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Chapitre 13Bataille et mysteres

Author: 15210689748
"publish date: " 2021-06-25 20:56:47
Chapitre 13Bataille et mysteres

Je suis pétrifiée sur place. Incapable de bouger. Mes jambes se mettent à trembler sans que je ne puisse les contrôler, et mes bras tiennent comme ils peuvent le petit Ethan. Je ne sais pas ce que je dois faire. Je ne sais pas pourquoi cette dame m’a confié son enfant. Je ne sais pas si ce que je vois quelques mètres plus loin en face de moi est réel ou pas. J’aimerais tellement que ce soit un cauchemar et me réveiller. Mais je sais que ce n’en est pas un. Les pleurs d’Ethan me le confirment. Je ne peux pas détacher mes yeux de ces six créatures monstrueuses. Comment de telles choses peuvent-elles exister ?

Soudain, un cri me perce les tympans. Ce n’est pas le cri guttural provenant de l’un des monstres, non. C’est Ethan qui hurle dans mes oreilles. Il se met à gesticuler dans tous les sens, essayant de s’échapper de mes bras pour aller rejoindre ceux de sa maman. Je m’apprête à le rendre à sa mère, mais cette dernière me fait un non catégorique de la tête. Pourquoi refuse-t-elle de le reprendre ?

— Fuyez ! m’ordonne-t-elle.

— Mais je... Je croyais qu’on ne pouvait pas s’enfuir ? Qu’ils nous rattraperaient quoi qu’il arrive ! lui rappelé-je.

Je jette un coup d’œil aux six trénones qui se trouvent quelques mètres plus loin. Ils n’avancent toujours pas. Ils sont encore penchés sur les deux hommes qui quelques minutes plus tôt convulsaient de douleur. Maintenant, ils sont immobiles, et ces créatures monstrueuses sont en train d’en faire leur repas. Cela me donne une violente envie de vomir. Je ne veux pas rester ici une seconde de plus. Je dois m’enfuir. Au moins, j’aurais tenté le tout pour le tout.

— Vous, vous le pouvez ! me répond la mère d’Ethan. Vous pouvez vous enfuir ! Alors faites-le, allez-y !

— Je ne comprends pas pourquoi moi je pourrais, et pas vous ! Et puis pourquoi m’avoir confié votre enfant ? demandé-je, totalement dépassé par tous ces événements.

— Parce que vous pouvez vous enfuir ! me répète-t-elle. Vous n’êtes pas qu’une simple monel, vous êtes spéciale ! Si mon fils est avec vous, il ne craindra rien ! Alors maintenant, allez-y ! Fuyez ! Dépêchez-vous !

— Venez avec nous ! lui proposé-je. Si votre fils est en sécurité avec moi, pourquoi pas vous ?

La femme se met à réfléchir une fraction de seconde. Elle semble peser le pour et le contre, puis finalement, elle capitule. Elle m’indique d’un petit mouvement de la tête une ruelle sur notre gauche. Je jette un nouveau coup d’œil aux trénones. Ils sont encore occupés à déguster leurs « repas », mais ils ne tarderont pas à finir. Autant profiter de ce moment avant qu’il ne soit trop tard. C’est avec une extrême lenteur que nous nous déplaçons vers la gauche. Ethan semble avoir compris ce que nous tentons de faire, car il a arrêté de pleurer et semble retenir sa respiration. Comme si le fait d’inspirer et d’expirer de l’air pouvait alerter les six créatures goudronneuses. Une fois arrivés à la ruelle, nous continuons notre chemin, bifurquant à travers diverses autres rues. Il faut rejoindre le Majestueux le plus vite possible. La mère d’Ethan est déjà à bout de souffle. Elle ne connaît pas du tout le village où nous sommes. Je suis donc condamnée à tenter de retrouver par moi-même l’endroit où je suis passée pour arriver ici. Ethan dans mes bras, je devrais également me sentir épuisée, mais la nouvelle force que me procurent mes pouvoirs de Surnaturelle a l’air de faire effet. Je pense pouvoir tenir encore pas mal de temps comme ça. Et heureusement. Ethan ne peut pas courir à notre vitesse, et sa mère est complètement exténuée. J’ai l’impression qu’elle va lâcher d’une minute à l’autre, mais elle tient bon.

