Wird geladen
Startseite/ ALLE /Eden Island/Chapitre 10

Chapitre 10

15210689748
"Veröffentlichungsdatum: " 25.06.2021 20:03:25

Chapitre 10

« Ils avaient fait de la Terre une immense décharge. C’est en recyclant des déchets du passé que nous avons construit le paradis. »

Extrait du journal de Jonas Samson

Installé pour la toute première fois dans l’hydrobulle collectif, Aylan observe d’un œil intrigué les voyageurs assis autour de lui. Il y a des personnes d’âges et de sexes différents. On lui a expliqué que la forme et la couleur des vêtements variaient selon la fonction ou l’âge de ceux qui les portent. Mais ce qui le frappe particulièrement, c’est cette sorte d’uniformité parmi les habitants. Non qu’ils se ressemblent tous, mais ils manquent cruellement de relief. Tous semblent lisses et polis aussi bien physiquement que moralement. Des fruits parfaits poussés sur un même arbre ! Pas de cris, de jurons, pas de barbes de trois jours, de traits tirés, de cheveux mal coiffés, de vêtements froissés ou abîmés. Personne de gros ou de trop petit. Aucun n’est laid, balafré ou un peu abîmé par les aléas de la vie. Pas la moindre aspérité. Il se demande si, un jour, lui aussi sera comme eux. Il regarde sa propre combinaison grise, le bracelet qu’il a maintenant au poignet et se dit que, d’une certaine façon, il leur ressemble déjà un peu. Après tout, il lui faut bien admettre qu’il est tentant de se fondre dans la douceur ouatée de l’archipel, sans plus se poser de questions. À condition d’admettre que violence et misère du monde viennent se fracasser contre la barrière sans imprimer le moindre frémissement aux eaux miroitantes du lagon.

Depuis leur arrivée, ils habitent un petit cocon confortable avec des commodités dont ils n’avaient jamais seulement soupçonné l’existence. Ysilia et son sempiternel sourire semblent toujours surgir de nulle part pour les guider dans ce nouvel univers et pourvoir à leurs besoins. Cependant, il a constaté qu’elle se montre plus réservée dès qu’il s’agit de répondre à des questions plus précises. La veille, Aylan l’a interrogée sur l’explosion qu’ils ont tous entendue, mais elle a prétendu n’avoir aucune information à ce sujet et est passée à autre chose comme si cela n’avait aucune importance. Contrairement à sa mère qui restait sur la défensive et observait le paradis avec l’œil de celui qui s’attend à tout moment à voir surgir le serpent, Louna avait immédiatement adopté ce nouveau mode de vie et s’extasiait sans cesse sur tout ce qui l’entourait. Son plaisir le plus intense consistait à observer les petits poissons fluorescents du lagon. Fascinée par leur incessant ballet coloré, elle passait des heures assise au bord de l’eau dans une parfaite immobilité. Quand Ysilia lui avait promis de l’emmener jouer avec les dauphins dès qu’elle irait mieux, elle lui avait sauté au cou en lui assurant qu’elle n’avait jamais été aussi heureuse de sa vie. Le fait que tous ces animaux ne soient que de simples reflets ne semblait avoir aucune importance pour elle. Si Aylan sentait son cœur se serrer quand il se souvenait que pour la petite fille et sa mère le séjour sur l’île n’était que provisoire, il refusait pour l’instant de penser à l’avenir. Les médecins qui avaient examiné Louna désiraient procéder à des examens complémentaires, mais les premiers résultats laissaient présager qu’elle souffrait d’une maladie du sang. Même s’ils connaissaient peu cette pathologie dont ils mesuraient néanmoins la gravité, ils s’étaient montrés rassurants : il ne faisait aucun doute qu’ils parviendraient à mettre au point le traitement adéquat. Ce défi avait même eu l’air de leur plaire, sans doute parce qu’il aiguisait leur curiosité de scientifique.

