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33

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"publish date: " 2021-06-25 20:35:31
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Caroline est repartie aussi tard qu’elle le pouvait, après avoir passé notre après-midi à réfléchir et échanger sur la terrasse. Nous sommes tous d’accord sur le fait que le comportement des Fabre est louche, que tout semble coïncider avec la date de l’accident, et qu’il peut donc y avoir un lien avec les rêves de Sarah. Seulement ce dernier point demande de nouvelles investigations afin de le confirmer.

Alors nous avons abordé plusieurs options pour avancer, je peux insister par téléphone pour tenter d’obtenir une entrevue, au risque de me retrouver avec une plainte pour harcèlement. Et harcèlement sur un homme de cette stature, c’est risqué. L’autre option serait d’engager un détective privé, rémunéré, il ne se poserait pas la question de la véracité des faits et se contenterait d’enquêter. Caroline va se renseigner, et nous en ferons de même de notre côté. La dernière option serait de continuer d’enquêter par nous-mêmes, mais il va nous falloir espionner les allées et venues au manoir, et nous ne sommes pas persuadés de pouvoir le faire sans nous faire remarquer.

Une fois Sarah couchée, je sors marcher dans la rue. J’ai besoin de m’aérer l’esprit et de me retrouver un peu seul. Et cela m’évite de rechercher le réconfort dans un verre d’alcool, car j’ai encore du mal à me limiter à un lorsque je commence. Le soleil se couche et les lampadaires s’allument. J’entends des éclats de voix provenant des différents jardins, les habitants profitent des vacances et des températures agréables pour traîner plus qu’à l’accoutumée.

Je repense à l’accident, j’ai réussi ces derniers jours à en reparler avec un semblant de détachement, mais ça me revient maintenant. Elles me manquent, toutes les deux. Et je sens que bien que Maud et Sarah m’apportent beaucoup, elles ne combleront jamais ce vide laissé par Célia et Eléanore. La douleur que je ressens est toujours aussi importante, bien que moins violente. Et je crois que comme le pensait Maud, cette enquête fera peut-être office de thérapie. C’est en tout cas ce que je m’efforce de penser.

Je marche plus d’une heure, sans me rendre compte du temps qui passe. Je tourne dans le quartier et ne suis donc pas si éloigné de la maison, il me faut moins de vingt minutes pour rentrer. Je pousse la porte et la verrouille derrière moi.

— Adam, s’exclame Maud en descendant les escaliers, j’ai essayé de t’appeler, mais tu avais laissé ton téléphone.

Je pose les mains sur mes poches plates et vides en guise de confirmation.

— Qu’est-ce qui se passe ? demandé-je.

— C’est Sarah, elle a recommencé.

— Attends... elle a recommencé ? Qu’est-ce qu’elle a fait ? Un rêve ?

— C’était il y a une quinzaine de minutes, je l’ai entendu gémir. Je suis entrée dans sa chambre et elle s’est mise à parler.

— Qu’est-ce qu’elle a dit ? demandé-je d’une voix plus forte que je ne le voulais.

Maud passe devant moi et s’installe sur le canapé.

— Elle s’est rendormie ?

— Oui, à l’instant, me répond-elle. Et elle se souvenait de son rêve.

Je contourne le canapé pour m’y asseoir auprès de Maud.

— Qu’est-ce qu’elle a dit ?

Elle se tourne vers moi, ses yeux sont humides.

— Elle a parlé de Célia, puis d’un homme… qui lui voudrait du mal.

— C’est ce qu’elle a dit ? Répète-moi mot pour mot ce qu’elle a prononcé, s’il te plaît.

Maud paraît réfléchir, elle fixe l’écran noir de la télévision, et murmure :

— « Maman me croit, elle est de mon côté, mais lui, non. Il est méchant, je ne veux pas être sa fille. »

Puis elle se tourne vers moi, silencieuse.

— Elle a dit autre chose ?

Elle me répond non de la tête, puis :

— Après elle s’est réveillée, sans que j’intervienne.

— Et tu as dit qu’elle se souvenait de son rêve…

Elle acquiesce avant de répondre :

— Sarah m’a dit que c’était Eléanore, qu’elle était dans une chambre et qu’elle attendait en fixant une porte.

