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Chapitre 17

Author: 15210689748
"publish date: " 2021-06-25 20:03:27
Chapitre 17

« Toute société a besoin de héros, car les héros sont les modèles qui insufflent à chacun le désir de se dépasser au profit du bien commun. »

Extrait du journal de Jonas Samson

Comme chaque jour, Analia emprunte le long couloir blanc qui mène à l’unité des soins intensifs où se trouve Aylan. Ce dernier repose sur une couchette reliée à un ordinateur qui le surveille en permanence et modifie sensiblement sa forme ou sa température si le corps du blessé donne des signes de gêne ou de souffrance. Depuis qu’il est là, aucune évolution de son état n’a été enregistrée. Les sollicitations que les médecins envoient à son organisme ne parviennent pas pour le moment à l’extirper du coma où il est plongé depuis trois jours. Elle ignore s’il a conscience de sa présence, s’il l’entend, s’il comprend ce qu’elle dit, mais les médecins lui ont affirmé qu’une voix familière restait le meilleur moyen de « maintenir un contact avec la surface ». Qui d’autre qu’elle aurait pu jouer ce rôle dans l’archipel ? Aîko était venu avec sa mère et son grand-père, il lui avait dit en pleurant qu’il le considérait dorénavant comme son grand frère, puis lui avait parlé de toutes les courses de solar-surf dont il se souvenait. Shani était aussi passée plusieurs fois et lui avait raconté plusieurs anecdotes concernant le centre d’apprentissage, mais c’est Analia qui s’assied chaque matin près de la couchette, prend sa main dans la sienne et lui parle en continu pendant des heures quitte à répéter en boucle certains évènements. Plongé dans ce profond sommeil, elle lui trouve un air terriblement vulnérable et enfantin. C’était pourtant lui qui, trois jours auparavant, les avait tous protégés.

Après avoir passé des heures assise à ses côtés, à contempler son visage totalement abandonné tout en se retenant d’en caresser les contours, elle a parfaitement conscience que ce qu’elle éprouve à son égard va bien au-delà de la simple reconnaissance. Faute de mieux, elle presse constamment sa main dans la sienne, espérant sentir une pression en retour.

Elle lui raconte que tout rentre petit à petit dans l’ordre sur l’archipel. L’énergie a été réactivée, tout fonctionne à nouveau. Le dysfonctionnement de la barrière a cependant permis aux migrants de s’introduire dans l’archipel, mais ils sont maintenant contenus sur un îlot gardé par les forces de l’ordre en attendant d’être interrogés puis expulsés. Les autorités veulent savoir s’il y a un lien entre leur présence et l’attaque qui a été menée. Les deux solavions ont rapidement été identifiés : le premier était celui utilisé par son propre père et l’autre, celui qu’avait pris Naom pour ramener Anna et Louna. Elle sent que ses yeux picotent dangereusement et presse plus fort sa main en prononçant cette dernière phrase, mais il reste sans réaction.

— On a besoin de toi, on a tous tellement besoin de toi ! Tu dois revenir, Aylan. Tu dois revenir, je t’en supplie.

L’attaque avait fait 130 victimes. En examinant les cadavres des assaillants, les autorités n’avaient trouvé aucun indice susceptible de les aider, c’était du moins ce qui avait été dit à la population. Depuis la disparition de son père, Analia nourrit de sérieux doutes sur la transparence des communiqués émis par les dirigeants. Comment pourraient-ils ignorer qui était derrière les attaques à répétition dont l’archipel était l’objet ? Ils devaient tout au moins avoir des soupçons. Quelqu’un semble vouloir les détruire, quelqu’un de puissant et de bien informé. La sécurité a été grandement renforcée, on ignore si tous les migrants sont sous contrôle, peut-être que certains se cachent dans l’archipel. Un appel a été lancé à la population : toute personne sans bracelet doit immédiatement faire l’objet d’un signalement. Les migrants étant potentiellement dangereux, il ne faut ni les aider ni les approcher sous peine de perdre tous ses voyants verts. Elle imagine déjà le regard méprisant d’Aylan s’il entend cette dernière phrase. Elle veut plus que tout le voir réagir, mais ses yeux restent désespérément clos.

