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Autor: 15210689748
"Fecha de publicación: " 2021-06-25 20:35:32
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Elle est debout, les fesses contre le capot de sa voiture, à m’attendre devant chez moi. Je me gare à côté d’elle et descends.

— Salut, me lance Caroline.

— Qu’est-ce que tu fais là ?

— Maud m’a prévenue et elle s’inquiète.

Je passe devant et lui ouvre la porte d’entrée.

— Je n’ai pas besoin d’être surveillé.

Je lui fais signe de me suivre à l’intérieur puis reprends :

— Tu as du nouveau sur Fabre ?

— Pas encore, mais je compte m’y rendre dans l’après-midi et demander à le voir.

— Je pense également le faire. Maud t’a dit quelque chose ?

— Comment ça ? m’interroge-t-elle.

— Est-ce qu’elle t’a dit ce qu’elle allait faire ?

— Tu veux savoir si elle va venir te rejoindre ici ou si elle va rester chez ses parents ?

— Oui.

— Adam, d’après toi ?

Je me rends à la cuisine, ouvre le réfrigérateur. Vide et débranché.

— Tu connais Maud ou pas ? ajoute-t-elle.

— Je sais qu’elle va venir, seulement je ne veux pas qu’elle le fasse.

— Pourquoi ?

— Parce que je trouve que ce ne serait pas honnête de ma part envers elle.

— Qu’est-ce qui ne serait pas honnête ?

Je sens au ton de sa question qu’elle sait tout à fait de quoi je parle, je suis certain qu’elle en a discuté par téléphone avec Maud.

— Supposons que j’apprends que Célia est encore vivante, précisé-je malgré tout.

— Ah OK, je vois.

— Donc je ne veux pas la mêler à ça, ce serait lui demander de m’aider à mettre fin à notre relation.

— Oui enfin là, nous parlons de suppositions. Tout ce qui se passe est très bizarre, seulement nous ne sommes encore sûrs de rien, Adam. Donc le plus probable aujourd’hui, je suis désolée de te le dire, mais ça reste que ta femme et ta fille sont mortes dans l’accident.

— Je sais bien, sauf que j’en viens à espérer que non. Ce qui veut dire qu’indirectement, j’espère la fin de ma relation avec Maud.

— Obligatoirement ?

Je la regarde, interloqué.

— Ce qui s’est passé jusqu’à maintenant, reprend-elle, entre Maud et toi, ça n’a pas de valeur ?

— Est-ce que tu compares ma relation de six mois avec Maud et mes dix années partagées avec la mère de ma fille ?

— Non, je comprends ton inquiétude, seulement tu fais comme si le choix était évident. S’il s’avérait que ta femme n’était pas morte, il ne faut pas oublier que ce serait alors peut-être elle qui aurait décidé de changer de vie.

— Nous n’en sommes pas là, dis-je.

— Non. Et pour être tout à fait honnête envers toi, je suis persuadée que Fabre cache quelque chose, néanmoins je doute que ce soit Célia et Eléanore.

— Tu as une hypothèse ? m’intéressé-je.

— Oui. Je pense que l’accident n’a pas été causé par Célia, mais par le chauffeur de Madame Fabre ou de Madame Fabre elle-même. Cette dernière hypothèse serait d’ailleurs plus logique.

— Continue…

— Réfléchis, ça aurait tout changé dans l’histoire ! La femme du Premier ministre aurait pu être poursuivie pour homicide involontaire et encourir une peine de prison. Et même si elle n’aurait probablement pas été emprisonnée, tu comprends que ça aurait fait tache dans le CV d’un Premier ministre aspirant à devenir président de la République.

Je trouve sa version plausible, sauf qu’elle oublie un détail.

— Et Eléanore qui communique par le biais des rêves de Sarah ?

— Je reste sur notre idée de départ, à Maud et moi.

— Elle parlerait d’entre les morts ?

— Son esprit ne sera pas tranquille tant que la justice ne sera pas rendue.

Je souris sans le vouloir.

— Je sais que cela paraît tout droit sorti d’un film d’épouvante, reprend-elle, mais la seule raison sensée serait que les rêves de Sarah ne soient que de simples cauchemars.

— C’est ce que je pensais au début, mais j’en doute de plus en plus. Plusieurs fois, j’ai vraiment reconnu ma fille.

— Je sais.