— Et ceux dont elle parle ? demandé-je. Elle te les a décrits.

— Non, elle m’a dit qu’elle était seule dans la chambre, elle se souvenait du lieu du rêve, mais pas de ce qu’elle a prononcé.

J’occupe les heures suivantes à réfléchir aux dires de Maud, cela m’obsède une bonne partie de la nuit, alors qu’elle dort à côté de moi. J’entends le bruit de sa respiration et regrette de ne pas être resté avec elle hier soir. Je n’aurais pas dû sortir. J’en viens à craindre qu’elle ait oublié de me retranscrire quelque chose ou qu’elle n’ait pas répété à la lettre les mots prononcés par Sarah.

Mais ce qui me tourmente le plus, c’est la situation dans laquelle se trouvait Sarah durant son rêve. Ou plutôt Eléanore, d’après Maud. C’est totalement fou. Là, on ne parle plus d’un esprit entre deux mondes. Non, on parle d’une petite fille qui au lieu de se trouver dans le cercueil sur lequel j’ai pleuré, serait dans une chambre et encore vivante. C’est dément. C’est surtout impossible.

Alors que je me disais encore il y a quelques heures que cette enquête que l’on menait en amateurs aurait des pouvoirs thérapeutiques, je doute maintenant de m’en sortir selon ce que l’on va découvrir. Car ai-je bien raison d’y croire ?

Les premiers chants des oiseaux interviennent et me signalent qu’il n’est plus la peine d’espérer m’endormir. Je me tourne vers ma table de nuit et attrape ma montre que je pivote en direction des rayons de lumière traversant les volets. Les aiguilles indiquent 5 h 50.

Je me lève, perçois un mouvement de la part de Maud derrière moi, et sors aussi silencieusement que possible de la chambre. En passant devant la porte de Sarah, je glisse un œil dans l’entrebâillement, elle semble dormir paisiblement. Je descends et me fais couler un café avant de m’installer sur le canapé.

Je n’ai pas le temps de me replonger dans mes questionnements que les jambes nues de Maud apparaissent en haut des escaliers. Elle me voit, me sourit, et vient près de moi. Son baiser me réchauffe et représente ce qu’il me reste de concret.

— Ça va ?

Sa voix trahit de l’inquiétude, ce que je n’aime pas. Je ne veux pas redevenir l’homme brisé qu’elle a soulagé au début de notre relation.

— Je m’interroge, c’est tout.

Je lui pose ma tasse entre les mains et elle en avale une gorgée avant de la reposer sur la table basse.

— Tu crois toujours en cette histoire d’esprit ? demandé-je.

Elle semble réfléchir.

— Le fait qu’elle voit Eléanore dans une chambre…, continué-je.

— Je ne sais pas, Adam… Je ne sais pas comment interpréter les rêves de Sarah. Hier soir, je n’ai pas eu l’impression qu’elle s’adressait à moi, c’est comme si elle parlait seule durant son rêve.

— Mais est-ce que tu as reconnu le ton de Sarah ?

Je m’étonne de ne pas avoir posé cette question hier soir.

— Ne m’en veux pas, mais… je ne sais pas.

Je souffle, du fait de toute cette histoire qu’on n’explique toujours pas.

— Écoute, reprend-elle, il faut qu’on insiste. Caro a trouvé quelque chose d’intéressant du côté de Frédéric Fabre, je pense qu’il faut intensifier les recherches dans ce sens.

— S’il se trouve que Sarah est réellement en lien avec Eléanore, alors il faut peut-être faire vite.

Maud ne dit rien, et ce que je vois dans ses yeux m’inquiète.

— Tu as quelque chose à me dire, dis-je.

Elle me regarde.

— Je sens que tu ne me dis pas tout, ajouté-je. Eléanore a dit autre chose ?

Je me rends compte que je viens de dire Eléanore au lieu de Sarah, Maud ne me laisse pas le temps de corriger.

— Je t’ai tout dit, Adam. Si je te cache quelque chose, c’est plutôt ce que je ressens.

