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Chapitre 41Jalousie oppressante

Auteur: 15210689748
"Date de publication: " 2021-06-25 20:56:59
Chapitre 41Jalousie oppressante

— Angie, attrape !

Je rattrape in extremis la dague qui filait droit sur mon front, ma main se refermant autour de la lame en métal froid. Je braque un regard incendié en direction d’Apolline. Celle-ci hausse les épaules, et ses pensées, manquant un brin de tact, ne tardent pas à résonner dans ma tête.

« Tu n’avais qu’à être plus rapide ! »

Je jette la dague à mes pieds. Celle-ci vient se figer dans le tatami. Si Ombelline voit ça, je suis mort. Je la retire et m’assieds sur l’entaille désormais présente, jetant un coup d’œil discret en direction de l’Immortelle. Elle est encore occupée à arbitrer le combat d’Edden et de Maximilien. Le Cerveau n’a d’ailleurs aucune chance, il n’est pas assez rapide et n’arrive pas à anticiper les coups de son adversaire. Et même si cela me coûte de le reconnaître, Edden est fort. Très fort.

— OK, dis-moi ce qui ne va pas.

Je fronce les sourcils. Apolline me rejoint sur le tatami et s’assied à mes côtés, regroupant ses cheveux noirs en une queue-de-cheval haute. Ses yeux bleus me fixent dans l’attente d’une réponse. Elle peut toujours courir.

Je détourne brusquement le regard sur l’entrée de la salle. Quelqu’un ne va pas tarder à arriver. Je le sens. Je ferme les paupières quelques secondes pour me concentrer. C’est elle. Je reconnais immédiatement sa prestance. La puissance de son pouvoir est bien plus forte que la nôtre. Sa silhouette s’engouffre timidement dans la salle des combats, ses grands yeux verts survolant la pièce dans son intégralité. Et lorsqu’ils croisent les miens, elle s’immobilise. Je suis extrêmement tenté de lire dans ses pensées, mais je sais parfaitement que cela ne ferait qu’envenimer les choses entre nous. Quand je le fais, elle le sent. Je me contente donc de l’observer. Elle est gênée. Ses mains triturent nerveusement ses longs cheveux ondulés et son regard ne cesse de fureter partout à travers la pièce, pour finalement se poser de nouveau sur moi. Sauf lorsque Isaac s’engouffre dans la salle. Torse nu. Il ne pourrait pas porter un foutu tee-shirt ?

Dès que son regard s’attarde sur elle, c’est comme si les évaluations d’Ombelline n’avaient pas lieu, que personne n’était présent, et qu’il n’y avait plus qu’eux deux dans la pièce. L’Immortelle donne un coup de sifflet pour annoncer la victoire d’Edden. Les autres applaudissent. Je n’y fais nullement attention. Je ne peux pas détacher mes yeux de ces deux-là. Ils ont une façon particulière de se regarder. Si particulière qu’on peut vite se demander quelle est la nature exacte de leur relation. Je pensais être maître de toutes mes émotions, mais là, ce n’est pas possible. Ils sont en train de me pousser à bout. Et je ne tiens pas à revivre l’épisode d’hier soir. Je ne voulais pas exploser le verre de cette maudite vitre, mais malgré toute ma bonne volonté, je n’ai pas pu me contrôler. Le coup est parti tout seul. Il faut dire qu’elle peut être très énervante, quand elle s’y met. Elle s’accrochait désespérément à quelque chose qu’elle n’a pas besoin de savoir, tout simplement parce que cela ne la concerne pas.

— Angie, pose cette dague, m’ordonne soudainement la voix inquiète d’Apolline.

Je jette un regard interloqué sur mes poings. L’arme que m’a lancée la Talentueuse s’y trouve toujours. Je pensais pourtant m’en être débarrassé. Encore une preuve que je ne contrôle plus rien.

— C’est Evalina, c’est ça ? devine Apolline, posant ses mains sur les miennes pour me prendre la dague. Tu t’es encore disputé avec elle ?