Puis il y a cette histoire de médicaments qu’elle et Célia seraient obligées de prendre…

— Et dans ton hypothèse, demandé-je, pourquoi Madame Fabre et sa fille se seraient-elles recluses depuis l’accident ?

— Ça fait partie des choses à découvrir. Peut-être un choc émotionnel dont elles ne se seraient pas encore remises…

Je reste planté devant Caroline, à réfléchir à ce qu’elle vient de me dire.

— Et pour en revenir à Maud, reprend-elle, c’est une adulte intelligente, donc laisse-la faire son choix. Si elle décide de t’aider, tu ne dois pas l’en empêcher.

— Elle est déjà sur la route ? demandé-je.

— Elle donnait une explication à ses parents et elle partait.

Je m’installe sur le canapé. D’une certaine façon, je suis content de savoir que Maud va venir, mais d’une autre, j’ai peur que mes sentiments pour elle interfèrent avec ma volonté de découvrir la vérité.

— Qu’est-ce que tu vas faire ? m’interroge Caroline en s’installant près de moi.

— Je dois retourner voir le commandant de gendarmerie dans l’après-midi, il va me donner accès au dossier de l’accident.

— Qu’est-ce que tu espères y trouver ?

— Je n’imagine pas y découvrir la moindre preuve. J’ai seulement besoin de savoir s’il y a des détails qui prouveraient que les corps sont bien ceux de Célia et d’Eléanore. En fait, je crois que j’y vais pour comprendre une bonne fois pour toutes que je ne les reverrai jamais.

Elle pose sa main sur mon épaule, alors je me retourne vers elle.

— C’est bon, ne t’inquiète pas. Et je veux venir avec toi chez les Fabre.

— Je ne suis pas certaine que ce soit bien qu’il sache que nous menons les recherches ensemble… Les politiques ne voient généralement pas les journalistes d’un bon œil, donc je préfère y aller seule et tenter de le voir, lui. Toi, de ton côté, tu peux continuer d’essayer de rencontrer sa femme.

Je n’ai pas envie de perdre plus de temps, alors j’attrape mon téléphone, consulte mon répertoire et appuie sur le numéro récemment enregistré.

Caroline m’observe lorsque ça décroche.

— Bonjour, j’aimerais parler à Madame Fabre, s’il vous plaît.

— Qui dois-je annoncer, Monsieur ?

— Un cousin.

— Je suis désolé monsieur, mais Madame Fabre est très fatiguée et ne prend pas d’appel. Néanmoins si vous êtes de la famille, je ne peux que vous conseiller d’appeler Monsieur.

— Très bien, vous pouvez me le passer ?

— Vous possédez l’un de ses numéros de téléphone portable ?

— Non, mais je crois savoir qu’il est au manoir, en ce moment.

— Vous ne m’avez pas donné votre nom.

— Je suis de sa belle-famille.

— Il me faut plus de précisions, car Monsieur Fabre ne prend pas les appels d’inconnus.

— C’est Adam.

— Le cousin Adam ?

— Oui.

S’ensuit un silence de près d’une minute, avant que quelqu’un revienne en ligne.

— Monsieur Fabre ? demandé-je.

— Non, c’est toujours la même personne. Monsieur Fabre n’a pas de cousin se prénommant Adam, ni dans sa famille ni dans sa belle-famille.

— Je suis Adam Weiss.

L’homme raccroche.

— Qu’est-ce qu’il t’a dit ? me demande aussitôt Caroline.

Je ne réponds pas et rappelle, ça sonne dans le vide. J’attrape mon téléphone fixe et recompose le numéro, puis entends après plusieurs secondes :

— Monsieur Weiss ?

Le fait qu’il réponde par mon nom me déstabilise un bref instant, puis je me reprends.

— Oui.

— Je vous demande d’arrêter d’appeler, sans quoi nous nous verrions dans l’obligation de prévenir les forces de l’ordre afin de les avertir de votre harcèlement envers la famille Fabre. Passez une bonne journée.

Et l’homme raccroche de nouveau. Je me tourne vers Caroline, qui visiblement s’impatiente.

Je n’ai que le temps de relater l’échange téléphonique avec Caroline que Maud débarque chez moi. Elle est furax, pas du fait que je sois parti, mais parce que je ne réponds pas à ses appels. Je la comprends et lui dis, ça a l’air de la calmer légèrement, néanmoins je sais qu’elle en attend davantage de ma part. Seulement ce n’est pas le moment. Je raconte alors ma matinée à Maud, puis ce que je prévois de faire. Elle m’écoute religieusement et Caroline enchaîne pour lui faire part de ses dernières hypothèses.

