loading
Home/ All /Sans Elles/25

25

Author: 15210689748
"publish date: " 2021-06-25 20:35:29
25

Les premières lueurs du soleil réveillent Sarah qui commence à remuer dans le lit. Je n’ai pas dormi, mais sens que ça peut peut-être enfin venir. Maud se lève avec sa fille, puis le temps d’un battement de paupières, elles ont disparu de la chambre. Je tends l’oreille et entends la télévision s’allumer dans le salon et le son des dessins animés envahir le rez-de-chaussée. Je m’apprête à me lever lorsque Maud fait sa réapparition.

— Reste couché, me dit-elle.

Elle s’allonge près de moi avant de reprendre :

— Je sais que tu n’as pas dormi de la nuit.

— Toi non plus, rétorqué-je.

— J’ai eu très peur…

— C’est pourquoi je pense qu’on doit faire le test que nous a conseillé le neuropsychologue.

Elle reste muette, alors j’ajoute :

— Si au moins j’avais eu le réflexe de la filmer avec mon téléphone…

— Ni toi ni moi n’aurions réussi à le faire, me coupe-t-elle. Repasse-toi les images dans la tête, Adam. Toi, tu entendais ta fille décédée te parler, et moi, je voyais le corps de la mienne agir comme un pantin aux yeux retournés. On était tous les deux pétrifiés.

Elle n’a pas tout à fait tort, mais j’insiste :

— On n’a pas d’autre choix que de faire ces tests. Parce que si je retourne le voir pour lui raconter cette histoire… Il avait déjà du mal à croire ce que je lui disais jusqu’à maintenant, alors là… il va me faire interner.

— En tout cas ce n’était pas Sarah, cette nuit.

Je la fixe, pas certain de comprendre ce qu’elle veut dire.

— Ce n’était pas Sarah mimant Eléanore, reprend-elle, je te l’ai dit, c’est comme si ma fille était un pantin.

— Qu’est-ce que tu veux me dire, exactement ?

— Je pense qu’il faut vraiment creuser dans le sens de ce qu’elle t’a dit.

— Merde, Maud, sois plus claire ! m’énervé-je avant d’aussitôt m’adoucir. Je suis désolé, j’y ai repensé toute la nuit et ça me met à cran.

— Moi aussi j’y ai repensé, dit-elle d’une voix toujours calme et posée, et ça risque d’être douloureux, mais je crois qu’il va falloir te replonger dans tes souvenirs de l’accident.

— Maud, est-ce que tu es en train de me dire que tu crois maintenant à ce qu’affirme Sarah ? Qu’Eléanore ne serait peut-être pas morte ?

— Je dis qu’il faut étudier l’hypothèse ou au moins s’assurer que c’est bien impossible. As-tu bien vu son corps ?

Je ne me sens pas bien, la question m’a déjà traversé l’esprit, mais je ne m’étais jamais autorisé à réellement le penser.

— Je sais que c’est fou, insiste-t-elle, seulement je te le répète, ce n’était pas Sarah hier soir.

— Admettons, Maud, cela voudrait dire que Sarah est « possédée », rétorqué-je en mimant les guillemets.

— Exactement.

Je me redresse, elle s’écarte et me regarde en restant allongée.

— Même si j’ai jusqu’à maintenant toujours privilégié l’idée de simples cauchemars de la part de Sarah, continue-t-elle, ça ne m’empêche pas de croire en ces choses-là.

— Eh bien moi, je n’y ai jamais cru.

— Je sais bien, mais là, ne me dis pas que tu ne t’interroges pas.

— Bien sûr que je m’interroge, ça fait un moment que je le fais !

— Alors pourquoi maintenant que je suis de ton côté, tu sembles faire marche arrière ?

— Ce n’est pas ça… seulement tu parles de l’esprit d’Eléanore prenant le contrôle du corps de Sarah, là.

— Oui, enfin… ce n’est pas plus extraordinaire qu’une petite fille morte qui transmet des messages durant les rêves !

Je reste muet, réfléchissant.

— Est-ce que tu as vu son corps ? me redemande-t-elle.

— Je l’ai juste aperçu passer après l’accident, il était recouvert.

— Et après ?

— Son corps était carbonisé, Maud… ils m’ont déconseillé de la voir. Ils m’ont dit qu’il valait mieux que je garde l’image que j’avais d’elle.

Nous restons silencieux un moment.

