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Autor: 15210689748
"Fecha de publicación: " 2021-06-25 20:35:23

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Nous sommes mercredi, il fait un froid de canard et je reste pourtant sur ma terrasse, à peine habillé, ne sachant pas ce que je cherche à me prouver. J’entends mon téléphone sonner à l’intérieur, alors je me lève et regagne mon salon pour consulter l’écran de mon portable. Est-ce son numéro ? Je m’étais interdit de lui reparler, pour autant, j’ai laissé mon téléphone allumé, alors que je le gardais éteint depuis des mois.

— Allô ?

— Ah, Adam, je suis heureuse de vous avoir.

Oui, c’est bien Maud.

— J’aimerais savoir si je peux passer vous voir, ajoute-t-elle.

— D’accord, dis-je sans réfléchir.

— Super ! 15 heures, est-ce que ça vous va ?

— Où ? demandé-je.

— Chez vous.

— Vous savez où j’habite ?

— Avec internet, on trouve tout le monde.

— OK…

— Alors à tout à l’heure.

Puis elle raccroche.

Elle sait où j’habite, et surtout… elle va venir chez moi. Je viens d’accepter, c’est la preuve que j’agis bizarrement avec cette femme, et je n’arrive pas à me l’expliquer. J’ai jusqu’à maintenant refusé toutes les visites, autant celles de mes amis d’avant que celles des membres de ma famille, mais là je n’ai pas su dire non. Il m’est possible de la rappeler, mais je ne le fais pas.

*

La pendule m’indique qu’il est déjà 14 h 15, je n’ai pas vu le temps passer depuis que je me suis installé sur la terrasse pour mon apéritif. Et je n’ai rien avalé, mis à part la moitié d’une bouteille de whisky. Je bois une dernière gorgée avant de la rebouchonner et de la ranger dans le placard. Mon ventre me rappelle à l’ordre, j’ai faim… Je me prépare rapidement un sandwich, et une fois ce dernier terminé, je regarde de nouveau l’heure. Maud arrive dans moins de trente minutes. J’attrape les quelques affaires qui traînent au sol et les jette dans ma chambre. Je n’y mets plus beaucoup les pieds, j’ai élu domicile sur mon canapé, du moins pour la durée des vacances. Il faut aussi que je m’habille un peu mieux, je ne porte qu’un pantalon de jogging et un T-shirt. Je retourne alors dans ma chambre à la recherche d’une tenue convenable.

Après avoir enfilé une chemise au-dessus de mon jean, j’entends frapper, elle est en avance. Cette chemise fera l’affaire. À la porte – que je n’avais pas refermée –, je trouve Maud et Sarah.

— C’est pour nous que vous aviez laissé ouvert ? me demande-t-elle.

— Non, seulement un oubli de ma part.

Je m’avance, elles restent à l’entrée tout en observant mon salon.

— Vous voulez aller faire un tour ? proposé-je.

— Je m’étais dit qu’on pourrait passer un moment chez vous…

Je n’en ai vraiment pas envie.

— Je peux aller jouer dehors ? réclame Sarah.

Sa maman acquiesce avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, puis elle entre chez moi. Je l’observe, elle semble analyser le désordre et je me sens tout à coup honteux de l’état de ma maison.

— Vous avez une idée de la température qu’il fait ?

Je ne sais pas si elle parle de la température extérieure ou intérieure, elles ne sont de toute manière pas très éloignées l’une de l’autre.

— Pourquoi est-ce que vous gardez votre porte ouverte ? reprend-elle. Je vous rappelle qu’on est en hiver !

— Je ne suis pas frileux.

— Peut-être, mais là, vous allez vous rendre malade.

Puis elle referme.

— Rassurez-vous, je la ferme la nuit, dis-je.

Elle me sourit.

— On devrait peut-être surveiller Sarah, ajouté-je.

— Il y a des choses dangereuses, dehors ?

— La route, à environ deux cents mètres.

— Ne vous inquiétez pas, elle est prudente, elle ne quittera pas le jardin.