Mais il est presque l’heure du déjeuner et je n’ai rien à manger chez moi, les filles proposent alors d’aller déjeuner à l’extérieur, mais je décline l’invitation. Je n’ai pas faim et attends avec impatience l’après-midi pour retourner à la gendarmerie.

Lorsque c’est enfin l’heure et durant le trajet pour m’y rendre, je m’interroge sur la raison pour laquelle je n’ai pas fait cette démarche plus tôt. Probablement parce que je n’ai jamais ressenti de doute auparavant… ou bien parce que je savais que je n’en sortirais pas indemne.

J’appréhende en même temps que j’ai hâte de consulter ce dossier. Et plus je me rapproche de la gendarmerie, plus je me sens revenir à la raison. Je sais que je vais découvrir des éléments probablement très douloureux, seulement l’espoir que je nourris depuis quelques jours l’est également. Bien que ce soit idiot et probablement erroné, j’ai l’impression qu’obtenir la certitude que mes princesses sont bel et bien mortes dans l’accident me soulagerait. Je m’en veux de penser cela, sauf que le contraire voudrait dire que j’ai été absent pour elles durant deux ans, ou qu’elles m’aient intentionnellement abandonné.

Je m’attends à une chute, à un coup violent à la lecture du rapport. Puis je repense à la théorie de Caroline, c’est en effet la plus plausible. Sauf que ce que je n’explique pas, ce sont les rêves. Serait-ce mon imagination qui me joue des tours ? Car Maud a toujours été moins catégorique que moi sur le fait que le ton emprunté par Sarah n’était pas le sien.

L’arrivée à la gendarmerie me sort de mes interrogations, je suis maintenant proche du dénouement, je vais enfin en avoir le cœur net. En arrivant, je me présente et demande le commandant Vail. La femme se trouvant à l’accueil repart et lorsqu’elle revient, elle m’annonce qu’il m’attend dans son bureau. Cette fois je m’y rends seul, comme un grand. À la différence du matin, les quelques bureaux placés dans la salle qu’il me faut traverser sont occupés. Les gendarmes lèvent la tête à mon passage et me suivent des yeux jusqu’à ce que je frappe à la porte du Commandant de gendarmerie.

— Je me souviens mieux, maintenant, m’accueille-t-il, ressortir le dossier m’a rappelé le drame.

Je ne dis rien et m’installe sur le siège disposé face au bureau. Une enveloppe kraft y est posée. Je me demande s’il s’agit du dossier, elle paraît très fine. Néanmoins je ne peux m’empêcher de la fixer des yeux.

Le gendarme le remarque et s’exclame :

— J’ai pris soin de retirer les photos.

— Pourquoi ? demandé-je.

— Elles n’auraient aucun intérêt pour vous, on ne reconnaît pas votre femme ni votre fille. La voiture était totalement carbonisée lorsque nous sommes arrivés sur les lieux, alors je préfère vous épargner la vue des corps.

— Mais il doit bien y avoir quelque chose, la couleur des cheveux ou… vous avez fait un test dentaire ?

— Monsieur Weiss, pourquoi au juste souhaitez-vous consulter ce dossier ? Vous m’avez dit que c’était pour votre deuil, seulement j’ai l’impression qu’il y a autre chose.

— Non, comme je vous l’ai dit, c’est juste pour l’acceptation. Je n’ai pas vu leurs corps, mon médecin m’affirme qu’il est plus difficile de faire son deuil lorsqu’on ne voit pas les corps, alors je me suis dit que voir les photos pourrait m’aider.

— Écoutez, si vous insistez, je peux les remettre dans le dossier. Malgré tout, je préfère vous avertir qu’elles risquent de provoquer plus de souffrance que de soulagement.

Je prends le temps de la réflexion, puis réclame :

— Remettez-les.

Le commandant ouvre un de ses tiroirs et sort des photos qu’il glisse dans l’enveloppe. Puis, la tenant en main, il me regarde, en restant silencieux quelques secondes avant de s’exclamer :

— Cette enveloppe ainsi que ce qu’elle contient ne doivent pas sortir de la gendarmerie, nous sommes bien d’accord ? Et je suis désolé, mais je vais devoir rester avec vous pendant que vous les consultez.

— D’accord.