— S’il te plaît, ajouté-je, ne laisse plus entendre que ma fille pourrait être encore en vie, ça me fait plus de mal que de bien.

— Alors que crois-tu ? En son esprit qui reviendrait ?

— Oui. Enfin… je ne sais pas… En tout cas Eléanore est décédée. Alors peut-être y a-t-il finalement quelque chose après la mort, et peut-être me parle-t-elle de là-bas.

— Sarah refuse le test.

— Oui, mais Sarah a sept ans et tu es sa mère.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Que c’est à toi de lui imposer ou de la convaincre que c’est pour son bien. Maud, je dis ça pour elle. Si Sarah a besoin d’être soignée, ce serait bien de le savoir rapidement.

— Je sais…

— Mais… ? Le test te fait peur ?

— Non, pas du tout. Seulement j’ai vu ce que j’ai vu.

— Quoi ?

— Cette nuit, Adam, je te l’ai dit, ce n’était pas Sarah. Et ce n’est pas en lui mettant des capteurs sur la tête qu’on expliquera ce qui s’est passé. Alors ce que je ne veux pas, c’est qu’ils disent que le problème est d’ordre psychique et qu’ils l’internent en hôpital psychiatrique.

— Ils ne vont pas mettre une petite fille de sept ans en hôpital psychiatrique.

— Qu’est-ce que tu en sais ? Et peut-être qu’ils vont la ficher comme « malade mentale », et que ça la suivra toute sa vie.

— Là tu délires, Maud.

— Mince, Adam ! Comment veux-tu que je réagisse ? On parle de la santé mentale de ma fille, alors oui, j’en viens à espérer qu’il se passe réellement des trucs surnaturels. Parce que ça voudrait au moins dire que Sarah est normale.

Je reste calme, comprenant parfaitement l’inquiétude de Maud. Je la partage, même, en quelque sorte. Je lui pose la main dans les cheveux et l’observe. Elle a des larmes aux coins des yeux. Je me penche et l’embrasse.

— On prend le temps de la réflexion, murmuré-je.

Puis je me couche à ses côtés.

Nous nous endormons pour nous réveiller une heure plus tard. Puis nous nous levons, sans en reparler, et descendons préparer le petit-déjeuner. Sarah est toujours devant la télévision, je l’éteins et nous nous installons à table.

— Tu as bien dormi ? demande Maud à Sarah.

— Hmm.

Elle a déjà la bouche pleine de céréales.

— Tu te souviens que tu es venue dans notre chambre ?

— Je sais que j’ai dormi avec vous. Je pourrai recommencer ce soir ?

— Recommencer ? l’interrogé-je.

— À dormir avec vous.

— Non, Sarah, répond sa mère. Cette nuit, c’était exceptionnel. Mais est-ce que tu te souviens que tu es venue dans notre chambre ?

Elle fait non de la tête.

— Tu as fait des rêves, cette nuit ? demandé-je.

— Je ne me souviens pas.

Nous continuons de manger.

— Qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ? demande Sarah. On va se balader ? On pourrait aller à la mer ?

Nous échangeons un regard avec Maud.

— Peut-être pas aujourd’hui, mais demain, qu’est-ce que tu en dis ? propose-t-elle en me regardant.

— Pourquoi pas.

Plus tard dans la matinée, alors que je sors de ma douche, j’entends Sarah jouer dehors et perçois la voix de Maud dans le salon. J’écoute plus attentivement, elle paraît être au téléphone. Je m’habille et la trouve debout, son smartphone à la main.

— Tu as eu un appel ?

— Oui, c’était Caroline, une amie que je n’ai pas vue depuis au moins deux ans. Elle va essayer de venir me voir.

— Ah, c’est bien.

Je me dirige vers la baie vitrée et observe Sarah qui joue. Remarquant que je la regarde, elle me fait signe de la rejoindre. J’ouvre et sors sur la terrasse, la pousse un moment à la balançoire, puis nous jouons au ballon.

Je l’abandonne après une trentaine de minutes pour retrouver Maud installée sur le canapé, en train de pianoter sur son téléphone.

— Caroline arrive ce soir à la gare.

— L’amie dont tu m’as parlé ?

— Oui. Je suis super contente de la revoir.

— Donc elle va venir ici ?

— Oui, ça t’embête ?

Je me rends compte que ça va être la première fois que Maud va me présenter à une proche.

— Non, pas du tout, mais tu as proposé d’aller à la mer.

