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10

Author: 15210689748
"publish date: " 2021-06-25 20:35:24
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Je me réveille sur mon canapé et à la vue de la lumière qui traverse les fenêtres, il doit être assez tard. Peut-être pas loin de midi. Je repousse la bouteille vide afin d’attraper mon téléphone posé derrière, sur ma table basse. Il est 12 h 24, je n’en reviens pas. Il m’arrive de traîner longtemps au lit, mais jamais d’y dormir profondément jusqu’à aussi tard. Maud doit revenir aujourd’hui, à quelle heure exactement ? J’espère qu’elle ne s’est pas présentée à ma porte pendant que je dormais, quoique… Non, pour dire vrai, je ne sais toujours pas ce que je souhaite ni ce que je pense réellement de cette femme. Mis à part que je la trouve terriblement attirante et que son sourire me déstabilise. Je sens que j’ai envie de la revoir sans en connaître les raisons exactes, et ces dernières m’effraient.

Je regarde autour de moi.

— Célia ? appelé-je.

Je la vois passer de notre chambre à la salle de bains, furtivement. Je me lève, pour l’y rejoindre. Seulement comme à son habitude, elle a disparu lorsque j’arrive. Je dois me concentrer pour distinguer de nouveau sa silhouette.

— Que dois-je faire ? demandé-je.

Célia se tourne vers moi, elle me regarde d’un air désintéressé, puis se penche au-dessus du lavabo. Elle commence à s’examiner en détail dans le miroir, comme elle avait l’habitude de le faire avant de se maquiller.

— Tu me manques.

Elle ne réagit pas.

— Cette femme, d’après toi, qu’est-ce qu’elle me veut ? l’interrogé-je.

Là, elle paraît entendre, car elle se tourne vers moi. Elle cesse de se regarder pour me scruter, puis elle s’avance dans ma direction. Je crois un instant qu’elle va m’embrasser, je tends les lèvres pour retrouver cette sensation d’avant et quand je rouvre les yeux, Célia a disparu. Ce que ça fait mal…

J’ai l’impression de ne plus me souvenir du goût exact des baisers de Célia, et à ce moment même, j’aurais donné ma vie pour le retrouver.

Une chose est certaine, je suis encore fou amoureux de ma femme. Alors pourquoi est-ce que je ressens l’envie de revoir Maud ? Elle n’a pourtant rien en commun avec Célia. Est-ce Sarah ? Car bien que métisse de peau, je trouve qu’elle ressemble par son faciès à Eléanore.

Je cherche à me sortir ces questions de l’esprit, car quelle qu’en soit la raison, Maud m’a bien dit « à demain », elles peuvent donc arriver d’un instant à l’autre.

Je range ma bouteille dans le bac à verre, les couvertures dans ma chambre, et j’aère un peu le salon. Juste assez pour estomper la probable odeur de whisky et pas assez pour que la température de dehors devienne celle de dedans. Je retourne dans la salle de bains afin de me brosser les dents. Je ne revois ni Célia ni Eléanore pendant que je me prépare. Je me demande à cet instant si je les vois autant ou moins qu’avant. Je ne veux pas les voir moins, j’ai pourtant l’impression que c’est le cas. Je sens qu’à l’exemple du goût des lèvres de Célia, ce sont mes souvenirs dans leur ensemble qui semblent perdre de leur clarté. Leurs apparitions deviennent plus brèves, et je ressens de plus en plus de difficultés à imaginer leurs réactions. Comme si leurs fantômes, autrefois « vivants », devenaient peu à peu immobiles. Je me refuse d’y penser davantage et me reconcentre sur mon objectif, être présentable pour le moment où elles arriveront.

Encore une fois, je dois me satisfaire d’une tenue médiocre. Néanmoins habillé de la sorte, je n’effraierai pas Sarah, et c’est bien là le plus important.