Je crois reconnaître cet endroit. Je suis passée par ici tout à l’heure, ce qui veut dire qu’on ne doit plus être loin du Majestueux. Soulagée, j’accélère la cadence et me retrouve à la sortie du village. D’ici, j’aperçois le château.

— Nous sommes bientôt arrivés ! dis-je à la mère d’Ethan. Je pense qu’on peut souffler un peu. Nous sommes hors de danger, maintenant.

— Merci beaucoup ! Je ne vous remercierai jamais assez pour votre aide ! Sans vous, mon fils et moi...

D’horribles cris perçants nous interrompent. Je tourne la tête dans tous les sens pour essayer de mettre une image sur cet insupportable son, mais je ne vois personne aux alentours. Pourtant, la mère d’Ethan semble s’être figée d’horreur à côté de moi. Je la regarde, et elle me fait signe de lever la tête. Trois petites boules cotonneuses sont perchées sur le toit d’une des maisons situées entre nous et le Majestueux. On dirait de petits nuages blancs tout doux, avec de grands yeux remplis d’amour. Ces trois petites créatures sont absolument craquantes. Je me demande ce qu’elles font, perchées là-haut. Je m’avance vers elles pour les voir de plus près, mais la mère d’Ethan me barre la route d’un bras ferme.

— Ne vous laissez surtout pas attendrir pas leurs grands yeux doux ! Surtout pas ! insiste-t-elle. Ce sont des trénones.

— Quoi ? Mais ils n’ont rien de monstrueux !

— En apparence, seulement ! On les appelle les cignons. Ils ont l’air adorables, mais dès lors qu’ils ouvrent la bouche, m’explique-t-elle, vous découvrez d’innombrables dents pointues, prêtes à ronger chaque membre de votre corps jusqu’à l’os ! Leurs yeux ne sont là que pour vous hypnotiser, rien d’autre !

J’en reste béate. Comme quoi, mieux vaut se méfier des apparences. Si je comprends bien, il y a donc actuellement trois trénones en face de nous, et six autres derrière, à notre recherche. Génial. Pourquoi ai-je choisi de sortir dehors aujourd’hui ? Pile à cette heure-ci ? Je n’aurais pas pu attendre un jour de plus ?

— Il faut partir d’ici. Maintenant ! m’ordonne la mère d’Ethan. À trois, courez comme si... eh bien, comme si votre vie en dépendait ! Prête ?

Je hoche la tête, même si au fond de moi, je ne suis pas prête du tout. J’ai vraiment peur ! Dès qu’on va se mettre à courir, ils se lanceront à nos trousses. Et on ne peut plus s’enfuir vers le Majestueux. Les cignons nous bloquent le passage.

— Un..., commence-t-elle.

Mais on ne peut pas partir derrière non plus, les six autres sont sans doute déjà à notre recherche ! Oh mon Dieu, dans quelle direction devons-nous courir ?

— Deux..., poursuit-elle.

Deux ? Quoi, déjà ? Je ne suis pas prête ! Pas prête du tout ! Je ne sais même pas par où aller ! Il doit sûrement y avoir un autre chemin tout près d’ici ! Je jette un regard furtif sur les côtés, mais tout ce que je vois, ce sont de petites maisons en pierres collées les unes aux autres. La seule solution est de repartir en arrière... en espérant que les autres trénones aient abandonné l’idée de nous mettre la main dessus !

— Trois ! crie-t-elle.