— On ira lundi. Caroline ne peut venir que ce week-end, je suis sûre que Sarah comprendra.

— Tu veux peut-être que je rentre chez moi ? proposé-je.

— Pourquoi dis-tu ça ?

— Je ne sais pas… si tu veux la retrouver seule. Elle sait que tu as quelqu’un dans ta vie ?

— Je lui ai parlé de toi tout à l’heure, au téléphone. Et il est peut-être temps d’officialiser les choses entre nous, non ?

Je réfléchis, je ne me sens pour ma part, pas prêt à présenter Maud comme ma compagne, de peur qu’on en déduise que j’oublie Célia.

— Mais si tu veux bien, reprend Maud, j’aimerais bien vous abandonner le temps du dîner.

— Nous abandonner ?

— Sarah et toi. Je dois aller chercher Caroline à la gare à 19 heures, j’irais bien dîner seule avec elle afin de nous retrouver.

— Pas de problème, dis-je.

Sarah fait irruption à cet instant dans le salon. Maud lui annonce la venue de son amie et qu’il va falloir remettre au lundi la sortie à la mer. Et comme elle l’a pressenti, la fillette accepte sans difficulté.

La fin d’après-midi vient, Maud se fait belle avant de partir chercher son amie. Je l’observe s’habiller dans la chambre, elle paraît soucieuse. Elle devine que je l’ai remarqué, car elle s’exclame :

— Est-ce que tu peux faire en sorte de garder Sarah éveillée jusqu’à ce que je rentre ?

— Je m’étonnais que tu n’aies pas encore abordé le sujet.

— Tu comprends, je préfère être là si elle devait recommencer…

— OK.

— Autant pour elle que pour toi, ajoute-t-elle.

— Pour moi ?

Elle s’approche et m’embrasse doucement.

— N’importe qui aurait besoin de soutien dans ce genre de situation, dit-elle avant de se retourner.

Je remonte la fermeture de sa robe et d’un geste, la fais se retourner.

— Tu es vraiment magnifique, lui dis-je.

Elle me gratifie de son sourire que je trouve toujours aussi irrésistible, avant de m’embrasser à nouveau.

— S’il n’était pas l’heure que j’y aille, tu sais ce que je te ferais ? susurre-t-elle.

— Hum…, marmonné-je d’un air gêné en regardant par-dessus son épaule.

Elle se retourne et aperçoit Sarah dans l’encadrement de la porte.

— Tu es trop belle, maman, lui dit cette dernière.

— Merci ma chérie.

Elle la rejoint, l’embrasse sur le dessus du crâne et sort de la chambre en lui tenant la main. J’attends les quelques secondes nécessaires pour faire disparaître l’image de Maud en robe moulante de mon esprit et ainsi reprendre une présentation plus digne. Puis je les retrouve au rez-de-chaussée.

— Bon, pas de bêtise en mon absence, s’exclame Maud en souriant.

— On va regarder des dessins animés toute la nuit ! annonce Sarah.

— Ça, ça m’étonnerait, répond sa mère en me regardant. D’ailleurs, si avec Caroline on mange aussitôt après son arrivée, on ne devrait pas rentrer trop tard.

— Amuse-toi bien, m’éxclamé-je.

Elle m’embrasse, puis sa fille, avant de s’en aller apparemment toujours aussi inquiète.

Je me tourne vers Sarah :

— Ce soir, on mange et on regarde ce que tu veux !

— Top ! crie-t-elle en sautant de joie. Je veux des hamburgers !

Je parcours le contenu des placards et du réfrigérateur, il me manque des ingrédients, alors je sors mon téléphone de ma poche.

Une fois les hamburgers commandés, je m’adresse à Sarah :

— Alors, qu’est-ce qu’on regarde ?

*

Je somnole lorsque j’entends la voiture de Maud se garer devant la maison. Sarah vient de s’endormir, la tête posée sur mes genoux.

Maud entre, suivie de son amie et je lui fais aussitôt signe de ne pas faire trop de bruit. Elle arrive jusqu’à nous sur la pointe des pieds.

— Ça a été ? murmure-t-elle.

— Oui, elle vient tout juste de s’effondrer de fatigue.

— Tu peux la porter jusqu’à sa chambre ?

J’acquiesce et me redresse. En me retournant, je salue Caroline d’un signe de tête. C’est une jolie jeune femme, la fin de vingtaine, aux cheveux mi-longs et blonds. Elle a un visage fin et bien maquillé, elle est ravissante.