Ses pensées sont interrompues par la voix douce qui parle directement dans sa tête. Elle l’avertit qu’il doit descendre sur le prochain îlot. Il se penche vers son bracelet. Ysilia lui a montré comment l’activer afin de s’orienter. Après avoir quitté l’hydrobulle, il s’engage dans une allée bordée de massifs touffus au sein desquels s’épanouissent de minuscules fleurs semblables à des diamants. Les passants qu’il croise lui jettent un rapide coup d’œil – sa combinaison grise attestant de sa récente arrivée sur l’île –, mais ils détournent aussitôt le regard et poursuivent leur chemin. Quand il arrive devant une habitation aux formes arrondies en partie recouverte par la végétation, la voix lui annonce qu’il est parvenu à destination et lui souhaite une heureuse journée au sein du lagon. Il pénètre sur une terrasse débordante de fleurs odorantes, mais, quand il s’approche de la baie vitrée, il s’arrête net en entendant des éclats de voix. N’étant que peu familiarisé avec l’attitude qu’il convient d’adopter sur l’île en fonction des situations, il hésite à signaler sa présence.

— C’est la première fois que tu me déçois. Comment as-tu pu te montrer aussi inconséquente ? demande une voix féminine visiblement très agacée.

— C’est injuste ! J’étais inquiète, je voulais juste m’assurer que…

— Je, je, je ! Nous ne t’avons donc rien appris pendant toutes ces années ? « Nous », tu dois penser « nous ». Tu es, avant toute chose, un membre de notre famille et de notre communauté. Tu fais partie d’un tout. Comment peux-tu être aussi autocentrée ? Et qui es-tu pour décider de ce qui est juste ou non ?

— Mais quand même, six voyants d’un seul coup, comme si mon comportement avait présenté un danger pour la communauté. C’est beaucoup, non ? En plus, c’est la première fois que…

— Bien sûr, ne pas obéir aux consignes alors qu’un évènement d’une extrême gravité vient de se produire, c’est tout à fait anodin ! À ton âge, tu es peut-être plus apte à juger de la gravité d’une faute que les sages qui nous dirigent ? l’interrompt l’autre femme.

— Ce n’est pas ce que je veux dire !

— Tu vas en premier lieu présenter des excuses pour ton comportement inacceptable.

— Mais tu te rends compte, ce qu’elle m’a dit…

— Ce qu’elle t’a dit est vrai, même si c’est désagréable à entendre pour tes jeunes oreilles. Nous n’avons pas le même rang hiérarchique. Le fonctionnement de notre société est en partie basé sur la capacité de chacun à rester à la juste place assignée par les dirigeants. Absolument rien ne vous empêche d’être amis, mais il est hors de question que vous vous engagiez dans une relation vraiment sérieuse. Ce n’est pas parce que vous avez échangé un baiser ou que vous vous êtes tenus par la main que vous vous êtes engagés pour la vie entière. Tu es juste une adolescente bêtement amoureuse comme il en existe depuis la nuit des temps ! Je pensais que tu avais un peu plus de clairvoyance !

Aylan, depuis la terrasse qu’il n’ose plus quitter, ne voit que leur dos. Les épaules de l’une d’elles tressautent soit parce qu’elle pleure, soit parce qu’elle est très en colère. Pour sa part, il trouve plutôt réconfortant d’entendre des gens s’énerver ainsi. Le fait qu’ils soient capables de se disputer prouve qu’ils conservent tout de même une part d’humanité derrière leur apparente perfection. Soudain, l’une des deux femmes se tourne et l’aperçoit.

— Ho ! laissa-t-elle échapper en portant la main à sa bouche.

Elle ne met qu’une fraction de seconde à reprendre le contrôle d’elle-même et c’est avec un visage avenant qu’elle se dirige vers la terrasse. Il s’efforce de ne pas fuir tout de suite tout en souhaitant devenir transparent. L’incongruité de sa présence en ces lieux lui saute plus que jamais aux yeux. Deux parfaites étrangères. Une scène intime. Il n’a décidément rien à faire là. Sur son île, au moins, il connaît les codes alors qu’ici, il est à découvert et il déteste ça.

