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Chapitre 22Noirceur

Autor: 15210689748
"Fecha de publicación: " 2021-06-25 20:56:52
Chapitre 22Noirceur

Je suis balancée dans ma cellule comme un vulgaire bout de chiffon. Les barreaux se referment derrière moi dans un fracas assourdissant, tandis que les nébors s’éloignent au loin. Mon nez se fronce de dégoût à l’odeur familière de pourriture qui règne à l’Isolement. Mes larmes coulent le long de mes joues. Je me recroqueville et enfouis ma tête entre mes genoux. Des sanglots étouffés se répercutent à travers la cellule. Mes pensées fusent à mille à l’heure, tout se bouscule. Les derniers souvenirs que j’ai de Roxana remontent alors à la surface. Comme la fois où nous nous étions poursuivies dans la classe avec nos doigts pleins de pâte à tartiner. Ou bien celle où l’on avait dansé comme des folles à ma soirée d’anniversaire. Ou encore, lorsqu’elle m’avait offert son cadeau au parc, juste avant que ma vie ne tourne au drame improbable. Je porte une main autour de mon cou et serre le collier entre mes doigts. Cette petite note de musique, une clé de sol, sertie de quelques pierres de saphir ici et là. C’est la seule chose qu’il me reste d’elle. Je compte bien conserver ce collier toute ma vie. Si seulement j’avais su que ces moments étaient les derniers que je passais avec elle… Dans un sens, je le savais. La vision que j’avais eue dans le parc me l’avait montré. J’avais vu la mort de Roxana, et pourtant, je n’ai pas été fichue de la sauver. J’ai été forcé de la regarder mourir sous mes yeux. Mes pleurs redoublent en intensité.

— Evalina ?

Isaac. Je l’avais oublié. J’essaie de refouler mes sanglots pour pouvoir lui répondre, mais je n’y arrive pas. Je déteste me montrer aussi faible. Surtout devant quelqu’un. Il faut absolument que je prenne sur moi et que j’arrive à contrôler mes émotions. Je ne peux pas me laisser aller ainsi. « Je pourrais t’apprendre si tu te joignais à moi ». Les paroles de la Démone résonnent à mes oreilles et ne semblent pas décidées à aller voir ailleurs. Jamais je ne me joindrai à elle.

— Evalina ?

Encore lui. Sa voix est remplie d’inquiétude, il se fait du souci. Je lui dois bien une réponse.

— Je vais bien.

— Non, tu ne vas pas bien, constate-t-il lorsque je relève vers lui un visage noyé par les larmes.

Je pousse un gros soupir et m’essuie les joues du mieux que je le peux. On dit que parler aide à se sentir mieux… Il faut que je lui raconte ce qui s’est passé. Il faut que je trouve la force de le faire. Ce n’est pas si compliqué ! Il suffit d’ouvrir la bouche et de sortir un son. Mais lorsque je m’apprête à le faire, c’est comme si on m’avait ouvert les vannes. Les larmes recommencent à affluer.

— Si tu ne veux pas en parler, je peux comprendre. Par contre, je refuse de te voir pleurer sans rien pouvoir faire. Viens là, dit-il avec un mouvement de tête accompagnateur.

Je me relève avec difficulté, les jambes vacillantes à chaque pas qui me rapproche de sa cellule, puis je me laisse retomber contre les barreaux qui nous séparent. Leur acier froid contre ma peau me fait frissonner. Je déteste cette sensation. Mais je me force à rester assise, près de lui. Tout doucement, il approche ses mains de mon visage. Les chaînes qui le retiennent sont tout juste assez longues pour lui permettre de passer ses mains entre les barreaux. Il en pose une sur chaque joue, et efface mes larmes délicatement. Aujourd’hui, j’ai besoin de tout lâcher.

— La Démone, débuté-je d’une voix pas très assurée. Elle veut que... que je la rejoigne. Elle veut que je m’allie à elle. Mais j’ignore pourquoi.

Je m’interromps, sur le point d’éclater de nouveau en sanglots. Je déteste ce sentiment. La tristesse. J’en déteste chaque partie, des tremblements dans la voix jusqu’aux larmes salées. Je prends une grande inspiration et continue :

— Elle a… tué sous mes yeux l’une de mes meilleures amies. Elle a dit que si je ne me joignais pas très vite à elle, il... il arriverait la même chose à toutes les personnes auxquelles je tiens.