Je soupire, fatigué qu’elle aussi s’intéresse à des choses qui ne la concernent pas. Mais j’acquiesce… Du moment qu’elle ne m’en demande pas plus. Elle se relève et m’envoie un violent coup de pied pour me forcer à faire de même. Je me demande vraiment si un jour, cette fille apprendra à faire les choses en douceur. J’ai à peine le temps de me mettre debout qu’elle me balance une autre dague entre les deux yeux. Heureusement, mes réflexes sont toujours aussi bons. Je l’arrête d’une main et fusille Apolline du regard.

— Eh bien quoi ? Je teste tes réflexes ! se justifie-t-elle. J’ai remarqué quelques vacillements, tout à l’heure. Je constate que tu as fait d’énormes progrès en l’espace de quelques secondes, je suis très impressionnée par ta capacité à...

Je ne la laisse pas finir et lui renvoie la dague en pleine tête. Comme je m’y attendais, elle ne l’arrête pas avec ses mains. Elle utilise son pouvoir, déviant la trajectoire de la lame vers la gauche, et celle-ci vient se figer dans le mur d’armes.

— Pour ma part, je constate que tu n’as pas fait le moindre progrès, déclaré-je. Si Ombelline apprend que tu n’es toujours pas capable d’arrêter une dague avec tes mains, elle va...

— Elle ne va rien du tout ! Parce que tu ne lui diras rien ! me coupe-t-elle, soudain anxieuse.

— Non, bien sûr que non.

— Angie... je te promets que si tu lui dis quoi que ce soit, je te fous par terre et t’égorge vif !

Un sourire s’affiche sur mon visage. Me foutre par terre et m’égorger vif ? J’attends de voir ça. Je me mets en position et hausse un sourcil, comme pour l’inviter à tenter sa chance. Apolline hésite. J’élargis mon sourire, et elle finit par céder.

« Range-moi cette attitude de petit con prétentieux ! Je vais te mettre une raclée, tu vas voir ! »

J’ai réussi à la mettre en colère. Et Apolline en colère, c’est quelque chose. Elle peut devenir bien plus vulgaire que n’importe lequel d’entre nous. Elle s’élance vers moi, ses yeux se fixant tour à tour sur un point particulier de mon corps. C’est une ruse pour déstabiliser l’adversaire. Mais elle ne pense jamais à ses mouvements. Elle s’appuie davantage sur sa jambe gauche que sur la droite, son attaque va donc porter à gauche. Apolline lève brièvement un bras pour me faire croire à une attaque en hauteur, mais je n’y fais pas attention et intercepte sa jambe qui se dirige droit vers ma hanche. Elle retombe lourdement sur les fesses et laisse échapper un juron. Puis un deuxième. Ses yeux virent au bleu sombre. J’en profite pour lui ressortir mon sourire de « petit con prétentieux » qu’elle aime tant. Maintenant, la voilà très en colère. Tant mieux. Je vais pouvoir lui faire comprendre une leçon qu’Ombelline elle-même n’est pas parvenue à lui apprendre.

— Je suis sûre que tu as intercepté mon geste parce que tu as lu dans mes pensées ! râle Apolline, se relevant aussi sec. Tu sais très bien que tu n’as pas le droit de faire ça !

— Je n’ai pas lu dans tes pensées.

— Menteur !

Elle ne perd pas une minute et se rue sur moi sans réfléchir. Elle distribue des coups de poing où bon lui semble. Je les arrête sans difficulté, ce qui ne fait que nourrir un peu plus sa colère. Elle lève son genou pour venir percuter ma mâchoire, mais là aussi, le geste est prévisible. Elle ne réfléchit pas. Apolline laisse échapper un nouveau juron quand je lui immobilise les bras et lui donne un coup assez puissant dans les jambes afin de la plaquer contre le sol. Elle me hurle dans les oreilles, puis elle recommence à se débattre. J’immobilise ses bras et ses jambes, alors elle se tortille, comme si cela allait pouvoir l’aider. C’est complètement inutile. J’attends le temps qu’il faut, la laissant arriver toute seule à la même conclusion que moi. Petit à petit, ses gesticulations cessent. Ses yeux reprennent une couleur bleutée, et elle se calme.

