Wird geladen
Startseite/ ALLE /Eden Island/Chapitre 18

Chapitre 18

15210689748
"Veröffentlichungsdatum: " 25.06.2021 20:03:28

Chapitre 18

« Il suffit de partir du commandement de base : « Tu ne tueras point ». Aucune circonstance ne légitime une société civilisée à donner la mort par jugement. Les éléments devenus indésirables doivent toutefois être extraits rapidement du corps social afin de ne pas le gangrener. La déportation sur des îles suffisamment lointaines pour rendre tout retour inenvisageable semble la solution la plus raisonnable en cas de comportement inadapté susceptible de mettre la communauté en danger. »

Extrait du journal de Jonas Samson

— Ça fait quel effet d’être un héros ? demande Aîko en s’installant près d’Aylan.

Ce dernier avait été autorisé à quitter le centre de soins à condition de ne pas vivre seul. Les médecins pensaient que tout était rentré dans l’ordre car les examens ne montraient aucune séquelle, mais ils ne voulaient prendre aucun risque. Jaine avait aussitôt proposé de l’héberger à nouveau.

— Tu vas vite en besogne, réplique Aylan en lui ébouriffant les cheveux.

— Non, insiste le petit garçon d’un ton très sérieux, tu as sauvé des gens et quelqu’un qui sauve des gens, ça devient un héros. C’est automatique. D’ailleurs, on a parlé de toi dans les flashes spéciaux, je pourrai te montrer si tu veux. Tu vas avoir tout plein de voyants verts sur ton bracelet et tu vas pouvoir faire tout ce que tu voudras. Si tu veux commander plein de bredzes, tu pourras et si t’es d’accord, on pourra même les manger ensemble !

— T’es vraiment un malin, toi ! Et tu gardes le sens des priorités ! répond l’adolescent d’un ton amusé.

— Tu vas laisser Aylan se reposer, intervient Analia, il ne sait peut-être même pas ce que c’est des bredzes.

— Ta sœur me prend encore pour un barbare, dit-il en faisant un clin d’œil à Aîko. Tout le monde sait que les bredzes sont les meilleurs gâteaux de l’archipel.

— Tu veux dire de la terre entière ! rectifie Aîko.

— Ça, je n’en suis pas sûr. Quand j’étais petit, il y avait une dame qui s’appelait Martha. Elle faisait des tourtes à la pomme et, moi aussi, je pensais que c’était les meilleures du monde. Je me souviens qu’avec mon meilleur ami on s’asseyait près de sa fenêtre pour sentir l’odeur des tourtes qui cuisaient dans le four.

— Oh, moi aussi j’aimerais voir des bredzes en train de cuire, mais ils arrivent tout faits, remarque Aîko, en même temps, comme ça, j’ai pas à attendre pour les manger. Ce n’était pas trop dur d’attendre ?

— Non, je crois que c’était même le meilleur moment, murmure Aylan d’un ton rêveur.

— Ah bon, moi je déteste attendre et je crois que le meilleur moment, c’est quand on les mange ! Elle en fait plus maintenant la dame qui s’appelle Martha ? enchaîne Aîko en levant les yeux vers lui d’un air intéressé.

Aylan pousse un soupir.

— Elle est morte, des gens l’ont tué.

— Des méchants comme ceux qui sont venus ici ?

— Non, d’autres gens… différents… Je ne sais même pas si c’était des méchants, ils avaient faim et ils voulaient nous prendre notre nourriture.

Le petit garçon semble méditer cette dernière information pendant quelques instants.

— C’est pas bien de tuer des gens pour prendre leur nourriture ! Et Louna, elle en mangeait elle aussi de la tourte aux pommes ? Il y a peut-être une autre dame qui lui en fait depuis qu’elle est rentrée chez vous.

