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Chapitre 11

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"Veröffentlichungsdatum: " 25.06.2021 20:03:26

Chapitre 11

« Le fait de remplacer les noms de famille par des numéros permet une meilleure hiérarchisation des strates de la communauté, d’autant plus que ces numéros sont susceptibles d’évoluer à chaque session d’évaluation en fonction des données récoltées. »

Extrait du journal de Jonas Samson

— Il est tout bonnement…

Shani observe avec la plus grande attention Aylan qui parle avec un M. Chuan visiblement plus intéressé par cette nouvelle recrue que par ses élèves habituels.

— Je cherche l’adjectif adéquat. Fascinant ? Un peu exagéré quand même mais pas loin. Séduisant ? C’est trop banal. Pas assez fort ! Tu dirais quoi, toi ?

— Barbare ? propose Analia dont la mauvaise humeur est encore amplifiée par l’enthousiasme de Shani.

— Hum, si tu appelles barbare ce petit côté sauvage qu’il arrive à conserver malgré cette affreuse combinaison grise dont ils l’ont affublé, je suis preneuse ! renchérit-elle en affichant une mine gourmande. Si tous les barbares sont aussi craquants que lui, c’est quand même dommage qu’on n’en intègre pas plus souvent. À mon avis, ça boosterait le renouvellement de l’espèce.

Analia ne se donne même pas la peine de répondre. Elle n’en veut aucunement à Shani de lui avoir conseillé d’aller au centre de soins la veille, si elle l’a fait, c’est qu’elle en mourait d’envie. Son amie n’est en aucun cas responsable de ses actes. Elle n’a rien non plus contre ce garçon, si ce n’est que, non content de lui compliquer involontairement la vie, il savait aussi se montrer insupportablement arrogant. Et présentement, le babillage incessant de Shani l’agace au plus haut point. La seule chose qu’elle souhaite est de parler quelques instants avec Idrian, mais le fait de devoir chaperonner la nouvelle recrue rend tout tête à tête momentanément impossible.

Le matin même, elle avait quitté son unité d’habitation en compagnie d’Aylan, elle l’avait ensuite guidé à travers les différents ponts et îlots qu’il fallait emprunter pour se rendre au centre de formation. Elle s’était efforcée de lui donner des explications sur les lieux qu’ils traversaient, et avait même tenté de s’intéresser à lui. Elle s’était dit que c’était sans doute le minimum que son père attendait de sa part. En d’autres temps, curieuse de l’extérieur, elle aurait spontanément posé des milliers de questions et aurait réellement accordé de l’intérêt aux réponses, mais pour l’heure, elle se contentait d’accomplir ce qu’elle supposait être son devoir. Elle était en train de lui montrer une statue en algoplast de Jonas Premier en lui expliquant qu’elle était programmée pour changer de position toutes les heures – le fondateur était tantôt assis dans une position méditative, tantôt debout le regard levé vers le ciel – quand Aylan l’avait arrêtée dans ses explications :

— Tu n’es pas obligée, tu sais.

— Pardon ? avait-elle rétorqué, surprise.

— Je veux dire que tu n’es absolument pas obligée de me faire la conversation. D’après ce que j’ai compris, tu dois me servir de guide, mais pour le reste, inutile de te forcer.

— Je voulais me montrer polie, je suis désolée si ça a l’air forcé, avait-elle répondu un peu gênée.

— Je crois comprendre que tu as des problèmes en ce moment, je ne sais pas ce qu’il se passe exactement et je ne veux pas le savoir, mais je vois bien que je tombe comme un cheveu sur la soupe et j’en suis désolé pour toi.

— Un quoi ?

Il eut un bref sourire.

— Tu n’as jamais entendu cette expression ? Hum, j’ai entendu quelqu’un ici qui disait « comme un requin dans le lagon » je pense que ça veut dire à peu près la même chose. Pour faire court, je suis un élément gênant et je comprends parfaitement que tu te passerais bien de ma présence, seulement je n’y peux rien. J’ai l’impression qu’on n’a pas le choix. Par contre, on peut se contenter de marcher sans parler, toi dans tes pensées et moi dans les miennes. Ça me conviendra très bien ! avait-il déclaré d’un ton convaincu.

