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18

Author: 15210689748
"publish date: " 2021-06-25 20:35:26
18

Je ne parviens pas à retrouver le sommeil, et lorsque le réveil sonne, ma décision est prise. Je ne parlerai pas de ce qui s’est passé à Maud, pas avant d’être certain de ne pas avoir tout imaginé. Je crains qu’elle me prenne pour fou, ou simplement que cela entache notre relation. Alors je fais mine de rien, observant néanmoins Sarah durant le petit-déjeuner, attendant qu’elle aborde le sujet de son cauchemar. Elle n’en fait rien.

J’y repense toute la journée, tente de me faire revenir en mémoire l’intonation exacte, mais n’y arrive pas. Alors le soir venu, j’attends que Maud s’endorme pour redescendre. Je patiente un moment à côté de la porte de la chambre de Sarah et n’entends aucun bruit. Je me sers un whisky, puis demeure quelques minutes dans le couloir. Je dois y rester près d’une vingtaine de minutes, le temps de terminer mon verre et d’aller le laver afin de ne laisser aucune trace de cette entaille à la règle. Car je ne bois quasiment plus depuis que j’ai emménagé avec Maud, cela fait partie des conditions que j’ai estimées légitimes avant de venir vivre sous le même toit qu’un enfant.

Je retourne près de la porte, Sarah ne fait toujours aucun bruit, alors j’entre.

— Sarah ? chuchoté-je.

Pas de réponse.

Je m’approche et l’observe. La petite fille dort paisiblement, muette et immobile. Je retente :

— Sarah ?

Toujours rien.

— Eléanore ?

Elle a comme un sursaut, elle se retourne vers moi, mais a encore les yeux fermés.

« Papa ? »

Je dois reprendre ma respiration. Je me tiens au mur de la chambre pour ne pas tomber.

— Eléanore, c’est toi ?

« Papa, j’ai peur. »

— Quoi ? Dis-moi ce que je peux faire.

Je m’approche d’elle tout en ravalant un sanglot. Je reconnais le ton de sa voix, c’est ma princesse.

« Papa ? Tu es là ? »

— Oui ma chérie, dis-je en lui passant la main dans les cheveux.

« S’il te plaît, viens me chercher… »

— Mais où ?

Je m’apprête à me serrer contre elle lorsque la lumière s’allume. Je me retourne vers l’entrée, Maud me regarde d’un air perplexe.

— Maud ?

— Écarte-toi d’elle.

— Quoi ?

— Éloigne-toi de ma fille !

— Attends, je vais tout t’expliquer.

— Qu’est-ce que tu faisais ?

— Sarah a fait un cauchemar, me défends-je.

— Je n’ai rien entendu.

— Pourtant c’est vrai, tu peux me croire.

Maud ne me répond pas. Elle se précipite au chevet de Sarah et la prend dans ses bras. La petite se réveille et nous sonde, incrédule.

La maman se relève, sa fille dans les bras, et lui couvre les oreilles avant de s’adresser à moi :

— Tu te penchais sur elle…

Je crois que je ne réalise qu’à cet instant ce qu’elle me reproche, et j’en suis horrifié.

— Tu ne vas quand même pas supposer que…

— Tu étais au-dessus de ma fille endormie…

— Attends, ce n’est pas du tout ce que tu imagines ! Elle a parlé, dis-moi que tu l’as entendue !

— Tu avais ta tête à quelques centimètres de la sienne ! grogne-t-elle en maintenant toujours une main sur l’oreille libre de Sarah, l’autre serrée contre sa poitrine.

Je ne réponds pas, je reste abasourdi par une telle accusation.

— On monte, continue Maud. Toi, tu dors sur le canapé.

Elle découvre les oreilles de la petite qui, à moitié endormie, ne semble pas comprendre la situation. Je les laisse passer, encore choqué de ce que me soupçonne d’avoir fait celle avec qui je partage dorénavant ma vie.

Sarah a besoin de se reposer, ce n’est pas le moment de faire une scène. Alors je rassemble un drap et une couverture, et vais m’installer dans le salon. Une fois allongé, je repense à ce qui vient de se passer. Ai-je rêvé ? Car Maud n’a rien entendu. Cela me paraissait pourtant si réel… Non, ce n’était pas un rêve ni une hallucination, alors soit je suis fou, soit Eléanore m’a réellement parlé.