Aylan sent aussitôt une boule se former dans sa gorge. Puis une main de fer s’infiltre brutalement dans son corps pour broyer ses entrailles. C’est le pire moment : celui où la douleur reflue comme une immense vague qui le submerge tout entier. Le visage de Louna lui apparaît avec une netteté insoutenable. Ses boucles blondes qui s’évadent sans cesse de la queue-de-cheval où sa mère s’obstine à les emprisonner. Son regard bleu fixé sur lui avec l’absolue certitude qu’il la protégerait toujours. Mais il a trahi sa confiance, il l’a abandonnée, non seulement il ne sait pas si elle est en sécurité, mais il n’est même pas sûr qu’elle soit encore en vie. Son impuissance à agir lui donne l’impression qu’un étau de fer appuie sur sa poitrine au point de l’empêcher de respirer.

— Ça va Aylan ? s’inquiète Aîko. J’ai dit quelque chose de mal ? Ça te fait trop de peine qu’on parle de Louna, c’est ça ?

— Non, tout va bien, je te promets, dit-il au petit garçon qui a maintenant les larmes aux yeux.

Analia intime l’ordre à son petit frère d’aller dans sa cellule. Ce dernier résiste quelques secondes, mais le regard de sa sœur lui fait comprendre qu’il vaut mieux battre en retraite sans plus de commentaires. Depuis qu’Aylan est revenu, elle se montre à la fois attentive et distante, évitant le plus souvent de se retrouver seule avec lui. De son côté, il ne cherche aucunement à fissurer son armure : il sait qu’il va devoir quitter l’archipel, à quoi bon dès lors ajouter d’autres souffrances à celles qui existent déjà. Il rêve pourtant de retrouver le contact de sa main contre la sienne. Il n’a que de vagues souvenirs de ces moments passés dans le centre de soins, quelques voix familières, quelques bribes de paroles, mais il garde la sensation de la chaleur de sa paume contre la sienne. Comme si elle avait voulu, par ce contact permanent, l’empêcher de quitter le monde des vivants.

— Ça va ? demande-t-elle. Tu veux que je t’apporte quelque chose ?

— Non, je te remercie. Je n’ai besoin de rien.

— Tu sais, Aîko ne se rend pas compte…

— Il n’y a pas de problème, répond-il en la regardant. Ne pas parler de Louna, de ma mère ou de ton père n’est pas une solution. C’est Aîko qui a raison. Mais quand je parviens à penser à autre chose pendant quelques minutes, revenir à la réalité équivaut à une sorte de choc dans le plexus qui me coupe la respiration : je ne sais rien, peut-être qu’elles sont quelque part… démunies… emprisonnées, peut-être qu’elles souffrent… ou pire encore…

— Je me dis la même chose pour mon… père.

— Ton père est fort, Analia. Je suis sûr qu’il a été entraîné à faire face à ce genre de situation, mais Anna et Louna… depuis la disparition de mon père, c’est toujours moi qui ai veillé sur elles.

Elle pose la main sur son épaule, il s’en saisit sans réfléchir comme un noyé s’accroche à une branche et la presse très fort.

— Aylan, il faut que je te dise quelque chose à propos de mon père. Jusqu’à présent je n’ai pas réussi à en parler, mais…

Il la regarde attentivement, attendant la suite et elle arrive enfin à formuler cette phrase qui se cogne, depuis plusieurs jours, dans tous les recoins de son cerveau :

— Idrian m’a dit que j’avais été adoptée.

Elle lui résume ensuite rapidement le peu qu’elle sait.

— Tu en as parlé avec ta mère ?

— Non, je n’ai pas osé, avoue Analia, j’ai l’impression que ce n’est pas le moment. Tout est déjà si compliqué… et puis, je crois que j’ai peur de ce qu’elle pourrait me répondre.

— Il faudra que tu lui en parles, dit Aylan d’une voix posée, mais quoi qu’il en soit, ajoute-t-il en se levant pour lui faire face, il y a quelque chose dont je suis certain : tes parents t’aiment de tout leur cœur.

— Mais je suis une étrangère, comme toi !

— Tu dis n’importe quoi. Tu as grandi ici, tu possèdes tous les codes de cet endroit, ça n’a rien à voir avec ma situation. C’est normal que cette nouvelle t’angoisse, mais je suis sûr que Jaine pourra tout t’expliquer.