— C’est bon, tu peux me lâcher maintenant, articule-t-elle difficilement, à bout de souffle.

— Non, je n’ai pas encore fini la leçon du jour.

— Ah, parce que ce cours de triche était donc une leçon ? Et elle est où, la morale de ta leçon ? Moi, je n’en vois aucune !

— J’y viens… La morale, c’est qu’il ne faut jamais perdre son sang-froid lors d’un combat. Tu dois rester constamment concentrée, insisté-je. Je n’ai pas triché, j’ai pu intercepter tes gestes parce que ta colère a pris le dessus. Tu ne réfléchissais plus. Si tu étais restée calme, tu aurais pu analyser la situation. Tu aurais constaté que oui, tes bras et tes jambes étaient hors d’usage, mais pas ta tête. Tu aurais pu me mettre un coup de boule.

Apolline ne se fait pas prier face à une invitation aussi charmante. Elle s’empresse de faire usage de sa tête et m’en envoie un, il faut le reconnaître, assez puissant. Je chancelle en arrière. Elle en profite pour inverser les rôles et me plaquer contre le sol.

— Comme ça, c’était bien ? me demande-t-elle, un grand sourire aux lèvres.

Je hoche la tête, encore un peu sonné. À l’avenir, ne jamais inviter Apolline à faire ce genre de choses. Jamais. Je reconnais avoir peut-être un peu sous-estimé sa force. Mais au sol, personne ne me bat. C’est moi le meilleur. Et il n’est pas question que cela change. Je rassemble toutes les forces supplémentaires offertes par mon pouvoir et renverse Apolline pour la coincer de nouveau au tatami.

— Tu veux un deuxième coup de boule, c’est ça ?

Je secoue la tête négativement. Le premier m’a amplement suffi, je ne tiens pas à en refaire l’expérience.

— Bon, alors relève-toi ! m’ordonne-t-elle.

Je reste encore quelques secondes ainsi, au-dessus d’elle, juste par simple plaisir de la voir soupirer d’impatience, puis je m’exécute. Je me relève et lui tends la main. Elle l’accepte et se dirige ensuite vers le mur d’armes. J’ignore ce qu’elle a en tête, mais si elle veut continuer à se battre, je ne suis définitivement pas contre. Parce que les combats me permettent de ne pas penser à elle. Mais dès que mon corps se met au repos, mon esprit me ramène toujours à Evalina. Les aiguillepes sur le mur, le Jardin Abyssal, les drafs, les pégases, l’Imposant, la Galerie… Tout. Les souvenirs de ce que nous nous sommes dit ou bien de ce que nous avons fait dans tel ou tel lieu ne cessent de revenir me hanter. Je ne sais pas ce qu’elle est en train de me faire.

Je laisse glisser mes yeux sur Evalina... toujours aux côtés d’Isaac, en train d’observer le duel de Bastian contre Zéphyr. Dès qu’il lui parle, elle sourit. Et ce putain de regard qu’il porte sur elle… Ce n’est pas qu’un simple regard, c’est beaucoup plus que ça. N’importe qui pourrait s’en rendre compte ! À part elle. Je suis à deux doigts de me tirer d’ici, lorsque Ombelline annonce la fin du combat. Et à ma plus grande stupeur, c’est Bastian qui en est sorti vainqueur.

Zéphyr aurait dû gagner. J’ignore ce qui est allé de travers. Par sa défaite, il se voit obligé de rejoindre Sean et Maximilien en section de rattrapage, un tatami qu’installe spécialement Ombelline lors des évaluations comme celle d’aujourd’hui. Tous les perdants s’y rejoignent. Ils n’en ressortent qu’en ayant trouvé une bonne façon de prouver à l’Immortelle qu’il y a d’autres domaines dans lesquels ils excellent davantage. Parfois, cela peut durer plusieurs jours. Ceux qui n’arrivent pas à sortir de la section de rattrapage doivent y retourner quotidiennement et sont exclus des nouveaux entraînements.