— Qui es-tu ? l’interroge-t-elle d’une voix douce et veloutée, en total contraste avec le ton qu’elle a employé précédemment.

— Je suis désolé d’interrompre votre… euh… conversation. Je m’appelle Aylan…

— Aylan ? Je ne t’attendais pas si tôt. Je croyais que mon mari devait t’accompagner.

— Oui, c’est ce qui était prévu, mais il a été retenu et il m’a demandé de venir directement ici.

— Je suis désolée, nous manquons à tous nos devoirs. Je suis Jaine, la femme de Jaron. Entre, je t’en prie.

Il s’exécute et pénètre à l’intérieur.

— Voici ma fille, Analia.

L’adolescente le gratifie d’un regard peu amène. Malgré ses yeux rouges et sa mine renfrognée, il ne peut s’empêcher d’être frappé par la délicatesse de ses traits et l’harmonie de son visage. Comme sa mère, elle réagit rapidement afin de se composer un visage plus accueillant. Il a failli tendre le bras pour leur serrer la main, mais il se ravise en se souvenant à temps que cette coutume n’existe pas à Eden Island. Cela fait partie des choses qu’il déteste dans cette nouvelle vie : le sentiment fréquent d’être un intrus quand il arrive quelque part et le fait de ne pas toujours savoir quelle attitude adopter.

— Bonjour Aylan, dit-elle en esquissant un sourire forcé.

— Nous sommes ravies de t’accueillir, renchérit sa mère avec un enthousiasme qu’il juge fortement exagéré.

Il est évident à leur air emprunté qu’il ne pouvait pas tomber plus mal. Heureusement que Jaron, accompagné d’un petit garçon, arrive juste à temps pour le tirer de cet embarras.

— Je vois que vous avez déjà fait connaissance, dit-il. Aylan, je te présente le dernier membre de la famille, Aîko, mon fils.

Le petit garçon le dévisage avec une franche curiosité.

— On dirait vraiment pas que t’es un barbare, conclut-il à la fin de son examen.

— Et c’est censé ressembler à quoi, un barbare ? demande Aylan en se penchant vers lui.

— J’sais pas, t’es le premier que je vois, mais je t’imaginais pas comme ça ! dit-il en l’observant attentivement. T’es tout propre, t’as l’air gentil et tu sens pas mauvais ! ajoute-t-il en s’approchant pour le renifler.

— Aîko ! veux-tu présenter tes excuses immédiatement, intervient Jaine. Qu’ai-je fait pour que mes enfants oublient les règles de comportement les plus élémentaires ?

— Je m’incline pour te présenter mes excuses si mes propos t’ont offensé, récite immédiatement le petit garçon en baissant la tête. Tu sais, je savais pas qu’il fallait pas dire barbare devant un barbare, ajoute-t-il à l’adresse de son père tout en regardant son bracelet afin de vérifier que sa maladresse reste sans conséquence.

— Il s’agit d’un terme dépréciatif que l’on utilise parfois entre nous pour parler des gens de l’extérieur, précise Jaron en s’excusant à son tour auprès d’Aylan. Le terme exact est « sans bracelet ».

— Ah, j’ai compris, on peut dire barbare seulement quand il n’y a pas de barbare dans la maison ! se hâte de conclure Aîko en regardant ses parents dans l’attente d’une confirmation.

— Si on passait à table ? intervient Jaine en levant les yeux au ciel.

Aylan, plus amusé que vexé, est reconnaissant au petit garçon d’avoir involontairement détendu l’atmosphère. Jaine l’invite à s’installer en bout de table.