— Pourquoi elle ne m’en a jamais parlé ?

— Pour ne pas te perturber, pour ne pas que tu te sentes différente, il y a des tas d’explications possibles.

— Tout ce qui a fait ma vie jusqu’ici est en train de s’effondrer, j’ai l’impression que tout le monde ment !

Au moment où il s’apprête à répondre, la voix synthétique les fait sursauter de concert.

— Un visiteur se présente à votre porte. Il est identifié comme étant Nilo 5 897. Est-il autorisé à pénétrer à l’intérieur ?

Aylan secoue la tête. Il y a des détails sur cette île auxquels il ne s’habituera jamais, mais il est très content de voir Nilo, sans doute la seule personne susceptible de lui venir en aide.

— Oui, laissez-le entrer, ordonne Analia.

Quelques secondes après, Nilo pénètre dans la cellule. Il est assis dans un siège mobile qui semble flotter dans l’espace.

— Bonjour, les jeunes. Aucun commentaire sur ce siège, je vous prie. Et évitez également les regards pleins de compassion. J’ai accepté ce fichu truc parce que c’était le seul moyen de venir jusqu’ici. Et je voulais te voir, petit ! T’as sauvé cette famille, tu sais.

— Laissez tomber Nilo, dit Aylan en esquissant un sourire, Aîko n’arrête pas de me dire que je suis un héros. En ce moment, il doit être en train de faire une statue en algoplast à mon effigie.

— Oh ! je ne suis pas venu te dire que t’es un héros, même si t’en es un, je suis juste venu te dire… merci. Remarque, je t’ai déjà remercié quand tu étais au centre de soins, mais t’avais un peu la tête sous le lagon à ce moment-là. Je ne suis pas certain que t’aies bien entendu, ajoute-t-il avec un clin d’œil. Plus sérieusement, Jaine m’a dit que tu avais des questions à me poser, dit-il en approchant son siège mobile d’Aylan. Je suis là et je t’écoute.

— Oui, à part vous, je ne vois pas qui pourrait m’aider.

— Je ferai tout ce que je pourrai, ça, je peux te l’assurer. Qu’est-ce que tu veux savoir ?

— Pour commencer, avez-vous déjà entendu parler d’un certain Othon ?

Nilo lui lance un regard perplexe.

— Othon… si c’est la personne à qui je pense, c’est… un vieux, très vieux fantôme ! Comment diable as-tu entendu parler de lui ?

— Peu importe grand-père, dit Analia qui s’est approchée à son tour. Tu sais qui c’est ?

— Oui, j’ai connu quelqu’un qui s’appelait ainsi, en effet. C’était il y a très longtemps. Quand je suis arrivé sur cette île, il devait avoir quelques années de plus que moi. Il venait d’une famille qui se situait dans les 30 ou les 40 et c’était un jeune homme plein d’avenir. Brillant. Respectueux. D’une beauté presque irréelle. Il est tombé amoureux d’une quinze, la communauté a validé leur union et il est très vite devenu extrêmement important dans l’archipel. Mais c’était quelqu’un de bien, pas comme les autres qui te font croire qu’ils se soucient de toi, mais qui veulent juste que tu restes à ta place, il était… comment dire ? Réellement attentif aux autres : il essayait vraiment de faire en sorte que chacun trouve sa place et il tentait d’étendre le modèle d’Eden Island à d’autres îles.

— Comment ça ? demande Aylan en fronçant les sourcils. Moi, j’ai plutôt l’impression que l’archipel est complètement fermé !

— Il n’en a pas toujours été ainsi, rectifie Nilo en se tournant vers l’adolescent. Othon pensait, à juste titre, qu’on ne pourrait régler le problème des sans bracelet qu’en les aidant à avoir de meilleures conditions de vie. Il était un des rares à avoir compris qu’une minorité de privilégiés au milieu d’un océan de pauvreté allait forcément créer des problèmes. Alors, il recrutait des gens sur les autres îles, il les faisait venir ici pendant un certain temps et il les formait pour qu’ils exportent nos connaissances à l’extérieur. Il leur fournissait du matériel aussi…

— Mais c’était formidable, ne peut s’empêcher de remarquer Analia.