Ce sera donc mon objectif, raviver mes souvenirs, et la petite fille, ancienne meilleure amie d’Eléanore, m’aidera à cela. Maud m’a dit qu’il lui arrivait fréquemment de parler à ma princesse comme si elle était avec elle, je veux maintenant assister à ce genre de scènes. Comment cela arrivera ? Je n’en ai aucune idée. Est-ce que cela sera douloureux ? Probablement. Seulement je dois en passer par là.

Pour les souvenirs de Célia, je sais qu’il me faudra autre chose. Peut-être devrai-je reprendre contact avec ses anciennes amies ou collègues, et leur demander de me parler d’elle. Je passerai peut-être pour un fou, mais je me dois de tout essayer, ne pas me résigner à voir mes souvenirs disparaître.

J’attends près de deux heures sur mon canapé et c’est au moment où je comprends que je n’ai rien avalé depuis la veille que j’entends une voiture arriver dans la cour. Je me lève, reconnais la luxueuse berline de Maud à travers la fenêtre, et me prépare à ouvrir.

Je me sens nerveux, c’est étonnant, et je ne l’explique pas.

Elle frappe et j’ouvre la porte. Maud me sourit, j’ai peur en ne voyant pas Sarah à ses côtés, puis la petite apparaît aussitôt de la droite de la terrasse.

— C’est l’heure du café, s’exclame la maman.

Je leur fais signe d’entrer, j’ai fait l’effort de rallumer le chauffage et Maud doit le sentir, car elle retire cette fois-ci le manteau de Sarah. Pour ma part, je me rends aussitôt du côté de la cuisine, afin de préparer le café qu’elle vient d’indirectement réclamer. Et cela me permet d’éluder l’amorçage de la discussion, exercice pour lequel je n’ai pas retrouvé mon aise d’antan.

Lorsque je me retourne, après avoir mis en marche la cafetière, Sarah a disparu. Il reste Maud, arborant son sourire habituel. Je me demande s’il est naturel ou s’il s’agit d’un moyen de séduction, car je le trouve horriblement irrésistible. Seulement je me rappelle qu’elle a été claire à ce sujet, elle n’est pas intéressée par moi, ou du moins pas de cette manière. Alors pourquoi l’est-elle ? Et surtout, est-ce vraiment important de le découvrir ? La priorité pour le moment est de raviver les souvenirs de ma fille en me rapprochant de Sarah. Et peut-être aussi en profiter pour reprendre un semblant de lien social.

— Je vois que vous m’avez écoutée, me sort de mes pensées Maud.

— Comment ça ?

Je m’assieds à une chaise, Maud en fait autant.

— Vous avez suivi mes conseils, tenir votre maison.

— Elle n’a pas eu le temps de se salir depuis votre passage.

— Mais vous avez réchauffé l’atmosphère, dit-elle en souriant de l’ambiguïté de sa phrase.

Je me rends compte à cet instant que nous nous vouvoyons toujours malgré nos rencontres qui se succèdent. Pour autant, je ne m’imagine pas faire autrement.

— Vous avez l’air pensif, reprend-elle.

— Je m’interroge encore.

— À quel sujet, si je peux me permettre ?

— À votre sujet, précisé-je, la raison de tout ça…

— Alors figurez-vous que j’y ai réfléchi, me coupe-t-elle, parce que comme je vous l’ai dit, ce n’est pas dans mes habitudes d’agir de la sorte. D’ordinaire, je suis plutôt solitaire. Enfin… j’ai des amis, mais plus sur Paris qu’ici.

— Qu’est-ce qui vous a amenée dans la région ? demandé-je.

Elle jette un bref regard en direction de la cafetière qui vient de cesser son bruit d’écoulement. Je me lève pour servir les cafés et à cet instant, je ressens une angoisse. Sarah n’est pas revenue, il est fort probable qu’elle soit en train de jouer dans la chambre d’Eléanore. Je suis pris entre la gêne du fait qu’on fouille dans les affaires de ma fille et l’envie de la regarder faire.

Maud se lève et vient se positionner à mes côtés.

— J’ai connu une période difficile après ma séparation, m’explique-t-elle alors que j’en ai oublié le sujet de notre conversation. J’ai ressenti le besoin de fuir ma vie d’avant.

