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38

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"Fecha de publicación: " 2021-06-25 20:35:33
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C’est assez bizarre de me rendre chez quelqu’un que je ne connais pas afin de lui poser des questions. Caroline me déconseille d’avertir la personne de mon passage et de tout miser sur la compassion. Ce qui lui semble naturel par son métier est loin de l’être pour moi, mais je suis motivé et je m’interdis de repartir sans rien avoir appris.

Il est 9 heures lorsque je frappe à la porte. Une dame âgée d’une cinquantaine d’années m’ouvre et me sonde de bas en haut.

— Bonjour Madame.

— Bonjour…

Elle me regarde d’un air méfiant, craignant probablement un représentant.

— Vous êtes Myriam Lafarge ?

— Oui, je peux vous aider ?

— Je pense que oui, je m’appelle Adam Weiss.

Me présenter ne déclenche aucune réaction particulière de sa part, sinon celle de l’interrogation.

— J’ai perdu ma femme et ma fille dans un accident de voiture il y a deux ans, peut-être vous souvenez-vous ?

— Qu’est-ce que vous voulez ? me demande-t-elle.

— Je pense seulement que vous pouvez détenir certaines informations.

Elle paraît inquiète et cela confirme que je ne sais pas du tout m’y prendre.

— Est-ce qu’il y a un endroit où je peux vous offrir un café ? proposé-je.

— Vous avez vu la commune où nous sommes ? Le seul commerce aux alentours est une boulangerie ! Mais je ne vois vraiment pas ce que je peux faire pour vous…

Je sens qu’elle perd déjà patience alors j’abats ma dernière carte :

— L’accident impliquait Madame Fabre et sa fille.

Elle ouvre de grands yeux, ce qui me confirme qu’elle n’avait vraiment pas fait le rapprochement avant maintenant.

— C’est pour ça que vous venez me voir ? Vous avez un lien avec la dame qui est venue au manoir, hier ?

— C’est une journaliste, moi je suis le père et le mari des victimes.

— D’accord, mais pourquoi venir me voir, moi ? La journaliste a essayé de me poser des questions, mais je ne suis au courant de rien, je ne travaillais même pas encore pour les Fabre quand a eu lieu l’accident.

Je ne suis plus aussi certain de l’intérêt de ma visite.

— Est-ce que vous pouvez m’accorder un moment pour que je vous explique la situation ?

La femme s’écarte pour me laisser entrer et j’en suis soulagé. Elle referme et passe devant moi. C’est une vieille maison de bourg, assez sombre d’intérieur. Nous traversons un couloir et bifurquons sur la droite pour arriver dans une petite cuisine avec une table et quatre chaises à son centre.

— Je vous sers un café ? me propose-t-elle.

— Je vous remercie.

Je m’installe à table tandis qu’elle déverse les cuillères de café dans le filtre de sa machine.

— Ma dernière vient de partir pour ses études, s’exclame-t-elle, je me retrouve seule ici.

— Vous n’avez pas de mari ?

— Emporté par un cancer il y a trois ans.

— Je suis désolé.

— Oh, vous savez… il n’était pas le plus aimant des maris ni le plus attentionné des pères. Sa maladie est peut-être ce qui l’a le plus rapproché de la maison, sans ça il serait encore en vadrouille à droite et à gauche sans se soucier de ceux qui l’attendent.

La femme, habillée en jean et T-shirt trop ample pour elle, allume la cafetière et vient me rejoindre.

— Alors ? reprend-elle.

— Vous m’avez laissé entrer, donc je vais être tout à fait honnête envers vous…

Je joue la carte de la sincérité, il vaut mieux, car je me sais piètre menteur.

— … comme je vous l’ai dit, continué-je, j’ai perdu ma femme et ma fille il y a deux ans.

— Vous aviez d’autres enfants ?

— Non, j’ai pour ainsi dire tout perdu, ce jour-là.

Elle ne paraît que peu touchée et me regarde d’un air qui demande la suite de l’histoire entamée.

— Dans la voiture en face se trouvaient Madame Fabre, sa fille et leur chauffeur, Christophe Mercier.