— Nos dirigeants pensent que ton intégration sera facilitée si tu passes quelque temps dans une famille, c’est pourquoi j’ai proposé que nous t’hébergions, j’ai pensé que tu te sentirais moins dépaysé puisqu’on se connaît déjà. Si tu as des questions à poser, n’hésite pas, lui dit Jaron en étirant un peu la table pour avoir davantage de place.

L’adolescent a évidemment des milliers de questions tant ce nouvel univers l’étonne, le fascine et le déconcerte tout à la fois.

— Justement, ce que vous faites là ? Comment c’est possible ? interroge aussitôt Aylan en montrant le coin de table qu’il vient d’étirer.

— Ah ça ? Les nouveaux arrivants sont toujours intrigués par nos matériaux. Tiens Aîko, c’est toi qui vas lui expliquer, je verrai ainsi si tu retiens ce qu’on t’apprend, dit Jaron avec un regard d’encouragement en direction de son fils.

Le petit garçon repose la bille verte qu’il s’apprêtait à porter à sa bouche et prend un air très concentré.

— Cette matière, ça s’appelle de l’algoplast. C’est un mélange d’algues et de déchets. Il y a longtemps de ça, les fondateurs de l’île ont récupéré plein de déchets qui flottaient sur l’océan. Il paraît qu’il y en avait partout sur la Terre. Ça faisait des continents entiers de déchets. Alors ils les ont pris, ils les ont broyés, ils en ont fait des granulés qu’ils ont mélangés avec des algues gélifiantes. Et c’est avec ça qu’on fait les maisons, les meubles, les habits, tout ce que tu vois autour de toi… On nettoie la Terre en fabriquant des choses qui nous sont utiles. Et on fait tout ça dans la grande Centrale qui est au fond de l’eau. C’est pour ça que les bâtiments peuvent changer de forme ! Quand tu veux faire un tout petit changement, il suffit que tu effleures la matière avec la main comme ça, dit-il en joignant le geste à la parole, mais quand tu veux faire un gros changement, c’est l’ordinateur qui s’en charge ! Pas vrai p’pa ?

— Félicitations, Aîko, lui dit son père en ébouriffant ses cheveux. Je ne l’aurais pas mieux expliqué moi-même. C’est une variété d’algues bien spécifique que nous utilisons, c’est elle qui permet d’imprimer cette extrême souplesse aux matériaux. Il suffit d’augmenter leur température pour les rendre malléables.

— C’est étonnant, dit pensivement Aylan. Il regarde autour de lui. Difficile d’imaginer que tout ça a été créé à partir de déchets du passé…

— Aîko n’exagère pas. Au moment de la création d’Eden Island, il y avait plus de déchets à la surface de l’océan que de terres habitables, précise Jaine. La matière première ne manquait pas. Et, si l’on se fie aux images rapportées par les solavions, il en reste encore énormément.

— Et puis tu vois, c’est drôlement pratique. C’est pour ça que tu peux habiter avec nous : papa a fait une cellule supplémentaire rien que pour toi ! Et quand tu seras parti, ça redeviendra comme avant pour pas dépenser d’énergie inutile. Vas-y, pose d’autres questions, l’encourage Aîko, soucieux de montrer l’étendue de son savoir. Pose une question sur notre énergie.

— Hum, et pour l’énergie vous faites comment ? demande docilement Aylan.

— Y a le soleil qui allume les arbres et qui fait marcher les solavions et après quelque chose avec l’eau, mais ça, c’est compliqué… Je ne me souviens plus très bien comment ça marche, avoue le petit garçon.

— Analia ? l’interroge son père.

— On utilise l’énergie marémotrice, produite par les vagues autour de la barrière et l’énergie maréthermique produite en exploitant la différence de température entre le fond de la mer et sa surface, récite l’adolescente d’une voix atone.

Son père confirme son propos en ajoutant quelques précisions supplémentaires

— Qu’est-ce qui te surprend le plus depuis que tu es arrivé ? s’intéresse Jaine à son tour.