Je lui tends sa tasse et profite du fait qu’elle soit debout pour me diriger vers la chambre d’Eléanore sans paraître trop irrespectueux.

Maud me suit jusqu’à la porte et je retiens un frisson en découvrant Sarah plongée dans les jouets de ma princesse. Elle ne fait pas attention à nous, elle tient une poupée dans chaque main et les fait se parler entre elles. L’une est noire, l’autre blanche. Je me souviens lorsque Célia les avait achetées, et n’en comprends que maintenant la probable raison de ce choix.

Sarah nous remarque, elle se tourne vers nous et me regarde d’un air inquiet. Je souris pour la rassurer et pour qu’elle ne s’arrête pas, elle paraît malgré tout gênée et se relève pour se réfugier dans les jambes de sa mère.

Apparemment, je l’intimide.

— Tu jouais à quoi ? demande Maud.

— Ce sont les poupées d’Eléanore, murmure la petite.

— Tu peux continuer à t’amuser avec, dis-je.

— Je n’ai plus envie.

— Alors range-les, commande sa mère.

— Non, rétorqué-je, c’est bon, elle peut les laisser au cas où elle ressent le désir d’y rejouer.

Puis je repars en direction du salon, espérant sincèrement que mon absence fera que Sarah reprendra son jeu. Seulement la petite nous suit et s’installe sur le canapé. Elle demande si elle peut regarder la télévision et je lui donne mon accord avant de retourner m’asseoir avec Maud dans la partie cuisine.

— Vous disiez ? commencé-je.

— Je vous expliquais la raison de ma venue ici.

— D’accord.

Je ne me souviens plus de notre conversation, plus depuis le moment où je me suis inquiété de la présence de Sarah dans la chambre d’Eléanore.

Maud reste silencieuse, un instant plutôt gênant, jusqu’à ce que mon interrogation de tout à l’heure me revienne.

— Donc vous avez réfléchi, m’exclamé-je.

— Sur la raison de tout ça ? me demande-t-elle. Le fait que je sois ici aujourd’hui ?

— Oui.

Elle boit une gorgée de café, puis repose sa tasse.

— Au départ, vous m’intriguiez. Et puis il y a le fait que je ne m’entende pas beaucoup avec les gens, habituellement… Enfin non, en fait je dirais plutôt que je m’entends avec tout le monde, mais sans affinité particulière. J’ai l’impression que j’aurais pu sympathiser davantage avec votre femme, je sais que c’est idiot de dire ça alors que je la connaissais à peine, seulement elle dégageait quelque chose…

Je cherche de quoi elle parle. Célia était proche de tout le monde, elle n’avait aucun a priori sur qui que ce soit et donnait sa chance à chacun.

— Le rapport avec moi ?

— J’ai d’abord voulu vous aborder afin de vous présenter mes condoléances, puis il y avait Sarah qui parlait de plus en plus à votre fille… C’est bizarre de devoir justifier le fait de parler aux gens.

Je comprends à cet instant qu’elle a raison, je suis en train de lui demander de m’expliquer pourquoi elle me parle, c’est extrêmement déplacé.

— Je suis désolé, dis-je.

— Non, je comprends, et comme je vous l’ai dit, j’y ai moi-même réfléchi…

— Sauf que je n’ai plus besoin de vos explications. Je crois que notre monde est devenu tellement individualiste que j’en viens à me méfier du fait que vous vous souciez de moi, je me rends compte que ma réaction est totalement ridicule.

— Je pense seulement que j’ai l’impression qu’on pourrait s’entendre, ajoute-t-elle malgré tout. C’est ce qui est ressorti de ma réflexion. C’est peut-être le fait que je me sente seule, ou trop différente des autres personnes par ici.

— Vous le seriez moins de moi ?

— Je ne sais pas… Je vous trouve intéressant.

Je cherche ce qui a pu lui faire ressentir cela, et elle semble lire dans mes pensées car elle reprend :

— Même si vous ne parlez pas beaucoup, j’ai l’impression que la plupart des gens par ici s’expriment abondamment, pour en fait ne pas dire grand-chose. À Paris, c’est l’inverse, les habitants ne s’adressent pas la parole et ne s’intéressent qu’à eux.