Ils avaient ensuite poursuivi leur chemin en silence, mais l’éducation qu’avait reçue Analia depuis sa plus tendre enfance l’avait poussée à s’excuser. Elle regrettait d’avoir fait preuve d’un tel manque de civilité envers cet étranger qui était extérieur à ses problèmes. Elle s’était donc arrêtée, puis inclinée devant lui en déclarant :

— Je m’incline pour te présenter mes excuses si mon attitude t’a offensé.

Il n’avait plus qu’à s’incliner à son tour pour lui accorder son pardon, mais au lieu de cela, il avait éclaté d’un rire franc.

— Venant de ton petit frère, j’avais trouvé ces excuses plutôt mignonnes, mais venant de toi, je trouve ça… bizarre.

Analia s’était sentie humiliée jusqu’au plus profond de son être.

— Je ne voulais pas te vexer, avait-il ajouté, mais vos coutumes me semblent parfois déroutantes.

— Je te trouve très méprisant pour quelqu’un qui vient d’arriver, avait-elle alors rétorqué en colère. C’est pourtant un grand honneur qui t’est fait !

— Un grand honneur ? Comme tu y vas ! Je suis quoi, à vos yeux ? Le représentant d’une race inférieure que vous avez la bonté d’accueillir ? Un animal de foire ?

— Pourquoi es-tu venu alors, si tu penses ça ? C’était trop compliqué de dire non ? avait-elle répliqué sèchement en sentant sa colère monter d’un cran.

— Je suis là pour ma sœur, uniquement pour ma sœur. Sans elle, je n’aurais jamais laissé personne me mettre un bracelet au poignet, comme si j’étais un esclave ou un animal domestique. Ça se passe comment, vous vous réveillez tous les matins, la peur au ventre, en redoutant que les voyants aient changé de couleur ? Même toi, tu avais l’air furieuse contre ce système.

— Ne te mêle pas de ce qui ne te regarde pas ! avait-elle dit à son tour d’une voix sifflante. Tout va bien pour moi, je me serais juste passée, en effet, de devoir jouer les guides touristiques !

Analia ne se reconnaissait pas. D’ordinaire, elle parvenait toujours à garder son calme. Or, depuis la veille, elle avait le sentiment d’être perpétuellement en colère et l’attitude d’Aylan contribuait à l’énerver encore davantage.

— Tu dois juste m’aider à repérer le chemin, avait-il ajouté d’un ton sec, et vu qu’en général, j’ai plutôt un bon sens de l’orientation, ça devrait aller assez vite. Mais ne t’inquiète pas, si ça peut te faire regagner un voyant vert, je dirai à tout le monde que tu m’as parfaitement chaperonné.

Cette dernière remarque lui avait donné la désagréable impression, au mieux qu’il se moquait d’elle, au pire qu’il la méprisait, et comme elle ne voulait pas encore aggraver la situation, elle avait préféré ne pas répondre. Ils avaient donc effectué le reste du chemin dans un silence pesant. À peine étaient-ils arrivés au centre de formation qu’ils avaient entendu une voix métallique ordonner à tous les élèves de se réunir dans la cour principale. Le directeur du centre, qu’ils voyaient rarement en personne, se tenait devant les adolescents regroupés en rangs au fur et à mesure de leur arrivée. Analia avait fait signe à Aylan de se ranger avec elle au fond de la dernière rangée.

— En raison des évènements dramatiques qui viennent de nous frapper, nous allons communier quelques minutes en silence pour rendre hommage à ceux qui ont perdu la vie, a annoncé le directeur d’une voix claire.

L’hymne funèbre a retenti et les hologrammes des personnes décédées – adolescents, organisateurs, policiers – sont apparus sur les eaux du lagon. À cet instant, quelle que soit sa fonction ou le lieu où il se trouve, chaque habitant de l’archipel a également cessé ses activités pour regarder les eaux miroitantes en hommage aux disparus. Lorsqu’elle a tourné la tête, Analia a brièvement aperçu Idrian à côté du directeur. Comme tous les autres, le visage impassible, il regardait en direction du lagon et elle a deviné l’immense effort qui devait être le sien pour qu’aucune émotion ne transparaisse sur son visage. La cérémonie a duré encore quelques secondes puis des voiles noirs ont entouré les silhouettes des disparus qui ont semblé se dissoudre lentement dans l’eau. Et la musique s’est tue.