— Ah, il était là aussi ?

— Oui, vous le connaissez bien ?

— Oui, forcément, c’est un peu pour lui que je travaille.

— Vous travaillez pour Christophe Mercier ? m’étonné-je.

— Non, pour Monsieur Fabre, mais dans la mesure où il est souvent absent, c’est Monsieur Mercier qui dirige.

— Pas Madame Fabre ?

— Madame Fabre ne quitte pour ainsi dire jamais son étage.

— Comment ça ? l’interrogé-je.

— Elle vit au troisième avec sa fille et c’est Monsieur Mercier qui s’occupe d’elles. Il leur monte les repas et redescend la vaisselle sale.

Je réfléchis à ma prochaine question, parmi les dizaines qui affluent. La femme se lève et ouvre la porte d’un placard en hauteur pour en ressortir deux grandes tasses beiges qu’elle pose sur la table. La cafetière annonce déjà qu’elle crache les dernières gouttes, alors elle attend à côté.

— Il vous arrive de monter à cet étage ?

Elle se tourne vers moi et me fixe quelques secondes avant de répondre :

— J’ai interdiction d’y mettre les pieds.

— Qui y fait le ménage ?

— Je ne sais pas, Madame Fabre ou Monsieur Mercier. Ce n’est quand même pas sorcier de passer un petit coup de serpillière. On fait appel à moi parce que le manoir est grand, mais un étage, ça se fait.

Elle sert le café dans les tasses et s’assied de nouveau face à moi.

— Mais il vous arrive de voir Phanélie et Elise Fabre ?

— Oui, bien sûr. La petite va jouer dans les jardins lorsque le temps le permet et Madame la surveille.

— Est-ce que c’est vrai qu’Elise Fabre ne va pas à l’école ?

— Une femme vient lui faire cours.

— Donc cette femme a accès au troisième étage ?

Elle boit une gorgée de café et repose rapidement sa tasse, surprise par la chaleur de cette dernière.

— Pourquoi toutes ces questions sur la famille Fabre ? Vous ne veniez pas me parler de votre fille et de votre femme ?

— C’est qu’il y a quelque chose de louche autour de l’accident, expliqué-je, le comportement des Fabre aurait soudainement changé suite au drame.

— Comment ça ?

— Madame Fabre se montrait régulièrement aux côtés de son mari et aurait arrêté de le faire du jour au lendemain.

— D’accord, mais je ne vois pas en quoi cela vous regarde.

— J’aimerais savoir ce que ça cache, certaines zones d’ombre subsistent autour de l’accident, c’est pourquoi je m’y intéresse.

— Quelles zones d’ombre ? me demande-t-elle.

Je bois une gorgée, j’aime le café brûlant.

— Est-ce que vous avez remarqué quelque chose de bizarre ? insisté-je.

— Je ne pourrais pas vous avancer, ça fait moins d’un an que je travaille pour les Fabre.

— Mais dans le quotidien, n’y a-t-il pas certains détails qui vous ont interpellée ?

Elle semble réfléchir.

— Si, répond-elle, mais comme chez tout le monde, j’imagine. Et rien à voir avec votre histoire.

— Dites-moi quand même.

— Je ne sais pas si je peux, c’est d’ordre privé.

— Madame, j’ai perdu ma femme et ma fille, je désire juste éclaircir cette affaire. Donc ne vous inquiétez pas, si l’information que vous me donnez n’est pas importante et qu’elle est d’ordre privé, vous pouvez me croire, je n’en ressentirai aucun besoin de le répéter à qui que ce soit.

Elle semble néanmoins hésiter, mais s’exclame finalement :

— Quand j’ai commencé, j’ai été choquée par le fait que Madame Fabre pouvait rester enfermée des jours avec sa fille et ne voir personne d’autre que Monsieur Mercier. Du coup, je me suis interrogée sur Mercier, je voulais savoir qui il était par rapport à Madame Fabre. Seulement on m’a vite fait comprendre qu’il n’était pas bon de se poser trop de questions.

— Comment ça ? Qui vous a fait comprendre cela ?