— Oh, ça marchait plus ou moins bien et c’était loin d’être simple ! Tout le monde n’était pas d’accord avec ce qu’il faisait, loin de là. Ils étaient nombreux à penser qu’il mettait la communauté en danger. Trop de contacts avec l’extérieur ! Des fois que la misère soit contagieuse ! Sa grande idée était qu’on puisse un jour abattre la barrière. Et ça, je peux te dire que ce n’était pas du goût de tout le monde. Bref, les avis le concernant étaient partagés et il faisait peur à un certain nombre de personnes. Mais ce type-là respirait le bonheur et la sérénité et de ce fait, il avait envie de rendre le monde meilleur. En tout cas c’est l’impression qu’il me donnait.

— Une sorte de bienfaiteur de l’humanité ? suggère Analia.

— En quelque sorte ! Comme il avait un véritable charisme et jouissait de la confiance du comité des Dix, personne n’osait s’opposer ouvertement à ses idées ! Donc il poursuivait son œuvre et continuait à former des sans bracelet…

Nilo fait une pause, fouillant sa mémoire et tentant d’en extraire des souvenirs précis.

— Puis un jour tout a basculé. À cette époque-là, malgré les efforts qui étaient faits pour les aider, il y avait déjà des sans bracelets qui essayaient de franchir la barrière et un matin, depuis le rivage, on a vu le corps d’un petit gamin qui flottait sur l’eau. Ça arrive parfois, on a vu ça récemment encore, que des enfants menus passent à travers le champ de force… À cette époque-là, Iriana, la femme d’Othon, était enceinte et elle se trouvait parmi les passants qui ont aperçu l’enfant… Il lui a semblé que le gamin essayait de tendre le bras vers eux. Elle a supplié les personnes présentes de l’aider, mais personne n’a réagi, d’autant plus qu’une voix diffusée par les haut-parleurs annonçait l’arrivée des secours et interdisait à quiconque d’intervenir sous peine de sanction. Et elle, elle hurlait aux gens qu’il fallait l’aider, qu’après il serait trop tard.

— Tu étais là ? demande Analia.

— Non, mais un très vieil ami à moi a assisté à toute la scène, c’est lui qui m’a raconté. Il n’a pas réagi, il pensait que l’enfant était déjà mort et il ne voulait pas perdre de voyants verts. Cette histoire l’a hanté pendant longtemps. Il n’était pas sûr d’avoir bien agi en obéissant aux ordres.

— Qu’est-ce qu’il s’est passé ? demande Aylan.

— Comme personne ne semblait décidé à bouger, elle s’est jetée à l’eau et a nagé jusqu’à lui pour tenter de le sauver. Les forces de l’ordre sont arrivées quand elle entreprenait de le ramener vers le rivage et ils l’ont évacuée sans ménagement. Le gamin respirait encore quand ils l’ont sorti de l’eau, mais il est mort quelques heures plus tard au centre de soins.

— Et ensuite ? interroge Aylan qui ne quitte plus Nilo des yeux.

— Elle a perdu son bébé quelques jours plus tard…

— C’est une horrible histoire, remarque Analia.

— Bien plus horrible encore que ce que tu crois, enchaîne Nilo d’une voix un peu rauque. Quelques mois plus tard avait lieu la cérémonie des étoiles. Le bâtiment principal avait la forme d’une tour assez haute dans laquelle on avait aménagé des terrasses pour que les gens puissent mieux voir le spectacle dans le ciel. Les moins de cent étaient sur la terrasse la plus élevée et au moment où les premières notes de musique ont retenti, Iriana s’est levée et s’est jetée dans le vide…

Alors qu’il évoque ces évènements, Nilo a le regard perdu dans le vague comme si les images de ce lointain passé ressurgissaient lentement devant lui. Les deux adolescents, parfaitement immobiles, sont suspendus à ses lèvres.