Après un instant de flottement, les discussions ont peu à peu repris et les élèves qui commençaient à se disperser en évoquant les évènements de la veille se sont rendu compte de la présence d’Aylan. Immédiatement, les regards curieux se sont portés vers lui, le mot « barbare » a été prononcé à plusieurs reprises, mais le directeur a très vite repris la parole pour ordonner aux élèves de se rendre en cours et de respecter plus que jamais les consignes qui leur étaient données.

Durant la séance animée par M. Chuan, la plupart des élèves ont passé davantage de temps à lui jeter des coups d’œil qu’à communier avec le ciel et la terre. Aylan, en apparence indifférent à la curiosité qu’il suscitait, a effectué les mouvements demandés de façon mécanique sans regarder personne. Et maintenant que le cours est terminé, Analia doit subir les commentaires enthousiastes de Shani qui attend avec une impatience non déguisée de faire connaissance avec le nouvel élève. Analia la voit même rougir légèrement quand il se dirige vers elles.

— Salut, je m’appelle Shani, je suis l’amie d’Analia, annonce-t-elle en s’avançant vers lui de son pas dansant. Je ne suis certainement pas la première à te le dire, mais je te souhaite la bienvenue dans notre communauté.

Pour la première fois de la journée, Analia voit Aylan sourire franchement. Sans doute apprécie-t-il la spontanéité de Shani qui l’accueille sans réticence. Il s’approche à son tour et tend sa main vers elle.

— Là d’où je viens, il y a une coutume qui consiste à serrer la main des gens qu’on rencontre.

Si Shani est surprise, elle n’en montre rien et met sa main dans la sienne sans hésitation.

— Comme ça ? demande-t-elle en plongeant son regard dans le sien.

— Oui, et là on se secoue légèrement la main. C’est la façon barbare de dire bonjour aux gens que l’on ne connaît pas ! dit-il en souriant d’un air moqueur.

— Eh bien, pour ma part, je trouve ces mœurs barbares des plus intéressantes. J’ai hâte d’en apprendre d’autres. Pas toi, Analia ? l’interroge Shani en se tournant vers elle.

— J’en meurs d’envie, moi aussi ! réplique cette dernière d’un air désabusé. Bon, il serait peut-être temps qu’on aille en cours, non ?

— Ne t’inquiète pas, elle est toujours rabat-joie, c’est dans sa nature, précise Shani à l’intention d’Aylan, avec une mimique faussement navrée. Mais au bout du compte, tu verras, ce n’est pas une si mauvaise fille !

Les cours s’enchaînent. Aylan semble tout à la fois intrigué et passionné par ce qu’il découvre. Deux garçons placés non loin de lui se moquent discrètement en le regardant, mais leurs ricanements semblent le laisser totalement indifférent. Quand Analia l’observe à la dérobée, elle ne peut qu’admirer sa capacité à faire abstraction de tout ce qui l’entoure. Elle essaie de se mettre à sa place et d’imaginer ce qu’elle ressentirait si elle était transportée comme ça, du jour au lendemain, sur Eden Island. Bien sûr, elle ne connaît que très partiellement le monde d’où il vient, mais tout doit lui sembler tellement différent. Pourtant il ne semble ni angoissé ni déstabilisé, il observe et écoute comme s’il voulait absorber au plus vite toutes les composantes de cet univers nouveau pour lui. Si quelque chose le surprend, ce n’est pas vers elle mais vers Shani qu’il se tourne spontanément pour l’interroger du regard. Après l’échange qu’ils ont eu le matin, elle ne peut pas le lui reprocher. Elle s’était peut-être montrée inutilement désagréable, mais l’arrogance dont il avait fait preuve dépassait ce qu’elle pouvait imaginer. Malgré tout, ils sont condamnés à cohabiter.

À la fin des cours, ils font une partie du chemin tous les trois puis Shani les quitte pour emprunter le pont qui mène à son îlot. Analia est, quant à elle, censée regagner sa propre unité d’habitation en compagnie d’Aylan. Tant que son amie était là, cette dernière avait bien sûr assuré spontanément la conversation, seulement à présent, un silence inconfortable s’est à nouveau installé. Quand ils arrivent près d’un pont, elle aperçoit Idrian qui l’observe appuyé à la balustrade non loin du saule où ils avaient l’habitude de se retrouver après les cours. Sans doute espère-t-il qu’elle le rejoigne, mais elle se voit mal abandonner Aylan pour aller le retrouver. Elle en meurt d’envie, pourtant. Elle ne pense pas s’être trahie, toutefois ce dernier s’arrête :

— Je peux rentrer seul tu sais, j’ai repéré le chemin.

