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Chapitre 24

Author: 15210689748
"publish date: " 2021-06-25 20:03:30

Chapitre 24

« L’algoplast constitue à lui seul 90 % des matériaux utilisés sur l’archipel. Son extrême flexibilité a permis de réaliser des structures mouvantes totalement innovantes. Les possibilités d’utilisation sont immenses et ouvrent la voie à des concepts inédits à ce jour. »

Extrait du journal de Jonas Samson

— Je ne sais pas comment tout ça va finir, dit Joao en regardant Shani d’un œil admiratif, mais je voudrais te dire que t’es la fille la plus fantastique que j’aie jamais rencontrée.

Après avoir couru à perdre haleine, les deux adolescents se sont arrêtés quelques instants afin de reprendre leur souffle.

— Toi, on peut dire que t’as vraiment pas le sens du timing, constate ironiquement Shani tout en tentant de réguler sa respiration. Tu crois que le moment est bien choisi pour me faire une déclaration ? Je te signale qu’on ne sait pas où on est et qu’on a perdu nos amis !

— Je sais, répond Joao. Mais c’était impossible de faire demi-tour. On doit continuer.

— Continuer ? On n’a même pas de plan…, objecte l’adolescente.

— Ce n’est pas un problème, rétorque-t-il avec assurance. J’ai vu le plan quand Idriss l’a projeté et j’ai une sorte de mémoire photographique, quand je vois quelque chose, j’en retiens les moindres détails.

Devant l’air sceptique de Shani, il se croit obligé d’ajouter :

— Bon, d’accord, je n’ai peut-être pas l’air d’un gars exceptionnel au premier abord, mais je t’assure que mon cerveau enregistre tout ce que je vois. C’est comme ça depuis que je suis tout petit ! Je ne le fais même pas exprès ! Je suis à peu près certain de pouvoir m’orienter, tu peux me faire confiance. Par contre, certains itinéraires sont certainement moins risqués que d’autres, et ça, sans Nilo, je ne peux pas le savoir. À mon avis, même si les chances sont minces, tout n’est pas perdu !

— Une chance infime, ça reste toujours une chance, conclut Shani avec fatalisme. Après toi, monsieur « je me souviens de tout » !

Ils reprennent leur course. Joao s’enfonce dans le dédale de boyaux, bifurquant parfois à droite ou à gauche sans la moindre hésitation. Shani le suit en se demandant s’il a vraiment photographié mentalement tout l’itinéraire ou s’il s’en remet simplement au hasard en comptant sur la chance. Elle n’a guère le choix : son destin est désormais entre les mains de ce drôle de garçon venu de l’extérieur dont elle ne connaissait pas l’existence quelques jours auparavant.

— Je pense qu’on ne doit plus être très loin du port, cachons-nous là, dit Joao avant de se plaquer dans un renfoncement de la paroi.

— Tu peux m’expliquer pourquoi on s’arrête alors qu’on a presque atteint le but ? s’énerve Shani.

— Parce que tout ça ne me dit rien qui vaille, réplique-t-il. Ils nous ont laissés venir jusqu’ici sans tenter de nous intercepter et vu les moyens dont ils ont l’air de disposer, je suis certain qu’ils savent parfaitement où nous sommes. Cette absence d’obstacle me met mal à l’aise. C’est trop facile !

— Tu crois qu’ils nous laissent volontairement avancer pour mieux nous piéger ? s’inquiète l’adolescente.

— J’ai l’impression qu’ils veulent nous donner un faux sentiment de sécurité ! dit Joao en regardant attentivement autour de lui.

— Même si tu as raison, on n’a pas d’autre option que d’aller jusqu’au bout et d’improviser sur place.

— Oui, mais on n’est pas obligés de foncer tête baissée. S’ils nous observent, ils ne vont pas comprendre pourquoi on a arrêté de progresser. Ça va les surprendre et les obliger à agir. Et peut-être que ça va donner le temps à Aylan et à Analia de nous rejoindre.

— Tu crois vraiment qu’on a une chance de s’en sortir ? demande Shani en le fixant de ses yeux verts.

— À mon avis, si on regarde les choses en face, il faut reconnaître que nos chances sont vraiment très minces. Si je devais parier, j’avoue que je ne miserais pas gros sur notre avenir. Tu as peur ? demande-t-il en la regardant à son tour.

— Je ne sais plus, avoue Shani. Quand on courait, tout mon corps était mobilisé par l’effort ! En fait, depuis qu’on est rentrés dans le sas, je n’ai pas une minute pour réfléchir, mais là tout de suite, je réalise ce que je viens de faire et je crois que… je n’ai pas peur, non, ce n’est pas le mot juste, je dirais plutôt que je suis complètement terrorisée. Et toi ?

— À partir du moment où je suis monté sur le radeau de déchets, j’ai su que plus rien ne serait comme avant. Et depuis que je suis ici, tout me semble complètement irréel, à commencer par toi, ajoute-t-il en lui souriant.