— C’était si inattendu que son mari n’a pas eu le temps d’intervenir, pas plus d’ailleurs que les autres personnes présentes sur la terrasse. C’était la première fois que quelqu’un se donnait volontairement la mort sur l’archipel ! Les autorités ont parlé d’un « dysfonctionnement neurologique ». Je me souviens du flash comme si c’était hier. Ils ont dit que c’était un cas très rare et ont fait part de leur profonde tristesse ! Le lendemain, le corps a été descendu à la Centrale pour le préparer et le jour de la cérémonie, Othon avait disparu ! Il y a ensuite eu un bref communiqué expliquant qu’il avait été expulsé pour haute trahison.

— Mais pourquoi ? interroge Aylan.

— Oh, il n’y a eu aucune explication. Quand des gens sont expulsés, les dirigeants en disent toujours le moins possible, et là, en plus, c’était l’un des leurs. Ici, les habitants posent peu de questions, tu sais. Du coup, toutes les informations le concernant ont immédiatement été effacées. C’est comme s’il n’avait jamais existé ! Volatilisé ! Disparu ! Rayé de l’archipel !

— Mais comment est-ce possible ? insiste Analia. Du jour au lendemain, il serait devenu un traître ? Parce que sa femme s’est jetée dans le vide ?

— En même temps, il a peut-être mal pris que personne n’ait essayé d’aider sa femme à sauver l’enfant ! remarque Aylan. Si quelqu’un s’était jeté à l’eau à sa place, elle n’aurait pas perdu son bébé et ne se serait jamais jetée dans le vide ! On se révolterait pour moins que ça ! C’est peut-être lui qui a voulu partir ! Comment aurait-il pu continuer à vivre ici après ça ?

— Peut-être, admet Nilo. Il n’a plus supporté de demeurer au milieu d’une bande de stupides moutons entièrement soumis aux dirigeants. Mais de là à parler de haute trahison ! À l’époque, j’ai été extrêmement surpris. Comme tout le monde. C’est vrai qu’il était en contact avec l’extérieur, mais jusqu’à la mort de sa femme, il n’y avait jamais eu le moindre problème. Difficile de devenir un traître comme ça, du jour au lendemain.

— Pourquoi on l’aurait expulsé, alors ? l’interroge Analia.

— Je pense que certaines personnes étaient bien contentes de se débarrasser de lui. En plus, la veille, il s’est passé une chose étrange. Quand c’est arrivé, je travaillais dans les conduits qui mènent à la Centrale. Et je sais qu’il a essayé de descendre. Je l’ai vu, mais je n’en ai jamais parlé à personne, j’ai pensé qu’il voulait voir une dernière fois le corps de sa femme et j’ai jugé que ça ne me regardait pas. En tout cas, après ça, il n’a plus jamais refait surface. A-t-il réussi à descendre ? A-t-il été arrêté avant ?

Il se tourne vers Aylan et plonge son regard dans le sien.

— Maintenant, tu vas me dire comment tu as entendu parler de ce vieux fantôme. Et sache que « peu importe » ne me suffira pas comme réponse, ajoute-t-il avec un regard menaçant à l’intention de sa petite fille.

Analia lui rapporte aussitôt ce que lui a dit Idrian.

— Toi qui le connaissais, ça te semble possible qu’il revienne des années après, pour tuer des gens ? demande-t-elle.

Nilo la regarde pensivement :

— J’aimerais dire que non. C’était pas du tout un tueur, bien au contraire, plutôt le genre de type qui veut sauver le monde entier ! Ou alors, il faudrait qu’il ait découvert quelque chose de vraiment terrible là-dessous. Le genre de chose qui transforme un homme à jamais !

Ils restent quelques instants silencieux.

— En admettant que ce soit le cas, reprend Aylan, vous pensez qu’il aurait les moyens de détourner des avions, d’envoyer des gens ici ?

