moi, mais je suis motivé et je m’interdis de repartir sans rien avoir appris.Il est 9 heures lorsque je frappe à la porte. Une dame âgée d’une cinquantaine d’années m’ouvre et me sonde de bas en haut.— Bonjour Madame.— Bonjour…Elle me regarde d’un air méfiant, craignant probablement un représentant.— Vous êtes Myriam Lafarge ?— Oui, je peux vous aider ?— Je pense que oui, je m’appelle Adam Weiss.Me présenter ne déclenche aucune réaction particulière de sa part, sinon celle de l’interrogation.— J’ai perdu ma femme et ma fille dans un accident de voiture il y a deux ans, peut-être vous souvenez-vous ?— Qu’est-ce que vous voulez ? me demande-t-elle.

Sans Elles   37

37Caroline part pour se rendre au manoir. Malgré mon insistance, elle refuse que je l’accompagne et je finis par me ranger à son avis. Elle a l’air de savoir ce qu’elle fait et semble avoir une idée derrière la tête qu’elle garde pour elle. « Restez ici jusqu’à mes nouvelles, vous avez besoin de parler un peu », nous dit-elle juste avant son départ. Tandis que je repense aux rêves de Sarah et à ce que pourrait être leur explication, Maud vient près de moi et m’embrasse.— Je ne t’en veux pas, me dit-elle, je comprends ce que tu as fait.— Non, j’ai agi trop vite. Je me suis laissé porté par mes angoisses et j’aurais dû répondre à tes appels, seulement je ne l’ai pas fait parce que j’étais tourmenté et que j’avais peur de m’emporter contre toi sans raison valable.Elle prend ma main et m’attire jusqu’au canapé.— Tu veux reparler des éléments du dossier, de ce que cela t’a fait de te replonger dans l’accident ?— Ça n’a pas été simple, expliqu

Sans Elles   23

23— Tu ne dois pas dire des choses comme ça ! s’emporte Maud.Je reste bouche bée, le souffle coupé.— Mais c’est bien, se défend la petite fille, Eléanore est encore vivante.— Non, car ce n’est pas vrai et ça fait souffrir Adam.— C’est bon, la coupé-je, ça va.Sa

Sans Elles   22

22J’arrive en début d’après-midi. Sarah est en train de jouer derrière la maison alors je m’apprête à la contourner pour rejoindre le jardin lorsque Maud ouvre la porte d’entrée.— Il faut qu’on parle, me dit-elle.Son air est grave, a-t-elle hâte que je lui fasse un retour de mon rendez-

Sans Elles   21

21Maud me demande de garder mes distances avec Sarah et j’obéis pour ne pas envenimer la situation. Elle m’en veut, je peux néanmoins me satisfaire du fait qu’elle n’ait pas encore officiellement rompu. Et puis au moins, maintenant, elle me croit. Elle a assisté à la même chose que moi, et rien

Sans Elles   20

20Il se passe trois jours. Je ne suis pas retourné chez moi car je sens que je perds l’esprit lorsque j’y suis, il me faut alors prendre mes distances. Est-ce une étape normale dans le processus du deuil ? Je n’en sais rien. Ce dont je suis certain, c’est que me morfondre chez moi est pour moi b

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