Ce qu’elle m’a dit… Elle est effrayée… et apparemment seule. Je tente de trouver une explication à tout ça. Pas le fait qu’elle ait communiqué à travers Sarah – car j’aurais beau essayer, je doute d’en découvrir une à cela –, mais je cherche à expliquer la situation dans laquelle est ma princesse. S’adresse-t-elle à moi du monde des morts ? Se trouve-t-elle dans un lieu se situant entre ce monde et celui des vivants ? Ce que j’imagine me paraît plus que loufoque, néanmoins le fait d’entendre ma fille décédée depuis deux ans l’est tout autant.

Alors que faire ? L’avoir entendue peut signifier que la vie après la mort est une réalité. Peut-être me faut-il mourir pour lui venir en aide ?

Je ressasse ces pensées plusieurs heures, mais la nuit blanche de la veille a finalement raison de moi, et ce sont les bruits du petit-déjeuner de Sarah qui me sortent de mon sommeil.

J’aperçois Maud débarrasser la table et me lève. La jeune femme fait un signe à sa fille et cette dernière disparaît.

— Qu’est-ce qui se passe ? demandé-je.

— Il faut qu’on parle.

— Oui, en effet…

— Je veux que tu t’en ailles, me dit-elle.

— Quoi ?

— Je veux que tu partes.

— Non, attends…

— Tu t’en vas, Adam !

Je la regarde, je souhaite prendre mon temps afin qu’elle se calme, ne pas m’expliquer à un mur, mais elle reprend aussitôt :

— Écoute, j’ai besoin de réfléchir, alors ne rends pas les choses plus compliquées, s’il te plaît.

Peut-être le fait de la fatigue, je ne me défends pas et prépare un sac de vêtements. Toutes ces affaires que je considère autant à Maud qu’à moi, car nous les avions choisies ensemble. Mon bagage fermé, j’entends Sarah dans son bain. Je veux aller lui parler, Maud me fait barrage.

— Tu t’en vas.

Elle l’a répété plus calmement, mais de manière tout aussi ferme.

Je regretterai probablement plus tard de n’avoir rien dit, seulement sur le coup, je suis assommé par l’image de moi qu’elle me renvoie. Et alors que j’aurais dû me révolter, je pars.

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Sans Elles   Remerciements

RemerciementsNous y voilà, le fameux moment des remerciements.Alors je vais commencer par Eva, mon épouse, tu as lu Sans Elles, l’as relu, puis relu... Je sais qu’il s’agit pour le moment de ton préféré et j’espère réussir à t’en écrire un prochain que tu préfèreras encore.À Julia, tu me lis et me corriges depuis maintenant des années. Il est toujours difficile de se corriger soi-même et tu m’as encore une fois été d’une grande aide avec Sans Elles. Ton avis m’est toujours extrêmement précieux.À ma petite sœur Melody, pour ta participation dans la dernière lecture et à tes messages qui font chaud au cœur.À Ophé, sans toi ce roman ne serait probablement pas édité chez Inceptio. Tu as encore une fois su me convaincre.À Lysiah, encore une très jolie couverture à ton actif !À toute la family Inceptio, pour les superbes moments que nous passons ensemble.Puis à vous, lectrices et lecteurs. Merci de me suivre ou de me découvrir dans mes aventures littéraires. J’espère q

Sans Elles   41

41Plusieurs jours passèrent avant que toute l’affaire ne soit rendue publique. Ils ne furent pas si simples que je l’espérais. Eléanore pleurant celle qui avait été sa mère de substitution durant deux longues années, ainsi que Célia, sa maman, comme si elle ne découvrait qu’aujourd’hui qu’elle était réellement morte dans l’accident.C’est difficile de la voir souffrir. J’aimerais qu’elle soit toujours heureuse, au moins autant que je le suis de la retrouver. Seulement elle pleure sa mère comme je l’ai fait ces dernières années. Alors que c’est ensemble que nous aurions dû surmonter cette épreuve, je ne peux maintenant que compatir et la soutenir.Nous avons attendu quelques jours avant de faire revenir Sarah, et même après cela, il nous faut la tempérer afin qu’elle laisse Eléanore respirer et retrouver peu à peu une vie normale. Mais les voir jouer ensemble me fait fondre sur place. Maud suit cela avec distance, elle sait disparaître pour me laisser seul avec ma fille et apparaî