De quoi ai-je l’air, à m’apitoyer sur mon sort ? Il a dû vivre des choses tellement plus difficiles. Il retire ses mains de mon visage et se rapproche encore un peu. Ses chaînes sont tendues au maximum. Il appuie sa tête contre les barreaux froids. Ses cheveux bruns, un peu plus longs sur le dessus et d’habitude rejetés en arrière, lui tombent sur le front.

— Si tu le désires, je peux faire quelque chose pour soulager ta peine, me propose-t-il.

Quelque chose pour soulager ma peine ? Il semble attendre une réponse de ma part. Je hoche alors la tête, plutôt curieuse. Lentement, comme s’il réfléchissait encore à la manière de procéder, il approche ses mains des miennes. Et l’instant d’après, il noue le contact. Je fronce les sourcils. La dernière fois qu’il a fait ça, c’était pour absorber mon pouvoir. En quoi cela peut-il soulager ma peine ? Je suis tentée de retirer mes mains, mais ayant probablement deviné à quoi je pensais, il me rassure aussitôt :

— Tu n’as rien à craindre.

Sa voix grave et rassurante me procure un sentiment de confiance. J’ignore pourquoi je suis aussi sûre de moi concernant ses intentions, mais je sais qu’il ne me fera pas de mal. Je l’observe plisser le front, concentré. Ses mains serrent les miennes avec plus de force, et petit à petit, je sens ma peine s’évanouir. Elle diminue, pour finir par disparaître de mon corps. Même si je suis profondément attristée par la mort de Roxana, je sens que je peux vivre avec cette douleur. C’est incroyable. Comment fait-il cela ? Je relève des yeux admiratifs sur son visage fermé, et c’est seulement à ce moment-là que je réalise sa souffrance. Ses yeux sont plissés, ses sourcils froncés, sa mâchoire est serrée, et sa bouche dessine un rictus de douleur. Je veux retirer mes mains, mais il resserre les siennes un peu plus fort. Son visage entier est transformé par la peine qu’il est en train d’endurer. Je ne suis pas vraiment sûre de ce qu’il fait, et j’aimerais donc qu’il arrête. Si le prix à payer pour voir ma tristesse se retirer est d’observer Isaac souffrir à ma place, c’est hors de question.

— Isaac, arrête ! le supplié-je, espérant que quelque part au fond de lui, il m’ait entendu.

Mais non, rien ne se passe. C’est comme s’il était perdu dans son monde. Un monde lointain, très lointain, dans lequel je n’existe pas et dans lequel il est maître de tout. J’ai beau essayer de retirer mes mains des siennes, ça m’est impossible. Lui seul peut visiblement le décider. Je suis condamnée à attendre. Je me mords la lèvre d’anxiété. Le goût métallique du sang imprègne ma bouche. Je déteste ça. Je me sens coupable d’avoir accepté qu’Isaac fasse cela pour moi.

Désormais, je peux très clairement sentir que ma peine s’est évaporée. C’est comme si j’avais triché. Que j’avais fait quelque chose de mal. Alors que la plus grande fautive dans tout ça, c’est bel et bien la Démone ! Cette femme est folle. Meurtrière et folle ! Si je n’accepte pas très vite de me joindre à elle, elle s’attaquera à tous mes proches. Les seuls qu’ils me restent ne sont déjà plus très nombreux. Si elle décide de tous les supprimer, je n’y survivrai pas. Mélodie, Raphaël, Mehdi. Elle ne peut pas faire ça.

Il faudrait que je trouve un moyen pour retourner sur Terre et les mettre en garde, leur faire savoir que je suis toujours en vie. Le simple fait de penser qu’ils me croient morte me retourne l’estomac. Cette affreuse douleur que j’ai ressentie, lorsque la Démone a abattu sa fourche sur Roxana, n’est rien comparée à ce que je pourrai ressentir s’il s’agissait de Mélodie. Roxana était certes mon amie, mais je n’ose même pas imaginer la douleur que cela pourrait représenter si cela arrivait à Mélodie.

Soudain, Isaac retire ses mains et ouvre enfin les yeux. Ils sont entièrement noirs. C’est comme si deux abysses inquiétants m’observaient. Isaac bat des paupières plusieurs fois, son regard retrouvant peu à peu une belle couleur chocolat. Étrange. J’ignorais qu’il était capable de changer leur couleur comme bon lui semble. Et je ne suis pas sûre qu’il en soit lui-même conscient. La douleur a disparu de son visage. Ses traits sont redevenus parfaitement lisses. Il me sourit, m’arrachant un soupir de soulagement.