Eléanore avait 6 ans lors de l’accident, je me demande si je la laisserais aujourd’hui jouer dehors sans surveillance.

— Vous n’accueillez pas souvent du monde, devine-t-elle.

— Vous êtes la première depuis des mois.

Et j’en ai déjà marre, je souhaiterais attraper une veste et sortir d’ici. Maud marche dans mon salon, inspectant chaque recoin, tel un agent immobilier. Puis elle se tourne vers moi.

— Je crois que vous avez besoin d’un coup de main.

— Comment ça ? demandé-je.

— Ne le prenez pas mal, mais c’est humide et poussiéreux, chez vous.

Je ne le prends pas mal, je n’en ai même rien à faire.

— Je peux m’en sortir seul, et je préférerais qu’on aille se balader dehors.

— Je ne suis pas venue pour ça.

Je la regarde. Je ne comprends toujours pas ce qu’elle cherche, exactement.

— Adam, je crois que vous avez besoin d’un coup de pouce.

— Non, répliqué-je d’un ton sec.

— Est-ce que votre intérieur était dans cet état lorsque Célia était encore là ?

— Ma maison me convient très bien comme ça.

— C’est sale, Adam, et il doit faire à peine 10 degrés !

— Vous n’êtes pas ma femme de ménage, Maud.

— Non, et je doute que vous en ayez une.

Pourquoi est-ce que je ne la mets pas dehors alors que j’aurais fait sortir n’importe qui d’autre à sa place, je ne me l’explique pas.

— Quand est-ce que vous allez admettre que vous avez besoin d’aide ?

— Qui vous envoie ? demandé-je.

— Personne.

— Alors pourquoi faites-vous ça ? Vous vous la jouez « sauveuse des âmes en peine ».

— Peut-être que je le fais pour moi.

— Si vous avez besoin de faire de bonnes actions, dis-je, je peux vous en trouver des dizaines d’autres, et des plus importantes.

— Vous ne comprenez pas, vous croyez que je ressens de la pitié pour vous ?

— Jusque-là, je ne le pensais pas, et c’est peut-être pour ça que j’ai accepté que vous veniez.

— Eh bien je n’en ressens toujours pas. Seulement je souhaite vous aider, car je pense que vous en avez besoin. Et aussi que j’aime passer du temps avec vous et que j’ai envie de savoir ce que c’est que de vous voir heureux.

— Heureux ? m’étouffé-je. Je n’aurais même pas envie de l’être.

— Permettez-moi d’essayer, insiste-t-elle.

— Je n’en ai pas envie.

— Alors laissez-moi juste vous aider.

— Je ne veux pas qu’on m’aide.

— Vous avez accepté que je vienne.

— Pas pour faire mon ménage.

— D’accord, abandonne-t-elle.

Je décide d’ouvrir les volets roulants de la fenêtre pour faire entrer un peu de lumière dans ce sombre décor.

— Je ne vois pas Sarah, dis-je.

Maud vient près de moi, et ouvre la fenêtre. Son corps se colle au mien et j’en ai le souffle coupé. Je recule, elle se penche par l’ouverture et appelle sa fille. Une voix se fait entendre, elle provient de derrière la maison.

— Tout va bien ? demande Maud à l’attention de Sarah.

La petite fille répond par l’affirmative et sa maman se tourne vers moi, le sourire aux lèvres. Moi, je suis décontenancé, Maud me met mal à l’aise. Elle referme la fenêtre et me regarde d’un air interrogateur, avant de s’approcher de moi.

— Non…, articulé-je.

— Quoi ?

Je m’écarte et sors avant de claquer la porte. Je m’attends à la voir se rouvrir sur Maud… mais non.

Je suis seul sur ma terrasse. Je fais le tour de la maison et trouve Sarah jouant avec la pompe à bras, hors d’usage. Elle était déjà là lorsque Célia et moi avions acheté la propriété, et nous l’avions laissé pour le cachet qu’elle donne au jardin. La petite fille me regarde et me sourit.

— C’est quoi ? demande-t-elle.

Je m’approche.

— Autrefois, on tirait l’eau grâce à ça, dis-je en levant et baissant le levier.