Aylan prend le temps de réfléchir quelques instants, puis :

— Je me souviens que lorsque vous êtes venus sur mon île, vous vous êtes présentés en donnant des numéros.

— Oui, nous n’avons plus de noms de famille, mais seulement un prénom et le numéro qui correspond à notre rang hiérarchique dans la société. Chaque année, nous pouvons changer de numéro en fonction de ce que nous apportons, ou pas, à la communauté, explique Jaine.

— Et vous m’en avez attribué un ?

— Pas encore, mais ça va venir. Au début, tu auras forcément un très grand nombre, mais si tu deviens un champion de solar-surf comme on l’espère, tu vas vite t’élever dans la hiérarchie, promet Jaron.

— Qui est le numéro 1 ? demande Aylan.

— Personne n’a pris ce numéro. Il est resté à Jonas Samson, le fondateur de la communauté, même s’il a disparu depuis longtemps.

— Ah, il a eu le droit de garder son nom de famille, lui ? remarque Aylan d’un ton un peu ironique. Tout est si différent dans votre façon d’envisager la vie ! Je ne pense pas que je m’habituerai un jour ! Mais je crois quand même que le truc le plus bizarre pour moi, c’est ça, dit-il en montrant le bracelet.

— Bien sûr, admet Jaron. En fait, personne à part ses concepteurs n’en connaît le fonctionnement exact, c’est un mélange d’informatique, de physique et de chimie. Il est implanté dans la peau et chaque habitant est directement connecté à l’ordinateur central de l’île. Il nous permet de communiquer entre nous, mais il permet aussi au système de réajuster nos besoins en nourriture en fonction de notre masse corporelle, il sert à se procurer ce dont on a besoin…

— Je ne parlais pas de ça, l’interrompt Aylan, ce que je veux dire, c’est que je trouve ça bizarre, cette histoire de voyants…

À peine a-t-il fini de prononcer ces paroles qu’il se rend compte de sa bévue. D’après la discussion qu’il a surprise, ce n’est peut-être pas le sujet le plus judicieux à aborder pendant le repas.

— Ben c’est pourtant simple, intervient Aîko en lui montrant son propre bracelet, si tu fais tout bien comme il faut, tous tes voyants sont verts et tu as droit à plein de choses. Mais si tu fais des choses pas bien, précise-t-il en montrant le bracelet de sa sœur, tes voyants deviennent rouges et tu as droit à moins de choses. Et tu peux même faire monter le numéro de ta famille qui va vivre moins bien à cause de toi.

Tout occupé qu’il est à poursuivre sa démonstration, il ne prend pas garde au regard furibond que lui lance Analia.

— Et si tu fais plein de bêtises et que tous tes voyants deviennent rouges, on te prend ton bracelet et après tu peux plus habiter ici.

— Et tu vas où ? demande Aylan avec un réel intérêt.

— Ça, je ne sais pas… loin d’ici en tout cas parce qu’on les revoit jamais, dit le petit garçon. Ils vont où les sans bracelet, papa ?

— Ailleurs, ça dépend de la gravité de la faute, rétorque Jaron apparemment peu désireux de donner des explications plus précises. Ça s’appelle une mesure d’éloignement.

— Suffisamment loin pour ne jamais revenir, c’est ça ? demande Aylan en fixant Jaron.

— C’est pour les empêcher de nuire à la communauté. Vois-tu, chaque citoyen a une place bien définie. Ce que tu dois comprendre, c’est que l’harmonie de notre société est basée sur la discipline et la capacité de chacun à œuvrer pour le bien commun. C’est un échange permanent entre l’individu et le groupe. Le monde des Grandes Terres est mort à cause de l’inconscience et de l’égoïsme des hommes. La volonté de notre fondateur était de créer un nouveau modèle basé sur l’identité collective : le bien-être de tous passe avant le désir de chacun. C’est une sorte de devise que chaque membre de la communauté s’attache à suivre.