— Tu vas bien ? demandé-je tout de même pour m’en assurer.

— C’est plutôt à moi de te poser cette question, me répond-il, à moitié amusé. Comment te sens-tu ?

— Bien. Je me sens bien ! Comment as-tu fait ? Tu as absorbé ma peine ? Depuis combien de temps en es-tu capable ? Tu as toujours su le faire ? Et comment sais-tu de quelle façon tu dois procéder pour...

— Doucement, doucement ! Une seule question à la fois, rigole-t-il.

— Excuse-moi, tu es tellement...

— ...monstrueux ? termine-t-il.

— Non ! Non, pas du tout ! m’empressé-je de le rassurer. C’est ce que tu penses de toi ?

— Je n’ai vécu que sept ans en dehors de ce lieu. Et durant ces années, j’ai fait pas mal de connaissances, m’explique-t-il. Aucune d’entre elles n’avait de pouvoirs en sa possession. J’ai donc appris à m’en servir en les utilisant sur des personnes que je rencontrais, et qui ont par la suite pris leur jambe à leur cou. Elles m’ont vu comme un monstre, une aberration de la nature.

— Mais pourtant, les Surnaturels ont des pouvoirs ! Tu n’es pas seul !

Il secoue la tête de droite à gauche.

— C’est différent. Comme je te l’ai expliqué tout à l’heure, mon pouvoir fait partie de moi. Je l’ai depuis que je suis né, contrairement aux Surnaturels qui reçoivent le leur à un certain âge.

— Mais ça ne change rien au fait que tu possèdes un pouvoir, comme nous ! Tu aurais dû chercher de l’aide au Majestueux, je suis persuadée qu’on aurait pu t’aider !

— Tu te considères comme eux ? me demande-t-il, les sourcils froncés.

— Je sais que je ne suis pas vraiment une Surnaturelle, mais...

— Non, me coupe-t-il. Je parle de tes pouvoirs. Tu n’es donc vraiment au courant de rien ?

Je ne comprends pas ce qu’il veut dire. De quoi suis-je censée être au courant ? Il se passe une main dans ses cheveux bruns, puis il me fixe d’un air de profonde réflexion. Il hésite. Je suis à deux doigts de le secouer par les mains pour le faire réagir, mais heureusement, il semble se reprendre.

— Tes pouvoirs ne te viennent pas de la même façon que ceux des Surnaturels, poursuit-il. Le symbole qui est tatoué sur ta peau n’est qu’une simple preuve quant au fait que le Majestueux t’a choisi toi, et non une autre. Tu l’as peut-être vu briller comme s’il diffusait son pouvoir à l’intérieur de ton corps, mais ce n’était qu’un encrage. Comme ta force supplémentaire, ainsi que ta capacité à guérir ou bien à courir plus vite. C’est tout. Le reste de tes pouvoirs, tu les as en toi depuis ta naissance.

— Quoi ? Mais pourquoi ne se seraient-ils pas manifestés avant ?

— Parce que tu n’en avais pas conscience. Tu ne savais pas comment faire pour les enclencher.

Je lâche un léger ricanement.

— Il faut croire que je ne sais toujours pas comment faire.

Isaac ancre son regard bienveillant dans le mien et tente de me rassurer :

— Ça viendra. La meilleure chose à faire pour y parvenir serait de commencer à croire en eux. Tu es née Gémone, il faut que tu l’acceptes ! Tu n’as pas le choix.

— J’aimerais pourtant l’avoir, soupiré-je.

C’est vrai, pourquoi n’aurais-je pas le droit de décider de ma propre vie ? Si j’ai envie d’être ce que je suis réellement, soit. Mais si j’ai envie de renier cette partie-là de moi, j’estime avoir le droit de le faire. Malheureusement, le destin n’a pas l’air très en accord avec ma façon de penser.

— Être une Gémone est un honneur. Tu ne dois pas voir cela comme une malédiction, me dit Isaac. Ce qui en serait une, c’est que tu sois la Démone. Je pense donc que tu peux t’estimer heureuse !

Je hoche la tête. Il a raison. Si je veux aller de l’avant, je dois commencer à voir le bon côté des choses et cesser de me plaindre ! Ce n’est pas en m’apitoyant sur mon sort que ma vie va évoluer positivement. Le changement, ça se mérite.