Mes jambes s’actionnent d’elles-mêmes et je fais demi-tour pour repartir sur nos pas, même si c’est de la folie. De la pure et grosse folie. Ne surtout pas paniquer. Courir, souffler, courir, souffler. Jusqu’à... jusqu’où, en fait ? Très bonne question. Je tourne la tête et constate que la mère d’Ethan a disparu. Je m’arrête net. Je suis plutôt loin. Ethan, toujours dans mes bras, n’a pas sorti un seul mot depuis belle lurette. Il est totalement silencieux. Mort de peur. Il ne doit avoir qu’un seul souhait : celui de sortir de toute cette galère le plus rapidement possible, sain et sauf. Un souhait que j’aimerais exaucer, si seulement j’en avais les capacités ! Mais je ne sais pas me battre. Ni me défendre. Je ne sais que fuir. Courir pour échapper au destin. Celui-ci me rattrapera tôt ou tard, c’est une certitude. Mais en attendant, si je pouvais ne serait-ce qu’y échapper une dernière fois, je ne dirais pas non.

Je dois me remettre à courir. Seulement, la mère d’Ethan a disparu. Mais s’est-elle réellement élancée derrière moi lorsqu’elle a donné le top départ ? Et si les cignons l’avaient eu ? Ils ne m’ont pas suivi, ce qui signifie qu’elle a dû faire diversion. Qu’est-ce que je fais, maintenant ? Je continue de courir ou je rebrousse chemin pour aller la chercher ? Je n’en ai franchement aucune idée. Si elle a réellement fait diversion, revenir en arrière gâchera tout. Elle aura fait tout ça pour rien. Mais si ce n’est pas le cas et qu’elle s’est fait attraper ? Je ne peux pas l’abandonner, il faut que j’aille la sauver !

C’est décidé. Je repars de plus belle dans l’autre sens avec Ethan, toujours accroché à mon cou.

— Psst !

Je m’arrête brusquement et tourne la tête à droite, où se trouve une toute petite ruelle sombre entre deux maisons que je n’avais jusqu’à maintenant pas remarquée. La mère d’Ethan est là, plaquée contre l’un des murs. Elle a réussi à s’en sortir ! Malgré la fatigue, elle a tenu bon et est parvenue à semer les trénones !

— Comment avez-vous fait ?

— Le pourquoi du comment, on s’en moque ! Pour le moment, il faut s’éloigner d’ici ! Ils ne vont pas tarder à nous retrouver.

Elle jette un rapide coup d’œil en direction de son fils. Un éclair de tristesse parcourt ses yeux noisette. Je regarde derrière elle et constate que la ruelle sombre est plus longue qu’elle n’y paraît. Cette dernière continue son chemin pour finir dans l’obscurité. La mère d’Ethan me fait signe de la suivre et j’avance à ses côtés, faisant bien attention où je mets les pieds. C’est comme s’il faisait nuit noire. J’ai l’impression d’étouffer. Les deux murs sont si rapprochés l’un de l’autre que je me demande toujours si je vais pouvoir passer. Heureusement, de la lumière émerge du bout de la ruelle. On ne va pas tarder à sortir de ce piège pour claustrophobe. Je m’extirpe tant bien que mal de ces murs, m’écorchant les épaules au passage lorsque j’essaie de protéger Ethan des éraflures. Cette ruelle ne débouche malheureusement nulle part. C’est un cul-de-sac. Nous sommes arrivés dans une petite cour, où plusieurs poubelles sont alignées contre le mur. J’ai le sentiment que nous devrions rebrousser chemin. Cet endroit me semble presque familier. Je suis sûre de l’avoir déjà vu quelque part...

— Nous ferions mieux de rester ici un moment, afin de ne pas attirer l’attention, me conseille la mère d’Ethan.

— Au contraire, je pense plutôt que nous devrions nous en aller.

— Si nous partons, les trénones nous sauteront dessus à la première occasion ! insiste-t-elle.

— Mais nous ne pouvons pas rester ici. Il va se passer quelque chose, je le sens !