En disant cela, il lance un regard vaguement réprobateur en direction de sa fille. Aylan ne sait pas ce qu’elle a fait exactement, mais il commence à sincèrement la plaindre d’être ainsi l’objet de la réprobation générale. À sa place, il se serait révolté. Mais elle semble plutôt indifférente et lointaine. Résignée, peut-être.

— Seule la moitié de tes voyants sont verts, poursuit Jaron en s’adressant à Aylan. On a dû t’expliquer que c’est le cas pour toutes les recrues extérieures, c’est à toi de prouver que ta présence est un apport positif pour notre société. En d’autres termes, tu dois faire tes preuves.

— Sinon ?

— Tu partiras très loin, conclut Aîko.

Ils poursuivent le repas en abordant des sujets plus légers. Aîko, passionné de solar-surf, ne cesse d’interroger Aylan. Ce dernier commence à se sentir un peu plus à l’aise, finalement, cette cohabitation qu’il a tant redoutée pourrait s’avérer plus aisée que prévu. Mis à part Analia, tous les membres de la famille semblent l’accueillir avec naturel et simplicité. Quand il interroge Jaron sur l’explosion qu’il a entendue, ce dernier ne lui cache pas qu’elle était due à une attaque extérieure. Il lui précise que les mesures de sécurité étant renforcées et que toute sortie étant momentanément suspendue, son premier entraînement aura lieu à l’intérieur du lagon.

— Je sais que ce n’est pas l’idéal, dit Jaron, mais ça te permettra de te familiariser avec nos planches. Tu verras qu’elles sont beaucoup plus perfectionnées que ce à quoi tu es habitué. On espère pouvoir reprendre les entraînements extérieurs prochainement. Demain, Analia te conduira au centre de formation, elle t’aidera à t’accoutumer à nos méthodes d’enseignement. Tu devras aussi aller sur l’îlot des anciens où tu accompliras une partie de ton service obligatoire. Ce sont quelques heures que chaque citoyen doit à la communauté.

L’adolescente relève brusquement la tête. Le regard paniqué qu’elle s’efforce aussitôt de dissimuler n’échappe à personne autour de la table.

— Cela ne te pose aucun problème, j’espère, s’exclame Jaron.

— Bien sûr que non, répond-elle en évitant son regard.

— Je suis satisfait de constater que tu souhaites, comme nous, faciliter l’intégration d’une nouvelle recrue, réplique-t-il sèchement.

Aylan est bien obligé de le constater : sa côte auprès des filles a connu des jours meilleurs. C’est bien la première fois de sa jeune existence qu’il a la désagréable impression d’être envisagé par l’une d’entre elles à la fois comme une corvée et une punition.

Möchten Sie wissen, wie es weitergeht?
Weiterlesen
Vorheriges Kapitel
Nächstes Kapitel

Buch teilen mit

  • Facebook
  • Twitter
  • Whatsapp
  • Reddit
  • Copy Link

Aktuellstes Kapitel

Eden Island   Chapitre 30

Chapitre 30« Adam et Eve vivaient dans le jardin d’Eden, un lieu d’harmonie où la souffrance et la peur avaient été bannies. Mais un jour ils prirent la mauvaise décision et Dieu, à son grand regret, fut contraint de les chasser. Ainsi en va-t-il de chaque citoyen d’Eden Island qui ne respecte pas les règles édictées pour le bien commun. »Extrait du journal de Jonas SamsonUn silence écrasant règne à l’intérieur du solavion qui poursuit sa course linéaire dans le ciel azuré. Aylan et Analia sont debout contre des plaques métalliques les empêchant d’effectuer le moindre mouvement. Le même pansement à leur poignet droit témoigne de l’extraction du bracelet. De part et d’autre des deux prisonniers se tiennent les jumeaux Argoz et Gozrek. Shani et Joao sont tous deux assis face à eux. Ils sont montés quelques minutes avant le décollage et aucune parole n’a été échangée depuis. Analia qui pensait ne jamais les revoir ne comprend toujours pas ce qu’ils font là, mais elle s