— Angie, tu dors ou quoi ? Ça fait trois mille ans que je t’appelle ! peste Apolline.

Sa voix me décroche brusquement de la tempête infernale de pensées qui se bousculaient dans ma tête. Je suis le premier à dire qu’il faut toujours rester concentré, et je ne suis pas fichu de respecter ma propre règle.

— Qu’est-ce que tu veux ?

Apolline ne me répond rien et se contente de me balancer une dague, que j’intercepte bien avant qu’elle n’arrive à destination. À croire que c’est son passe-temps favori.

— Enfin ! s’écrie-t-elle. Maintenant, j’ai toute ton attention ! Je veux que tu m’apprennes à arrêter l’arme à temps ! Tu as raison, si Ombelline apprend que je ne sais toujours pas le faire, elle va me tuer ! Allez vas-y, lance-la !

La Talentueuse se met en position face à moi, les jambes fermement ancrées sur le tatami, les yeux rivés avec détermination sur la dague que je tiens. Je la lance droit vers son visage. Apolline pousse un cri effrayé et ne trouve même pas le temps de se concentrer pour dévier la trajectoire de l’arme. Elle se jette au sol et plaque ses mains devant ses yeux. La dague finit son chemin dans le mur. Elle se relève et se racle la gorge, quelque peu gênée par sa performance douteuse. Elle fait demi-tour pour aller la chercher, puis revient se positionner face à moi, me lançant l’arme que j’attrape en plein vol.

— Je n’étais pas prête ! se justifie-t-elle. Maintenant, tu peux y aller.

— Un Surnaturel doit toujours être prêt, rétorqué-je.

Je renvoie la dague de toutes mes forces. Lorsque j’aperçois Apolline lever les bras pour l’intercepter, j’ai bon espoir qu’elle y parvienne. Mais, contre toute attente, elle prend peur et dévie sa trajectoire. Il y a des progrès à faire...

— Désolée, grimace-t-elle. Je... j’étais prête, mais...

— Tu as peur de la dague.

Apolline hoche la tête.

— C’est stupide. On m’a donné un pouvoir ! Alors, à quoi ça sert de rattraper la dague avec mes mains si je peux la dévier ? rouspète-t-elle, repartant vers le mur pour aller la récupérer.

— Il faut que tu saches te débrouiller sans. Un jour, tu seras peut-être trop occupé à utiliser ton pouvoir pour sauver l’un de nous, et tu ne verras pas l’arme arriver. Tu ne pourras pas utiliser tes dons.

Apolline revient avec la dague et me la renvoie. Je la rattrape et ne peux m’empêcher d’esquisser un sourire lorsque j’intercepte ses pensées.

« J’en ai marre de ton habitude à avoir toujours raison ! »

Je réitère l’exercice, espérant que cette fois soit la bonne. Mais non. Lorsque l’arme se rapproche d’un peu trop près, Apolline pousse un cri et dévie une fois de plus sa trajectoire. Je soupire. La Talentueuse s’excuse, et pendant qu’elle part récupérer la dague, je ne parviens pas à résister à l’envie de regarder à côté. Ombelline entraîne Evalina. Ainsi qu’Isaac, Edden, et Bastian. Elle demande au Séducteur de monter sur le tatami voisin avec Isaac, probablement pour voir comment se débrouille ce dernier, et elle ne risque pas d’être déçue. Petit déjà, il apprenait très vite les techniques que je lui enseignais. Il les assimilait en un rien de temps et les reproduisait à la perfection. S’il n’a pas perdu de sa persévérance, il devrait pouvoir tenir tête à Bastian.

Isaac lance le premier coup. Sans difficulté, Bastian l’évite et en profite pour lui asséner un coup de poing dans le ventre. Mais Isaac ne se laisse pas faire. Il attrape le bras du Séducteur et le tord, de façon à ce que Bastian se rapproche de lui. Une fois suffisamment proche, Isaac le tacle et le renverse par terre d’un coup sec. Lorsqu’un garçon de son âge l’avait frappé pour récupérer le peu d’argent qu’il avait, c’était une des premières techniques que je lui avais enseignées. Manifestement, cet épisode lui est resté en mémoire.

