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17

Author: 15210689748
"publish date: " 2021-06-25 20:35:26
17

Ma vie prend une direction que je n’avais pas anticipée et est gratifiée d’une saveur que je n’aurais même pas osé espérer. Maud et Sarah deviennent toutes les deux mon quotidien, je les retrouve après mes journées passées à l’école, je dîne avec elles avant de rentrer dormir chez moi. Puis nos soirées s’allongent, il m’arrive de plus en plus de ne quitter Maud qu’au milieu de la nuit, jusqu’à ce qu’elle me propose de me réveiller avec elle.

Je crois que le premier petit-déjeuner en compagnie de Sarah est plus perturbant pour moi que pour elle. Elle me découvre à son réveil et ne montre pas la moindre surprise, alors que Maud et moi redoutions ce moment. C’est pour ma part que c’est le plus délicat, attablé avec cette petite fille et cette jeune femme, je ne peux pas éluder le souvenir de ma vie d’avant. Ce moment me fait ressentir l’impression de les avoir remplacées. Et que cette impression est désagréable ! Je culpabilise. Je prétexte une sortie scolaire pour dîner seul chez moi. J’ai besoin de me retrouver, car j’ai laissé les choses se faire naturellement et j’ai maintenant le sentiment que cela va trop vite.

Déjà, je ne peux plus mentir à Maud, elle le devine. Elle vient me cueillir le lendemain à la sortie de l’école. Je me sens d’abord gêné, car je suis en compagnie de deux autres professeures et je n’assume pas encore cette nouvelle relation, je ne veux pas que l’on imagine Célia si aisément oubliable. Mais je salue mes collègues et rejoins tout de même Maud à la vue de toutes.

— Salut, m’accueille-t-elle.

Elle ne m’embrasse pas, elle sait ma gêne en public.

— Je comprends, continue-t-elle.

— Tu comprends ?

— Le passage à une nouvelle étape demande parfois quelques pas en arrière afin de mieux se lancer.

Le fait qu’elle fasse référence au petit-déjeuner et aux nouveaux remords qu’ils avaient réveillés n’est pas évident, mais je sais pourtant que c’est ce dont elle parle.

J’aperçois Sarah qui me fait de grands signes de l’intérieur de la voiture.

— Je lui ai demandé de nous laisser discuter, reprend Maud.

— Je vais quand même lui dire bonjour.

J’ouvre la portière et la fillette observe sa mère pour s’assurer d’avoir son approbation. Puis elle descend pour m’embrasser. Tant pis pour ce que mes collègues en diront, cette relation me fait du bien et je ne veux plus reculer.

— Vous dînez chez moi ? proposé-je.

Le regard de Sarah est attiré par un chat longeant le parking, et la petite fille nous abandonne pour partir à sa poursuite.

— Je ne suis pas venue pour ça, me répond Maud, juste pour te voir un moment. Si tu as besoin de temps, je peux le comprendre.

— J’en ai pris. C’est bon, maintenant.

Et en effet le dîner se déroule parfaitement bien. J’accepte de mieux en mieux les places que prennent dans ma vie Sarah et Maud, il me semble d’ailleurs en dépendre. Elles rentrent toutes les deux chez elles dès le repas terminé, pas une seule fois Maud n’a dormi à la maison, et c’est une chose que je ne peux imaginer, ni aujourd’hui ni dans l’avenir. Cette maison doit rester le foyer de Célia et Eléanore, et je ne veux mettre aucune autre personne dans leurs lits.

Si bien qu’au fil des mois, je déserte de plus en plus fréquemment mon domicile et je me crée de nouvelles habitudes chez Maud. J’ai l’impression que ces moments sont irréels, Sarah et sa maman me font un bien fou et me procurent un bonheur que je croyais à jamais perdu.

Maud hésite quelque temps avant d’aborder explicitement l’étape suivante, et c’est à la fin de l’année scolaire qu’elle me propose de venir emménager chez elles. De tout le mois de juin, je n’ai dormi que cinq nuits chez moi, alors l’étape a pour ainsi dire déjà été franchie. Donc je ne panique pas à sa demande, et cela me paraît presque naturel.

Je ne m’affole pas au début, mais lorsqu’il est question de faire des cartons, je m’y refuse finalement. Je ne veux rien bouger de la maison, tout objet étant passé autrefois entre les mains de mes princesses doit y rester. Je vis actuellement une nouvelle vie, mais je ne souhaite pas la croiser avec la précédente, de peur que la nouvelle ne fasse disparaître l’ancienne. Ce n’est pas dérangeant en soi, je ne remets pas en question l’emménagement pour autant, je me procure seulement de nouvelles affaires personnelles.

*

C’est lors d’une nuit au courant du mois de juillet que tout commence. Je me lève pour me désaltérer et lorsque je passe devant la chambre de Sarah, j’entends quelques petits bruits. Je m’arrête et tends l’oreille. Elle gémit. J’entrouvre la porte et la lueur de la lumière du couloir me permet de l’observer de ma position. Sarah remue dans son lit.

« Papa… », s’exclame-t-elle.