— Donc vous êtes mieux ici ?

— En fait, je ne sais pas… Vous ne vous êtes jamais dit que ce n’était qu’une apparence ?

— Comment ça ? demandé-je.

— Tout le monde me parle, en effet… Pour autant, j’ai l’impression que les gens ne s’intéressent pas à ce que je leur réponds. Donc dans le fond, ça ne change pas de la vie parisienne.

— Mais en quoi est-ce que je serais différent des autres ?

— Je n’en sais rien, j’ai l’impression que vous êtes plus… comme moi. Je me sens ridicule de dire ça et en même temps, je ne suis pas certaine de bien savoir ce que je raconte.

Cela me fait réfléchir, car j’ai toujours ressenti cela. Je me souviens m’être fait violence lorsque je commençais mon métier, car le fait d’échanger des banalités avec chaque parent à la sortie des classes ne m’était pas venu naturellement. Donc il me semble comprendre ce dont elle me parle.

— Pourtant Célia était comme ça, dis-je.

— Comme ça ?

— Elle pouvait parler avec tout le monde, pour en fait ne pas dire grand-chose.

— Oui, sauf qu’elle semblait réellement s’intéresser aux gens. Et c’est là qu’est toute la différence. Lorsque j’ai échangé avec votre femme, j’ai eu la sensation d’être considérée.

Je ne réponds rien, alors elle reprend :

— Je dois avoir l’air ridicule…

— Non, la rassuré-je.

Et étonnamment, je suis sincère.

— Au début, lorsque je suis arrivée ici, j’étais ravie, tout le monde souriait et m’adressait la parole. Puis j’ai rapidement compris que ce n’était que du vide, si je parlais d’une chose avec quelqu’un, il l’avait oubliée le lendemain. Comme si les gens ne faisaient que soigner les apparences.

Je l’écoute s’exprimer, et ne comprends que trop bien cette sensation.

— J’ai d’abord cru que c’était le fait de ma couleur de peau. Je sais, c’est un peu facile de penser ça, me dit-elle. Puis j’ai vu que les gens étaient comme ça avec tout le monde, sauf avec leurs vrais amis.

— N’est-ce pas normal, tout ça ?

— Peut-être, je ne sais pas… Moi j’aurais envie de connaître tout le monde et peut-être est-ce de la curiosité, seulement je ne le pense pas, je crois que je m’intéresse réellement aux gens.

— Je ne suis pas certain d’être comme vous.

— Mais Célia ?

Je repense à ma femme, oui elle était comme ça. Je me rends compte que Maud, même si elle ne l’a que très peu côtoyée, l’a finalement bien analysée.

— Elle aimait sincèrement les gens.

— Ça se sentait, me dit-elle.

Je reste un moment silencieux, triste de repenser à cette facette de la personnalité de Célia.

Mon regard est finalement attiré vers le salon lorsque la télévision s’éteint. Puis je vois Sarah se lever du canapé et retourner dans la chambre d’Eléanore.

— Vous, reprend Maud, vous ne faites pas semblant. Et je crois que c’est ce que j’aime.

Je me reconcentre sur la conversation.

— Je préfère avoir affaire à des gens comme vous, ajoute-t-elle, au moins si vous souriez, on ne se pose pas la question de savoir si c’est sincère ou non.

Et pourtant, si elle savait tous les sourires faux que j’ai pu faire ces derniers mois…

J’entends des bruits provenant de la chambre, je tends l’oreille et il me semble discerner la voix de Sarah. Je me lève et m’approche doucement de la porte. Je suis bien conscient que mon attitude doit paraître bizarre aux yeux de Maud, et je croise les doigts pour qu’elle ne dise rien. Je veux observer Sarah en train de jouer, mais sans qu’elle ne s’en aperçoive.

J’arrive au niveau de l’encadrement de la porte et prends soin de rester discret. Maud m’a suivi, elle a probablement compris ce que je faisais, car elle ne dit rien.