— Angie, tu regardes ce qui se passe à côté ou tu m’aides ?

Apolline me renvoie la dague, quelque peu contrariée que je ne fasse plus attention à elle. Je jette un coup d’œil discret vers Ombelline pour m’assurer qu’elle ne nous regarde pas. Cette dernière est trop occupée à observer le duel d’Isaac contre Bastian. Je m’apprête à relancer l’arme lorsque Ombelline lève soudainement ses yeux du duel pour les poser sur Evalina. Elle s’avance vers cette dernière de sa démarche assurée, sa longue tresse blanche traînant derrière elle.

— Angie ? m’appelle Apolline. T’attends le déluge ou quoi ?

Je renouvelle l’opération, mais c’est de nouveau un échec… J’en profite donc pour prêter une oreille attentive au dialogue d’Ombelline et d’Evalina. Je crois savoir de quoi elles parlent.

— Tu es allée voir la reine, ce matin ? lui demande Ombelline.

Evalina hoche la tête, toujours aussi intimidée par l’assurance que dégage l’Immortelle. Ce qui peut se comprendre. Ombelline est bien l’une des rares personnes devant qui je ne réplique rien. Quand elle est en colère, comme hier soir, il vaut mieux ne rien dire. Je ne sais pas comment je me suis débrouillé pour garder mon sang-froid lorsqu’elle m’a dit que je n’étais pas digne de la confiance que me portait la reine. Sur le moment, je n’avais qu’une seule envie, c’était lui demander gentiment d’aller se faire foutre. Elle ne sait pas ce que c’est que d’avoir une élève comme Evalina. Heureusement, j’ai su garder le silence.

— Candélaria n’a pas eu le temps de tout me rapporter, mais j’ai cru comprendre qu’elle t’avait attribué à quelqu’un d’autre ?

Attribué à quelqu’un d’autre ? Je ne pensais pas qu’elle irait jusqu’à me retirer mes fonctions d’entraîneur. Et sans m’en informer. Ombelline doit bouillir de joie.

— Oui, confirme Evalina, mais je ne sais pas encore qui. Elle m’a dit que l’intéressé était déjà au courant mais qu’elle n’avait pas encore sa réponse officielle. Visiblement, elle me donnera son nom ce soir.

J’entends Apolline crier pour attirer mon attention, mais c’est peine perdue. Je ne pense plus qu’à une seule chose. À ce nom. J’espère qu’il s’agit de Zéphyr. Mais après un court instant de réflexion, je dois me rendre à l’évidence. Il m’en aurait parlé. Ça ne peut pas non plus être Isaac, la reine ne lui fait pas assez confiance. Je sens que ce nom ne va pas me plaire.

— L’intéressé, c’est moi ! s’exclame Edden. Je n’ai pas eu le temps d’aller voir la reine pour lui faire part de ma décision, mais je pense qu’il n’y a pas trop de suspense, je compte accepter !

— C’est toi ? répète Evalina, un sourire timide ne tardant pas à se dessiner sur son visage, qu’elle s’empresse aussitôt d’effacer.

Edden hoche la tête. Et Ombelline sourit, visiblement satisfaite du choix de la reine. Bien sûr. L’Immortelle a toujours préféré Edden, pas étonnant qu’elle s’en réjouisse. Et cela n’a pas l’air de déranger Evalina plus que ça. Pourtant, depuis que le Fidèle et Maximilien ont eu la mauvaise idée de lui cacher la vérité à propos de sa sœur, elle n’est plus en très bons termes avec eux. Elle ne leur adresse, pour ainsi dire, même plus la parole.

La reine aurait très bien pu faire appel à Zéphyr, Sean, Maximilien, ou même à Apolline. Mais non. Il a fallu que ça tombe sur Edden. Décidément, ce n’est pas ma journée. J’ignore comment je vais pouvoir faire pour garder ma concentration à la Colombe si ces deux-là s’entraînent dorénavant ensemble. Le Fidèle ne va pas perdre un seul instant avant d’en profiter. Je l’ai toujours trouvé louche à l’égard d’Evalina.