Je m’engage dans les escaliers et le temps de s’excuser auprès de son amie, Maud me rattrape. Une fois Sarah couchée et en sortant de la chambre, elle me retient.

— Tout s’est bien passé ? me redemande-t-elle.

— Oui, je te l’ai dit, impeccable. On s’est fait livrer des hamburgers, d’ailleurs ils sont super bons, on devrait se refaire ça. Puis on a regardé la reine des glaces.

— Des neiges.

— La reine des neiges, oui. Et vous, ça a été ?

— Super. Viens, je vais te présenter Caro.

Elle me donne un baiser et passe devant moi pour redescendre les escaliers.

Caroline nous attend près du canapé.

— C’est sympa chez toi, s’exclame-t-elle.

— Je te ferai visiter demain.

— Donc tu es Adam, dit-elle en me regardant.

— Enchanté.

— De même.

Et elle s’approche pour me faire la bise.

— Asseyez-vous, propose Maud, je vous sers.

Caroline s’assied à côté de moi, ce qui laisse le temps à Maud de poser trois verres sur la table basse ainsi qu’une bouteille de vin blanc et un tire-bouchon qu’elle me tend.

— Vu que je n’ai pas envie de me prendre la tête, annonce-t-elle, ce sera vin blanc pour tout le monde, ça vous va ?

Caroline acquiesce.

Au ton enjoué de Maud, je devine qu’elles ont déjà dû prendre quelques verres durant le dîner.

Maud s’installe sur un fauteuil, attend que je les serve et porte un toast à leurs retrouvailles avec Caroline.

— Je suis super contente, dit-elle.

— Moi aussi, répond l’autre. Trop prises par le boulot on en oublie de se voir.

Nous buvons tous une gorgée, puis je demande :

— Vous vous connaissez depuis longtemps ?

— Un bail, souffle Caroline.

— Arrête, pas tant que ça, intervient Maud. C’était lors de nos premières séances photo, on avait quoi, 18 ans ?

— Ouais, à peu près…

— Ah, donc toi aussi tu es modèle, en conclus-je.

— Non, rigole-t-elle, c’était il y a dix ans, ça m’a servi à payer mes études.

— Et tu fais quoi maintenant ?

— Journaliste politique.

— Politique ?

— Oui, je m’occupe de mettre sur papier ou sur écran chaque petite rumeur concernant ceux qui nous gouvernent ou aspirent à le faire.

— Ce doit être passionnant, dis-je.

— Tu suis beaucoup la politique ?

— Non, pas vraiment.

— Il a l’ironie froide, précise Maud.

— C’est pourtant très utile et ça nous concerne tous, s’exclame Caroline.

— Je suis d’avis qu’elle pourrait être utile si elle était faite d’une manière différente et par d’autres personnes.

— Et là-dessus je suis d’accord, ajoute Maud.

— Alors vous étiez faits pour vous trouver.

— Heureusement que ce n’est pas la seule raison, précise Maud en souriant.

— Donc si ça ne fait que deux ans que vous ne vous êtes pas vues, tu connais Sarah, alors ? demandé-je.

— Oui, je l’ai vu quelques fois. Après c’est clair qu’on se voyait davantage avant que Maud devienne maman. À cette époque on passait notre temps à faire la fête, tu te souviens, Maud ?

— Caro était ma copine de beuverie sur Paris.

— Oui enfin, on n’était pas que toutes les deux, mais tout un groupe. Puis tu as rencontré le père de Sarah.

— C’est surtout quand j’ai eu Sarah que j’ai mis fin aux soirées.

— Même avant, souviens-toi. Batio ne voulait plus que tu sortes avec nous.

— Non, il ne m’empêchait pas.

— Il ne nous aimait pas, en tout cas.

Je les laisse parler entre elles, et remarque que les verres se vident, alors je les ressers.

— Et toi, Adam ? s’exclame Caroline, me sortant par la même occasion de mes pensées.

— Moi ?

— Tes premières soirées, tu étais comment quand tu étais jeune ?

— Parlons plutôt du présent, intervient Maud.

— Non, mais je ne parlais ni de sa femme ni de sa fille, s’explique Caroline, je parlais d’avant.

Maud me regarde d’un air gêné.

— Je lui en ai parlé, me dit-elle.

— Je vois ça.

— Je peux t’aider, dit Caroline.