La mère d’Ethan m’interroge du regard. Eh bien quoi ? Je suis presque sûre d’avoir déjà vu cette cour quelque part, et j’ai le sentiment qu’un malheur va s’y dérouler tôt ou tard. Contre toute attente, la mère d’Ethan semble maintenant aller dans mon sens. Elle ouvre la bouche pour me dire quelque chose, mais elle n’a pas le temps de commencer sa phrase qu’une masse informe lui tombe dessus. Un trénone.

Les monstres aux longues griffes sont de retour. Comment ont-ils fait pour nous retrouver ici ? Ils sont sortis de nulle part ! Il faut que je lui vienne en aide, et vite ! Elle est coincée sous la masse de goudron ! Mais je tiens Ethan entre mes bras… Est-ce qu’en donnant un coup de pied, j’arriverais à faire reculer cette masse monstrueuse ? Qui ne tente rien n’a rien. Je m’élance donc pour frapper dans cette chose, lorsque la mère d’Ethan inverse les rôles et se retrouve désormais au-dessus du trénone. Je n’en crois pas mes yeux. Elle devrait être à bout de souffle, complètement épuisée ! Mais elle trouve encore assez d’énergie pour faire reculer le trénone et le pousser contre l’un des conteneurs à ordures de la petite cour, qui lui tombe dessus et le fait disparaître dans une gerbe d’éclaboussures. Je m’accroupis alors au sol pour protéger Ethan et mon visage par la même occasion. Quelques secondes plus tard, je me relève, constatant avec surprise que hormis nous trois, il n’y a plus personne.

— Tu avais raison, me dit-elle. Il faut partir d’ici avant que les autres ne débarquent ! Dépêchons-nous !

Elle s’apprête à repartir par la petite ruelle sombre, mais je l’arrête.

— Attendez ! Nous ne pouvons pas aller au Majestueux à cause de la présence des trénones sur sa route, alors où devons-nous aller ?

— Je n’en ai aucune idée, me répond-elle, le visage grave. Je ne connais pas ce village.

Bon. Si nous restons ici, c’est la mort qui nous attend. De même si nous décidons de partir. Cette deuxième option est peut-être même plus dangereuse, le risque de se faire repérer est plus grand. Et à quoi bon courir, si au final, cela revient au même que de rester ici ? La mère d’Ethan semble en être arrivée à la même conclusion que moi. Elle se laisse glisser lentement jusqu’au sol. Je fais de même et m’installe à ses côtés, Ethan toujours dans mes bras. Je soupire et ouvre la bouche pour articuler une phrase, n’importe quoi qui pourrait nous faire penser à autre chose, mais je la referme aussitôt. Alors que la dame caresse le visage de son fils, je remarque le tatouage représentant une lyre qui orne son épaule droite. Pourquoi ne l’ai-je pas vu plus tôt ? Cela m’aurait permis de comprendre plus rapidement. La lyre est l’emblème que porte Apolline, la Talentueuse des Surnaturels. Ce qui signifie que cette dame devait tenir ce rôle avant elle ! Cela explique ses capacités physiques démontrées un peu plus tôt.

— Vous étiez une Surnaturelle ? demandé-je, pour en avoir le cœur net.

Après un instant de réflexion, elle tourne ses grands yeux noisette vers moi et me répond :

— Oui. La Talentueuse, plus précisément. C’est ce qui m’a permis de résister contre le désaltra.

Devant mon air confus, elle s’empresse aussitôt de me préciser :

— Les désaltras sont les premiers trénones que tu as aperçus, ceux qui dévoraient ces pauvres hommes. Comme tu as pu le constater, ils ne ressemblent absolument à rien. Seules leurs longues griffes se distinguent. Si tu as le malheur de te faire écorcher, tu es foutue. Le poison qu’ils te transmettent suffit à te tuer, et tu n’as plus qu’à prier pour que l’entaille soit grande et profonde. Car si c’est le cas, tu meurs sur le coup. Mais si tu n’as qu’une petite égratignure, tu peux t’attendre à une mort lente et douloureuse. Il existe bien sûr un remède contre ça, mais seuls les Surnaturels le possèdent. Et il faut qu’il soit administré très rapidement pour éviter la mort.