— Tu n’as pas de robinet ?

— Moi si, mais ceux qui habitaient là avant, ceux qui avaient fait construire cette maison, eux n’en avaient pas.

Je lui explique tout le fonctionnement de la pompe et elle m’écoute tout du long. Lorsque je finis, Sarah me demande si elle peut aller jouer dans la chambre d’Eléanore. Sa requête me fait l’effet d’un électrochoc et mon cœur se met à battre la chamade.

— Hein, insiste-t-elle, je peux jouer avec ses jouets ?

J’acquiesce, n’osant pas refuser de peur de la brusquer. Elle me regarde, inquiète.

— Vas-y, dis-je en lui indiquant la maison d’un geste du bras.

Elle m’abandonne et regagne la terrasse en courant. Je reste accroupi dans l’herbe humide, j’entends le bruit de la porte se refermer, puis le silence. Maud est à l’intérieur, que peut-elle bien faire ? Je n’ose pas y retourner, je n’aime pas l’effet qu’elle me fait… Je repense à ce qui vient de se passer, lorsqu’elle m’a rejoint à la fenêtre. Nos deux corps se sont touchés, cela n’a pas eu l’air de lui faire la moindre chose, mais moi, j’ai été troublé. C’est brouillon, j’ai eu à la fois peur et l’envie de me serrer contre elle. Et maintenant, je souhaiterais qu’elle s’en aille et qu’elle reste en même temps. Pas comme s’il y avait deux voix dans ma tête, non, il n’y en a qu’une. Et cette voix n’apprécie pas Maud, elle n’aime pas l’effet qu’elle me fait. Seulement mon corps souhaite le contraire. J’en viens à espérer qu’elle ne m’a pas écouté, qu’elle a pris les choses en main à l’intérieur de la maison. J’ai besoin d’être bousculé, je le sais. Mais à quoi est-ce que cela servirait ? Je n’ai toujours pas trouvé de nouveau but à mon existence, alors quand bien même cette femme peut m’aider à me sentir mieux, à quoi cela servirait-il ?

Un bruit me sort de mes pensées et il me faut quelques secondes avant d’en définir l’émetteur. Maud vient de trouver l’aspirateur. Je suis moi-même incapable de dire où il était rangé, Marjorie, la sœur de Célia, est la dernière à l’avoir utilisé, et ça date d’il y a plus d’un an. Je me relève. Que dois-je faire ? Retourner dans la maison et me mettre en colère ? Lui reprocher de ne pas m’avoir écouté ?

J’en décide autrement et reste dehors à marcher dans l’herbe haute et humide de mon jardin. Le bas de mon jean s’en trouve trempé et le froid se fait sentir. Quand je regagne ma terrasse, j’entends encore le bruit de l’aspirateur provenant de l’intérieur de la maison. Je regarde le ciel, il n’y a aucun nuage et le thermomètre extérieur affiche 5°C. Je souhaite qu’il neige. Pour quelle raison ? je n’en sais rien. Marcher au milieu d’un paysage blanc changerait un peu mon quotidien. Car je n’ai pas respecté ma résolution du début de week-end, je ne me suis pas rendu au cinéma le dimanche, et je n’ai rien fait non plus les autres jours.

Le silence revient à l’intérieur de la maison. Je suis de plus en plus gêné par le froid, et comme si elle le devinait, Maud apparaît, tenant ma veste à la main. Elle referme la porte derrière elle et s’approche de moi. Elle me pose simplement le vêtement sur les épaules, puis reste debout, à mes côtés.

Elle ne dit rien, comme si elle souhaitait que je sois le premier à m’exprimer. J’entends des bruits provenant de la maison, je me tourne vers la fenêtre pour voir à l’intérieur.

— Sarah regarde la télé, s’exclame Maud.

— Ah… elle voulait jouer dans la chambre d’Eléanore.

— Oui elle me l’a dit, seulement je n’étais pas certaine que vous apprécieriez.

Pour dire vrai, je n’en sais rien, cela m’aurait fait très bizarre, probablement mal, mais je l’aurais accepté. Sarah n’est qu’une enfant, je ne peux pas lui en vouloir de souhaiter jouer.