Je comprends de quoi elle parle. Bien sûr qu’elle m’a tout dit, Maud ne m’aurait pas caché un détail important. Elle m’a dit que Sarah avait parlé de Célia. C’est le détail qui m’a tenu en éveil toute la nuit. J’ai tout imaginé, ma femme ayant une double vie. Elle se serait servie de cet accident afin de partir rejoindre un autre homme avec qui elle aurait tout recommencé, en m’enlevant notre fille au passage. Pour autant, même après deux ans, je n’arrive pas à croire à cela. Célia était une femme franche et courageuse, agir de la sorte aurait été lâche et ne lui ressemblait pas. Seulement connaissons-nous vraiment bien les personnes avec qui l’on vit ? Même après plusieurs années partagées…

Je ne réponds pas à Maud car je ne sais pas quoi lui dire. Et je ne veux pas me prononcer sur l’hypothèse de Célia encore vivante tellement cette information me paraît impensable.

— Tu m’as dit que Sarah se souvenait du rêve, dis-je, je pense qu’il faut qu’on lui en reparle à son réveil.

— Je me vois mal te le refuser.

Je la prends dans mes bras et la serre contre moi. Elle craint que notre découverte fasse voler notre relation en éclats et je me sens bien incapable de la rassurer.

Sarah descend vers 9 h 30, elle a choisi ce matin pour se lever plus tard que d’habitude. Maud est dans la salle de bains, je devrais l’attendre pour aborder le sujet du rêve, mais je ne réussis pas à me retenir.

— Salut ma belle, l’accueillé-je lorsqu’elle vient m’embrasser.

Elle bâille et s’éclipse vers la cuisine. Je la suis et pendant qu’elle attrape un bol dans le placard, je m’exclame :

— Ta maman m’a dit que tu avais de nouveau fait un rêve.

— Oui, c’était bizarre.

Elle se sert des céréales avant de les recouvrir de lait.

— Bizarre comment ?

— J’ai vu Eléanore, enfin… je ne sais plus exactement. Je l’ai vu, mais en même temps j’étais elle. C’est bizarre, non ?

— Oui. Et qu’est-ce que tu as vu d’autres ?

— Rien. En fait, j’étais assise sur un lit et je regardais une porte fermée.

— Et tu étais seule ?

— Oui.

— Maud m’a dit que tu avais parlé de la maman d’Eléanore.

— Oui, elle m’a dit que j’avais parlé, mais je ne me souviens pas.

— Elle t’a précisé ce que tu avais dit ?

Sarah fait non de la tête tout en avalant une grosse cuillérée de céréales.

— Tu aurais parlé de Célia, dit qu’elle te croyait et qu’elle était de ton côté. Puis tu aurais parlé d’un autre homme, en disant qu’il n’était pas ton père…

— Je ne me souviens pas, Adam.

— OK, ce n’est pas grave.

Je l’observe manger quelques instants, jusqu’à ce que j’entende Maud descendre les escaliers. Je la retrouve en bas de ces derniers.

— Je lui ai parlé, murmuré-je.

— Alors ?

— Elle ne se souvient toujours pas de ce qu’elle a prononcé pendant son rêve et m’a répété ce que tu m’avais dit.

— On en parle à Caroline ?

— On peut, oui. Tu penses que ce rêve change quelque chose pour elle ?

— Peut-être qu’elle aura une hypothèse à laquelle on n’a pas pensé.

J’en doute, j’ai pensé à beaucoup de choses, jusqu’aux plus farfelues.

*

Nous appelons Caroline à l’heure du déjeuner. Sarah joue dehors et nous n’avons plus qu’à l’appeler pour passer à table. Le message enregistré se fait entendre : « Vous êtes bien sur le répondeur de Caroline Vanier, je ne peux pas vous répondre… ». Même là, elle préfère son pseudonyme à son vrai nom. Maud s’apprête à laisser un message quand son téléphone, posé sur la table, se met à vibrer.

— C’est Caro, elle me rappelle.

Elle décroche et appuie aussitôt sur le bouton du haut-parleur.

— Merci de me rappeler.

— Pardon, je me suis jetée trop tard sur mon téléphone.

— Pas de soucis. J’ai mis le haut-parleur, je suis avec Adam.

— Je me doute, on ne vous sépare plus, tous les deux.

Maud sourit avant de confirmer.

— Mais ça tombe bien que vous m’appeliez parce que je comptais vous joindre.