Un frisson de peur me parcourt aussitôt le corps lorsque la mère d’Ethan finit de parler. Tout ça me fait froid dans le dos. Les désaltras, les cignons... aucun de ces trénones ne peut occasionner une mort douce ? J’ai besoin de penser à autre chose.

— Comment vous appelez-vous ? la questionné-je.

Non, mais c’est quoi mon problème à demander le prénom des gens lorsque j’ai besoin de faire la conversation ? Il faudrait vraiment que je révise mes méthodes.

— Emilie, me répond-elle.

Ce prénom ne me dit rien. Personne ne m’en a parlé. Ce qui me revient à l’esprit, en revanche, c’est ce que m’avait dit la reine lors de mon arrivée. Les anciens Surnaturels m’ont appelé au secours. C’est pour ça que les nouveaux ont dû partir à ma recherche. Aujourd’hui, l’ancienne Talentueuse est assise à côté de moi. Il est clair que je ne vais pas laisser passer cette chance d’en apprendre davantage.

— Candélaria m’a dit que vous m’aviez appelé au secours, dis-je. Est-ce vrai ?

— Oui. Mes camarades et moi avons invoqué le Majestueux pour choisir une personne de plus afin de défendre au mieux Réturis. À huit, nous n’étions plus assez puissants. Nous parvenons à repousser les trénones depuis des décennies, mais pas à les vaincre, m’explique-t-elle. Tu es ici pour sauver notre royaume, Evalina. Pour tous nous sauver, avec l’aide des Surnaturels.

— Avec l’aide des Surnaturels ? répété-je. De mes camarades, vous voulez dire. Emilie esquisse un petit sourire et semble même réprimer un rire avant de me répondre :

— Tu es bien plus qu’une Surnaturelle.

Je m’en doutais. On me répète depuis le début que je suis une Surnaturelle, mais je n’en ai pas l’impression. Je ne représente aucune qualité. Je n’ai aucun pouvoir. Quand je demande des choses précises sur moi, on me répond qu’on a eu l’interdiction de m’en parler. Mais alors, qui suis-je exactement ? Que refuse-t-on de me dire ?

— Je suis quoi, alors ?

— Je sais que beaucoup de personnes ne cessent de te répéter qu’ils ont reçu l’ordre de la reine de ne rien te dire, commence-t-elle.

Je ne prends même pas la peine de lui demander comment elle sait cela. Non, je veux qu’elle continue.

— Comme tu t’en doutes, j’en fais également partie. Même si j’ai toujours été une personne très désobéissante, rigole-t-elle amèrement. Je ne suis pas sûre que tu sois prête à entendre la vérité... après tout, si Candélaria nous a donné cet ordre, ce n’est pas pour rien.

— Mais je veux savoir ! J’en ai marre de tous ces mystères autour de moi ! Je veux connaître la vérité ! Toute la vérité !

Malheureusement, Emilie secoue la tête de droite à gauche. Je ne saurai jamais. J’en ai marre. Vraiment, vraiment marre. Ce n’est pas juste ! Si je dois sauver le royaume entier de Réturis, ce n’est pas trop demandé que de savoir ce qu’on me cache !

— Vous...

Pas le temps de commencer ma nouvelle question. Une seconde masse informe tombe avec un bruit sourd sur Emilie. Je laisse échapper un cri d’horreur et me relève d’un coup sec, levant la tête pour tenter de deviner d’où viennent ces désaltras. Je sursaute et manque de m’étaler par terre lorsqu’un autre se rue sur l’ancienne Talentueuse. Ethan se remet à pleurer. Sa pauvre mère est totalement submergée par ces masses goudronneuses qui menacent de lui infliger une terrible blessure mortelle. Je donne un violent coup de pied dans l’un des monstres, mais ce dernier ne réagit même pas. Je rêve ou quoi ? J’y suis pourtant allée avec toute ma force de Surnaturelle ! On dirait que ces monstres se moquent complètement de moi. Je donne un nouveau coup, mais rien à faire. Les désaltras se fichent littéralement de ma présence. Je me mets à gesticuler comme une tarée avec le petit garçon dans mes bras pour attirer leur attention, mais toujours rien. Je ne comprends pas. Juste au moment où Emilie réussit à se débarrasser des deux monstres en les poussant violemment contre le mur, les trois derniers arrivent sur les lieux et se jettent sur elle. Elle est leur proie. Et moi, dans tout ça ? Je pourrais m’enfuir. Mais il en est hors de question. Le simple fait d’y avoir pensé me dégoûte. Il faut que je l’aide, mais rien de ce que je fais ne semble fonctionner. Je ne sers strictement à rien. À moins que...