Depuis qu’elle a vu le petit corps d’un enfant flotter sur les eaux turquoise du lagon, depuis que son père a mystérieusement disparu, depuis qu’Aylan est étendu sur ce lit dans la plus parfaite immobilité, plus rien ne semble avoir vraiment de sens. Tout ce système si bien organisé lui paraît soudain terriblement égoïste et mesquin. Peut-être est-ce aussi parce qu’elle l’a vu ces dernières semaines à travers les yeux d’Aylan. Une petite communauté toute entière tournée vers son bien-être et totalement indifférente à la misère environnante. Comme si le reste du monde n’était qu’un mauvais rêve ! Elle revoit sa mère lui dire qu’on ne pouvait aider tout le monde et à ce moment-là, elle s’était dit qu’elle avait certainement raison ! En tout cas, quelqu’un semblait bien décidé à leur faire payer le prix fort pour leur égoïsme. Elle énonce à voix haute les pensées qui se bousculent dans sa tête, comme elles viennent, sans essayer de mettre de l’ordre. C’est un long monologue qu’elle déroule chaque jour, mais qu’elle vient d’interrompre en voyant Idrian pénétrer dans la pièce.

La jambe droite maintenue par une bande d’algoplast, il se déplace en boitillant. Elle ne peut s’empêcher de se repasser mentalement une scène qui lui semble s’être déroulée des siècles auparavant : Idrian, le bras en écharpe, assis sur une couchette de ce même centre de soins et elle se jetant dans ses bras ! Il s’avance en lui souriant presque timidement.

— Comment va-t-il ?

— Il est dans le coma depuis trois jours et il n’y a pas le moindre signe d’amélioration, répond-elle d’une voix qu’elle s’efforce de rendre le plus neutre possible.

Idrian s’assied à son tour près de la couchette. Il contemple quelques instants le corps inerte d’Aylan avant de se tourner vers elle :

— Il m’a sauvé la vie, lui dit-il doucement comme s’il avait lui-même du mal à intégrer ce nouveau paramètre. Et c’est pour ça qu’il est ici, s’il ne s’était pas arrêté pour m’aider, il aurait été à l’abri avec vous.

Il la regarde à nouveau comme s’il attendait une réponse, mais il n’y a rien à dire. Sans doute Aylan est-il formaté ainsi : il protège spontanément les autres, quels qu’ils soient.

— Je le considérais comme mon pire ennemi, ajoute-t-il.

— Pourquoi le détestais-tu autant ? Tu avais tellement peur qu’il te batte au solar-surf ? demande-t-elle en essayant de plaisanter.

Il plonge son regard dans le sien :

— Je le détestais à cause de toi. J’ai vu la façon dont tu le regardais et j’étais simplement jaloux. Et pour être franc, je le suis toujours. Je l’envie presque d’être là.

— Arrête de dire des sottises ! s’impatiente l’adolescente.

Il prend sa main dans la sienne.

— Je suis amoureux de toi, Analia, profondément et irrémédiablement. C’est arrivé sans que je le veuille. Au début, je te trouvais jolie et j’avais juste envie de passer du bon temps avec toi et puis voilà… Et maintenant, le type que je déteste le plus sur l’archipel vient de me sauver la vie ! Pour faire bref, tu es en train de veiller un héros sans qui je ne serais sans doute plus là ! Je trouve que ça devient sacrément compliqué ! conclut-il en hochant la tête.

Elle retire doucement sa main.

— Je crois que ce n’est ni le bon endroit ni le bon moment pour parler de tout ça. On est tous perdus en ce moment. Il n’y a pas si longtemps, tout semblait simple et évident : on vivait dans un joli lagon bien protégé, compartimenté en différentes cases avec des numéros pour nous rappeler constamment notre place et ça nous semblait tout à fait naturel. Notre but ultime, le mien du moins, était d’avoir le plus de voyants verts possible sur mon bracelet pour contribuer au bon fonctionnement de la société et améliorer le sort de ma famille. Tu sais quel était mon rêve le plus cher il y a à peine quelques mois ? Que mon nom de famille passe de 450 à 440 ! Eh oui, c’était simple, soupire-t-elle. Trop simple, tu ne crois pas ? Depuis quelque temps, j’ai tout à la fois l’impression de me réveiller et d’être plongée en plein cauchemar…

Elle fait une pause durant laquelle Idrian l’observe sans répondre, puis enchaîne :

— Tu sais quelque chose sur l’attentat ?

— Pas vraiment non, juste quelques bribes, répond-il en secouant la tête. Le bureau de mon père est verrouillé, tous les codes ont été changés. Il ne répond à aucune de mes questions. Officiellement, ce serait les migrants qui auraient orchestré l’attentat. Ils ont bon dos, les migrants ! Je me demande comment ils comptent faire avaler ça à la population. Tu as vu ces larves sur leurs embarcations ? Comment tu peux imaginer une seconde qu’ils soient capables de détourner et de piloter un solavion ? Mon père me sert la version qu’ils vont donner aux infos, j’ai l’impression de lui servir de cobaye ! Il observe mes réactions, mais même lui trouve que c’est un peu gros ! Pourtant, l’autre jour, il s’est passé un truc intéressant. Alors qu’il croyait que j’étais sorti, il parlait avec ma mère et je l’ai entendu prononcer un nom : Othon. Il a dit textuellement : « ils soupçonnent Othon d’être derrière tout ça ! ».