— Non, s’empresse-t-elle de répondre, j’aurais des ennuis si on n’arrive pas ensemble et même si cela te semble méprisable, j’ai envie de garder quelques voyants verts.

— N’empêche que je crois avoir aperçu la source de tes ennuis sur le pont. Et visiblement il t’attend.

— Je t’ai déjà dit de ne pas te mêler de mes affaires ! Ça n’a aucune importance !

Il la regarde attentivement :

— Aucune importance, vraiment ? Moi, j’ai l’impression que c’est tout le contraire. Écoute, va au moins lui parler. Je t’ai dit que je détestais être un fardeau, je ne l’ai jamais été et je ne vais pas commencer aujourd’hui. Voilà ce que je te propose : je vais m’arrêter un peu plus loin, je t’attendrai et comme ça on rentrera ensemble.

Elle hésite quelques instants. Elle sait que c’est un choix déraisonnable – d’autant que Aylan pourrait la trahir sitôt rentrés –, mais l’envie de voir Idrian l’emporte soudain sur toute autre considération.

— D’accord, je te rejoins très vite.

— Pas de souci.

Quand elle retrouve Idrian, elle est immédiatement frappée par ses traits tirés et son visage fermé.

— C’est le nouveau ? demande-t-il d’un ton peu amène tout en l’attirant à l’écart derrière le saule pleureur.

— Oui, il ne nous dénoncera pas.

— Comment peux-tu en être aussi certaine ?

— Je le sais, c’est tout, fais-moi confiance.

Elle caresse doucement sa joue, mais il ne se détend pas pour autant. Il éloigne sa main pour regarder son bracelet.

— C’est à cause de moi ?

— Rien de grave, quelques loisirs de moins, Shani vit très bien avec la moitié de ses voyants, dit-elle en espérant alléger l’atmosphère.

— Je suis désolé, Analia.

— Ce n’est pas ta faute ! Je ne comprends même pas pourquoi ils se sont montrés aussi sévères. Je n’avais jamais commis la moindre infraction auparavant, comme disait Shani, j’étais la fille parfaite !

— Je n’aurais jamais dû t’inviter à ce bal !

— Mais pourquoi ?

— Théoriquement, j’aurais dû inviter une des filles prétentieuses qui vivent sur mon îlot, mais depuis que je t’avais parlé au centre de recherches, je voulais que ce soit toi. Ma mère était absolument opposée à ce projet, alors je lui ai dit que je voulais juste m’amuser un peu… j’ai fini par la convaincre…

— T’amuser un peu…, répète-t-elle en s’éloignant légèrement de lui.

— Oui, c’est ce que je lui ai dit. Depuis que je suis petit, je suis habitué à ce qu’on satisfasse tous mes désirs ! Franchement, j’espérais que tu me décevrais et qu’après je t’oublierais… seulement ça ne s’est pas passé comme ça, dit-il en caressant ses cheveux. Après la soirée, j’ai eu envie de te revoir. Je savais que ça ne pourrait pas durer, que si ma mère l’apprenait, elle se vengerait sur toi, mais chaque fois que je te voyais, je ne parvenais pas à te dire la vérité. Et puis, il y a eu l’attentat et tu es venue, j’aurais dû te dire de partir tout de suite… et là encore je n’ai pensé qu’à moi.

Analia s’éloigne de lui pour mieux réfléchir.

— Très bien, donc on n’a pas le droit de se voir. Ce que je ne comprends pas, c’est que toi, tu es parfaitement au courant alors que personne ne m’a prévenue…

Idrian a un rictus ironique :

— Ce n’est pas une loi officielle, bien sûr. Nos très chers dirigeants prennent garde de ne pas heurter les citoyens. La fameuse harmonie, tu sais bien, dit-il d’un ton désabusé. Il suffit que les castes dirigeantes évitent de trop se mêler aux autres et le tour est joué : quand on est un moins de cent, on reste entre-soi !

— C’est stupide ! Qu’est-ce qu’on va faire ? demande Analia.

Il la serre contre lui de son bras valide.

— On ne va plus se revoir. Je serais égoïste si je continuais à le faire. Ma mère a beaucoup de pouvoir, elle t’a déjà nui et si ça s’avère insuffisant, elle nuira à ta famille. Jusqu’à ce que je cède !