— Adam…

Je me tourne vers Maud. Je la trouve effroyablement belle, ça en devient douloureux.

— Si je vous ai demandé si l’on pouvait venir, reprend-elle, c’est que j’aime être avec vous.

Je ne réponds pas, sa phrase a l’allure d’une déclaration. Quel genre exactement ? Je ne le sais pas, et surtout, je ne veux pas le savoir. Je souhaite juste qu’elle arrête de parler de ça. Pourtant j’aime l’entendre, elle peut me parler de tout, mais plus de Célia, d’Eléanore, et de moi.

— Que faites-vous dans la vie ? demandé-je.

Elle me dévisage, elle a beau porter son manteau, elle se tient les bras, et semble frigorifiée.

— Vous prendriez un café avec moi ? proposé-je.

Elle me sourit. Elle a une dentition parfaitement blanche, cela se voit d’autant plus que sa peau est métissée. Et je remarque pour la première fois qu’elle a un léger diastème entre les deux incisives supérieures.

— Qu’est-ce qu’il y a ? me demande-t-elle, me sortant de mes pensées.

— Rien.

Je passe devant elle et entre. Sarah est confortablement installée sur le canapé, regardant des dessins animés. Elle se tourne vers nous et nous gratifie de son plus beau sourire. Il me fait plus de mal que de bien. J’imagine souvent Eléanore dans cette position, me lançant ce même sourire, mais je fais mine de rien, et me dirige vers la cafetière. Il me reste du café, fait du matin, suffisamment pour remplir deux tasses. Je les place dans le four à micro-ondes, tandis que Maud s’installe sur une chaise. Puis j’attends, debout, légèrement adossé à la porte du réfrigérateur.

— Je suis modèle, s’exclame-t-elle.

— Modèle ? répété-je.

— Oui, pour des photos. Je pose pour des publicités ou des catalogues.

Cela m’étonne, pas le fait de son physique, que j’imagine tout à fait adéquat à ce genre d’activité, c’est autre chose. Peut-être le fait qu’elle vive dans une petite ville de province… Non, en réalité je suis incapable d’expliquer le fait que cela m’étonne.

— J’étais justement sur Paris hier et avant-hier pour un shooting, et j’y retourne lundi et mardi prochains.

Je sors les tasses et les dispose sur la table avant de m’asseoir.

— Et donc, en quoi est-ce que cela consiste ? m’intéressé-je.

— C’est assez simple, on fait appel à moi pour porter des vêtements et poser avec. Cela se passe la plupart du temps en studio, puis des fois dans la rue ou dans des parcs lorsqu’ils souhaitent des photos en situation.

— Donc on peut vous voir dans des magazines de mode ?

— Non, me répond-elle en rigolant, c’est beaucoup plus modeste. Je pose le plus souvent pour des catalogues de vente par correspondance, et je ne porte que des vêtements que « Madame tout le monde » peut s’offrir.

Je n’en suis pas moins impressionné. C’est le genre d’univers qui fascine vu de l’extérieur, de mon point de vue, du moins.

— Vous avez toujours voulu être instit ? me demande-t-elle.

— Oui, je pense. Si on ne compte pas les envies d’être superhéros, pompier ou sportif professionnel qui nous passent par la tête lorsqu’on est plus jeune.

Elle sourit, et je crois que je souris également.

— Moi je voulais être princesse, me dit-elle. Puis adolescente, je voulais être reporter internationale.

— Ah oui ?

— Oui, je voulais parcourir le monde et en rapporter des images à la fois dures et belles.

— Et au lieu de cela, c’est vous que l’on prend en photo.

— Oui, et pour une cause beaucoup moins honorable.

— J’imagine que c’est quand même gratifiant.

— Au début, ça l’est, on se sent assez fier, seulement ça passe vite. Ensuite, on se demande rapidement à quoi cela sert. Vous, votre profession a une réelle utilité, mesurable qui plus est. Des dizaines d’enfants vous sont confiées chaque année, et repartent forts de connaissances qui leur seront utiles pour la suite.

