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24

Author: 15210689748
"publish date: " 2021-06-25 20:35:28
24

J’appelle le neuropsychologue à la première heure, et par chance, il peut nous recevoir en fin de matinée. Cela me fait penser qu’il a malgré tout dû croire un minimum à mon histoire, pour accepter de me caler un rendez-vous aussi rapidement.

Durant le trajet, j’essaie d’échanger un peu avec Sarah, de démystifier ce qui s’est passé la veille au soir.

— Je ne voyais pas Eléanore, me dit-elle, j’étais elle.

— Explique-nous ça, l’interroge Maud d’un ton réconfortant.

Nous en avions discuté après que Sarah s'est rendormie et avions décidé d’en parler autant que possible avec la fillette, puis d’aborder le phénomène comme si c’était normal, afin qu’elle n’en ait pas peur.

— J’ai vu la maîtresse et dans mon rêve, elle était ma mère. C’est pour ça que je dis que j’étais Eléanore.

— Et que s’est-il passé, ensuite ? demandé-je en m’efforçant de rester concentré sur la route.

— Je ne sais plus très bien… J’essayais de la réveiller et juste après, j’étais hors de la voiture. Et c’est là qu’elle a commencé à brûler.

Nous échangeons un regard avec Maud, avant qu’elle ne murmure :

— Comme s’il s’agissait de son esprit.

— Quoi ? l’interroge Sarah.

— Je réfléchissais à la signification de ton rêve, précise-t-elle. C’est à ce moment que tu t’es réveillée ?

Le reflet de la petite hoche la tête dans le rétroviseur.

— Et lorsque tu étais en dehors de la voiture, Célia était encore dedans ? demandé-je.

— Oui.

— Et Eléanore, tu la voyais à l’intérieur ?

Elle prend quelques secondes avant de répondre :

— En fait je ne voyais pas. Je savais juste que ma maman était dedans et que moi je n’y étais plus.

— Comme si son esprit avait quitté son corps, insiste Maud.

J’ai bien compris la première fois et elle me donne l’impression d’expliquer un rêve déjà suffisamment bizarre en établissant une théorie encore plus folle.

— C’est quoi l’esprit, maman ?

Maud se retourne vers sa fille. « Bon courage » lui souhaité-je intérieurement.

— C’est ta pensée, ma chérie. Comme si tu avais la possibilité de voir, de réfléchir, même après la mort. Dans ton rêve, par exemple, Eléanore voyait de l’extérieur la voiture brûler, alors que son corps était à l’intérieur. Son esprit, lui, était sorti. Ce qui voudrait dire qu’elle était déjà morte lorsque le feu s’est déclaré.

Elle prononce ces derniers mots en me regardant, je le vois du coin de l’œil, mais fais mine de ne pas le remarquer, le sujet est trop grave et douloureux pour que je n’ose réagir.

— Dans mon rêve, je ne voyais pas l’esprit de la maîtresse, ça veut dire qu’elle n’était pas morte ?

— L’esprit est invisible, répond Maud. Peut-être que la maman d’Eléanore apercevait la même chose que sa fille, mais qu’elles ne se voyaient pas toutes les deux.

Je me demande si elle croit vraiment à ce qu’elle dit. Dans tous les cas, l’inquiétude disparaît des yeux de la petite et c’est le plus important.

— Mais comment elles vont faire pour se retrouver ? demande Sarah.

J’aperçois une aire d’autoroute, je regarde l’heure, nous avons un peu d’avance. J’actionne mon clignotant et Maud me dévisage.

— Ça va, Adam ?

— Besoin de boire un peu d’eau.

— J’ai une bouteille si…

— Besoin de m’arrêter un instant, la coupé-je.

Aussitôt le moteur stoppé, je descends de la voiture. Entendre Maud et Sarah échanger sur mes princesses est difficile, bien que je ne puisse pas leur reprocher, c’est moi qui les ai imprégnées de cette histoire. Néanmoins je ressens le besoin de marcher un peu, de m’aérer la tête. J’espère que Maud profitera de ces quelques minutes pour répondre aux dernières interrogations de Sarah, que l’on puisse parler d’autre chose durant le restant du trajet.