Mais Shani ne le regarde plus. Quelque chose d’autre a attiré son attention.

— Non, hurle-t-elle, en voyant les murs se déformer pour supprimer toutes les issues. Ils sont en train de nous emprisonner !

Ils se précipitent vers les parois, mais plus aucun passage ne semble exister. La matière uniformément lisse les entoure maintenant de toutes parts.

— On est fait comme des rats, s’écrie Joao en tambourinant vainement contre les parois ! Tu avais raison, on n’aurait jamais dû s’arrêter. Ils jouent avec nous comme un chat avec des souris.

— Je pense qu’ils nous auraient arrêtés tôt ou tard. Ils sont beaucoup plus forts que nous, s’exclame Shani d’une voix où se mêlent découragement et résignation. À un moment, j’ai vraiment cru que partir ailleurs était une possibilité réelle, mais on a été naïf : personne ne quitte Eden Island sans leur bénédiction !

Ils tâtent en vain chaque centimètre carré de la paroi avant de s’avouer vaincus ! Pris au piège, privés d’espoir, totalement découragés, ils finissent par s’affaler sur le sol, au milieu de la cellule, en attendant de voir surgir les forces de l’ordre venues les arrêter. « Tout ça pour ça ! » se dit Shani. En repensant à ce que vient de dire Joao, elle sent des larmes frémir au bord de ses paupières.

— C’est idiot, mais quand tu as dit qu’ils jouaient avec nous au chat et à la souris, j’ai réalisé que je n’ai jamais vu ni l’un ni l’autre.

— Sans blague, tu ne sais pas ce que c’est, un chat ? demande Joao en la regardant d’un air éberlué.

— Si, je sais ce que c’est, on peut avoir des hologrammes de compagnie, mais ce que je veux dire, c’est que je n’ai jamais vu un vrai chat ! Ni aucun autre animal, d’ailleurs ! Il n’y en a aucun sur cette île. Tu avais un animal, toi, là où tu habitais ?

— J’avais un chien, un bon chien, il s’appelait Jasper, je l’avais recueilli quand il était petit, on peut dire que je lui ai sauvé la vie.

— Ça doit être doux, le poil d’un animal…

— Ha, mon chien, il avait plutôt le poil rêche mais il faut dire…

Joao s’interrompt tout à coup pour observer les parois en fronçant les sourcils.

— Dis-moi si je rêve, mais j’ai l’impression que les murs bougent, dit-il d’une voix blanche, regarde, on dirait qu’ils sont en train de se resserrer.

Shani regarde autour d’elle, les yeux écarquillés par la terreur. Joao ne rêve pas : sans bruit, souplement, lentement, mais inexorablement les parois se rapprochent.

— Non, hurle-t-elle en se levant brusquement, ce n’est pas possible ! Ils ne tuent jamais personne, ici. Ils ne vont pas oser nous écraser. Ils ne peuvent pas faire ça ! Au secours, arrêtez ! Vous êtes fous, on est là ! Je suis sûre que vous nous voyez ! Arrêtez, je vous en supplie !

Joao a recommencé à sonder frénétiquement les murs, mais rien ne semble pouvoir arrêter le mouvement des parois qui se rapprochent inéluctablement les unes des autres.

— Le plafond ! ils baissent aussi le plafond ! hurle-t-elle d’une voix hystérique.

— Arrêtez, on se rend, nous sommes vos prisonniers, beugle à son tour Joao.

Au bout de quelques minutes, il reste à peine assez de place pour leurs deux corps et le mouvement des parois ne semble pas vouloir s’arrêter. Ils ont cessé de hurler, la terreur les fait suer à grosses gouttes. Les boyaux de la Centrale vont les dissoudre et les digérer. Comme s’ils n’étaient que de vulgaires excréments !

— Ça va s’arrêter, ce n’est pas possible, dit Shani d’une voix tremblante.

Tous ses muscles semblent tétanisés, la sueur dégouline dans son cou et son cœur bat tellement fort dans sa poitrine qu’elle a la sensation qu’il va exploser avant même que les parois ne l’écrasent.

Quand l’espace rétrécit encore, ils doivent tant bien que mal se mettre face à face. Essayer de repousser les murs est inutile. Ils sont pris en étau dans une sorte de broyeur géant et ils commencent maintenant à sentir la pression de la paroi contre leurs corps. Leur respiration devient de plus en plus difficile, leurs visages tournés l’un vers l’autre vont bientôt être écrasés par les murs. Au paroxysme de la terreur, Shani se raidit dans l’attente de la douleur et toutes ses pensées tendent vers la même conclusion : ils vont mourir là, absurdement, atrocement, broyés dans l’algoplast, étouffés par les entrailles de l’archipel ! Totalement prisonnier de cette matière blanche qui se rapproche inexorablement, désormais incapable d’esquisser le moindre mouvement, Joao se dit que la dernière chose qu’il va voir sur cette terre sera le vert hypnotique des yeux de Shani.

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