— Je pense qu’on peut trouver une utilité à chaque métier.

— Oui, je sers à vendre des vêtements aux femmes de 20 à 50 ans, me répond-elle en souriant. Selon ma tenue, on est capable de me vieillir ou de me rajeunir. J’ai même posé pour une marque de textiles pour adolescentes l’année dernière, c’est vous dire qu’ils arrivent à me transformer.

Maud n’a pas l’allure d’une adolescente, mais je me rappelle que j’ai eu beaucoup de mal à lui donner un âge, et je peux aisément croire qu’elle puisse paraître dix ans de moins dans une tenue différente.

Je me tourne vers le salon, Maud y a passé l’aspirateur et ça se voit, elle voit que c’est ce que je regarde, car elle s’exclame :

— Vous devriez reprendre de bonnes habitudes, vous forcer un peu.

Je fais mine de ne pas comprendre.

— Je n’imagine pas à quel point ce que vous avez vécu est difficile et je n’ose d’ailleurs même pas essayer, seulement je sais que vous devez vous reprendre.

— Je vais bien, dis-je.

Elle ne dit rien, néanmoins je vois que quelque chose la tracasse.

— Vous sentez l’alcool, dit-elle après quelques secondes, je l’ai senti dès que nous sommes arrivées.

— Et alors ?

— Alors vous êtes jeune, et je suis désolée de vous dire ça, mais vous avez encore la vie devant vous.

— Ma vie a perdu tout son intérêt il y a dix-huit mois, répliqué-je un peu trop durement.

Ce qui fait se retourner Sarah, probablement inquiète pour sa maman.

— Et comment est-ce que vous l’imaginez dans dix ans ?

Maud quant à elle, continue de parler calmement, et sa question me fait réfléchir. Car à vrai dire, je n’imagine pas le futur, et je ne me suis plus posé cette question depuis l’accident.

— L’avenir n’a plus d’importance.

— Je veux vous prouver le contraire, me rétorque-t-elle aussitôt, comme si elle s’attendait à ma réponse.

— Comment ? Vous allez prendre la place de ma femme, et Sarah, celle de ma fille, vous croyez vraiment que c’est comme ça que ça va se passer ?

Je regrette aussitôt mon ton agressif et encore plus les mots sortis de ma bouche. Mais encore une fois, elle semble ne pas y prêter attention.

— Je ne veux sûrement pas prendre la place de votre femme, Adam, et il est hors de question que Sarah joue le rôle d’Eléanore.

Je m’en veux d’avoir prononcé de telles bêtises.

— Qu’est-ce que vous imaginez ? reprend-elle.

Je reste sans rien dire, tel un enfant qu’on remet à sa place.

— Je vous apprécie, ajoute-t-elle. Cela, c’est indéniable. Mais soyez rassuré, je ne suis pas amoureuse de vous.

J’aurais dû être soulagé de l’entendre.

— Et je doute qu’une femme puisse tomber amoureuse de vous dans l’état dans lequel vous êtes.

— Alors c’est parfait, dis-je.

— Non, ça ne l’est pas, vous pensez vous protéger derrière votre allure misérable.

Elle continue de me balancer toutes ces vérités, tout en gardant une voix douce et calme.

— Seulement il arrivera un moment où vous ne pourrez plus faire marche arrière, un jour où l’alcool aura eu raison de vous.

Je l’entends, mais ne l’écoute plus. Elle continue de parler durant deux ou trois minutes, puis elle doit comprendre que je ne suis plus vraiment là, car elle s’arrête. Ou peut-être a-t-elle tout simplement terminé. Elle se lève.

— Viens, Sarah, on y va.

Je ne dis rien, cherchant à me rappeler ses derniers mots, sans succès.

Je l’observe reboutonner le manteau de sa fille, qu’elle a gardé ouvert pour regarder la télévision, puis se tourne vers moi.

— À demain, Adam.

Elle sort et referme la porte derrière elle. J’attends, jusqu’à entendre le moteur de sa voiture. Puis elle part.