Je repense à la théorie de l’esprit, je n’y crois pas réellement. Même si l’idée qu’Eléanore et Célia ne soient plus complètement dans la voiture au moment de l’incendie ne me déplaît pas. Seules leurs coquilles vides auraient brûlé et leurs esprits auraient quitté leurs corps pour ne pas souffrir… Mais alors maintenant ? Que signifieraient les rêves de Sarah ? Que l’esprit de ma fille erre en vain depuis deux ans ?

Je regarde en direction de la voiture, Maud m’observe. Je les rejoins.

— Désolée, m’accueille-t-elle.

— Ne t’inquiète pas, j’avais juste besoin de souffler un peu.

Elle n’est pas dupe, alors c’est surtout pour rassurer Sarah que je dis cela.

*

Le neuropsychologue nous fait entrer à l’heure exacte du rendez-vous, et je lui présente Maud et Sarah. Je lui réexplique la même chose que la dernière fois, puis j’ajoute les événements de la veille. Le spécialiste scrute Sarah tout le long de mon explication, elle paraît inquiète et se love contre sa mère. Puis aussitôt que j’en ai terminé :

— Et de quoi te souviens-tu ? demande-t-il directement à Sarah.

Elle regarde Maud avant de répondre :

— Je me rappelle les choses vues par Eléanore, mais je ne sais pas toujours si c’est elle qui me parle ou si je suis à sa place.

— Eléanore était ta meilleure amie ?

Elle hoche la tête.

— Elle te manque ? reprend-il.

Sarah réitère son geste.

— Est-ce que tu rêvais d’Eléanore avant qu’elle disparaisse ?

— Je ne me souviens plus.

— D’accord.

Il prend un moment pour réfléchir, tandis que Maud et moi restons silencieux. Pour ma part, je sens un soulagement dans le fait que quelqu’un d’autre parle de cela avec Sarah, comme si cela nous libérait, Maud et moi, d’un poids trop difficile à porter.

— Quel est ton avis ? ajoute-t-il.

Elle paraît étonnée de la question, alors il précise :

— Nous les adultes, on émet des hypothèses, « ça pourrait être ça ou bien ça… » Mais toi ? Que penses-tu ?

— Je ne sais pas… j’ai l’impression qu’Eléanore cherche à me dire quelque chose. Au début elle jouait avec moi, maintenant elle ne veut plus, elle est triste.

— Au début elle jouait avec toi ? C’était avant ou après l’accident ?

— Après.

— Elle jouait avec toi pendant que tu dormais ?

— Non, pendant la journée, quand je m’amusais avec mes poupées.

— Oui, Sarah s’imaginait toujours Eléanore avec elle dans sa chambre, intervient Maud.

Le médecin la gratifie d’un sourire que j’interprète comme « s’il vous plaît, Madame, n’interférez pas dans mon échange avec votre fille ». Et elle doit le traduire de la même façon, car elle ne dit plus un mot.

— Maintenant, c’est pendant que je dors, reprend Sarah.

Je la trouve incroyablement courageuse de parler de cela comme elle le fait.

— Et ces rêves, Sarah, te font-ils peur ?

Elle hoche la tête avant de répondre :

— Je sens qu’Eléanore est en colère.

— En colère contre toi ?

— Peut-être… peut-être que je ne comprends pas tout ce qu’elle essaie de me dire.

Le médecin recule son fauteuil, sonde la fillette du regard, et demande :

— Tu penses qu’elle essaie de te dire des choses ?

— Peut-être qu’elle m’en veut parce que son papa est devenu le mien.

Puis elle se tourne vers moi, paraissant effroyablement gênée de ce qu’elle vient de dire. Maud pose sa main sur celle de sa fille, et moi, tout me semble d’un coup beaucoup plus clair. Sarah s’en veut, elle se reproche de prendre la place d’Eléanore. Toute cette histoire n’est peut-être que le fait de ses propres remords. Car que savons-nous de ce qui peut passer par la tête d’une petite fille de sept ans ?

Le neuropsychologue replace le clavier de son ordinateur et se met à écrire. Nous attendons qu’il ait terminé, puis il le repousse et regarde de nouveau Sarah.

— Sarah, lorsque tu parles la nuit, tu entends ce que tu dis ?

— Non.

— Tu ne t’entends pas parler ? insiste-t-il.

— Non.