Puis le gendarme la pose devant moi.

J’expire une grande bouffée d’air, mon cœur bat la chamade. Je ne suis plus certain de vouloir découvrir ce qu’il y a à l’intérieur et en même temps il le faut. Je l’ouvre et sors tout le contenu sur le bureau. Les photos se trouvent sur le dessus de la pile. Je les regarde. Deux corps, noircis et déformés. En effet, il est impossible de reconnaître à cent pour cent Célia ou Eléanore, bien qu’il me semble distinguer à la finesse du visage qu’il s’agit d’une femme et d’une petite fille. Les cheveux ont brûlé, les crânes sont noirs et nus. Des souvenirs imaginés me reviennent en mémoire, ceux que mon esprit créait suite à l’accident. J’entends ma fille appeler au secours, pleurer, tandis que Célia est endormie.

Je pose mon doigt sur le cliché d’un visage brûlé, celui de Célia. Son visage n’a plus rien de celui que je connaissais. Sa beauté a disparu pour ne laisser qu’un crâne noirci recouvert d’une peau carbonisée. Il y a également un zoom sur le visage de ma petite fille, je dois me forcer pour le regarder. Je sens que je pleure intérieurement, mais de façade, parviens à me contenir.

Je me force à me concentrer sur les photos, à la recherche du moindre signe distinctif permettant leur identification. D’un geste rapide, je dispose tous les clichés sur le bureau. Certaines représentent la voiture calcinée, d’autres la scène dans sa globalité, comprenant l’autre véhicule. L’odeur des corps brûlés me revient en mémoire, je sens venir une nausée, que je retiens. Je ne veux pas me rendre aux toilettes de peur que le gendarme ne reprenne le dossier. Je regarde encore les corps, les visages, ils sont malheureusement méconnaissables. Il m’est impossible de dire que ce sont elles, ni d’affirmer le contraire.

Sous les photos se trouvent des feuilles A4, il s’agit du rapport comprenant les différents témoignages. Il y a le mien, celui de Christophe Mercier, le chauffeur de Madame Fabre, ainsi que celui de cette dernière. Je tourne les pages et découvre celui de Monsieur Fabre, qui répond en tant que premier arrivé sur les lieux.

— Vous n’avez pas interrogé Elise Fabre ? demandé-je.

— Non, c’était une fillette. Elle a vu des médecins, mais pour ce qui est de l’accident, on a posé les questions aux adultes rescapés.

Je lis alors plus attentivement les témoignages de ces derniers. Tous allaient dans le sens de la négligence de la part de Célia. Madame Fabre a dit avoir été alertée par son chauffeur s’égosillant « Mais qu’est-ce qu’elle fait ? » avant de freiner violemment. Madame Fabre aurait alors vu la voiture arriver face à la leur, et aurait crié en pensant à sa fille. Christophe Mercier a affirmé la même chose, en donnant néanmoins plus de détails. Il a précisé avoir distingué une femme au volant, tournée vers l’arrière. Le véhicule mordait sur la ligne, il aurait eu beau klaxonner, la voiture aurait continué de dévier sur l’autre voie. Il aurait ensuite appuyé de tout son poids sur le frein, seulement il était déjà trop tard. Le choc, puis le déclenchement immédiat des airbags, c’est tout ce dont il se souvenait. Il pensait avoir perdu connaissance quelques secondes avant de réaliser ce qui s’était passé et de sortir du véhicule. Il aurait mis Madame Fabre et Elise Fabre en sécurité et serait reparti en direction de l’autre voiture, en feu. Il a déclaré qu’elle brûlait déjà lorsqu’il avait repris connaissance, et qu’il n’avait entendu aucun cri provenant du véhicule enflammé. Je suis soulagé de le lire, cela peut vouloir dire que mes princesses étaient inanimées lors de l’incendie. Je m’accroche à cette idée, qu’elles n’aient au moins pas souffert.

Puis je lis le témoignage du ministre, décrivant l’horreur de la scène à son arrivée. Il a déclaré avoir vu de la fumée en s’approchant des lieux de l’accident. Il est descendu de la voiture et a couru jusqu’à celle de sa femme. Il a trouvé cette dernière et sa fille, en pleurs, adossées à un arbre bordant la route. Il a déclaré n’avoir aperçu son chauffeur qu’après, à proximité du véhicule en flammes. Ce dernier aurait voulu porter secours aux personnes à l’intérieur, mais le feu était trop important et il n’avait rien pu faire. Les pompiers seraient alors arrivés et sa femme transportée. Il aurait demandé aux sauveteurs s’il pouvait emmener lui-même sa fille à l’hôpital, car elle était apeurée et voulait rester auprès de lui.