Ça me fait bizarre de l’entendre dire cela, elle ne parle pas souvent de son père, et lorsqu’elle le fait, elle l’appelle « mon père ».

« Papa, viens… »

Elle se remet à bouger, des mouvements brusques. Je m’approche afin de la calmer et la sortir de son rêve.

« Maman, après les courses, tu pourras dire à papa de nous retrouver au restaurant de la dernière fois. »

Je m’arrête, pétrifié. Est-ce mon imagination qui me joue des tours ? Je suis à deux mètres de son lit et n’ose plus avancer. Sarah remue de plus belle.

« Attention, maman ! Mamaaannn, mamaaannn, réveille-toi ! »

Elle se met à pleurer, alors qu’elle semble toujours dormir. Je veux entendre la suite, mais sa panique fait que je me précipite à son chevet pour la rassurer. Sarah ouvre les yeux et me questionne du regard.

— Ça va ? demandé-je.

Elle acquiesce.

— J’ai chaud, dit-elle.

Elle est en sueur, je passe ma main dans ses cheveux, ils sont trempés.

— J’ai fait un cauchemar…

— Tu veux en parler ?

La fillette me fait signe que non, puis elle me tourne le dos. Je retire ma main, mais elle la ressaisit, pour la reposer sur son crâne. Je reste à ses côtés, puis lorsque le rythme de sa respiration m’indique qu’elle s’est rendormie, je la quitte pour rejoindre Maud. Cette dernière dort profondément lorsque j’arrive dans la chambre, et elle ne se réveille pas à mon coucher. Je repense aux mots prononcés par Sarah durant son rêve, elle demandait d’appeler papa pour les retrouver au restaurant après les courses et a ensuite crié « maman » d’une voix paniquée. Je tente de me convaincre que ce n’est qu’un hasard, que les rapprochements que je fais avec la disparition de mes princesses sont exagérés... Peut-être a-t-elle seulement rêvé de l’accident, même si Maud m’a dit n’avoir que survolé avec elle les véritables circonstances du drame, une fille de cet âge peut très bien extrapoler un scénario et en arriver à rêver d’une situation finalement proche de la réalité. J’essaie de m’en persuader, mais pour autant, je sens qu’il y a quelque chose de bizarre. Il y a un détail qui m’empêche de croire cela, et il prend un moment avant de m’exploser à la figure, si bien que je doute de sa véracité. Car ce qui m’a d’abord pétrifié, avant les mots prononcés, c’est son intonation de voix. Elle avait l’intonation d’Eléanore.

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Sans Elles   Remerciements

RemerciementsNous y voilà, le fameux moment des remerciements.Alors je vais commencer par Eva, mon épouse, tu as lu Sans Elles, l’as relu, puis relu... Je sais qu’il s’agit pour le moment de ton préféré et j’espère réussir à t’en écrire un prochain que tu préfèreras encore.À Julia, tu me lis et me corriges depuis maintenant des années. Il est toujours difficile de se corriger soi-même et tu m’as encore une fois été d’une grande aide avec Sans Elles. Ton avis m’est toujours extrêmement précieux.À ma petite sœur Melody, pour ta participation dans la dernière lecture et à tes messages qui font chaud au cœur.À Ophé, sans toi ce roman ne serait probablement pas édité chez Inceptio. Tu as encore une fois su me convaincre.À Lysiah, encore une très jolie couverture à ton actif !À toute la family Inceptio, pour les superbes moments que nous passons ensemble.Puis à vous, lectrices et lecteurs. Merci de me suivre ou de me découvrir dans mes aventures littéraires. J’espère q

Sans Elles   41

41Plusieurs jours passèrent avant que toute l’affaire ne soit rendue publique. Ils ne furent pas si simples que je l’espérais. Eléanore pleurant celle qui avait été sa mère de substitution durant deux longues années, ainsi que Célia, sa maman, comme si elle ne découvrait qu’aujourd’hui qu’elle était réellement morte dans l’accident.C’est difficile de la voir souffrir. J’aimerais qu’elle soit toujours heureuse, au moins autant que je le suis de la retrouver. Seulement elle pleure sa mère comme je l’ai fait ces dernières années. Alors que c’est ensemble que nous aurions dû surmonter cette épreuve, je ne peux maintenant que compatir et la soutenir.Nous avons attendu quelques jours avant de faire revenir Sarah, et même après cela, il nous faut la tempérer afin qu’elle laisse Eléanore respirer et retrouver peu à peu une vie normale. Mais les voir jouer ensemble me fait fondre sur place. Maud suit cela avec distance, elle sait disparaître pour me laisser seul avec ma fille et apparaî