— Alors de quoi te souviens-tu ?

— De ce que voit Eléanore.

Et je me sens de nouveau perdu.

— Mais tu dis qu’elle t’en veut, qu’elle te reproche de lui prendre son père…

— Je ne sais pas. C’est juste que j’ai l’impression qu’elle est en colère, et elle ne veut plus jouer avec moi.

— Sarah…

— Maintenant laissez-moi, le coupa-t-elle en se mettant à pleurer.

Maud la prend aussitôt dans les bras. Elle a déjà parlé plus que je ne l’aurais espéré. Je me tourne alors vers le spécialiste.

— Votre avis ?

Il me sonde du regard, il paraît tout aussi perdu que moi.

— Je ne pense pas que ce soit de mon ressort, dit-il.

— Comment ça ? demande Maud sur un ton sec.

— Votre fille a besoin d’en parler, d’évacuer des douleurs causées par la perte de son amie. Il ne me semble pas que ce soit d’un neuropsychologue dont elle a besoin.

— Mais il y a l’intonation de sa voix durant ses rêves, insisté-je, le fait qu’elle parle de choses dont elle ne devrait pourtant pas avoir connaissance…

Il reste muet. Sarah a le visage enfoncé dans le creux des bras de Maud et paraît ne plus vouloir croiser le regard du médecin, de peur qu’il ne lui pose de nouvelles questions.

— Je pourrais analyser l’activité de son cerveau, propose-t-il en se tournant vers Maud.

— Comment ça ? demande-t-elle.

— Grâce à des capteurs placés à différents endroits de son crâne, nous pouvons étudier quelles parties de son cerveau s’activent durant ses rêves. Notamment pendant que vous lui parlez.

— Et qu’est-ce que cela vous donnerait, au juste ?

— Nous verrions quelle portion du cortex cérébral de votre fille s’active, et pourrions donc déterminer s’il s’agit de création de sa part ou non.

— Je ne suis pas certain de bien comprendre, interviens-je. Vous dites que grâce à ces capteurs…

— Je pourrais vous prouver qu’il s’agit de scénarios imaginés par Sarah, me coupe-t-il.

— Et si c’est une autre partie du cerveau qui s’active ? demande Maud.

— Pour faire simple, dit-il, deux parties distinctes s’activeront. Ce ne sera pas la même selon si elle vous écoute, ou si elle vous parle. Reste à définir si l’écoute ne se produit que lorsque vous parlez, ou si elle entend autre chose durant son rêve. Seulement là, ce serait une expérience totalement inédite. Sinon, encore une fois, suivant la partie qui s’active, nous pouvons déterminer si Sarah invente ou reproduit. Est-ce qu’elle imagine ce qu’elle dit, ou est-ce qu’elle retranscrit ce qu’Eléanore lui dit ? Ou s’il s’agit d’un souvenir.

— Vous pouvez voir tout ça ? s’étonne Maud.

— Oui, sans problème. C’est la lecture et l’analyse que nous en ferons qui seront plus délicates. Mais je serais très intéressé de faire cette expérience.

— Et si vous découvrez qu’elle entend une autre voix en plus de la mienne ? demandé-je. Celle de ma fille, donc, avant de la reproduire.

— Pour dire vrai, je ne crois pas en cette hypothèse.

— Mais si c’est le cas, insisté-je.

Il prend un moment avant de répondre. Il regarde Sarah, qui n’a pas retiré sa tête des bras de Maud.

— Alors je demanderais l’aide d’un confrère, afin de confronter nos avis sur la question. Soyez rassuré, l’exorciste n’interviendra qu’en dernier recours, conclut-il avec un sourire. Mais cela n’amuse que lui.

*

De retour à la maison et à l’heure de se coucher, Sarah semble inquiète. Elle vient m’embrasser sur le canapé et je la suis du regard, gravissant les escaliers avec sa maman. Je les rejoins après quelques secondes et me positionne dans l’entrebâillement de la porte de sa chambre.

— Vous ne faites rien, s’exclame la fillette, d’accord ?

— De quoi as-tu peur ? demande Maud.

— Je ne veux pas que vous me surveilliez, j’en ai marre d’être bizarre.

— Mais tu es une petite fille tout à fait normale, la rassure-t-elle.