— Othon ?

— Pas la moindre idée de qui ça peut être. C’est la première fois que j’entendais ce nom. J’ai essayé de faire des recherches, mais rien, cet Othon semble totalement inconnu dans le lagon ! Ce qui n’est guère étonnant, car si c’est quelqu’un qu’ils ont expulsé, ils ont effacé toutes les données le concernant.

Analia le regarde :

— Ils ont attaqué avec nos solavions, ça veut dire que mon père, Naom, Anna, Louna…

Elle ne peut se résoudre à prononcer la suite de sa phrase.

— Ne tire pas de conclusion hâtive ! réplique Idrian qui a parfaitement compris où elle veut en venir. D’après mes dernières informations, ton père était retenu prisonnier quelque part…

— Tu as vu comment ils ont tiré sur la foule en arrivant ? Tu crois que ces gens se donnent la peine d’épargner des vies ?

— Je ne sais pas, Analia… je ne sais vraiment pas ! conclut-il en hochant la tête en signe d’impuissance. Je ne veux pas te raconter de mensonges, mais il faut garder espoir. Ton père peut leur être utile… quant aux autres…

— Toute cette incertitude, c’est affreux ! murmure Analia. La nuit, je rêve que je m’enfonce dans du sable et plus je m’agite, moins je parviens à remonter à la surface…

Elle tourne la tête vers Idrian et perçoit dans son regard quelque chose qu’elle a du mal à interpréter. Comme une hésitation, une sorte de gêne aussi.

— Il y a autre chose ? l’interroge-t-elle en cherchant son regard.

— Non, répond-il en tournant la tête. Je t’ai dit ce que je savais.

— Idrian, insiste-t-elle, tu dois me donner toutes les informations que tu as, je t’en prie, c’est important.

— Celle-là n’a rien à voir avec les évènements, dit-il en hésitant, et elle ne t’aidera pas à remonter à la surface.

— Parle Idrian, s’il te plaît, dit-elle d’une voix qu’elle espère aussi ferme que possible.

Il la regarde comme quelqu’un qui s’apprête à porter un coup tout en cherchant le moyen d’agir autrement.

— Bon, voilà, j’ai fait pas mal de recherches ces derniers temps en me faisant passer pour mon père avant qu’il ne change les mots de passe. J’en ai profité pour consulter ton dossier.

Il se penche vers elle et lui prend la main.

— J’ai découvert quelque chose te concernant.

Elle le fixe intensément sans rien dire, pressentant confusément que ce qu’il va lui annoncer engendrera de nouvelles turbulences.

— Tu es une enfant adoptée, débite-t-il d’un ton rapide comme s’il se jetait à l’eau.

— Quoi ? dit-elle en retirant sa main comme si le contact la brûlait. Qu’est-ce que tu racontes ?

— Je ne comprenais pas pourquoi mes parents étaient aussi hostiles à notre relation. D’accord, on n’a pas le même numéro, mais on a déjà vu d’autres cas dans l’archipel. Je sentais qu’il y avait autre chose, alors j’ai fouillé… puis j’ai accédé à ton dossier. Tes parents t’ont adoptée à l’âge de six mois…

— Mais…

— Tu venais de l’extérieur. L’île n’était pas mentionnée, ni le nom de tes parents naturels. Il y avait juste écrit que tu avais été introduite sur l’archipel à l’âge de quatre mois et après deux mois d’observation, tu as été adoptée.

— Mais c’est invraisemblable, s’insurge Analia, mes parents ne m’ont jamais rien dit. Pourquoi m’auraient-ils adoptée ? Aîko est leur fils, donc ils pouvaient avoir des enfants !

— Je l’ignore, Analia. Je ne voulais pas t’en parler parce que je ne vois pas en quoi cette information peut t’aider, bien au contraire… Apparemment, il y a régulièrement des adoptions, mais on n’en parle pas. Quand des couples ne peuvent pas avoir d’enfants…

— Mais ce n’est pas le cas de mes… parents, je me souviens très bien de la naissance d’Aîko.

— Oui, Aîko est bien leur fils. Il n’y avait rien d’autre dans le dossier si ce n’est que ton développement neuronal donnait entière satisfaction.