— Ça viendrait de lui cette espèce de tête de mort qu’on a vue dans le ciel ? Difficile à imaginer ! Mais va savoir ! C’était tellement étrange, cette voix venant de nulle part qui s’adressait directement au fondateur comme s’il était encore parmi nous et qu’il lui en voulait personnellement ! Tu poses beaucoup de questions, petit, et j’ai peu de réponses, hélas ! conclut Nilo d’un ton désabusé. Ici, quand on veut se débarrasser de quelqu’un, on ne le tue pas, on ne l’emprisonne pas, on le met dans un solavion et on l’expulse sur une île située le plus loin possible pour être bien certain qu’il ne revienne jamais. Les distances entre les îles sont énormes. Il aurait fallu qu’il parvienne à survivre dans un milieu hostile, ce qui à mon avis n’est pas gagné pour quelqu’un qui a toujours vécu dans la communauté, qu’il parvienne ensuite à se rapprocher et qu’il se fasse des alliés. Tout cela est peu probable, mais ce n’est pas impossible non plus. S’il est toujours en vie, c’est un très vieil homme aujourd’hui, encore plus vieux que moi. Et il semble avoir de sacrés moyens, c’est pas donné à tout le monde de désactiver l’énergie au point d’éteindre la barrière. Même quelques instants ! Je me demande comment il s’y est pris ! Bon, si tu as raison, les dirigeants doivent être sur sa piste… d’autant plus qu’il a menacé de lancer d’autres attaques.

— Je n’ai aucune confiance dans vos dirigeants, répond Aylan d’une voix agacée.

— Là, je te comprends, petit, moi non plus je ne leur fais pas confiance, mais que peux-tu faire de concret pour l’instant ? demande Nilo en le regardant d’un air interrogateur.

Leur dialogue est à nouveau interrompu par la voix qui annonce l’arrivée de Shani, Analia se lève pour aller l’accueillir.

— Il faut que je trouve un moyen d’agir, poursuit Aylan. Je ne peux pas rester ici alors que ma mère et ma sœur sont en danger. Je dois parvenir à quitter l’archipel. Mais avant toute chose, il faut que je puisse entrer en contact avec Joao ! C’est mon ami, il fait partie des migrants qui ont passé la barrière. Lui doit savoir ce qui s’est passé ! Vous connaissez bien cet endroit, vous devez m’aider. Pour le moment, tous les migrants sont cantonnés sur un îlot isolé, mais ça ne va pas durer, ils vont les expulser. Je dois faire vite !

Alors que Nilo le regarde d’un air perplexe, Shani pénètre dans la pièce de sa démarche dansante. Elle esquisse une sorte de révérence ironique devant Aylan avant d’annoncer :

— J’ai entendu ce que tu viens de dire. Tu vas peut-être avoir du mal à le croire, mais la solution à ton problème se tient devant toi ! Et c’est moi ! ajoute-t-elle avec un clin d’œil.

Möchten Sie wissen, wie es weitergeht?
Weiterlesen
Vorheriges Kapitel
Nächstes Kapitel

Buch teilen mit

  • Facebook
  • Twitter
  • Whatsapp
  • Reddit
  • Copy Link

Aktuellstes Kapitel

Eden Island   Chapitre 30

Chapitre 30« Adam et Eve vivaient dans le jardin d’Eden, un lieu d’harmonie où la souffrance et la peur avaient été bannies. Mais un jour ils prirent la mauvaise décision et Dieu, à son grand regret, fut contraint de les chasser. Ainsi en va-t-il de chaque citoyen d’Eden Island qui ne respecte pas les règles édictées pour le bien commun. »Extrait du journal de Jonas SamsonUn silence écrasant règne à l’intérieur du solavion qui poursuit sa course linéaire dans le ciel azuré. Aylan et Analia sont debout contre des plaques métalliques les empêchant d’effectuer le moindre mouvement. Le même pansement à leur poignet droit témoigne de l’extraction du bracelet. De part et d’autre des deux prisonniers se tiennent les jumeaux Argoz et Gozrek. Shani et Joao sont tous deux assis face à eux. Ils sont montés quelques minutes avant le décollage et aucune parole n’a été échangée depuis. Analia qui pensait ne jamais les revoir ne comprend toujours pas ce qu’ils font là, mais elle s