— Quoi ? m’étonné-je.

— Je suis journaliste, je peux me renseigner sur l’accident, découvrir s’il y a quelque chose de suspect. En cherchant bien, je pourrais même te dire si ta femme te trompait.

— Attends, qu’est-ce qu’elle me fait ta copine, là ? m’adressé-je à Maud.

— Non Caro, s’exclame-t-elle, c’est nul, ça. Adam j’ai seulement voulu parler de ce qui arrive à Sarah en ce moment et il a donc fallu que je raconte toute l’histoire.

— C’est juste pour dire qu’en tant que journaliste je peux tout trouver, s’explique Caroline.

— Ma femme est décédée il y a deux ans, dis-je en tentant de garder mon calme. Tout allait très bien et elle n’avait aucune raison d’avoir un amant. Et si elle en avait un, c’est sûrement la dernière chose que j’aurais envie de savoir.

— Je crois que j’ai un peu trop bu, se défend-elle. Ce que j’ai dit était ridicule, je n’ai pas réfléchi. Je me suis laissée emporter par l’euphorie de retrouver Maud et j’ai dit n’importe quoi. Je peux parfois paraître totalement égoïste, Adam. Je suis désolée.

— En tout cas, je n’ai pas besoin qu’on m’aide.

— Je te l’ai dit, réintervient Maud, on a juste discuté des problèmes de Sarah.

— Si tu veux bien, Maud, nous coupe Caroline, je crois que je vais aller me coucher.

— Euh… oui bien sûr. Je vais te montrer la chambre d’amis.

Je ne dis rien, reste sur le canapé tandis que les filles disparaissent. J’entends la porte de la chambre d’amis se refermer et imagine Maud et Caroline discuter à l’intérieur de ce qui vient de se passer. Je me suis peut-être emporté un peu vite, je n’aime pas qu’on parle de Célia de cette façon, et encore moins lorsqu’on ne la connaissait pas.

Je termine mon verre puis monte à l’étage. Je m’installe dans le lit après être passé par la salle de bains et Maud me rejoint après quelques minutes.

— Caro a été maladroite, mais tu n’étais pas obligé de réagir comme ça, me reproche-t-elle en entrant.

— Tu devrais pourtant être soulagée, je me suis retenu.

— Non, ta façon de dire « qu’est-ce qu’elle me fait ta copine ? ». Je n’appelle pas ça de la retenue.

— Elle s’est permis de salir Célia.

— Non, ce n’est pas ce qu’elle a fait. Même si je comprends que tu l’aies mal pris, tu n’aurais pas dû lui répondre de cette manière.

— Je sais que j’ai réagi sans réfléchir, seulement tu sais que je suis comme ça. Et je n’apprécie pas que tu lui aies parlé de mon histoire sans m’en aviser avant.

— Adam, nous sommes ensemble, maintenant, alors tu vas devoir t’habituer au fait que je parle de toi.

— Alors je te prie de laisser Célia et Eléanore en dehors de ça.

— Qu’est-ce que tu aurais préféré ? Que je n’en parle pas et qu’elle t’interroge sur ta vie d’avant ? Tu aurais voulu aborder toi-même le sujet ? Ou comptes-tu mentir à tout le monde ?

— Oui je pense que j’aurais préféré l’aborder moi-même, je n’ai pas besoin que tu me protèges. Et pourquoi a-t-elle dit qu’elle pouvait m’aider ? Qu’est-ce que tu lui as demandé, au juste ?

— Rien, j’ai seulement parlé des rêves de Sarah et de ce que ça pouvait cacher. Mais s’il te plaît, Adam, ne me reproche pas d’en avoir parlé avec Caro. Parce que tu n’imagines pas à quel point ça m’a fait du bien de le faire.

Je ne réponds pas, je comprends tout à fait son point de vue, je me sens néanmoins toujours en colère de la manière avec laquelle son amie a parlé de Célia.

Puis Maud reprend :

— Elle n’a pas réfléchi avant de parler, je suis désolée. Caro a toujours été comme ça.