— Angie ! hurle soudainement Apolline.

J’ai à peine le temps de me tourner vers la Talentueuse que j’entrevois une dague filer droit dans ma direction, puis bifurquer brusquement, et tomber par terre dans un horrible bruit métallique. Toutes les paires d’yeux sont maintenant rivées sur Apolline et moi. Même Isaac et Bastian ont arrêté de se battre.

— Je savais que tu avais la tête ailleurs, mais pas à ce point ! Tu n’as même pas vu la dague arriver ! Si je n’avais pas été là, elle t’aurait perforé un poumon ! s’énerve Apolline.

Elle me fusille du regard, mais je peux tout de même deviner qu’elle est davantage soulagée qu’énervée. Je regarde la dague au sol, un peu plus loin, puis les autres. Zéphyr, toujours en section de rattrapage, secoue la tête négativement et plante son regard dans le mien.

« Toi et moi. Après. On aura une discussion. Et inutile de te défiler, je te trouverai où que tu sois ! »

Je le crois sur parole. Je lâche un soupir et braque un regard incendiaire sur les autres. Ils ne tardent pas à comprendre et retournent aussitôt à leurs occupations. À part elle. Son regard vert s’attarde quelques secondes de plus, me sondant si profondément que je suis obligé de détourner les yeux le premier. Je ne sais pas ce qu’elle me fait, mais ce n’est pas bon du tout. À cause d’elle, j’en viens à perdre toute concentration.

— Bon…

Apolline me donne un coup de pied dans les jambes pour m’inciter à m’asseoir. J’obtempère, sachant pertinemment ce qu’elle a en tête. Je n’ai même pas besoin de lire dans ses pensées pour m’en assurer.

— Tu vas m’expliquer ce qu’il t’arrive, poursuit-elle. Et je ne veux pas de « mais » ou de « non » ou de « j’ai pas envie » ou encore de « j’ai pas le temps ». Tu vas tout m’expliquer parce que si tu ne le fais pas, je te harcèlerai tous les jours. Et je me fous de ton avis !

Je dois reconnaître qu’Apolline est particulièrement forte pour choisir les mots qu’il faut. Je ne peux que lui donner raison. Mais me confier est au-dessus de mes forces. Je n’y arrive pas.

— Si tu ne sais pas par quoi commencer, je peux t’aider ! propose-t-elle, un éclair de malice traversant son regard. J’aimerais beaucoup qu’on aborde le sujet de tes yeux… Vois-tu, depuis tout à l’heure, ils sont verts. Foncés. Et chez toi, cette couleur est très explicite ! Commence donc par m’expliquer cette jalousie qui semble ne plus vouloir te quitter !

Je fronce les sourcils. Mes yeux sont vert foncé ? Ça ne va décidément pas du tout. Je ne suis même plus capable de contrôler leur couleur. Je soupire et me passe une main sur le front. Tout ça me fatigue. J’ai l’impression que je n’ai plus aucun contrôle. À cause d’elle.

— Oh mon Dieu, Angie ! Mais ce n’est pas compliqué de parler ! s’énerve Apolline. Tu veux que je le fasse ? Très bien ! Si tu as du mal à comprendre d’où te vient toute cette jalousie, je vais éclairer ta petite lanterne défectueuse !

La Talentueuse pose son index sur ma joue et y effectue une petite pression pour me forcer à tourner la tête vers l’endroit où Edden et Evalina discutent.

— Voilà d’où elle vient ! De là ! La source, c’est Evalina ! Et ne me mens pas ! Tu étais ailleurs à chaque fois que tu l’entendais discuter avec Isaac ! Tu as failli te prendre une dague en plein poumon quand Edden s’est approché d’elle d’un peu trop près ! Ne nie pas !

Je ne peux peut-être pas nier, mais je peux corriger ses propos. Ce n’est pas parce que Edden s’est approché d’elle d’un peu trop près, c’est parce que dorénavant, c’est lui qui s’occupera de superviser ses entraînements. Seulement, je ne dis rien.