Mon salon a une meilleure allure, la venue de Maud aura au moins servi à cela. Je vais dans la chambre d’Eléanore, les cartons n’ont pas bougé de place. J’en suis soulagé.

Puis je repense aux derniers mots de Maud, elle m’a dit « à demain ». Pourquoi ? Je n’étais pas attentif lors de la fin de notre conversation, mais je suis certain d’une chose : je n’ai rien exclamé ni rien répondu. Et pourtant elle m’a dit « à demain ».

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Sans Elles   Remerciements

RemerciementsNous y voilà, le fameux moment des remerciements.Alors je vais commencer par Eva, mon épouse, tu as lu Sans Elles, l’as relu, puis relu... Je sais qu’il s’agit pour le moment de ton préféré et j’espère réussir à t’en écrire un prochain que tu préfèreras encore.À Julia, tu me lis et me corriges depuis maintenant des années. Il est toujours difficile de se corriger soi-même et tu m’as encore une fois été d’une grande aide avec Sans Elles. Ton avis m’est toujours extrêmement précieux.À ma petite sœur Melody, pour ta participation dans la dernière lecture et à tes messages qui font chaud au cœur.À Ophé, sans toi ce roman ne serait probablement pas édité chez Inceptio. Tu as encore une fois su me convaincre.À Lysiah, encore une très jolie couverture à ton actif !À toute la family Inceptio, pour les superbes moments que nous passons ensemble.Puis à vous, lectrices et lecteurs. Merci de me suivre ou de me découvrir dans mes aventures littéraires. J’espère q

Sans Elles   41

41Plusieurs jours passèrent avant que toute l’affaire ne soit rendue publique. Ils ne furent pas si simples que je l’espérais. Eléanore pleurant celle qui avait été sa mère de substitution durant deux longues années, ainsi que Célia, sa maman, comme si elle ne découvrait qu’aujourd’hui qu’elle était réellement morte dans l’accident.C’est difficile de la voir souffrir. J’aimerais qu’elle soit toujours heureuse, au moins autant que je le suis de la retrouver. Seulement elle pleure sa mère comme je l’ai fait ces dernières années. Alors que c’est ensemble que nous aurions dû surmonter cette épreuve, je ne peux maintenant que compatir et la soutenir.Nous avons attendu quelques jours avant de faire revenir Sarah, et même après cela, il nous faut la tempérer afin qu’elle laisse Eléanore respirer et retrouver peu à peu une vie normale. Mais les voir jouer ensemble me fait fondre sur place. Maud suit cela avec distance, elle sait disparaître pour me laisser seul avec ma fille et apparaî

Sans Elles   40

40Nous arrivons devant le grand portail en fer forgé.— Et maintenant ? demande Maud.— On fonce, répond Caroline.C’est aussi l’idée que j’ai en tête. Les filles s’agrippent tandis que j’enfonce de toutes mes forces la pédale d’accélérateur. La voiture s’immobilise après avoir repoussé de seulement quelques centimètres les lourdes portes de métal et Maud se cogne violemment la tête contre le tableau de bord.— Continue ! crie-t-elle alors que du sang lui coule déjà d’une narine.Je l’écoute et enclenche la marche arrière. C’est à la troisième tentative que les articulations du portail cèdent enfin.Je stoppe la voiture devant la grande entrée et descends sans prendre le temps d’arrêter le moteur. Je cours jusqu’à la porte et la pousse, elle n’est pas verrouillée. Un homme se trouve là, dans le hall. Ce n’est pas Monsieur Fabre, j’en conclus qu’il doit s’agir de Christophe Mercier. Je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche qu’il déclare en m’indiquant l