Want to know what happens next?
Continue Reading
Previous Chapter
Next Chapter

Share the book to

  • Facebook
  • Twitter
  • Whatsapp
  • Reddit
  • Copy Link

Latest chapter

Sans Elles   Remerciements

RemerciementsNous y voilà, le fameux moment des remerciements.Alors je vais commencer par Eva, mon épouse, tu as lu Sans Elles, l’as relu, puis relu... Je sais qu’il s’agit pour le moment de ton préféré et j’espère réussir à t’en écrire un prochain que tu préfèreras encore.À Julia, tu me lis et me corriges depuis maintenant des années. Il est toujours difficile de se corriger soi-même et tu m’as encore une fois été d’une grande aide avec Sans Elles. Ton avis m’est toujours extrêmement précieux.À ma petite sœur Melody, pour ta participation dans la dernière lecture et à tes messages qui font chaud au cœur.À Ophé, sans toi ce roman ne serait probablement pas édité chez Inceptio. Tu as encore une fois su me convaincre.À Lysiah, encore une très jolie couverture à ton actif !À toute la family Inceptio, pour les superbes moments que nous passons ensemble.Puis à vous, lectrices et lecteurs. Merci de me suivre ou de me découvrir dans mes aventures littéraires. J’espère q

Sans Elles   41

41Plusieurs jours passèrent avant que toute l’affaire ne soit rendue publique. Ils ne furent pas si simples que je l’espérais. Eléanore pleurant celle qui avait été sa mère de substitution durant deux longues années, ainsi que Célia, sa maman, comme si elle ne découvrait qu’aujourd’hui qu’elle était réellement morte dans l’accident.C’est difficile de la voir souffrir. J’aimerais qu’elle soit toujours heureuse, au moins autant que je le suis de la retrouver. Seulement elle pleure sa mère comme je l’ai fait ces dernières années. Alors que c’est ensemble que nous aurions dû surmonter cette épreuve, je ne peux maintenant que compatir et la soutenir.Nous avons attendu quelques jours avant de faire revenir Sarah, et même après cela, il nous faut la tempérer afin qu’elle laisse Eléanore respirer et retrouver peu à peu une vie normale. Mais les voir jouer ensemble me fait fondre sur place. Maud suit cela avec distance, elle sait disparaître pour me laisser seul avec ma fille et apparaî

Sans Elles   40

40Nous arrivons devant le grand portail en fer forgé.— Et maintenant ? demande Maud.— On fonce, répond Caroline.C’est aussi l’idée que j’ai en tête. Les filles s’agrippent tandis que j’enfonce de toutes mes forces la pédale d’accélérateur. La voiture s’immobilise après avoir repoussé de seulement quelques centimètres les lourdes portes de métal et Maud se cogne violemment la tête contre le tableau de bord.— Continue ! crie-t-elle alors que du sang lui coule déjà d’une narine.Je l’écoute et enclenche la marche arrière. C’est à la troisième tentative que les articulations du portail cèdent enfin.Je stoppe la voiture devant la grande entrée et descends sans prendre le temps d’arrêter le moteur. Je cours jusqu’à la porte et la pousse, elle n’est pas verrouillée. Un homme se trouve là, dans le hall. Ce n’est pas Monsieur Fabre, j’en conclus qu’il doit s’agir de Christophe Mercier. Je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche qu’il déclare en m’indiquant l

Sans Elles   39

39Je laisse un message sur le répondeur de Maud pendant le trajet où je lui explique mes sérieux doutes suite à la déclaration de la femme de ménage. C’est quelques minutes plus tard que je vois qu’elle essaie de me rappeler, seulement j’arrive à la gendarmerie. Je la rappellerai.À mon entrée, je réclame aussitôt le commandant Vail. On me demande la raison et je réponds que j’ai une question urgente à lui poser. C’est le jeune homme de la dernière fois et il me reconnaît, aussi il n’insiste pas et s’en va prévenir son supérieur. Cette fois-ci, le commandant vient en personne à l’accueil.— En quoi puis-je vous aider ? me demande-t-il après les salutations d’usage.— Je voudrais faire appel à vos souvenirs concernant l’accident.Le gendarme paraît gêné, puis hésite quelques secondes, avant de m’inviter à le suivre.La porte de son bureau refermée derrière moi, il s’exclame :— Ne me faites pas regretter de vous avoir laissé consulter le dossier.—&nb

Sans Elles   38

38C’est assez bizarre de me rendre chez quelqu’un que je ne connais pas afin de lui poser des questions. Caroline me déconseille d’avertir la personne de mon passage et de tout miser sur la compassion. Ce qui lui semble naturel par son métier est loin de l’être pour moi, mais je suis motivé et je m’interdis de repartir sans rien avoir appris.Il est 9 heures lorsque je frappe à la porte. Une dame âgée d’une cinquantaine d’années m’ouvre et me sonde de bas en haut.— Bonjour Madame.— Bonjour…Elle me regarde d’un air méfiant, craignant probablement un représentant.— Vous êtes Myriam Lafarge ?— Oui, je peux vous aider ?— Je pense que oui, je m’appelle Adam Weiss.Me présenter ne déclenche aucune réaction particulière de sa part, sinon celle de l’interrogation.— J’ai perdu ma femme et ma fille dans un accident de voiture il y a deux ans, peut-être vous souvenez-vous ?— Qu’est-ce que vous voulez ? me demande-t-elle.