— Pourquoi vous êtes-vous disputés ? soupire Apolline, désireuse de ne rien lâcher.

Je finis enfin par articuler une phrase.

— Parce qu’elle a fait comme toi. Elle a cherché à comprendre des choses qui ne la concernent pas.

— Et alors ? C’est si mal que ça ? Je pense qu’elle voulait simplement te connaître davantage, te comprendre. Tu sais, plus tu te renfermes sur toi, et plus cela la pousse à découvrir ce que tu caches ! Peut-être que ta petite méthode a fonctionné avec nous, mais parfois, certaines personnes réagissent différemment. Ça ne sert à rien de la maintenir à distance, Evalina finira par découvrir la vérité tôt ou tard…

Elle a raison sur toute la ligne. Evalina a voulu découvrir ce qui me reliait à Isaac, et elle y est parvenue. Mais je ne peux pas lui expliquer le reste, je n’y arriverai pas. Je secoue la tête et braque mon regard sur elle. Toujours en train de discuter avec Edden. Ils sont sûrement en train de se réconcilier. Je ne peux pas rester ici, l’atmosphère devient trop oppressante, j’ai l’impression d’être enfermé. Je me lève brusquement du tatami avec la ferme intention de sortir d’ici. J’ai déjà passé mon évaluation, Ombelline ne m’en voudra pas. Et même si c’est le cas, pour le coup, je n’en ai vraiment rien à foutre. Je ne veux pas rester ici. Je ne peux pas.

— Angie, attends ! s’écrie Apolline.

Mais je ne l’écoute pas. Je me dirige avec détermination jusqu’au passage mural. La lumière de la salle blanche m’éblouit quelques instants et je plisse les yeux pour y voir plus nettement. Je contourne la grande statue en pierre et m’apprête à coulisser la porte de la Colombe pour enfin sortir d’ici, lorsque j’entends de nouveau mon prénom. Mais cette fois-ci, je m’arrête. Parce que ce n’est pas Apolline. Ce n’est pas sa voix. C’est celle d’Evalina. Je me concentre une fraction de seconde afin de sentir les effluves caractéristiques de son pouvoir, bien plus puissant que n’importe lequel des Surnaturels. Pourquoi m’a-t-elle suivi jusqu’ici ? Je cherche à lui échapper, et elle, que fait-elle ? Elle me rejoint.

— S’il te plaît, Angie ! Attends ! Je dois... il faut que je te dise quelque chose.

Je me retourne pour lui faire face. Et je crois bien que je viens de commettre la pire erreur qui soit. C’est comme si elle dégageait une attirance à laquelle mes yeux étaient incapables de résister. Son regard vert est terni par une couleur grisâtre. De la tristesse, mélangée à de la culpabilité. Pourquoi se sent-elle coupable ? Elle n’a rien à se reprocher. Apolline a raison, c’est moi qui ai merdé. Parce que si les rôles étaient inversés, si c’était moi qui voulais en apprendre plus et qu’elle me repoussait, je le prendrais mal. Je ne le supporterais pas.

Elle reste plantée là, cherchant probablement ses mots, sans avoir conscience de l’impact que sa simple présence peut avoir sur moi. J’ai terriblement envie de combler la distance qui nous sépare, c’est comme si son corps était aimanté au mien. J’ai envie de la toucher, de la sentir contre moi. J’ai envie de l’embrasser. D’embrasser ses lèvres qu’elle n’arrête pas de mordre sous l’effet du stress.

Elle ne sait pas à quel point j’ai envie d’elle à chaque fois qu’elle fait ça. Ni à quel point j’ai de nouveau envie de sentir ses mains froides contre ma peau, de sentir ses doigts s’emmêler dans mes cheveux, d’écouter son cœur battre en rythme avec le mien. Elle ne sait pas à quel point je la veux.