— Mon développement neuronal ?

Ne sachant plus si elle doit rire ou pleurer, elle reste prostrée sur sa chaise. Incapable dans un premier temps d’assimiler l’information qu’il vient de lui donner.

Un hologramme infirmier apparaît soudain dans la chambre pour signifier à Idrian que son temps de visite est terminé. Seule Analia est accréditée à passer plusieurs heures auprès d’Aylan.

— Écoute, je dois partir, ça va aller ? demande-t-il en tentant maladroitement de la prendre dans ses bras. Je n’aurais peut-être pas dû te parler de ça, mais tu n’es pas seule, je serai là pour toi, je te le jure. Je me moque de savoir d’où tu viens et quel est ton numéro !

— Tu as bien fait. Il faut que tu partes, maintenant, se contente-t-elle de répondre d’une voix dénuée d’émotion.

Après l’avoir longuement regardée, il se lève avec difficulté et s’approche de l’adolescent étendu sur la couchette :

— Quant à toi, j’espère que tu vas te réveiller pour que je puisse te faire comprendre deux choses : Analia est à moi et je suis meilleur que toi au solar-surf, mais en attendant je voulais juste te dire… merci. Sans toi, je ne serais plus là !

Puis il s’éloigne en claudiquant légèrement. Après qu’il ait quitté la pièce, elle reste de longues minutes sans bouger, essayant vainement d’intégrer ce qu’elle vient d’apprendre. Elle fouille son passé à la recherche d’un indice, d’une anecdote qui pourrait corroborer cette affirmation. Mais rien dans l’attitude de ses parents n’est susceptible d’éveiller le moindre soupçon. Des parents aimants et protecteurs. Trop peut-être ? Mais quels parents ne le sont pas ? Idrian mentait-il ? Non, il n’avait aucune raison de faire cela. Pouvait-il s’être trompé ? Il avait vu cette mention sur son dossier, il ne pouvait y avoir d’erreur. Au bout d’un moment, épuisée par toutes ces interrogations, elle reprend la main d’Aylan dans la sienne. Les larmes glissent sur ses joues sans qu’elle en ait vraiment conscience.

— J’espère de toutes mes forces que ta sœur, Anna et mon… père sont encore en vie, j’espère de toutes mes forces que tu vas te réveiller. Là, tout de suite, j’ai tellement peur, tellement mal que je n’arrive plus à respirer. Il y a un adage dans la communauté qui dit « la peur doit mener au courage et le courage à la paix ». Mais comment puis-je faire pour être courageuse ? Comment puis-je me battre ? Je ne comprends plus rien, je ne sais pas qui est cet Othon dont il vient de parler. Même moi, je ne sais même plus qui je suis. Je suis peut-être née non loin de toi ! Sur ton île, sur une île voisine ! On m’a peut-être abandonnée, enlevée ou vendue ! Moi aussi je suis une étrangère ! Ma vie tout entière est basée sur un mensonge ! Je suis perdue, tellement perdue, j’ai besoin de toi. Tu dois te réveiller, Aylan !

Elle a presque crié ces derniers mots. Elle reprend sa respiration et le contemple longuement. Chacune des courbes de son visage lui est familière, pourtant, peut-être du fait de son immobilité, elle a l’impression de le voir pour la première fois : l’arrondi délicat de sa bouche, ses longs cils, le minuscule grain de beauté près de son oreille. Sa vulnérabilité est si totale qu’elle efface soudain tout ce qui peut les séparer. Elle sent qu’elle devrait lui dire ce qu’elle éprouve vraiment, mais les mots ne parviennent pas à franchir la barrière de ses lèvres.

— Tu es devenu mon seul repère, Aylan, et je crois que…

Elle serre alors sa main plus fort pour se donner du courage et, à sa grande stupeur, sent une pression en retour. Elle lève aussitôt les yeux pour croiser le regard bleu d’Aylan qui la dévisage avec une intensité inédite.

— Tu crois quoi ? demande-t-il d’une voix rauque.

Elle ne parvient pas à le croire : l’instant d’avant, ses yeux étaient désespérément clos et maintenant il la fixe comme s’il voulait l’aspirer tout entière dans son regard. Elle voudrait se jeter à son cou, lui parler, lui sourire, pleurer de joie, mais elle est incapable d’ébaucher le moindre mouvement. L’espace-temps semble figé dans le bleu incandescent de ses yeux.

— Tu crois quoi ? répète-t-il doucement.

Le soignant qui rentre en trombe dans la cellule la dispense fort opportunément de répondre.

— Bon retour parmi nous, jeune homme, dit-il en souriant.

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