— Je ne veux plus qu’Eléanore me parle.

— Elle te fait peur ?

Sarah acquiesce, avant de m’apercevoir dans l’entrée de la pièce.

— Je suis désolée, me dit-elle.

Je m’approche et l’embrasse sur le front.

— Tu ne dois pas être effrayée, dis-je, ce ne sont que des rêves. Et tout le monde rêve, tu sais.

— Je ne veux pas qu’on me mette des trucs sur la tête.

— On ne fera rien si tu n’es pas d’accord, intervient Maud.

— Et vous ne venez pas me parler, hein ? Quand vous le faites, ça la réveille.

— Ça la réveille ? demandé-je.

— Eléanore. Je veux bien qu’elle soit avec moi, mais pas qu’elle me montre des choses…

Maud pose sa main sur la sienne.

— Promis ? reprend Sarah.

— On te le promet, ma chérie.

La fillette remonte son drap telle une protection contre les rêves et se tourne pour se mettre en position de dormir.

Nous sortons de la chambre et rejoignons la nôtre.

— On ne fera rien contre son gré, croit bon de préciser Maud en déboutonnant son chemisier.

Je ne réponds pas, je n’ai jamais eu l’intention de forcer Sarah à quoi que ce soit.

*

Je me réveille, car il me semble avoir entendu un bruit. Maud remue à côté de moi, je me tourne vers elle et aperçois grâce à la lumière du radioréveil qu’elle a les yeux ouverts.

— Tu n’as pas entendu quelque chose ? demandé-je.

Elle me fait signe de me taire.

« Papa ? » entends-je provenant de la chambre de Sarah.

Je me redresse et Maud me retient par le bras. Elle semble hésiter.

Il y a de nouveau un bruit, je crois reconnaître le grincement de la porte de Sarah, puis c’est au tour de la nôtre.

Maud se redresse à côté de moi, nous fixons tous les deux l’entrée.

« Papa ? » prononce de nouveau la petite fille.

— Ma chérie, ça va ? s’inquiète Maud.

Moi, je suis pétrifié. Je vois la silhouette de Sarah debout, les bras retombant le long du corps, et surtout, je ne distingue de son visage que ses yeux.

— Ce n’est pas Sarah, murmuré-je.

— Bien sûr que si, me rétorque Maud en repoussant les draps pour sortir du lit.

La silhouette de Sarah s’avance et contourne le sommier jusqu’à mon côté.

« Papa », dit-elle une nouvelle fois.

Elle passe devant le halo de lumière formé par le radioréveil et il me semble voir ce dernier se réfléchir dans ses yeux vides, aussi blancs que sa chemise de nuit.

Sarah est maintenant debout de mon côté, au niveau de mes pieds. Maud et moi sommes encore sur le lit, comme paralysés. Maud meurt probablement d’envie d’intervenir, mais se laisse le temps de voir ce qu’il se passe.

La peau métissée de la fillette la rend quasiment invisible dans la pénombre, et nous ne distinguons que son habit blanc et ses yeux sans iris. Elle est immobile, la tête levée dans ma direction.

— Princesse…, balbutié-je.

Mon timbre trahit la peur que je ressens.

« Il m’a dit que tu étais mort », articule-t-elle d’une voix triste.

De la voix triste d’Eléanore.

« Je sais maintenant que c’est faux », ajoute-t-elle. « Viens me chercher, s’il te plaît. »

— Que dis-tu, ma chérie ?

Maud ne bouge plus et laisse entendre des sanglots étouffés. Malgré cela, je ne peux pas me soucier d’elle, je suis comme hypnotisé par la silhouette de Sarah.

« Ne m’abandonne pas… », prononce-t-elle une dernière fois avant de s’écrouler par terre.

Maud pousse un cri et je me jette pour la rattraper.

Je soulève le corps inanimé de Sarah et le pose sur le lit. Elle ne se réveille pas. Maud panique à côté de moi et commence à secouer sa fille.

— Calme-toi, soufflé-je.

Elle ne m’écoute pas et se met à la gifler. Alors je la retiens par les poignets, elle s’effondre en larmes dans mes bras.

Je me tourne vers Sarah, elle respire et semble simplement endormie. Je l’appelle doucement, en lui passant la main dans les cheveux, et il faut une petite minute à la jeune fille pour se réveiller.