Sans Elles   39

39Je laisse un message sur le répondeur de Maud pendant le trajet où je lui explique mes sérieux doutes suite à la déclaration de la femme de ménage. C’est quelques minutes plus tard que je vois qu’elle essaie de me rappeler, seulement j’arrive à la gendarmerie. Je la rappellerai.À mon entrée, je réclame aussitôt le commandant Vail. On me demande la raison et je réponds que j’ai une question urgente à lui poser. C’est le jeune homme de la dernière fois et il me reconnaît, aussi il n’insiste pas et s’en va prévenir son supérieur. Cette fois-ci, le commandant vient en personne à l’accueil.— En quoi puis-je vous aider ? me demande-t-il après les salutations d’usage.— Je voudrais faire appel à vos souvenirs concernant l’accident.Le gendarme paraît gêné, puis hésite quelques secondes, avant de m’inviter à le suivre.La porte de son bureau refermée derrière moi, il s’exclame :— Ne me faites pas regretter de vous avoir laissé consulter le dossier.—&nb

Sans Elles   38

38C’est assez bizarre de me rendre chez quelqu’un que je ne connais pas afin de lui poser des questions. Caroline me déconseille d’avertir la personne de mon passage et de tout miser sur la compassion. Ce qui lui semble naturel par son métier est loin de l’être pour moi, mais je suis motivé et je m’interdis de repartir sans rien avoir appris.Il est 9 heures lorsque je frappe à la porte. Une dame âgée d’une cinquantaine d’années m’ouvre et me sonde de bas en haut.— Bonjour Madame.— Bonjour…Elle me regarde d’un air méfiant, craignant probablement un représentant.— Vous êtes Myriam Lafarge ?— Oui, je peux vous aider ?— Je pense que oui, je m’appelle Adam Weiss.Me présenter ne déclenche aucune réaction particulière de sa part, sinon celle de l’interrogation.— J’ai perdu ma femme et ma fille dans un accident de voiture il y a deux ans, peut-être vous souvenez-vous ?— Qu’est-ce que vous voulez ? me demande-t-elle.

Sans Elles   37

37Caroline part pour se rendre au manoir. Malgré mon insistance, elle refuse que je l’accompagne et je finis par me ranger à son avis. Elle a l’air de savoir ce qu’elle fait et semble avoir une idée derrière la tête qu’elle garde pour elle. « Restez ici jusqu’à mes nouvelles, vous avez besoin de parler un peu », nous dit-elle juste avant son départ. Tandis que je repense aux rêves de Sarah et à ce que pourrait être leur explication, Maud vient près de moi et m’embrasse.— Je ne t’en veux pas, me dit-elle, je comprends ce que tu as fait.— Non, j’ai agi trop vite. Je me suis laissé porté par mes angoisses et j’aurais dû répondre à tes appels, seulement je ne l’ai pas fait parce que j’étais tourmenté et que j’avais peur de m’emporter contre toi sans raison valable.Elle prend ma main et m’attire jusqu’au canapé.— Tu veux reparler des éléments du dossier, de ce que cela t’a fait de te replonger dans l’accident ?— Ça n’a pas été simple, expliqu

Sans Elles   36

36Elle est debout, les fesses contre le capot de sa voiture, à m’attendre devant chez moi. Je me gare à côté d’elle et descends.— Salut, me lance Caroline.— Qu’est-ce que tu fais là ?— Maud m’a prévenue et elle s’inquiète.Je passe devant et lui ouvre la porte d’entrée

Sans Elles   35

35Je suis maintenant seul, dans le lit, totalement dévasté par ce nouveau rêve de Sarah. Tout me paraissait si réel… j’ai vraiment eu l’impression de parler à ma princesse. Même si les paroles provenaient d’une bouche différente, j’ai la certitude qu’elles naissaient ailleurs, de la bouche de ma

Sans Elles   34

34Pendant le déjeuner, Maud me rappelle que c’est dans seulement deux jours que Sarah doit partir chez ses grands-parents. On n’en a pas rediscuté, mais l’idée qu’elle soit loin de nous alors que ses cauchemars ont repris nous inquiète.— C’était prévu ! s’offusque Sarah en voyant qu’

Sans Elles   33

33Caroline est repartie aussi tard qu’elle le pouvait, après avoir passé notre après-midi à réfléchir et échanger sur la terrasse. Nous sommes tous d’accord sur le fait que le comportement des Fabre est louche, que tout semble coïncider avec la date de l’accident, et qu’il peut donc y avoir un l

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