Sarah a recouvré sa position au sol, avec une poupée Barbie dans chaque main.

— L’école, ce n’est plus pareil sans toi, s’exclame-t-elle en faisant bouger la poupée noire.

Puis elle fait intervenir la seconde :

— Ne t’inquiète pas, Sarah, quand mon papa m’aura retrouvée, tout redeviendra comme avant.

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Sans Elles   Remerciements

RemerciementsNous y voilà, le fameux moment des remerciements.Alors je vais commencer par Eva, mon épouse, tu as lu Sans Elles, l’as relu, puis relu... Je sais qu’il s’agit pour le moment de ton préféré et j’espère réussir à t’en écrire un prochain que tu préfèreras encore.À Julia, tu me lis et me corriges depuis maintenant des années. Il est toujours difficile de se corriger soi-même et tu m’as encore une fois été d’une grande aide avec Sans Elles. Ton avis m’est toujours extrêmement précieux.À ma petite sœur Melody, pour ta participation dans la dernière lecture et à tes messages qui font chaud au cœur.À Ophé, sans toi ce roman ne serait probablement pas édité chez Inceptio. Tu as encore une fois su me convaincre.À Lysiah, encore une très jolie couverture à ton actif !À toute la family Inceptio, pour les superbes moments que nous passons ensemble.Puis à vous, lectrices et lecteurs. Merci de me suivre ou de me découvrir dans mes aventures littéraires. J’espère q

Sans Elles   41

41Plusieurs jours passèrent avant que toute l’affaire ne soit rendue publique. Ils ne furent pas si simples que je l’espérais. Eléanore pleurant celle qui avait été sa mère de substitution durant deux longues années, ainsi que Célia, sa maman, comme si elle ne découvrait qu’aujourd’hui qu’elle était réellement morte dans l’accident.C’est difficile de la voir souffrir. J’aimerais qu’elle soit toujours heureuse, au moins autant que je le suis de la retrouver. Seulement elle pleure sa mère comme je l’ai fait ces dernières années. Alors que c’est ensemble que nous aurions dû surmonter cette épreuve, je ne peux maintenant que compatir et la soutenir.Nous avons attendu quelques jours avant de faire revenir Sarah, et même après cela, il nous faut la tempérer afin qu’elle laisse Eléanore respirer et retrouver peu à peu une vie normale. Mais les voir jouer ensemble me fait fondre sur place. Maud suit cela avec distance, elle sait disparaître pour me laisser seul avec ma fille et apparaî

Sans Elles   40

40Nous arrivons devant le grand portail en fer forgé.— Et maintenant ? demande Maud.— On fonce, répond Caroline.C’est aussi l’idée que j’ai en tête. Les filles s’agrippent tandis que j’enfonce de toutes mes forces la pédale d’accélérateur. La voiture s’immobilise après avoir repoussé de seulement quelques centimètres les lourdes portes de métal et Maud se cogne violemment la tête contre le tableau de bord.— Continue ! crie-t-elle alors que du sang lui coule déjà d’une narine.Je l’écoute et enclenche la marche arrière. C’est à la troisième tentative que les articulations du portail cèdent enfin.Je stoppe la voiture devant la grande entrée et descends sans prendre le temps d’arrêter le moteur. Je cours jusqu’à la porte et la pousse, elle n’est pas verrouillée. Un homme se trouve là, dans le hall. Ce n’est pas Monsieur Fabre, j’en conclus qu’il doit s’agir de Christophe Mercier. Je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche qu’il déclare en m’indiquant l