Elle cligne des yeux, avant de balayer la pièce du regard.

— Pourquoi je suis dans votre chambre ? demande-t-elle.

Le changement d’intonation est flagrant et ses iris sont réapparus.

Maud la serre contre elle.

— Tu es venue par toi-même, lui dit-elle.

— Tu ne te souviens pas ? l’interrogé-je.

Elle me regarde, mais ne répond pas à ma question et réclame :

— Je peux rester dormir avec vous ?

Maud la repositionne dans le lit avant de se blottir contre elle.

Je les observe quelques secondes. Sarah semble déjà se rendormir, tandis que Maud lui caresse les cheveux en ne la quittant plus du regard.

Je m’allonge à côté de la petite fille. Je ne referme pas l’œil de la nuit, et devine au son de sa respiration que Maud non plus.

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Sans Elles   Remerciements

RemerciementsNous y voilà, le fameux moment des remerciements.Alors je vais commencer par Eva, mon épouse, tu as lu Sans Elles, l’as relu, puis relu... Je sais qu’il s’agit pour le moment de ton préféré et j’espère réussir à t’en écrire un prochain que tu préfèreras encore.À Julia, tu me lis et me corriges depuis maintenant des années. Il est toujours difficile de se corriger soi-même et tu m’as encore une fois été d’une grande aide avec Sans Elles. Ton avis m’est toujours extrêmement précieux.À ma petite sœur Melody, pour ta participation dans la dernière lecture et à tes messages qui font chaud au cœur.À Ophé, sans toi ce roman ne serait probablement pas édité chez Inceptio. Tu as encore une fois su me convaincre.À Lysiah, encore une très jolie couverture à ton actif !À toute la family Inceptio, pour les superbes moments que nous passons ensemble.Puis à vous, lectrices et lecteurs. Merci de me suivre ou de me découvrir dans mes aventures littéraires. J’espère q

Sans Elles   41

41Plusieurs jours passèrent avant que toute l’affaire ne soit rendue publique. Ils ne furent pas si simples que je l’espérais. Eléanore pleurant celle qui avait été sa mère de substitution durant deux longues années, ainsi que Célia, sa maman, comme si elle ne découvrait qu’aujourd’hui qu’elle était réellement morte dans l’accident.C’est difficile de la voir souffrir. J’aimerais qu’elle soit toujours heureuse, au moins autant que je le suis de la retrouver. Seulement elle pleure sa mère comme je l’ai fait ces dernières années. Alors que c’est ensemble que nous aurions dû surmonter cette épreuve, je ne peux maintenant que compatir et la soutenir.Nous avons attendu quelques jours avant de faire revenir Sarah, et même après cela, il nous faut la tempérer afin qu’elle laisse Eléanore respirer et retrouver peu à peu une vie normale. Mais les voir jouer ensemble me fait fondre sur place. Maud suit cela avec distance, elle sait disparaître pour me laisser seul avec ma fille et apparaî

Sans Elles   40

40Nous arrivons devant le grand portail en fer forgé.— Et maintenant ? demande Maud.— On fonce, répond Caroline.C’est aussi l’idée que j’ai en tête. Les filles s’agrippent tandis que j’enfonce de toutes mes forces la pédale d’accélérateur. La voiture s’immobilise après avoir repoussé de seulement quelques centimètres les lourdes portes de métal et Maud se cogne violemment la tête contre le tableau de bord.— Continue ! crie-t-elle alors que du sang lui coule déjà d’une narine.Je l’écoute et enclenche la marche arrière. C’est à la troisième tentative que les articulations du portail cèdent enfin.Je stoppe la voiture devant la grande entrée et descends sans prendre le temps d’arrêter le moteur. Je cours jusqu’à la porte et la pousse, elle n’est pas verrouillée. Un homme se trouve là, dans le hall. Ce n’est pas Monsieur Fabre, j’en conclus qu’il doit s’agir de Christophe Mercier. Je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche qu’il déclare en m’indiquant l