Je relève la tête et regarde le gendarme qui m’observe.

— Le fait que Monsieur Fabre emmène lui-même sa fille à l’hôpital, c’est une procédure normale ?

Il paraît intrigué par ma question.

— Pourquoi est-ce que vous me demandez ça ?

— Je sais que ça n’a rien à voir, mais c’est une interrogation qui me vient en lisant le rapport.

— Non, ce n’est pas ce qui est fait habituellement, mais j’imagine que la fonction de Monsieur Fabre et le jeune âge de la victime font que les pompiers ont estimé que la requête était acceptable.

J’ai envie de remettre cette décision en doute, sauf que je n’ai aucune preuve à apporter et cela risque de braquer le gendarme.

— Ces témoignages, demandé-je, vous les avez pris sur les lieux de l’accident ?

— Seulement le vôtre et celui du chauffeur, ceux de Madame et Monsieur Fabre ont été obtenus par la suite, à leur domicile.

— Pas le jour du drame ?

— Non.

— Ni même le lendemain, je vois que c’est noté le 21 août, donc deux jours après l’accident.

— Oui en effet, mais je ne comprends pas ce que vous cherchez, là. Deux jours après, ce n’est pas bizarre. Vous savez qui sont Madame et Monsieur Fabre quand même ? Il était le Premier ministre, nous n’allions pas l’interroger comme si de rien n’était, il fallait prendre rendez-vous, il avait d’autres obligations. Et je suis désolé de vous le dire, il n’y avait pas urgence. Les raisons de l’accident étaient suffisamment claires, leurs dépositions ne servaient qu’à les confirmer.

— Justement, insisté-je, concernant les raisons de l’accident, en êtes-vous certains ? Ou est-ce qu’il s’agit seulement de déductions suite aux déclarations des témoins ?

— Les dépositions concordent parfaitement avec les traces de pneus relevées sur la route, si c’est ce que vous souhaitez savoir.

— Donc vous avez la certitude que c’est ma femme qui roulait sur l’autre voie.

— Elle s’est déportée, pour être exact. C’est pour cela que ça a été très vite et que le conducteur en face n’a pas eu le temps de réagir autrement que de simplement freiner.

Je cherche ma prochaine question à ce sujet et comme si le gendarme le devinait, il ajoute :

— Les traces de freinage du véhicule ainsi que les marques laissées par le choc accréditent les versions des rescapés.

Je ne trouve rien à en redire.

À la fin du rapport est rédigée la conclusion, que je lis silencieusement. Cette dernière rappelle la date, l’heure approximative et le lieu de l’accident. Il est noté les noms et âges des occupants de chaque voiture et y est décrite la scène du drame. La cause est la négligence de la conductrice Célia Weiss ajoutée à une vitesse supérieure à la limitation sur cette portion de voie. Les vitesses des deux véhicules sont précisées, ainsi que la distance de freinage avant l’impact. Tout semble avoir été vérifié, le rapport ne laisse flotter le moindre doute quant à la cause et la responsabilité qui incombe à ma femme. Je relève la tête et demande au gendarme :

— Votre avis sur l’accident ?

— Mon avis ?

— Oui.

— Vous venez de le lire, il n’y a pas de raison que mon avis soit différent de la conclusion du rapport d’enquête. Je sais que ce ne doit pas être évident de découvrir que votre femme est responsable. Seulement imaginez l’inverse, si ça avait été le conducteur en face qui avait été négligent, est-ce que ça n’aurait pas été au moins aussi dur à accepter ?

Je ne réponds pas, il n’attend d’ailleurs pas de réponse. Je me lève et le remercie, avant de m’en aller.

En sortant, j’appelle Maud.

— Alors ? me demande-t-elle.

— Je préfère tout vous raconter de vive voix.

— OK, on est en ville, là. On peut se retrouver à la maison ?

— D’accord.

*

Les filles arrivent juste avant moi et sont en train d’ouvrir lorsque je me gare près de la voiture de Maud. Caroline tient la porte jusqu’à mon passage et s’exclame dès mon entrée.

— Dis-nous tout.