Eden Island   Chapitre 29

Chapitre 29« Chaque décision humaine est lourde de conséquences : lorsque nous faisons des choix constructifs, nous bâtissons de solides fondations sur lesquelles les générations à venir pourront s’appuyer pour édifier sereinement le futur. Inversement, lorsque nous prenons des décisions déraisonnables, nous léguons à nos enfants et petits-enfants un fardeau dont ils auront du mal à se débarrasser. »Extrait du journal de Jonas SamsonAnalia observe les personnes assemblées devant elle. Jamais auparavant elle n’avait vu d’aussi près le comité des Dix. Eléa 2 se tient au centre, quatre femmes sont à sa droite, cinq hommes à sa gauche. Tous sont vêtus d’une sorte d’uniforme d’un noir si profond qu’il semble absorber la lumière. Quelques-uns semblent très âgés bien que leurs visages aient sans doute été plusieurs fois lissés grâce à des injections d’algoplast. Certains la dévisagent avec une sorte de curiosité un peu dédaigneuse alors que d’autres affectent la plus

Eden Island   Chapitre 28

Chapitre 28« Qu’est-ce qui définit le vivant si ce n’est sa capacité à s’adapter à son milieu en établissant sans cesse de nouvelles normes vitales ? Contrairement à une croyance largement répandue, la matière ne doit pas être conçue comme le contraire du vivant, mais comme son réceptacle. Elle est susceptible d’accueillir le vivant permettant ainsi de repousser les frontières entre la vie et la mort. »Extrait du journal de Jonas SamsonAu premier abord, la pièce dévoilée par la paroi semble totalement vide. Eléa 2 ainsi que les jumeaux ont pourtant l’air d’attendre quelque chose dans la plus parfaite immobilité. Les quatre adolescents, toujours prisonniers du champ de force, essaient d’accommoder leur vision à l’étrange pénombre bleutée qui les entoure sans pour autant parvenir à discerner quoi que ce soit.Au bout de quelques instants, cependant, il leur semble que la paroi qui leur fait face commence à se déformer. Elle se plisse de manière imperceptible, on

Eden Island   Chapitre 27

Chapitre 27« L’éthique et la morale varient en fonction de l’époque et du lieu où on se trouve. Ainsi les critères qui opposent le bien et le mal se modifient-ils en fonction des aspirations et des besoins d’une société. »Extrait du journal de Jonas Samson— Jeunes, sublimes et… stupides !Analia entend vaguement ces paroles prononcées d’un ton méprisant. Elle ouvre douloureusement les yeux pour découvrir le magnifique visage d’Elea 2 penché à quelques centimètres du sien. Son cerveau est tellement embrumé qu’elle se sent incapable d’avoir la moindre pensée cohérente. Une succession d’images confuses se bouscule dans sa tête : les corps flottant dans l’espace, la voûte étoilée, la fraîcheur de la nuit, la douceur du vent sur son visage et le bateau qui se métamorphose soudain en prison. L’effroi le plus total. Puis le noir complet. Elle fixe le visage aussi parfait qu’impassible qui se penche vers le sien en essayant de rassembler ses esprits malgré l

Eden Island   Chapitre 26

Chapitre 26« Qu’il soit végétal ou animal, le vivant est, par définition, dans un perpétuel devenir ; il se transforme, s’adapte, évolue. En abolissant les frontières entre ce qui est créé par la nature et ce qui est fabriqué par la main de l’homme, l’algoplast a révolutionné notre rapport à la matière. »Extrait du journal de Jonas Samson— « Merci à toi pour cette vie harmonieuse. Merci à toi de nous protéger. Merci à toi de nous éduquer… » C’est ce qu’on récitait chaque matin en arrivant au centre d’apprentissage quand j’étais en première année, précise Analia d’un ton sarcastique, j’ai répété ça des centaines de fois, et tu sais ce que c’est le pire ? C’est que je le pensais, je croyais vraiment que Jonas Samson était notre bienfaiteur ! Remarque, j’aurais dû me méfier, une autre phrase qu’on nous répétait tout le temps était : « rien ne se perd, tout se transforme » en même temps qui aurait pu imaginer que ça s’appliquait a