Sans Elles   39

39Je laisse un message sur le répondeur de Maud pendant le trajet où je lui explique mes sérieux doutes suite à la déclaration de la femme de ménage. C’est quelques minutes plus tard que je vois qu’elle essaie de me rappeler, seulement j’arrive à la gendarmerie. Je la rappellerai.À mon entrée, je réclame aussitôt le commandant Vail. On me demande la raison et je réponds que j’ai une question urgente à lui poser. C’est le jeune homme de la dernière fois et il me reconnaît, aussi il n’insiste pas et s’en va prévenir son supérieur. Cette fois-ci, le commandant vient en personne à l’accueil.— En quoi puis-je vous aider ? me demande-t-il après les salutations d’usage.— Je voudrais faire appel à vos souvenirs concernant l’accident.Le gendarme paraît gêné, puis hésite quelques secondes, avant de m’inviter à le suivre.La porte de son bureau refermée derrière moi, il s’exclame :— Ne me faites pas regretter de vous avoir laissé consulter le dossier.—&nb

Sans Elles   38

38C’est assez bizarre de me rendre chez quelqu’un que je ne connais pas afin de lui poser des questions. Caroline me déconseille d’avertir la personne de mon passage et de tout miser sur la compassion. Ce qui lui semble naturel par son métier est loin de l’être pour moi, mais je suis motivé et je m’interdis de repartir sans rien avoir appris.Il est 9 heures lorsque je frappe à la porte. Une dame âgée d’une cinquantaine d’années m’ouvre et me sonde de bas en haut.— Bonjour Madame.— Bonjour…Elle me regarde d’un air méfiant, craignant probablement un représentant.— Vous êtes Myriam Lafarge ?— Oui, je peux vous aider ?— Je pense que oui, je m’appelle Adam Weiss.Me présenter ne déclenche aucune réaction particulière de sa part, sinon celle de l’interrogation.— J’ai perdu ma femme et ma fille dans un accident de voiture il y a deux ans, peut-être vous souvenez-vous ?— Qu’est-ce que vous voulez ? me demande-t-elle.

Sans Elles   37

37Caroline part pour se rendre au manoir. Malgré mon insistance, elle refuse que je l’accompagne et je finis par me ranger à son avis. Elle a l’air de savoir ce qu’elle fait et semble avoir une idée derrière la tête qu’elle garde pour elle. « Restez ici jusqu’à mes nouvelles, vous avez besoin de parler un peu », nous dit-elle juste avant son départ. Tandis que je repense aux rêves de Sarah et à ce que pourrait être leur explication, Maud vient près de moi et m’embrasse.— Je ne t’en veux pas, me dit-elle, je comprends ce que tu as fait.— Non, j’ai agi trop vite. Je me suis laissé porté par mes angoisses et j’aurais dû répondre à tes appels, seulement je ne l’ai pas fait parce que j’étais tourmenté et que j’avais peur de m’emporter contre toi sans raison valable.Elle prend ma main et m’attire jusqu’au canapé.— Tu veux reparler des éléments du dossier, de ce que cela t’a fait de te replonger dans l’accident ?— Ça n’a pas été simple, expliqu

Sans Elles   36

36Elle est debout, les fesses contre le capot de sa voiture, à m’attendre devant chez moi. Je me gare à côté d’elle et descends.— Salut, me lance Caroline.— Qu’est-ce que tu fais là ?— Maud m’a prévenue et elle s’inquiète.Je passe devant et lui ouvre la porte d’entrée

Sans Elles   35

35Je suis maintenant seul, dans le lit, totalement dévasté par ce nouveau rêve de Sarah. Tout me paraissait si réel… j’ai vraiment eu l’impression de parler à ma princesse. Même si les paroles provenaient d’une bouche différente, j’ai la certitude qu’elles naissaient ailleurs, de la bouche de ma

Sans Elles   34

34Pendant le déjeuner, Maud me rappelle que c’est dans seulement deux jours que Sarah doit partir chez ses grands-parents. On n’en a pas rediscuté, mais l’idée qu’elle soit loin de nous alors que ses cauchemars ont repris nous inquiète.— C’était prévu ! s’offusque Sarah en voyant qu’

Sans Elles   33

33Caroline est repartie aussi tard qu’elle le pouvait, après avoir passé notre après-midi à réfléchir et échanger sur la terrasse. Nous sommes tous d’accord sur le fait que le comportement des Fabre est louche, que tout semble coïncider avec la date de l’accident, et qu’il peut donc y avoir un l

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