— Patrick, il s’occupe de l’entretien de l’extérieur du manoir. Il m’a dit que les Fabre étaient des gens discrets et qu’ils n’aimaient pas qu’on s’intéresse de trop près à leurs histoires. Je venais de trouver ce travail, mon premier à temps plein depuis une éternité, donc la précision m’a suffi.

— Ne pas poser de question n’empêche pas de remarquer des choses, non ?

— Bien sûr que ça n’empêche pas, et figurez-vous que j’ai appris que Monsieur Fabre n’allait pas me garder ! Mon contrat de douze mois devait être suivi d’un autre à durée indéterminée, sauf que Monsieur Mercier m’a fait comprendre qu’il serait judicieux pour moi d’envoyer d’ores et déjà quelques CV plutôt que d’attendre mon entretien de fin de contrat.

— D’autres choses bizarres ?

— Je ne sais pas…, souffle-t-elle.

Je sens qu’elle perd patience alors je sors une photo de mon portefeuille.

— C’est votre fille ? m’interroge-t-elle.

— Oui, avec ma femme.

— Très jolie votre dame et votre fille est très mignonne.

— Vous ne les avez jamais vues ? demandé-je.

— Non, comment est-ce que j’aurais pu les connaître ?

Je me sens idiot, puis-je lui poser la question ?

— Ma fille, est-ce qu’elle ressemble à Elise ?

Elle paraît interloquée, mais se concentre malgré tout sur la photo.

— Vous savez à cet âge, beaucoup de filles se ressemblent. Quoique la petite Elise doit être plus âgée… puis elle est brune.

— D’accord, dis-je.

— Désolée de ne pas avoir pu davantage vous aider, s’exclame-t-elle en se levant.

J’en fais autant.

— Tiens, reprend-elle, ça me fait penser à un autre détail qui m’a surprise ! La petite Elise est brune, mais je ne crois pas que ce soit sa couleur naturelle.

— Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

— Ils m’envoient souvent faire leurs courses et il y a très régulièrement sur la liste des colorations brunes, alors que Madame Fabre est châtain à chaque fois que je la vois. Il n’y a que la petite Elise qui est brune. C’est quand même bizarre de teindre une petite si jeune, non ?

Je ressors la photo d’Eléanore et insiste :

— Dites-moi s’il pourrait s’agir d’Elise Fabre sur cette photo, imaginez-la en brune.

— Vous m’avez dit que c’était votre fille.

— Oui je sais, dites-moi néanmoins si elles se ressemblent.

Elle regarde de nouveau la photo.

— Oui, un peu.

— Juste un peu ?

— Écoutez, je ne vois la petite Elise que très rarement, et je l’aperçois plus que je ne la vois, d’ailleurs. Donc j’ai été bien gentille de répondre à toutes vos questions, mais j’aimerais que vous me laissiez, maintenant.

Je reste immobile quelques secondes, réfléchissant aux options qui se présentent à moi, puis je décide de m’en aller. Je dois me rendre immédiatement à la gendarmerie.

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Sans Elles   Remerciements

RemerciementsNous y voilà, le fameux moment des remerciements.Alors je vais commencer par Eva, mon épouse, tu as lu Sans Elles, l’as relu, puis relu... Je sais qu’il s’agit pour le moment de ton préféré et j’espère réussir à t’en écrire un prochain que tu préfèreras encore.À Julia, tu me lis et me corriges depuis maintenant des années. Il est toujours difficile de se corriger soi-même et tu m’as encore une fois été d’une grande aide avec Sans Elles. Ton avis m’est toujours extrêmement précieux.À ma petite sœur Melody, pour ta participation dans la dernière lecture et à tes messages qui font chaud au cœur.À Ophé, sans toi ce roman ne serait probablement pas édité chez Inceptio. Tu as encore une fois su me convaincre.À Lysiah, encore une très jolie couverture à ton actif !À toute la family Inceptio, pour les superbes moments que nous passons ensemble.Puis à vous, lectrices et lecteurs. Merci de me suivre ou de me découvrir dans mes aventures littéraires. J’espère q