— Attends, la coupe Maud, est-ce que ça va, d’abord ? J’imagine que ça n’a pas dû être facile…

— Ça va, murmuré-je.

En réalité, ça ne va pas. Je me rends compte que ce dossier ne m’a rien appris, et même si je m’y attendais, ça n’en reste pas moins difficile à encaisser. J’ai besoin d’avaler quelque chose de frais, je me rends jusqu’au réfrigérateur et en sors une bouteille de soda, puis je prends trois verres et retourne dans le salon. Assis sur le canapé, je commence à relater en détail le contenu du dossier.

Puis une fois mon explication terminée, Maud se tourne vers Caroline :

— Cela remet en cause ton hypothèse.

— Attends, depuis le début il est dit que la femme d’Adam était la responsable, donc non, ça ne remet rien en cause.

— Les traces de freinage et du choc prouvent que Célia était sur la mauvaise voie, dis-je.

— Peut-être, mais quoi qu’il en soit, la réaction et le comportement louche des Fabre démontrent qu’ils cachent quelque chose. Alors le plus évident pour moi était la responsabilité de l’accident, mais même si ce n’est pas ça, il y a forcément autre chose.

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Sans Elles   Remerciements

RemerciementsNous y voilà, le fameux moment des remerciements.Alors je vais commencer par Eva, mon épouse, tu as lu Sans Elles, l’as relu, puis relu... Je sais qu’il s’agit pour le moment de ton préféré et j’espère réussir à t’en écrire un prochain que tu préfèreras encore.À Julia, tu me lis et me corriges depuis maintenant des années. Il est toujours difficile de se corriger soi-même et tu m’as encore une fois été d’une grande aide avec Sans Elles. Ton avis m’est toujours extrêmement précieux.À ma petite sœur Melody, pour ta participation dans la dernière lecture et à tes messages qui font chaud au cœur.À Ophé, sans toi ce roman ne serait probablement pas édité chez Inceptio. Tu as encore une fois su me convaincre.À Lysiah, encore une très jolie couverture à ton actif !À toute la family Inceptio, pour les superbes moments que nous passons ensemble.Puis à vous, lectrices et lecteurs. Merci de me suivre ou de me découvrir dans mes aventures littéraires. J’espère q

Sans Elles   41

41Plusieurs jours passèrent avant que toute l’affaire ne soit rendue publique. Ils ne furent pas si simples que je l’espérais. Eléanore pleurant celle qui avait été sa mère de substitution durant deux longues années, ainsi que Célia, sa maman, comme si elle ne découvrait qu’aujourd’hui qu’elle était réellement morte dans l’accident.C’est difficile de la voir souffrir. J’aimerais qu’elle soit toujours heureuse, au moins autant que je le suis de la retrouver. Seulement elle pleure sa mère comme je l’ai fait ces dernières années. Alors que c’est ensemble que nous aurions dû surmonter cette épreuve, je ne peux maintenant que compatir et la soutenir.Nous avons attendu quelques jours avant de faire revenir Sarah, et même après cela, il nous faut la tempérer afin qu’elle laisse Eléanore respirer et retrouver peu à peu une vie normale. Mais les voir jouer ensemble me fait fondre sur place. Maud suit cela avec distance, elle sait disparaître pour me laisser seul avec ma fille et apparaî

Sans Elles   40

40Nous arrivons devant le grand portail en fer forgé.— Et maintenant ? demande Maud.— On fonce, répond Caroline.C’est aussi l’idée que j’ai en tête. Les filles s’agrippent tandis que j’enfonce de toutes mes forces la pédale d’accélérateur. La voiture s’immobilise après avoir repoussé de seulement quelques centimètres les lourdes portes de métal et Maud se cogne violemment la tête contre le tableau de bord.— Continue ! crie-t-elle alors que du sang lui coule déjà d’une narine.Je l’écoute et enclenche la marche arrière. C’est à la troisième tentative que les articulations du portail cèdent enfin.Je stoppe la voiture devant la grande entrée et descends sans prendre le temps d’arrêter le moteur. Je cours jusqu’à la porte et la pousse, elle n’est pas verrouillée. Un homme se trouve là, dans le hall. Ce n’est pas Monsieur Fabre, j’en conclus qu’il doit s’agir de Christophe Mercier. Je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche qu’il déclare en m’indiquant l