Elle ignore tellement de choses... Je n’ai jamais eu peur de quoi que ce soit, du moins, pas à ce point-là. Depuis qu’elle est ici, elle a réussi à réveiller ce sentiment que je gardais loin de moi. La peur. J’ai peur d’elle. J’ai peur de mes réactions que je ne contrôle plus. J’ai peur de ce qu’elle est en train de me faire. J’ai peur de ce que tout cela va entraîner par la suite. Je ne veux pas y faire face. Je ne suis pas encore prêt. Alors, je lui tourne le dos. Je coulisse la porte rouge et sors de la Colombe, insensible aux suppliques d’Evalina. Je préfère partir.

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Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 42Perte de controle

Chapitre 42Perte de controle— Je savais que je te trouverais ici.— Je n’ai pas cherché à me défiler.Zéphyr esquisse un sourire et s’engouffre dans l’espace sombre et bleuté du Jardin Abyssal. Il jette un rapide coup d’œil à l’aquarium, puis il me rejoint sur le canapé. Il se laisse tomber contre la matière moelleuse et pose ses avant-bras sur ses genoux, les mains croisées. Il ne dit rien. Et je sais pertinemment pourquoi. Il attend que ce soit moi, comme à chaque fois qu’il veut entamer une discussion sérieuse. Et je n’aime pas ce genre de discussions. Il me pousse souvent à comprendre ce que je redoute le plus, à faire face aux démons qui me rongent de l’intérieur. Et je déteste ça.— Tu perds ton temps, finis-je par dire.— Nous savons tous les deux que c’est un mensonge. Depuis quand ne lis-tu plus dans les pensées des autres ? Parce que tu n’as pas l’air de savoir pourquoi je suis là.— Je suis fatigué.— Fatigué ? relève-t-il, les yeux bl

Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 41Jalousie oppressante

Chapitre 41Jalousie oppressante— Angie, attrape !Je rattrape in extremis la dague qui filait droit sur mon front, ma main se refermant autour de la lame en métal froid. Je braque un regard incendié en direction d’Apolline. Celle-ci hausse les épaules, et ses pensées, manquant un brin de tact, ne tardent pas à résonner dans ma tête.« Tu n’avais qu’à être plus rapide ! »Je jette la dague à mes pieds. Celle-ci vient se figer dans le tatami. Si Ombelline voit ça, je suis mort. Je la retire et m’assieds sur l’entaille désormais présente, jetant un coup d’œil discret en direction de l’Immortelle. Elle est encore occupée à arbitrer le combat d’Edden et de Maximilien. Le Cerveau n’a d’ailleurs aucune chance, il n’est pas assez rapide et n’arrive pas à anticiper les coups de son adversaire. Et même si cela me coûte de le reconnaître, Edden est fort. Très fort.— OK, dis-moi ce qui ne va pas.Je fronce les sourcils. Apolline me rejoint sur le tatami et s’assied à mes c

Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 16Revelations

Chapitre 16Revelations— Elle se réveille !J’ouvre lentement mes paupières, aveuglée par la lumière blanche de la pièce où je me trouve. Je mets un certain temps avant de comprendre que je suis de retour à l’infirmerie. Je distingue de longs cheveux lisses et noir de jais penchés sur moi,

Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 15Terrible message

Chapitre 15Terrible messageTout est noir. L’obscurité enveloppe chaque recoin de la pièce. Je ne vois rien. Je suis perdue. Personne ne viendra me sauver. Il ne me reste plus qu’à attendre la mort imminente. Elle est là, tapie dans l’un des recoins sombres. Elle n’attend plus que moi. Seulement,

Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 14La Chronosee

Chapitre 14La ChronoseeUn peu plus d’une semaine s’est écoulée depuis la bataille. Un mois réturien que je suis ici. Bon, pour moi cela fait presque deux semaines. Mais ici, un mois équivaut à quatorze jours. Tout me paraît extrêmement long. J’ai passé ces derniers temps allongée sur le lit de l

Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 13Bataille et mysteres

Chapitre 13Bataille et mysteresJe suis pétrifiée sur place. Incapable de bouger. Mes jambes se mettent à trembler sans que je ne puisse les contrôler, et mes bras tiennent comme ils peuvent le petit Ethan. Je ne sais pas ce que je dois faire. Je ne sais pas pourquoi cette dame m’a confié son enf

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