— OK, mais on commence, la coupe Maud.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Sarah a de nouveau fait un rêve, hier soir.

— Raconte.

— Je te répète mot pour mot ce qu’elle a dit : « Maman me croit, elle est de mon côté, mais pas lui. Il est méchant, je ne veux pas être sa fille. »

Au bout du fil, Caroline reste silencieuse.

— Et cette fois-ci, reprend Maud, Sarah s’est souvenue de son rêve, mais pas des mots prononcés.

— Elle s’est souvenue de quoi, alors ? demande-t-elle.

— Elle se rappelle être assise dans une chambre, à fixer une porte fermée.

— Et ?

— C’est tout.

— OK.

— Cela t’inspire quelque chose ? l’interroge Maud.

S’ensuit un silence, avant que Caroline ne s’exprime :

— S’il s’avère que ce rêve est toujours en lien avec l’accident, alors tout laisse à penser qu’elle est dans la peau d’Elise Fabre.

— Non, j’ai oublié de te dire un truc, intervient Maud. Sarah a dit que dans son rêve, elle était Eléanore.

— C’est de plus en plus bizarre…

C’est également l’effet que ça me fait. Depuis le début de cette histoire, j’alterne entre des moments où j’ai envie d’y croire et d’autres où ça me paraît beaucoup trop dingue pour être possible.

— Si ça se trouve, on se fait carrément des films, dis-je, Sarah fait des rêves, elle est perturbée…

— Adam, me coupe Caroline, d’accord, je n’explique pas ces rêves. Sauf que j’ai vraiment l’impression que Sarah sert de messagère et que ta fille essaie de te dire quelque chose. D’où, je ne sais pas, seulement ce dont je suis sûre, c’est que plus je creuse autour de Fabre, plus ça me paraît louche.

— Qu’est-ce que tu as trouvé ? demande Maud.

— J’ai voulu me renseigner davantage sur le chauffeur de Phanélie Fabre, celui qui conduisait le jour de l’accident. J’ai réussi à joindre sa compagne – ou son ancienne, plutôt –, car figurez-vous qu’elle m’a dit s’être séparée de lui peu de temps après l’accident. Il serait devenu bizarre, distant et surtout, de moins en moins présent. Elle m’a dit qu’il avait eu une promotion de la part du ministre à la suite du drame et que cela impliquait une présence plus rapprochée auprès de madame Fabre.

— Elle t’a raconté tout ça ? s’étonne Maud.

— Pas seulement, elle m’a dit qu’il arrivait de plus en plus fréquemment qu’il ne rentre pas dormir, si bien qu’un jour elle en a eu marre. Ils projetaient d’avoir un enfant, alors elle lui a demandé de s’engager à être davantage présent en cas de grossesse.

— Et ?

— Et il lui aurait dit qu’il ne pouvait pas lui promettre. Donc elle l’a quitté. Au début, elle pensait que ça allait le faire réfléchir, seulement il ne l’a jamais rappelée.

— C’est bizarre, dis-je, mais ça ne prouve rien. Je crois que je vais traîner autour du manoir pour essayer de trouver quelque chose.

— Les espionner ? s’étonne Maud.

— Attendez, nous coupe Caroline, j’ai repensé à notre discussion d’hier, au sujet du détective. En effet je connais un type qui fait ça, néanmoins je crois que ça devrait plutôt être moi.

— Comment ça ? réagissons-nous en chœur.

— Je vais avoir du temps libre durant le mois qui vient, la plupart des politiques partent en vacances et je n’ai plus grand-chose à me mettre sous la dent.

— Et tu ne pars pas ? demande Maud.

— Je devais, mais là j’ai de plus en plus l’impression que nous avons affaire à du très lourd…

— Caroline…

— Non, me coupe-t-elle, je vous explique... On est en train de parler du possible futur président à l’heure qu’il est et je pense que tout le monde a le droit de savoir s’il y a une affaire louche autour de lui.

— Sauf que la condition est que ça reste entre nous.

— Je sais, Adam. Seulement en se présentant, Fabre va forcément attiser la curiosité de certains autres journalistes. Donc il a beau essayer de protéger autant que possible sa sphère privée, c’est d’ailleurs probablement le rôle qu’il a confié au chauffeur de son épouse, certains découvriront quelque chose. Alors je refuse de me faire doubler par un collègue.