Sans Elles   37

37Caroline part pour se rendre au manoir. Malgré mon insistance, elle refuse que je l’accompagne et je finis par me ranger à son avis. Elle a l’air de savoir ce qu’elle fait et semble avoir une idée derrière la tête qu’elle garde pour elle. « Restez ici jusqu’à mes nouvelles, vous avez besoin de parler un peu », nous dit-elle juste avant son départ. Tandis que je repense aux rêves de Sarah et à ce que pourrait être leur explication, Maud vient près de moi et m’embrasse.— Je ne t’en veux pas, me dit-elle, je comprends ce que tu as fait.— Non, j’ai agi trop vite. Je me suis laissé porté par mes angoisses et j’aurais dû répondre à tes appels, seulement je ne l’ai pas fait parce que j’étais tourmenté et que j’avais peur de m’emporter contre toi sans raison valable.Elle prend ma main et m’attire jusqu’au canapé.— Tu veux reparler des éléments du dossier, de ce que cela t’a fait de te replonger dans l’accident ?— Ça n’a pas été simple, expliqu

Sans Elles   23

23— Tu ne dois pas dire des choses comme ça ! s’emporte Maud.Je reste bouche bée, le souffle coupé.— Mais c’est bien, se défend la petite fille, Eléanore est encore vivante.— Non, car ce n’est pas vrai et ça fait souffrir Adam.— C’est bon, la coupé-je, ça va.Sa

Sans Elles   22

22J’arrive en début d’après-midi. Sarah est en train de jouer derrière la maison alors je m’apprête à la contourner pour rejoindre le jardin lorsque Maud ouvre la porte d’entrée.— Il faut qu’on parle, me dit-elle.Son air est grave, a-t-elle hâte que je lui fasse un retour de mon rendez-

Sans Elles   21

21Maud me demande de garder mes distances avec Sarah et j’obéis pour ne pas envenimer la situation. Elle m’en veut, je peux néanmoins me satisfaire du fait qu’elle n’ait pas encore officiellement rompu. Et puis au moins, maintenant, elle me croit. Elle a assisté à la même chose que moi, et rien

Sans Elles   20

20Il se passe trois jours. Je ne suis pas retourné chez moi car je sens que je perds l’esprit lorsque j’y suis, il me faut alors prendre mes distances. Est-ce une étape normale dans le processus du deuil ? Je n’en sais rien. Ce dont je suis certain, c’est que me morfondre chez moi est pour moi b

More Chapters
Download the Book
GoodNovel

Download the book for free

Download
Search what you want
Library
Browse
RomanceHistoryUrbanWerwolfMafiaSystemFantasyLGBTQ+ArnoldMM Romancegenre22- Englishgenre26- EnglishEnglishgenre27-Englishgenre28-英语
Short Stories
SkyMystery and suspenseModern urbanDoomsday survivalAction movieScience fiction movieRomantic movieGory violenceRomanceCampusMystery/ThrillerImaginationRebirthEmotional RealismWerewolfhopedreamhappinessPeaceFriendshipSmartHappyViolentGentlePowerfulGory massacreMurderHistorical warFantasy adventureScience fictionTrain station
CreateWriter BenefitContest
Hot Genres
RomanceHistoryUrbanWerwolfMafiaSystem
Contact Us
About UsHelp & SuggestionBussiness
Resources
Download AppsWriter BenefitContent policyKeywordsHot SearchesBook ReviewFanFictionFAQFAQ-IDFAQ-FILFAQ-THFAQ-JAFAQ-ARFAQ-ESFAQ-KOFAQ-DEFAQ-FRFAQ-PTGoodNovel vs Competitors
Community
Facebook Group
Follow Us
GoodNovel
Copyright ©‌ 2026 GoodNovel
Term of use|Privacy