Eden Island   Chapitre 25

Chapitre 25« Rien ne périt jamais : les choses déjà existantes, une fois arrivées à leur terme, et ce, quelle que soit leur nature, se combinent à nouveau pour donner naissance à la matière. Ainsi le concept d’écologie intégrale vise-t-il à supprimer toute forme de gaspillage. Le recyclage total est la préoccupation première des dirigeants afin de pouvoir subvenir aux besoins de chacun sans plus jamais risquer de mettre en péril les ressources de la planète. »Extrait du journal de Jonas SamsonAylan s’approche d’Analia qui regarde toujours fixement quelque chose en contrebas. Quand l’adolescent, intrigué, se penche à son tour pour découvrir ce qu’elle peut bien observer ainsi, son sang se glace aussitôt, ses jambes se ramollissent et il est contraint de s’appuyer à la balustrade pour ne pas s’écrouler sur le sol.Les immenses parois en contrebas sont recouvertes de voyants lumineux, de manettes et d’étroits tuyaux bleutés. Mais ce n’est pas cela qui retient tou

Eden Island   Chapitre 12

Chapitre 12« Dans un espace où chaque membre de la communauté doit être parfaitement protégé, une attention particulière sera portée aux anciens, afin de leur offrir les meilleures conditions de vie possible jusqu’au moment de leur extinction. »Extrait du journal de Jonas SamsonL

Eden Island   Chapitre 11

Chapitre 11« Le fait de remplacer les noms de famille par des numéros permet une meilleure hiérarchisation des strates de la communauté, d’autant plus que ces numéros sont susceptibles d’évoluer à chaque session d’évaluation en fonction des données récoltées. »Extrait du journal de J

Eden Island   Chapitre 9

Chapitre 9« Les règles de la communauté sont édictées par le comité des Dix, regroupement de sages qui n’ont d’autre motivation que le bien commun. Chaque membre, en les respectant strictement, trouvera son propre épanouissement dans la recherche de l’intérêt général. »Extrait du jou

Eden Island   Chapitre 8

Chapitre 8« La communauté est semblable à un organisme vivant. L’introduction de tout élément extérieur fera l’objet d’un processus spécifique afin de vérifier qu’il est pleinement assimilable et ne présente aucun danger. »Extrait du journal de Jonas Samson— C’est beau

Weitere Kapitel
Buch herunterladen
GoodNovel

Buch kostenlos herunterladen

Download
Suchen
Bibliothek
Stöbern
RomantikAlternativgeschichteUrbanWerwolfMafiaSystemFantasyLGBTQ+
Kurzgeschichten
LiebeskummerGeheimnisModerne StadtApokalypse-Überleb1enshort-Science-FictionLiebesroman0
ErstellenVorteile für Autor:innenWettbewerb
Beliebte Genres
RomantikAlternativgeschichteUrbanWerwolfMafiaSystem
Kontaktieren uns
Über unsHilfe & VorschlägeGeschäft
Ressourcen
Apps herunterladenVorteile für Autor:innenInhaltsrichtlinieTop-SuchanfragenFAQFAQ-IDFAQ-FILFAQ-THFAQ-JAFAQ-ARFAQ-ESFAQ-KOFAQ-DEFAQ-FRFAQ-PTGoodNovel vs Competitors
Community
Facebook Group
Folge uns
GoodNovel
Copyright ©‌ 2026 GoodNovel
Nutzungsbedingungen|Datenschutz