— Comment se fait-il que tu en saches autant à propos des Surnaturels ? le questionné-je, curieuse.

Isaac se pince les lèvres, apparemment pas très sûr de vouloir apporter une réponse à ma question.

— Je les ai beaucoup observés, finit-il par lâcher. Je me posais beaucoup de questions à propos de mon pouvoir, alors je me suis mis à m’intéresser de près à leur quotidien. J’en ai appris pas mal sur leurs capacités. En les observant, mais aussi en écoutant ce qu’en disaient les gens quand je voyageais de village en village.

— De village en village ? relevé-je. Tu n’avais pas de maison ?

— Je m’en suis très bien sorti sans.

La façon dont il a prononcé ces quelques mots me laisse penser que ce n’est pas tout à fait vrai. Auquel cas, pourquoi serait-il de retour dans sa cellule de naissance ? J’ai bien envie de lui poser la question, mais je sais pertinemment que ce n’est pas le moment. Je ne veux pas lui faire ressasser de mauvaises choses. Bien au contraire.

— Tu gardes de bons souvenirs de ta liberté ? le questionné-je, pour qu’il puisse me parler un peu plus de lui.

Isaac réfléchit quelques instants, les yeux levés vers le plafond.

— Quand j’avais douze ans, me répond-il. Je me suis retrouvé coincé dans un endroit où la terre formait de longs tunnels, tel un labyrinthe. Je ne parvenais plus à remonter, j’étais pris au piège par une paroi que je ne parvenais pas à escalader. Heureusement, lorsque la nuit est tombée, un garçon qui passait dans le coin m’a entendu appeler à l’aide et m’a remonté.

Je fronce les sourcils.

— En quoi est-ce un bon souvenir ?

Isaac laisse un sourire se dessiner sur ses lèvres. Ses yeux semblent revivre la scène de ses douze ans comme s’il y était.

— Ce garçon est devenu l’une de mes plus belles rencontres. Il m’a beaucoup aidé. Il me ramenait de quoi manger, de quoi me laver, de quoi m’habiller, et ce, malgré l’interdiction de ses parents ! C’était une famille assez pauvre, ils n’avaient pas de quoi héberger une personne de plus, alors le garçon m’a construit un abri dans les tunnels. C’est lui qui m’en a appris le plus sur les Surnaturels. Il souhaitait en devenir un. Il s’entraînait tous les jours et me montrait les nouvelles techniques qu’il avait apprises. J’y suis resté deux ans ! Ça a été ma plus longue période.

— Pourquoi es-tu parti ?

Le visage d’Isaac s’assombrit.

— Parce qu’est venu le jour de mon anniversaire. C’est là qu’Harmonie a décidé de faire son grand retour, annonce-t-il, la mâchoire crispée. Des centaines de villages ont été détruits, des milliers de gens sont morts. J’étais à l’abri dans les tunnels, mais pas les autres. Quand l’attaque s’est calmée, j’ai couru jusqu’à la maison du garçon... il ne restait plus que des ossements et des cendres. Le village avait été complètement rasé. Peu de temps après, la Démone m’a retrouvé et m’a ramené de force jusqu’ici.

Je cligne des yeux, effarée par son histoire. Isaac aurait pu trouver sa place parmi la famille du garçon. Il aurait enfin pu se poser quelque part, mais il a fallu qu’Harmonie s’en mêle…

— C’est juste... affreux, articulé-je, à court de mots. Comment cette femme peut-elle se regarder dans le miroir chaque matin, sachant tout le mal qu’elle a fait autour d’elle ?

— Je ne sais pas, soupire-t-il. Tu comprends pourquoi je te dis qu’être une Démone est une véritable malédiction ? Toi, tu as la chance de te situer de l’autre côté du miroir. Tu n’es pas condamnée.

— Tu as entièrement raison. Je ne fais que m’apitoyer sur mon sort alors que je devrais être en train de trouver le moyen de sortir d’ici !

Je me relève, d’un mouvement peut-être un peu trop vif, à en juger par ce martèlement soudain dans ma tête. J’ai faim, j’ai froid, et je suis fatiguée. Ma gorge est asséchée, et à force d’être restée assise, je ne sens presque plus mes jambes. Mais je refuse de rester ici plus longtemps alors que je sais que j’ai les moyens de nous sortir de là. Il serait plus que temps que je les mette à profit. L’histoire d’Isaac m’a motivé comme jamais je ne l’ai été depuis mon entrée dans cette cellule. Je ne veux pas qu’il ait à souffrir davantage. Il mérite sa liberté, et j’ai bien l’intention de la lui donner.