Je lance un regard inquiet à Maud.

— Il s’agit de la vie privée d’Adam, s’exclame-t-elle.

— Je ne compte parler ni de Célia ni d’Eléanore sur la place publique, rétorque Caroline, juste de la vie familiale du candidat à la présidence. Et je ne dirai rien tant que je n’aurai pas d’élément concret. Et si je venais à découvrir des choses concernant Célia ou Eléanore, tu peux me croire, Adam, tu en seras le premier informé.

Nous nous regardons de nouveau, avant que notre interlocutrice reprenne :

— Faites-moi confiance, s’il y a un lien entre les cauchemars de Sarah et Frédéric Fabre, je suis bien décidée à le découvrir.

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Sans Elles   Remerciements

RemerciementsNous y voilà, le fameux moment des remerciements.Alors je vais commencer par Eva, mon épouse, tu as lu Sans Elles, l’as relu, puis relu... Je sais qu’il s’agit pour le moment de ton préféré et j’espère réussir à t’en écrire un prochain que tu préfèreras encore.À Julia, tu me lis et me corriges depuis maintenant des années. Il est toujours difficile de se corriger soi-même et tu m’as encore une fois été d’une grande aide avec Sans Elles. Ton avis m’est toujours extrêmement précieux.À ma petite sœur Melody, pour ta participation dans la dernière lecture et à tes messages qui font chaud au cœur.À Ophé, sans toi ce roman ne serait probablement pas édité chez Inceptio. Tu as encore une fois su me convaincre.À Lysiah, encore une très jolie couverture à ton actif !À toute la family Inceptio, pour les superbes moments que nous passons ensemble.Puis à vous, lectrices et lecteurs. Merci de me suivre ou de me découvrir dans mes aventures littéraires. J’espère q

Sans Elles   41

41Plusieurs jours passèrent avant que toute l’affaire ne soit rendue publique. Ils ne furent pas si simples que je l’espérais. Eléanore pleurant celle qui avait été sa mère de substitution durant deux longues années, ainsi que Célia, sa maman, comme si elle ne découvrait qu’aujourd’hui qu’elle était réellement morte dans l’accident.C’est difficile de la voir souffrir. J’aimerais qu’elle soit toujours heureuse, au moins autant que je le suis de la retrouver. Seulement elle pleure sa mère comme je l’ai fait ces dernières années. Alors que c’est ensemble que nous aurions dû surmonter cette épreuve, je ne peux maintenant que compatir et la soutenir.Nous avons attendu quelques jours avant de faire revenir Sarah, et même après cela, il nous faut la tempérer afin qu’elle laisse Eléanore respirer et retrouver peu à peu une vie normale. Mais les voir jouer ensemble me fait fondre sur place. Maud suit cela avec distance, elle sait disparaître pour me laisser seul avec ma fille et apparaî

Sans Elles   40

40Nous arrivons devant le grand portail en fer forgé.— Et maintenant ? demande Maud.— On fonce, répond Caroline.C’est aussi l’idée que j’ai en tête. Les filles s’agrippent tandis que j’enfonce de toutes mes forces la pédale d’accélérateur. La voiture s’immobilise après avoir repoussé de seulement quelques centimètres les lourdes portes de métal et Maud se cogne violemment la tête contre le tableau de bord.— Continue ! crie-t-elle alors que du sang lui coule déjà d’une narine.Je l’écoute et enclenche la marche arrière. C’est à la troisième tentative que les articulations du portail cèdent enfin.Je stoppe la voiture devant la grande entrée et descends sans prendre le temps d’arrêter le moteur. Je cours jusqu’à la porte et la pousse, elle n’est pas verrouillée. Un homme se trouve là, dans le hall. Ce n’est pas Monsieur Fabre, j’en conclus qu’il doit s’agir de Christophe Mercier. Je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche qu’il déclare en m’indiquant l