Eden Island   Chapitre 29

Chapitre 29« Chaque décision humaine est lourde de conséquences : lorsque nous faisons des choix constructifs, nous bâtissons de solides fondations sur lesquelles les générations à venir pourront s’appuyer pour édifier sereinement le futur. Inversement, lorsque nous prenons des décisions déraisonnables, nous léguons à nos enfants et petits-enfants un fardeau dont ils auront du mal à se débarrasser. »Extrait du journal de Jonas SamsonAnalia observe les personnes assemblées devant elle. Jamais auparavant elle n’avait vu d’aussi près le comité des Dix. Eléa 2 se tient au centre, quatre femmes sont à sa droite, cinq hommes à sa gauche. Tous sont vêtus d’une sorte d’uniforme d’un noir si profond qu’il semble absorber la lumière. Quelques-uns semblent très âgés bien que leurs visages aient sans doute été plusieurs fois lissés grâce à des injections d’algoplast. Certains la dévisagent avec une sorte de curiosité un peu dédaigneuse alors que d’autres affectent la plus

Eden Island   Chapitre 28

Chapitre 28« Qu’est-ce qui définit le vivant si ce n’est sa capacité à s’adapter à son milieu en établissant sans cesse de nouvelles normes vitales ? Contrairement à une croyance largement répandue, la matière ne doit pas être conçue comme le contraire du vivant, mais comme son réceptacle. Elle est susceptible d’accueillir le vivant permettant ainsi de repousser les frontières entre la vie et la mort. »Extrait du journal de Jonas SamsonAu premier abord, la pièce dévoilée par la paroi semble totalement vide. Eléa 2 ainsi que les jumeaux ont pourtant l’air d’attendre quelque chose dans la plus parfaite immobilité. Les quatre adolescents, toujours prisonniers du champ de force, essaient d’accommoder leur vision à l’étrange pénombre bleutée qui les entoure sans pour autant parvenir à discerner quoi que ce soit.Au bout de quelques instants, cependant, il leur semble que la paroi qui leur fait face commence à se déformer. Elle se plisse de manière imperceptible, on

Eden Island   Chapitre 27

Chapitre 27« L’éthique et la morale varient en fonction de l’époque et du lieu où on se trouve. Ainsi les critères qui opposent le bien et le mal se modifient-ils en fonction des aspirations et des besoins d’une société. »Extrait du journal de Jonas Samson— Jeunes, sublimes et… stupides !Analia entend vaguement ces paroles prononcées d’un ton méprisant. Elle ouvre douloureusement les yeux pour découvrir le magnifique visage d’Elea 2 penché à quelques centimètres du sien. Son cerveau est tellement embrumé qu’elle se sent incapable d’avoir la moindre pensée cohérente. Une succession d’images confuses se bouscule dans sa tête : les corps flottant dans l’espace, la voûte étoilée, la fraîcheur de la nuit, la douceur du vent sur son visage et le bateau qui se métamorphose soudain en prison. L’effroi le plus total. Puis le noir complet. Elle fixe le visage aussi parfait qu’impassible qui se penche vers le sien en essayant de rassembler ses esprits malgré l

Eden Island   Chapitre 26

Chapitre 26« Qu’il soit végétal ou animal, le vivant est, par définition, dans un perpétuel devenir ; il se transforme, s’adapte, évolue. En abolissant les frontières entre ce qui est créé par la nature et ce qui est fabriqué par la main de l’homme, l’algoplast a révolutionné notre rapport à la matière. »Extrait du journal de Jonas Samson— « Merci à toi pour cette vie harmonieuse. Merci à toi de nous protéger. Merci à toi de nous éduquer… » C’est ce qu’on récitait chaque matin en arrivant au centre d’apprentissage quand j’étais en première année, précise Analia d’un ton sarcastique, j’ai répété ça des centaines de fois, et tu sais ce que c’est le pire ? C’est que je le pensais, je croyais vraiment que Jonas Samson était notre bienfaiteur ! Remarque, j’aurais dû me méfier, une autre phrase qu’on nous répétait tout le temps était : « rien ne se perd, tout se transforme » en même temps qui aurait pu imaginer que ça s’appliquait a