Sans Elles   39

39Je laisse un message sur le répondeur de Maud pendant le trajet où je lui explique mes sérieux doutes suite à la déclaration de la femme de ménage. C’est quelques minutes plus tard que je vois qu’elle essaie de me rappeler, seulement j’arrive à la gendarmerie. Je la rappellerai.À mon entrée, je réclame aussitôt le commandant Vail. On me demande la raison et je réponds que j’ai une question urgente à lui poser. C’est le jeune homme de la dernière fois et il me reconnaît, aussi il n’insiste pas et s’en va prévenir son supérieur. Cette fois-ci, le commandant vient en personne à l’accueil.— En quoi puis-je vous aider ? me demande-t-il après les salutations d’usage.— Je voudrais faire appel à vos souvenirs concernant l’accident.Le gendarme paraît gêné, puis hésite quelques secondes, avant de m’inviter à le suivre.La porte de son bureau refermée derrière moi, il s’exclame :— Ne me faites pas regretter de vous avoir laissé consulter le dossier.—&nb

Sans Elles   38

38C’est assez bizarre de me rendre chez quelqu’un que je ne connais pas afin de lui poser des questions. Caroline me déconseille d’avertir la personne de mon passage et de tout miser sur la compassion. Ce qui lui semble naturel par son métier est loin de l’être pour moi, mais je suis motivé et je m’interdis de repartir sans rien avoir appris.Il est 9 heures lorsque je frappe à la porte. Une dame âgée d’une cinquantaine d’années m’ouvre et me sonde de bas en haut.— Bonjour Madame.— Bonjour…Elle me regarde d’un air méfiant, craignant probablement un représentant.— Vous êtes Myriam Lafarge ?— Oui, je peux vous aider ?— Je pense que oui, je m’appelle Adam Weiss.Me présenter ne déclenche aucune réaction particulière de sa part, sinon celle de l’interrogation.— J’ai perdu ma femme et ma fille dans un accident de voiture il y a deux ans, peut-être vous souvenez-vous ?— Qu’est-ce que vous voulez ? me demande-t-elle.

Sans Elles   37

37Caroline part pour se rendre au manoir. Malgré mon insistance, elle refuse que je l’accompagne et je finis par me ranger à son avis. Elle a l’air de savoir ce qu’elle fait et semble avoir une idée derrière la tête qu’elle garde pour elle. « Restez ici jusqu’à mes nouvelles, vous avez besoin de parler un peu », nous dit-elle juste avant son départ. Tandis que je repense aux rêves de Sarah et à ce que pourrait être leur explication, Maud vient près de moi et m’embrasse.— Je ne t’en veux pas, me dit-elle, je comprends ce que tu as fait.— Non, j’ai agi trop vite. Je me suis laissé porté par mes angoisses et j’aurais dû répondre à tes appels, seulement je ne l’ai pas fait parce que j’étais tourmenté et que j’avais peur de m’emporter contre toi sans raison valable.Elle prend ma main et m’attire jusqu’au canapé.— Tu veux reparler des éléments du dossier, de ce que cela t’a fait de te replonger dans l’accident ?— Ça n’a pas été simple, expliqu

Sans Elles   15

15Ce matin, ni Célia ni ma princesse ne partagent mon petit-déjeuner. Mais ça va. La veille, je suis rentré surexcité et enjoué par cette soirée passée. Maud me fait du bien, et Sarah aussi, c’est indéniable. Évidemment, j’ai aperçu la mélancolie se pointer à mon entrée, mais je l’ai ignorée. Je

Sans Elles   14

14Maud est retournée hier chez ses parents, afin d’y récupérer Sarah. Elle m’a appelé ce matin et donné rendez-vous pour le déjeuner, dans un petit restaurant de centre commercial. Que cela se passe là-bas ne m’enchante pas du tout, sauf qu’il va falloir que je m’y plie si je veux pouvoir échang

Sans Elles   13

13De la lumière provenant de dehors me sort de mon état comateux. Je ne dormais pas encore, mais après de multiples essais infructueux auprès de mes perles disparues, je reste à délirer tout seul au fond de mon canapé, sous l’œil bienveillant d’une bouteille de whisky vidée de la moitié de son c

Sans Elles   12

12Marjorie arrive chez moi en milieu d’après-midi. Je suis sobre, ce qui représente un immense succès pour moi. Seulement cette première gorgée m’appelle, elle me fait de l’œil depuis que je ne vois plus Eléanore déballer ses cadeaux. Je me suis concentré et reconcentré, mais mon esprit n’en a r

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