— Elle ne peut pas être aussi cruelle ! proteste Analia.

— Oh que si ! Crois-moi.

— On ne se verra plus jamais ?

— On s’apercevra de temps en temps au centre de formation, dit-il avec une grimace.

— Mais on ne se touchera plus, on ne s’embrassera plus, dit-elle en se rapprochant de lui et en posant ses mains sur sa poitrine.

— Arrête, Analia. C’était une agréable parenthèse mais c’est terminé, dit-il en l’éloignant de lui. Dans quelques mois, tu retrouveras tous tes crédits et tout rentrera dans l’ordre.

Elle recule comme s’il l’avait frappée et le regarde, abasourdie :

— Une agréable parenthèse ? C’est tout ce que j’ai été pour toi ? Une sorte de nouveau jouet ?

Il pousse un soupir en l’examinant comme s’il la voyait pour la première fois.

— Je n’ai jamais rien dit d’aussi désagréable. Mais sans doute que, dans le fond, c’est toi qui as raison. Je t’ai peut-être vu comme un nouveau jouet… Tu es très belle, tu sais, je te trouvais vraiment très attirante et on a passé de bons moments ensemble. Même si tu me manqueras, le fait est qu’on ne peut plus se voir, il faut se montrer responsable et l’accepter.

Elle le regarde une dernière fois sans parvenir à croire ce qu’il dit, mais elle voit son regard déterminé et comprend soudain que leur histoire est bel et bien terminée. Il la congédie poliment, froidement et sans état d’âme. Son attitude contraste tellement avec le garçon qu’elle a connu pendant quelques semaines, qu’elle a du mal à y croire. Mais les faits sont là : il se débarrasse d’elle comme d’un uniforme usagé à la fin de la journée. Il aurait pu aussi bien la jeter dans le bac à recyclage ! Elle n’ajoute rien, et rassemblant tant bien que mal ce qui lui reste de dignité, elle tourne les talons et s’en va. Elle entend qu’il l’appelle, mais elle s’enfuit en courant sans se retourner. Les larmes qu’elle a retenues jusque-là inondent son visage tandis qu’elle regagne le chemin principal. Si Aylan remarque ses yeux rouges et ses joues humides, il ne fait aucune remarque quand elle le rejoint près du pont. Ils se mettent en route sans dire un mot. Elle ne cesse de ruminer ses pensées, passant tour à tour de la détresse à la colère la plus noire. La douce, la gentille, la naïve, la stupide Analia ! Il avait dû bien rire dans son dos ! Alors qu’ils approchent de l’unité d’habitation, elle demande à Aylan de s’arrêter un instant afin de reprendre un peu ses esprits avant d’affronter le regard maternel. Elle le regarde en tentant de sourire :

— Je suis désolée, chaque fois que tu me vois, je suis dans un état pitoyable !

Il reste silencieux, se bornant à la dévisager. Pour autant, elle ne décèle dans son regard aucune marque de mépris. C’est un regard franc, exempt de tout jugement.

— En tout cas, je te remercie de m’avoir permis de lui parler, ajoute-t-elle en tentant de reprendre contenance.

— Pas de quoi !

Puis il ajoute en la fixant de ses yeux bleus :

— Écoute, je ne suis pas là pour te juger ! Moi aussi, j’ai souvent vu mes rêves se fracasser contre la réalité. Ça fait mal. Je crois que nous avons pris un mauvais départ tous les deux, mais puisque nous sommes condamnés à cohabiter, je pense que nous devrions repartir à zéro, qu’en penses-tu ?

— Je crois en effet que ça pourrait être une bonne idée, approuve-t-elle avec un hochement de tête.

Il tend sa main vers elle :

— Bonjour, je m’appelle Aylan, je suis un barbare et je viens d’une île perdue qui s’appelle Pedrosa, elle doit être quelque part par là, dit-il en désignant l’océan.

Elle met sa main dans la sienne en souriant.

— Je m’appelle Analia, j’habite Eden Island et jusqu’à hier j’étais… une fille parfaite.

Il serre sa main en la secouant légèrement.

— Super ! Je ne sais pas pourquoi, mais quelque chose me dit que je vais beaucoup mieux m’entendre avec la nouvelle Analia ! déclare-t-il avec un franc sourire.

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