Sans Elles   39

39Je laisse un message sur le répondeur de Maud pendant le trajet où je lui explique mes sérieux doutes suite à la déclaration de la femme de ménage. C’est quelques minutes plus tard que je vois qu’elle essaie de me rappeler, seulement j’arrive à la gendarmerie. Je la rappellerai.À mon entrée, je réclame aussitôt le commandant Vail. On me demande la raison et je réponds que j’ai une question urgente à lui poser. C’est le jeune homme de la dernière fois et il me reconnaît, aussi il n’insiste pas et s’en va prévenir son supérieur. Cette fois-ci, le commandant vient en personne à l’accueil.— En quoi puis-je vous aider ? me demande-t-il après les salutations d’usage.— Je voudrais faire appel à vos souvenirs concernant l’accident.Le gendarme paraît gêné, puis hésite quelques secondes, avant de m’inviter à le suivre.La porte de son bureau refermée derrière moi, il s’exclame :— Ne me faites pas regretter de vous avoir laissé consulter le dossier.—&nb

Sans Elles   38

38C’est assez bizarre de me rendre chez quelqu’un que je ne connais pas afin de lui poser des questions. Caroline me déconseille d’avertir la personne de mon passage et de tout miser sur la compassion. Ce qui lui semble naturel par son métier est loin de l’être pour moi, mais je suis motivé et je m’interdis de repartir sans rien avoir appris.Il est 9 heures lorsque je frappe à la porte. Une dame âgée d’une cinquantaine d’années m’ouvre et me sonde de bas en haut.— Bonjour Madame.— Bonjour…Elle me regarde d’un air méfiant, craignant probablement un représentant.— Vous êtes Myriam Lafarge ?— Oui, je peux vous aider ?— Je pense que oui, je m’appelle Adam Weiss.Me présenter ne déclenche aucune réaction particulière de sa part, sinon celle de l’interrogation.— J’ai perdu ma femme et ma fille dans un accident de voiture il y a deux ans, peut-être vous souvenez-vous ?— Qu’est-ce que vous voulez ? me demande-t-elle.

Sans Elles   37

37Caroline part pour se rendre au manoir. Malgré mon insistance, elle refuse que je l’accompagne et je finis par me ranger à son avis. Elle a l’air de savoir ce qu’elle fait et semble avoir une idée derrière la tête qu’elle garde pour elle. « Restez ici jusqu’à mes nouvelles, vous avez besoin de parler un peu », nous dit-elle juste avant son départ. Tandis que je repense aux rêves de Sarah et à ce que pourrait être leur explication, Maud vient près de moi et m’embrasse.— Je ne t’en veux pas, me dit-elle, je comprends ce que tu as fait.— Non, j’ai agi trop vite. Je me suis laissé porté par mes angoisses et j’aurais dû répondre à tes appels, seulement je ne l’ai pas fait parce que j’étais tourmenté et que j’avais peur de m’emporter contre toi sans raison valable.Elle prend ma main et m’attire jusqu’au canapé.— Tu veux reparler des éléments du dossier, de ce que cela t’a fait de te replonger dans l’accident ?— Ça n’a pas été simple, expliqu

Sans Elles   20

20Il se passe trois jours. Je ne suis pas retourné chez moi car je sens que je perds l’esprit lorsque j’y suis, il me faut alors prendre mes distances. Est-ce une étape normale dans le processus du deuil ? Je n’en sais rien. Ce dont je suis certain, c’est que me morfondre chez moi est pour moi b

Sans Elles   19

19J’arrive à peu près à me sortir la dispute de l’esprit, mais pas les mots de Sarah durant son sommeil. Mon sac est dans mon coffre, ma voiture le long du trottoir, et moi dans ce café où j’ai invité Maud lors de notre premier rendez-vous. Je n’imaginais pas notre relation se terminer ainsi, pa

Sans Elles   18

18Je ne parviens pas à retrouver le sommeil, et lorsque le réveil sonne, ma décision est prise. Je ne parlerai pas de ce qui s’est passé à Maud, pas avant d’être certain de ne pas avoir tout imaginé. Je crains qu’elle me prenne pour fou, ou simplement que cela entache notre relation. Alors je fa

Sans Elles   17

17Ma vie prend une direction que je n’avais pas anticipée et est gratifiée d’une saveur que je n’aurais même pas osé espérer. Maud et Sarah deviennent toutes les deux mon quotidien, je les retrouve après mes journées passées à l’école, je dîne avec elles avant de rentrer dormir chez moi. Puis no

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