Sans Elles   40

40Nous arrivons devant le grand portail en fer forgé.— Et maintenant ? demande Maud.— On fonce, répond Caroline.C’est aussi l’idée que j’ai en tête. Les filles s’agrippent tandis que j’enfonce de toutes mes forces la pédale d’accélérateur. La voiture s’immobilise après avoir repoussé de seulement quelques centimètres les lourdes portes de métal et Maud se cogne violemment la tête contre le tableau de bord.— Continue ! crie-t-elle alors que du sang lui coule déjà d’une narine.Je l’écoute et enclenche la marche arrière. C’est à la troisième tentative que les articulations du portail cèdent enfin.Je stoppe la voiture devant la grande entrée et descends sans prendre le temps d’arrêter le moteur. Je cours jusqu’à la porte et la pousse, elle n’est pas verrouillée. Un homme se trouve là, dans le hall. Ce n’est pas Monsieur Fabre, j’en conclus qu’il doit s’agir de Christophe Mercier. Je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche qu’il déclare en m’indiquant l

Sans Elles   39

39Je laisse un message sur le répondeur de Maud pendant le trajet où je lui explique mes sérieux doutes suite à la déclaration de la femme de ménage. C’est quelques minutes plus tard que je vois qu’elle essaie de me rappeler, seulement j’arrive à la gendarmerie. Je la rappellerai.À mon entrée, je réclame aussitôt le commandant Vail. On me demande la raison et je réponds que j’ai une question urgente à lui poser. C’est le jeune homme de la dernière fois et il me reconnaît, aussi il n’insiste pas et s’en va prévenir son supérieur. Cette fois-ci, le commandant vient en personne à l’accueil.— En quoi puis-je vous aider ? me demande-t-il après les salutations d’usage.— Je voudrais faire appel à vos souvenirs concernant l’accident.Le gendarme paraît gêné, puis hésite quelques secondes, avant de m’inviter à le suivre.La porte de son bureau refermée derrière moi, il s’exclame :— Ne me faites pas regretter de vous avoir laissé consulter le dossier.—&nb

Sans Elles   38

38C’est assez bizarre de me rendre chez quelqu’un que je ne connais pas afin de lui poser des questions. Caroline me déconseille d’avertir la personne de mon passage et de tout miser sur la compassion. Ce qui lui semble naturel par son métier est loin de l’être pour moi, mais je suis motivé et je m’interdis de repartir sans rien avoir appris.Il est 9 heures lorsque je frappe à la porte. Une dame âgée d’une cinquantaine d’années m’ouvre et me sonde de bas en haut.— Bonjour Madame.— Bonjour…Elle me regarde d’un air méfiant, craignant probablement un représentant.— Vous êtes Myriam Lafarge ?— Oui, je peux vous aider ?— Je pense que oui, je m’appelle Adam Weiss.Me présenter ne déclenche aucune réaction particulière de sa part, sinon celle de l’interrogation.— J’ai perdu ma femme et ma fille dans un accident de voiture il y a deux ans, peut-être vous souvenez-vous ?— Qu’est-ce que vous voulez ? me demande-t-elle.

Sans Elles   37

37Caroline part pour se rendre au manoir. Malgré mon insistance, elle refuse que je l’accompagne et je finis par me ranger à son avis. Elle a l’air de savoir ce qu’elle fait et semble avoir une idée derrière la tête qu’elle garde pour elle. « Restez ici jusqu’à mes nouvelles, vous avez besoin de parler un peu », nous dit-elle juste avant son départ. Tandis que je repense aux rêves de Sarah et à ce que pourrait être leur explication, Maud vient près de moi et m’embrasse.— Je ne t’en veux pas, me dit-elle, je comprends ce que tu as fait.— Non, j’ai agi trop vite. Je me suis laissé porté par mes angoisses et j’aurais dû répondre à tes appels, seulement je ne l’ai pas fait parce que j’étais tourmenté et que j’avais peur de m’emporter contre toi sans raison valable.Elle prend ma main et m’attire jusqu’au canapé.— Tu veux reparler des éléments du dossier, de ce que cela t’a fait de te replonger dans l’accident ?— Ça n’a pas été simple, expliqu

Sans Elles   36

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Sans Elles   35

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Sans Elles   34

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Sans Elles   33

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