C’est peut-être fou, mais ça peut marcher. Depuis le début, les trénones n’osent pas me toucher. C’est presque comme s’ils ne voulaient pas me faire de mal. Si je m’interpose, peut-être qu’ils se stopperont, par peur de me blesser ? Serrant très fort Ethan contre ma poitrine, je m’avance vers le combat, les jambes tremblantes, la boule au ventre. Et si j’avais tort ? Et si les désaltras nous tuaient, Ethan et moi ? Je me place devant Emilie et rassemble tout mon courage pour y rester, fermant les yeux en attendant le coup fatal. Mais rien ne vient. Alors je rouvre les paupières. L’ancienne Talentueuse est en sécurité derrière moi. Les désaltras ne veulent pas passer ! J’avais raison. S’ils refusent de me faire du mal, à moi de tourner ça à notre avantage.

— Il va falloir courir maintenant ! lui dis-je. Restez au plus près de moi, ils ne pourront pas vous toucher !

Elle hoche la tête. Je pars en courant de cette petite cour remplie de poubelles, mais le cri d’Emilie me stoppe net. Je me retourne, la peur au ventre. Elle est allongée par terre, une profonde entaille zébrant sa cheville. Pourquoi n’ai-je pas l’air aussi surprise que ça ? C’était comme si je m’y attendais, comme si je le savais. Cette image, cette vision... Vision ! Emilie, allongée, blessée à la cheville dans une petite cour où s’alignent des poubelles. Ce que j’ai vu vient de se réaliser. Je suis dans la confusion la plus totale.

— Je vous avais demandé de rester derrière moi ! m’écrié-je.

Je n’ai pas pu m’empêcher de crier. La mère d’Ethan est en train de mourir sous mes yeux, et je ne peux rien faire pour empêcher ça. À part essayer de cacher cette horrible vue à son fils. Je ne veux pas qu’il voie sa maman mourir sous ses yeux.

— Vous ne vous en... sortirez pas... avec moi, articule Emilie, à bout de souffle.

Son regard se pose quelques secondes sur son fils et ses yeux se ferment. Je vois sa poitrine se soulever et s’abaisser rapidement, puis s’arrêter. Je m’accroupis et pose une main sur son épaule pour tenter de la réveiller, mais en vain. Elle est partie. Définitivement. Elle ne reviendra pas. Et je suis seule avec Ethan.

Je tente de respirer calmement pour me détendre un peu, mais j’ai bien l’impression que cela ne sert strictement à rien. Je me rends compte que les trénones ont disparu, et la peur de les revoir débouler à tout moment augmente encore mon stress. Je n’ai jamais connu pareille tension. Je n’ai jamais eu aussi peur de toute ma vie. Je me relève avec Ethan, la tête de ce dernier toujours tournée contre mon épaule. Il ne sait même pas que sa mère est morte, juste à quelques centimètres. J’ai très bien compris le dernier regard que lui a porté sa mère. Elle veut que je sauve son fils. Et je vais le faire.