Sans Elles   40

40Nous arrivons devant le grand portail en fer forgé.— Et maintenant ? demande Maud.— On fonce, répond Caroline.C’est aussi l’idée que j’ai en tête. Les filles s’agrippent tandis que j’enfonce de toutes mes forces la pédale d’accélérateur. La voiture s’immobilise après avoir repoussé de seulement quelques centimètres les lourdes portes de métal et Maud se cogne violemment la tête contre le tableau de bord.— Continue ! crie-t-elle alors que du sang lui coule déjà d’une narine.Je l’écoute et enclenche la marche arrière. C’est à la troisième tentative que les articulations du portail cèdent enfin.Je stoppe la voiture devant la grande entrée et descends sans prendre le temps d’arrêter le moteur. Je cours jusqu’à la porte et la pousse, elle n’est pas verrouillée. Un homme se trouve là, dans le hall. Ce n’est pas Monsieur Fabre, j’en conclus qu’il doit s’agir de Christophe Mercier. Je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche qu’il déclare en m’indiquant l

Sans Elles   39

39Je laisse un message sur le répondeur de Maud pendant le trajet où je lui explique mes sérieux doutes suite à la déclaration de la femme de ménage. C’est quelques minutes plus tard que je vois qu’elle essaie de me rappeler, seulement j’arrive à la gendarmerie. Je la rappellerai.À mon entrée, je réclame aussitôt le commandant Vail. On me demande la raison et je réponds que j’ai une question urgente à lui poser. C’est le jeune homme de la dernière fois et il me reconnaît, aussi il n’insiste pas et s’en va prévenir son supérieur. Cette fois-ci, le commandant vient en personne à l’accueil.— En quoi puis-je vous aider ? me demande-t-il après les salutations d’usage.— Je voudrais faire appel à vos souvenirs concernant l’accident.Le gendarme paraît gêné, puis hésite quelques secondes, avant de m’inviter à le suivre.La porte de son bureau refermée derrière moi, il s’exclame :— Ne me faites pas regretter de vous avoir laissé consulter le dossier.—&nb

Sans Elles   38

38C’est assez bizarre de me rendre chez quelqu’un que je ne connais pas afin de lui poser des questions. Caroline me déconseille d’avertir la personne de mon passage et de tout miser sur la compassion. Ce qui lui semble naturel par son métier est loin de l’être pour moi, mais je suis motivé et je m’interdis de repartir sans rien avoir appris.Il est 9 heures lorsque je frappe à la porte. Une dame âgée d’une cinquantaine d’années m’ouvre et me sonde de bas en haut.— Bonjour Madame.— Bonjour…Elle me regarde d’un air méfiant, craignant probablement un représentant.— Vous êtes Myriam Lafarge ?— Oui, je peux vous aider ?— Je pense que oui, je m’appelle Adam Weiss.Me présenter ne déclenche aucune réaction particulière de sa part, sinon celle de l’interrogation.— J’ai perdu ma femme et ma fille dans un accident de voiture il y a deux ans, peut-être vous souvenez-vous ?— Qu’est-ce que vous voulez ? me demande-t-elle.

Sans Elles   37

37Caroline part pour se rendre au manoir. Malgré mon insistance, elle refuse que je l’accompagne et je finis par me ranger à son avis. Elle a l’air de savoir ce qu’elle fait et semble avoir une idée derrière la tête qu’elle garde pour elle. « Restez ici jusqu’à mes nouvelles, vous avez besoin de parler un peu », nous dit-elle juste avant son départ. Tandis que je repense aux rêves de Sarah et à ce que pourrait être leur explication, Maud vient près de moi et m’embrasse.— Je ne t’en veux pas, me dit-elle, je comprends ce que tu as fait.— Non, j’ai agi trop vite. Je me suis laissé porté par mes angoisses et j’aurais dû répondre à tes appels, seulement je ne l’ai pas fait parce que j’étais tourmenté et que j’avais peur de m’emporter contre toi sans raison valable.Elle prend ma main et m’attire jusqu’au canapé.— Tu veux reparler des éléments du dossier, de ce que cela t’a fait de te replonger dans l’accident ?— Ça n’a pas été simple, expliqu

Sans Elles   32

32Caroline arrive comme elle l’avait annoncé. Nous n’avons rien prévu de spécial, mais le réfrigérateur est plein de petites choses pouvant agrémenter un apéritif dînatoire. Après nous avoir salués, la reporter se dirige aussitôt vers la chambre d’amis et enchaîne par un passage par la salle de

Sans Elles   31

31Durant le déjeuner, nous discutons avec Maud de Frédéric Fabre, de sa femme et de sa fille. Nous prononçons volontairement leurs prénoms afin de discerner chez Sarah la moindre réaction ou souvenir remonté à la surface. Mais rien. La fillette ne réagit pas et reste concentrée sur son assiette

Sans Elles   30

30— De quoi te souviens-tu, Sarah ? demandé-je.La fillette se réveille difficilement. Maud est à côté et comme moi, attend la réponse de sa fille.— Sarah, est-ce que ça va ? insisté-je.Elle acquiesce avant de s’inquiéter :— J’ai parlé pendant que je dormais&

Sans Elles   29

29Je n’étais au départ pas enthousiasmé par le fait que les filles fouillent dans cette histoire qui est la mienne, et je doute que cela nous éclaire réellement sur les cauchemars de Sarah. Mais je ne suis finalement plus contre en apprendre davantage. Alors j’attends avec Maud d’autres nouvelle

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