Sans Elles   41

41Plusieurs jours passèrent avant que toute l’affaire ne soit rendue publique. Ils ne furent pas si simples que je l’espérais. Eléanore pleurant celle qui avait été sa mère de substitution durant deux longues années, ainsi que Célia, sa maman, comme si elle ne découvrait qu’aujourd’hui qu’elle était réellement morte dans l’accident.C’est difficile de la voir souffrir. J’aimerais qu’elle soit toujours heureuse, au moins autant que je le suis de la retrouver. Seulement elle pleure sa mère comme je l’ai fait ces dernières années. Alors que c’est ensemble que nous aurions dû surmonter cette épreuve, je ne peux maintenant que compatir et la soutenir.Nous avons attendu quelques jours avant de faire revenir Sarah, et même après cela, il nous faut la tempérer afin qu’elle laisse Eléanore respirer et retrouver peu à peu une vie normale. Mais les voir jouer ensemble me fait fondre sur place. Maud suit cela avec distance, elle sait disparaître pour me laisser seul avec ma fille et apparaî

Sans Elles   40

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Sans Elles   39

39Je laisse un message sur le répondeur de Maud pendant le trajet où je lui explique mes sérieux doutes suite à la déclaration de la femme de ménage. C’est quelques minutes plus tard que je vois qu’elle essaie de me rappeler, seulement j’arrive à la gendarmerie. Je la rappellerai.À mon entrée, je réclame aussitôt le commandant Vail. On me demande la raison et je réponds que j’ai une question urgente à lui poser. C’est le jeune homme de la dernière fois et il me reconnaît, aussi il n’insiste pas et s’en va prévenir son supérieur. Cette fois-ci, le commandant vient en personne à l’accueil.— En quoi puis-je vous aider ? me demande-t-il après les salutations d’usage.— Je voudrais faire appel à vos souvenirs concernant l’accident.Le gendarme paraît gêné, puis hésite quelques secondes, avant de m’inviter à le suivre.La porte de son bureau refermée derrière moi, il s’exclame :— Ne me faites pas regretter de vous avoir laissé consulter le dossier.—&nb

Sans Elles   38

38C’est assez bizarre de me rendre chez quelqu’un que je ne connais pas afin de lui poser des questions. Caroline me déconseille d’avertir la personne de mon passage et de tout miser sur la compassion. Ce qui lui semble naturel par son métier est loin de l’être pour moi, mais je suis motivé et je m’interdis de repartir sans rien avoir appris.Il est 9 heures lorsque je frappe à la porte. Une dame âgée d’une cinquantaine d’années m’ouvre et me sonde de bas en haut.— Bonjour Madame.— Bonjour…Elle me regarde d’un air méfiant, craignant probablement un représentant.— Vous êtes Myriam Lafarge ?— Oui, je peux vous aider ?— Je pense que oui, je m’appelle Adam Weiss.Me présenter ne déclenche aucune réaction particulière de sa part, sinon celle de l’interrogation.— J’ai perdu ma femme et ma fille dans un accident de voiture il y a deux ans, peut-être vous souvenez-vous ?— Qu’est-ce que vous voulez ? me demande-t-elle.

Sans Elles   37

37Caroline part pour se rendre au manoir. Malgré mon insistance, elle refuse que je l’accompagne et je finis par me ranger à son avis. Elle a l’air de savoir ce qu’elle fait et semble avoir une idée derrière la tête qu’elle garde pour elle. « Restez ici jusqu’à mes nouvelles, vous avez besoin de parler un peu », nous dit-elle juste avant son départ. Tandis que je repense aux rêves de Sarah et à ce que pourrait être leur explication, Maud vient près de moi et m’embrasse.— Je ne t’en veux pas, me dit-elle, je comprends ce que tu as fait.— Non, j’ai agi trop vite. Je me suis laissé porté par mes angoisses et j’aurais dû répondre à tes appels, seulement je ne l’ai pas fait parce que j’étais tourmenté et que j’avais peur de m’emporter contre toi sans raison valable.Elle prend ma main et m’attire jusqu’au canapé.— Tu veux reparler des éléments du dossier, de ce que cela t’a fait de te replonger dans l’accident ?— Ça n’a pas été simple, expliqu

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