Sans Elles   39

39Je laisse un message sur le répondeur de Maud pendant le trajet où je lui explique mes sérieux doutes suite à la déclaration de la femme de ménage. C’est quelques minutes plus tard que je vois qu’elle essaie de me rappeler, seulement j’arrive à la gendarmerie. Je la rappellerai.À mon entrée, je réclame aussitôt le commandant Vail. On me demande la raison et je réponds que j’ai une question urgente à lui poser. C’est le jeune homme de la dernière fois et il me reconnaît, aussi il n’insiste pas et s’en va prévenir son supérieur. Cette fois-ci, le commandant vient en personne à l’accueil.— En quoi puis-je vous aider ? me demande-t-il après les salutations d’usage.— Je voudrais faire appel à vos souvenirs concernant l’accident.Le gendarme paraît gêné, puis hésite quelques secondes, avant de m’inviter à le suivre.La porte de son bureau refermée derrière moi, il s’exclame :— Ne me faites pas regretter de vous avoir laissé consulter le dossier.—&nb

Sans Elles   38

38C’est assez bizarre de me rendre chez quelqu’un que je ne connais pas afin de lui poser des questions. Caroline me déconseille d’avertir la personne de mon passage et de tout miser sur la compassion. Ce qui lui semble naturel par son métier est loin de l’être pour moi, mais je suis motivé et je m’interdis de repartir sans rien avoir appris.Il est 9 heures lorsque je frappe à la porte. Une dame âgée d’une cinquantaine d’années m’ouvre et me sonde de bas en haut.— Bonjour Madame.— Bonjour…Elle me regarde d’un air méfiant, craignant probablement un représentant.— Vous êtes Myriam Lafarge ?— Oui, je peux vous aider ?— Je pense que oui, je m’appelle Adam Weiss.Me présenter ne déclenche aucune réaction particulière de sa part, sinon celle de l’interrogation.— J’ai perdu ma femme et ma fille dans un accident de voiture il y a deux ans, peut-être vous souvenez-vous ?— Qu’est-ce que vous voulez ? me demande-t-elle.

Sans Elles   37

37Caroline part pour se rendre au manoir. Malgré mon insistance, elle refuse que je l’accompagne et je finis par me ranger à son avis. Elle a l’air de savoir ce qu’elle fait et semble avoir une idée derrière la tête qu’elle garde pour elle. « Restez ici jusqu’à mes nouvelles, vous avez besoin de parler un peu », nous dit-elle juste avant son départ. Tandis que je repense aux rêves de Sarah et à ce que pourrait être leur explication, Maud vient près de moi et m’embrasse.— Je ne t’en veux pas, me dit-elle, je comprends ce que tu as fait.— Non, j’ai agi trop vite. Je me suis laissé porté par mes angoisses et j’aurais dû répondre à tes appels, seulement je ne l’ai pas fait parce que j’étais tourmenté et que j’avais peur de m’emporter contre toi sans raison valable.Elle prend ma main et m’attire jusqu’au canapé.— Tu veux reparler des éléments du dossier, de ce que cela t’a fait de te replonger dans l’accident ?— Ça n’a pas été simple, expliqu

Sans Elles   3

3J’avais prévu de sortir davantage durant les jours précédant ma reprise et au lieu de cela, je suis resté chez moi. C’est donc encore désorienté et angoissé que je me rends au travail. Ce n’est pas simple, le regard des collègues sur moi me pèse et je le fuis autant que je le peux. Je sens la p

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2J’arrive chez le médecin, l’air frais du mois de janvier me fait un peu de bien. À cet instant je me dis que cette sortie forcée en appellera peut-être d’autres. Puis je change d’avis en entrant. Le simple fait de devoir m’adresser à la secrétaire d’accueil me fait paniquer. Durant un instant,

Sans Elles   1

1Été 2018. C’est le matin, ma femme Célia s’est absentée avec notre fille Eléanore. Nous avons prévu de nous retrouver pour le déjeuner dans un restaurant du centre-ville. Je m’installe à mon bureau, un mug de café à la main. En cette fin du mois d’août, je me sens bien. Enthousiaste à l’idée de

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« Vous êtes bien Monsieur Adam Weiss ? »Vous savez, ce genre de début de conversation téléphonique qui vous met tout de suite mal à l’aise. Vous n’avez aucune idée de ce à quoi vous attendre. Cela peut aussi bien être une opportunité professionnelle qu’un tirage au sort bidon que vo

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