— Et comment comptes-tu t’y prendre ? soupire Isaac. Crois-moi, j’ai essayé pas mal de choses et aucune d’entre elles n’a fonctionné.

— C’est parce que tu ne possèdes pas la force des Surnaturels, dis-je, me mettant en position stable devant la porte de ma cellule.

— C’est vrai, mais ces barreaux sont justement faits pour résister aux Surnaturels. Alors, que tu en aies la force ou pas, ça ne marchera jamais.

— Certes. Mais ils n’ont pas été conçus pour résister à une Gémone !

— Tu vas réellement essayer de défoncer les barreaux ?

Je hoche la tête, déterminée. Isaac se lève d’un bond.

— C’est beaucoup trop dangereux ! Tu vas te briser les os !

— Je guérirai.

— Mais au bout de combien de temps ? Tu l’as dit toi-même, tu ne sais pas faire appel à tes pouvoirs ! Ne tente pas ça, tu ne mérites pas de souffrir !

Même si ses paroles me touchent beaucoup, je ne peux pas lui donner raison. Parfois, il faut savoir souffrir pour obtenir ce que l’on désire. Et ce que je souhaite par-dessus tout, c’est sortir d’ici. Maintenant. Je peux sentir cette énergie qui commence à m’être familière... Elle s’infiltre sous ma peau et parcourt mon corps à travers mes veines. Elle diffuse sa force à l’ensemble de mes muscles. Bizarrement, quand cette énergie est là, je ressens tout un tas d’émotions. Je suis partagée entre plusieurs sentiments qui se bousculent les uns à la suite les autres. Je ne sais pas lequel choisir. Alors, je prends le premier venu. Et certainement le plus simple. La colère.

— Je mérite de souffrir. Roxana, mes parents, ils sont morts à cause de moi ! Parce que je suis la Gémone ! Les Surnaturels se battent de toutes leurs forces et sont prêts à donner leur vie pour sauver la mienne ! Ma sœur est prisonnière de la Démone et doit probablement souffrir le martyre à l’heure qu’il est ! Par ma faute ! Parce que je ne suis tout simplement pas foutue de sortir d’ici ! crié-je, les poings serrés.

Mon cœur tambourine violemment dans ma poitrine.

— Je veux agir ! Je ne veux pas qu’on me prenne pour la petite chose fragile qu’il faut protéger à tout prix ! Je suis capable de me défendre toute seule ! explosé-je, laissant ma rage s’exprimer à travers le coup de pied que je donne contre les barreaux d’acier.

Ces derniers se mettent à trembler. De la poussière tombe du plafond en petites particules autour de moi. Je donne un nouveau coup de pied. Les barreaux se tordent et émettent d’affreux grincements. J’en donne encore un. Puis un autre. Et encore un autre. Je m’acharne sur ses maudits barreaux. J’ai l’impression que personne ne peut m’arrêter. Je ne sens plus rien. Ni la douleur du choc, ni mes propres pensées, ni l’état dans lequel je suis. Ma tête se vide. Tout sentiment disparaît pour ne laisser place qu’à la colère et mon objectif : sortir de cette prison. Les barreaux explosent en dizaines de petits morceaux et retombent dans un fracas assourdissant vers la cellule d’en face. Un nuage de poussière occupe maintenant l’espace et m’empêche de discerner où je pose les pieds. Mais j’avance. Tel un automate programmé pour accomplir sa mission. Je rejoins la cellule d’Isaac et recommence l’opération. Je donne coup sur coup pour le faire sortir. Les barreaux explosent et mon corps s’incruste de lui-même dans la cellule. Il sait ce qu’il a à faire.