Eden Island   Chapitre 25

Chapitre 25« Rien ne périt jamais : les choses déjà existantes, une fois arrivées à leur terme, et ce, quelle que soit leur nature, se combinent à nouveau pour donner naissance à la matière. Ainsi le concept d’écologie intégrale vise-t-il à supprimer toute forme de gaspillage. Le recyclage total est la préoccupation première des dirigeants afin de pouvoir subvenir aux besoins de chacun sans plus jamais risquer de mettre en péril les ressources de la planète. »Extrait du journal de Jonas SamsonAylan s’approche d’Analia qui regarde toujours fixement quelque chose en contrebas. Quand l’adolescent, intrigué, se penche à son tour pour découvrir ce qu’elle peut bien observer ainsi, son sang se glace aussitôt, ses jambes se ramollissent et il est contraint de s’appuyer à la balustrade pour ne pas s’écrouler sur le sol.Les immenses parois en contrebas sont recouvertes de voyants lumineux, de manettes et d’étroits tuyaux bleutés. Mais ce n’est pas cela qui retient tou

Eden Island   Chapitre 7

Chapitre 7« La passion et l’ambition des hommes ont conduit le monde au chaos. Il ne nous appartient pas de changer le passé, mais de construire l’avenir en formant des citoyens capables de maîtriser leurs pulsions destructrices. Toute notre entreprise doit tendre vers une même fin : l

Eden Island   Chapitre 6

Chapitre 6« Si un élément particulièrement remarquable est détecté, une internalisation peut être envisagée, à condition que le sujet vienne seul et qu’il accepte sans aucune réserve toutes les règles de la communauté. »Extrait du journal de Jonas Samson— Tu devrais quand mê

Eden Island   Chapitre 5

Chapitre 5« Eden Island est une utopie devenue réalité. Le plein épanouissement de chacun des membres de la communauté et ce, quel que soit son numéro de famille, est au cœur des préoccupations des dirigeants. »Extrait du journal de Jonas Samson— Je crois que j’ai trouvé ce

Eden Island   Chapitre 4

Chapitre 4« La pauvreté et la précarité ne cessent de s’accentuer à l’extérieur de l’archipel. En raison de la pénurie des ressources, les mouvements de populations dans l’espoir d’une vie meilleure se sont nettement intensifiés. Or, nous n’avons d’autre choix que de tout mettre en œuvre po

Weitere Kapitel
Buch herunterladen
GoodNovel

Buch kostenlos herunterladen

Download
Suchen
Bibliothek
Stöbern
RomantikAlternativgeschichteUrbanWerwolfMafiaSystemFantasyLGBTQ+
Kurzgeschichten
LiebeskummerGeheimnisModerne StadtApokalypse-Überleb1enshort-Science-FictionLiebesroman0
ErstellenVorteile für Autor:innenWettbewerb
Beliebte Genres
RomantikAlternativgeschichteUrbanWerwolfMafiaSystem
Kontaktieren uns
Über unsHilfe & VorschlägeGeschäft
Ressourcen
Apps herunterladenVorteile für Autor:innenInhaltsrichtlinieTop-SuchanfragenFAQFAQ-IDFAQ-FILFAQ-THFAQ-JAFAQ-ARFAQ-ESFAQ-KOFAQ-DEFAQ-FRFAQ-PTGoodNovel vs Competitors
Community
Facebook Group
Folge uns
GoodNovel
Copyright ©‌ 2026 GoodNovel
Nutzungsbedingungen|Datenschutz