Je me mets en marche et commence à traverser le petit chemin étroit pour sortir de cette cour, quand je les aperçois. Les trois désaltras sont juste devant la seule et unique sortie de cette ruelle. Ils me voient. Mais n’avancent pas. Ils veulent m’empêcher de sortir d’ici mais ne veulent pas ma mort. Je n’y comprends rien. C’est insensé ! Qu’est-ce que je fais, maintenant ? J’attends sagement la nuit qu’ils tombent de fatigue pour pouvoir partir ? Je ne sais même pas si les trénones dorment. Et comme s’ils avaient lu dans mes pensées, les désaltras s’écroulent sous mes yeux dans une gerbe d’éclaboussures.

Des pas se rapprochent, suivis de silhouettes familières. Quand j’aperçois Bastian et Angie, je soupire de soulagement et relâche toute la tension accumulée de cette journée. Comment ont-ils fait pour me retrouver ici ? Des tonnes de questions affluent dans mon esprit. J’ouvre la bouche pour en libérer une, mais comme à son habitude, Angie me coupe avant que je ne commence :

— Plus tard, les questions, dit-il.

Ah, oui. C’est vrai. J’avais oublié qu’avec lui, c’est toujours plus tard. Mais pour une fois, je ne vais pas lui en tenir rigueur. Ils sont venus me sauver et c’est tout ce qui m’importe.

— Linouche, on peut savoir ce que tu fiches avec ce môme dans les bras ? me demande Bastian, une lueur d’incompréhension dans le regard.

Je suis bien tentée de le rembarrer avec le stupide surnom qu’il m’a gentiment approprié, mais je me contiens. Ce n’est vraiment pas le moment.

— Trop long à expliquer. Il faut vite s’en aller d’ici, trois cignons traînent toujours dans les parages !

— Des cignons ? répète Angie, le regard soudain très sombre.

Ses yeux ont changé de couleur. Ils viennent de passer de l’aigue-marine au bleu foncé. Il resserre son emprise sur l’arme qu’il tient à la main. Je ne comprends pas sa réaction. Il avait l’air plutôt serein en compagnie des désaltras, mais maintenant, son attitude quasi chaleureuse s’est changée en bloc de glace. Le regard dur et froid, le corps immobile et prêt au combat. Il me fait vraiment peur, parfois. Bastian semble comprendre la réaction d’Angie. Il s’avance vers moi, l’air parfaitement sérieux, toute trace du séducteur en lui désormais éteinte.

— Viens avec moi, Evalina. Je vais te raccompagner au Majestueux. Angie va rester ici pour s’occuper des cignons, m’explique-t-il.

Comment ça, Angie va rester ici pour s’occuper des cignons ? Ces trénones sont terriblement dangereux ! À trois, ils pourront facilement lui tendre une embuscade ! Mon ventre se contracte de douleur lorsque j’imagine Angie, rongé jusqu’à l’os. Pas que je m’inquiète spécialement pour lui, non. Je ne souhaite juste à personne de subir un truc pareil. Je m’élance tout de même à la suite de Bastian, n’ayant pas vraiment le choix. Pourquoi le Séducteur ne veut-il pas aider Angie à combattre les trénones restants ? À deux, ils seront plus rapides et plus efficaces qu’à un seul ! Il y a décidément quelque chose qui m’échappe. J’observe une dernière fois Angie, et comme s’il avait senti mon regard sur lui, il tourne la tête dans ma direction.

— C’est gentil de t’inquiéter pour moi, dit-il, mais je suis un grand garçon. Je devrais être capable de m’en sortir seul.

Et il finalise sa tirade par un petit sourire sadique.

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Chapitre 9Les Surnaturels— C’est elle ? demande un garçon aux cheveux roux bouclés.Bizarrement, il me rappelle quelqu’un, mais je n’arrive pas à savoir qui. À ses côtés, je remarque une fille avec la même couleur de cheveux. Ils lui arrivent jusqu’aux épaules. Les deux Surnaturels ont les

Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 8Le Siege

Chapitre 8Le SiegeApolline me fait traverser un long couloir dallé de noir et de blanc, recouvert d’un épais tapis de velours rouge. Elle fait coulisser une porte de la même couleur, et nous voilà arrivées dans une pièce en coupole. Quelques pans de murs blancs sont présents, mais le reste n’est

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