Je m’accroupis en ignorant les jurons que lâche Isaac, puis agrippe les chaînes qui le retiennent et les tire d’un coup sec. Celles-ci se fracassent et ricochent contre le sol. Mes oreilles semblent être insensibles à tous ces bruits métalliques. Mon corps, insensible à la douleur. Isaac me prend le bras pour me demander si tout va bien, si je souffre. Seulement, je ne comprends pas pourquoi il s’inquiète. Tout va très bien. Je n’ai pas mal. J’ai accompli ma mission. Désormais, c’en est une autre que mon cerveau a programmée. Je dois nous faire sortir de l’Isolement. Isaac continue ses supplications, mais je ne l’écoute pas. Nous longeons les couloirs sombres. Puis, le tenant toujours fermement par le bras, je prends appui sur le sol et saute pour atterrir dans le hall du château. Je suis exactement dans le même état d’esprit que lorsque j’y étais entré. Vide, en colère, et focalisée sur mon objectif. Isaac réussit à me prendre la main. Je me retourne, et d’un geste furibond, je lui tords le poignet. Son cri résonne à mes oreilles comme une douce mélodie enivrante. Ça me donne envie de rire. Et de recommencer. J’attrape son autre main et fais de même. Il laisse échapper un râle de douleur. J’ai envie qu’il continue. Qu’il ne s’arrête jamais de crier. Le plaisir que je ressens, à l’entendre et le voir souffrir, est inexplicable. Je veux juste que ça continue.

Il recule, soudain effrayé par mon comportement. Il ne devrait pas réagir ainsi. Cela me donne envie de lui courir après pour satisfaire mon désir. C’est d’ailleurs exactement ce que je fais. Je ne mets pas longtemps à le rejoindre. Il est cloué contre un mur, près du hall aux multiples escaliers, se tenant les avant-bras d’un air douloureux. Je me rapproche encore de quelques pas. Lentement. Comme une lionne qui traquerait sa proie. Oui, voilà. Il est ma proie. Une pauvre petite bête que je veux faire souffrir, que je veux entendre me supplier d’arrêter, que je veux voir mourir entre mes mains. Je le saisis par ses deux poignets mal en point et le balance contre l’escalier le plus proche. Un nouveau bruit me parvient lorsqu’il percute la rambarde de l’escalier noir. Un bruit d’os qui se brisent. Ce son était encore parfaitement inconnu à mes oreilles. Cela a eu l’air de leur plaire. Elles veulent entendre ça de nouveau, et je compte bien leur donner satisfaction. Je me rends jusqu’à ma proie, recroquevillée au sol et serrant les mâchoires pour ne pas hurler de douleur. Mais j’ai envie qu’il hurle. Je lève mon pied et l’abats férocement sur sa cheville. Il ne parvient pas à retenir un cri de détresse. Mes oreilles sont presque comblées. Je relève à nouveau mon pied et fais de même sur l’autre cheville. Un son mélodieux me parvient enfin.

Un jeune homme étendu par terre, les poignets et les chevilles brisées, le visage transformé par la souffrance… Oui, mes yeux sont satisfaits de ce qu’ils voient. Mes pupilles m’en brûlent, mais je ne fais nullement attention à la douleur. Elle n’est rien comparée au plaisir que je ressens. Je me rapproche à petits pas de ma victime. Celle-ci recule tant bien que mal contre le mur le plus proche. Pas assez rapide. Ce n’est plus amusant.

— Evalina, arr... arrête ! Je t’en supplie, me demande-t-il d’une voix implorante.

Quel plaisir que de le voir me supplier ainsi afin d’épargner sa misérable petite vie ! Mais il ne comprend pas l’immense service qu’il me demande. L’épargner m’est impossible. Cela reviendrait à m’arrêter juste avant l’extase finale. Je ne peux pas faire ça. Je veux le voir mourir de mes mains. Je veux voir la dernière étincelle de vie quitter son regard et la mort triompher. J’avance lentement vers lui, un sourire naissant au bord des lèvres. Le plaisir qui me ronge l’estomac à mesure que je comble les quelques millimètres qui nous séparent est la meilleure chose que j’ai ressentie durant toute ma vie. Je tends mes mains vers son cou et le soulève. Il tente d’agripper mes bras et de me repousser, mais ses poignets cassés ne le lui permettent pas. Il me fait rire. Mes yeux me brûlent encore plus fort et je resserre mon emprise sur son cou. Ses pieds se détachent du sol. Je le maintiens en l’air, il est tout à moi. Ma proie. Je prends le temps d’observer et de savourer chaque parcelle de son être qui se défend. D’absorber tous les sons de douleur qu’il laisse échapper, pour mon plus grand bonheur. Puis je serre de plus en plus fort. Je serre, jusqu’à le voir manquer de souffle. Jusqu’à voir ses veines ressortir et se gonfler de sang. Je serre… jusqu’à attendre la mort.

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Surnaturels #1Mystères Partie1   L'auteure

E.J. SwanSurnaturels#1Mysteres Partie1

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