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Chapitre 14La Chronosee

Author: 15210689748
"publish date: " 2021-06-25 20:56:47
Chapitre 14La Chronosee

Un peu plus d’une semaine s’est écoulée depuis la bataille. Un mois réturien que je suis ici. Bon, pour moi cela fait presque deux semaines. Mais ici, un mois équivaut à quatorze jours. Tout me paraît extrêmement long. J’ai passé ces derniers temps allongée sur le lit de la chambre que l’on m’a attribué, à compter les secondes qui s’écoulent. Chaque fois que j’entends le tic ou bien le tac de ma montre, je cligne des yeux. Pourquoi ? Aucune idée. Je ne fais que ça de mes journées. Je ne sors de ma chambre que pour aller manger. Concernant le reste, il y a tout ce qu’il me faut dans mes appartements. Je n’adresse la parole à personne. C’est comme si j’en étais encore au même point qu’à mon arrivée ici. Je ne connais pas les Surnaturels. Je n’ai pas appris à les connaître et je n’en ai pas vraiment envie. La reine croit que je suis en phase de dépression suite au décès de mes parents et au dépaysement. Et elle n’a peut-être pas tout à fait tort. Moi qui déteste verser une larme, je pleure désormais toutes les nuits. Le sommeil devient compliqué. Chaque soir, je me réveille en sursaut suite à de nombreux cauchemars et suis dans l’incapacité de me rendormir. Finalement, la reine avait raison. À force de repousser ce moment, voilà que celui-ci me submerge sans crier gare. Que cela me plaise ou non.

Il est actuellement 2 h 42. Je suis assise sur le bord de mon lit double, en sueur. L’image de mes parents assassinés, étendus dans le salon en flammes, ne cesse de me revenir en mémoire chaque fois que j’essaie de me rendormir. Je n’en peux plus. Je suis fatiguée, mais je ne trouve plus le sommeil. Rien que de regarder l’heure toutes les minutes sur ma petite montre me fait penser au jour où mes parents me l’avaient offerte. Les larmes coulent sur mes joues et s’échouent sur mon pantalon, que je n’ai même pas pris la peine d’enlever avant d’aller me coucher. Oui, je n’ai même plus la force de me mettre en pyjama. Je suis un cas désespéré. Une vraie masse inutile. Un coquillage échoué sur une plage. Non, même pas. Un coquillage, c’est beau. À l’heure actuelle, je ressemble plus à une loque qu’à autre chose. Les cheveux en pétard, les yeux rougis et baignés de larmes. Je ne dois pas être très belle à voir. Et comme si ça ne suffisait pas, je me mets à avoir mal à la tête. Pas en continu, mais à intervalles réguliers. En fait, je ne suis pas sûre d’avoir vraiment mal. C’est une sensation étrange, comme de petits picotements. Ça pourrait même presque être agréable si ce n’était pas aussi insistant. Peut-être que je deviens folle ? Ou peut-être le suis-je déjà ? Il serait temps que je m’en rende compte.

— Il serait plutôt temps que tu arrêtes de pleurnicher et que tu te reprennes en main.

Je sursaute, surprise, et manque de m’étaler par terre. Ai-je vraiment besoin de préciser qui est l’auteur de cette charmante petite phrase terriblement attendrissante et remplie de compassion ? Angie a passé sa tête dans l’entrebâillement de ma porte coulissante. Je l’ai déjà vu lors du dîner, je n’ai pas franchement envie de le revoir. S’il n’est là que pour me ressortir son speech sur le fait que je devrais me bouger, me reprendre en main, et patati et patata, non merci. Il peut repartir.

— Il faut que tu arrêtes de te morfondre dans ton coin.

Et voilà, c’est reparti. Il va encore me faire la morale. Je commence à croire qu’il n’a vraiment rien d’autre à faire de sa nuit. D’ailleurs, que fait-il debout à cette heure-ci ? C’est une excellente question.

— Ne songe même pas à la poser, me prévient Angie.

De toute façon, je ne comptais pas le faire. On ne peut rien savoir de lui. Il est tellement renfermé sur lui-même que j’ai fini par m’y habituer. Même si je dois avouer que cela déplaît à ma curiosité. Il s’attendait probablement à une réplique acerbe de ma part et il doit être bien déçu. Parce que je ne lui réponds rien et m’installe à l’autre extrémité de mon lit, afin de ne plus le voir. Je soupire, pose mes coudes sur mes cuisses, et enfouis mon visage entre mes mains.

À ma grande surprise, je sens le matelas s’enfoncer à ma gauche. Je lève la tête et constate qu’Angie s’est assis sur le bord du lit, juste à côté de moi. Ce qui est plutôt étrange, puisqu’il n’est pas du genre à insister. Seulement, je ne veux pas qu’il me voie dans cet état-là. Ça me gêne de pleurer devant quelqu’un. Alors je sèche vite mes larmes, puis le défie du regard. S’il ose me dire quoi que ce soit de déplaisant, je n’hésiterai pas à le renvoyer dans sa chambre.

— J’aimerais bien voir ça, rigole-t-il.

Si la seconde d’avant je voulais lui crier dessus pour le faire déguerpir, désormais, ce n’est plus le cas. Son rire grave et sa fossette discrète viennent de faire rebrousser chemin à mon mauvais comportement. Je n’ai pas envie de lui hurler dessus lorsqu’il rigole. La plupart du temps, il se montre si sérieux et si inexpressif qu’on a l’impression qu’il n’a jamais connu le bonheur. Qu’il ne sait pas rire. Et même s’il vient de me prouver le contraire à l’instant, n’importe qui pourrait deviner que derrière son sourire se cache autre chose. En particulier cette nuit. Il ne fait pas le moindre effort pour masquer la peine qui se lit dans son regard. Il est triste. Et je veux savoir pourquoi.

— Sans rire, j’aimerais beaucoup voir la façon avec laquelle tu t’y prendrais pour me pousser jusqu’à ma chambre, continue-t-il. Tu ne t’es encore jamais entraîné au combat, ça risque d’être assez comique.

Je lui décoche un regard noir et regrette aussitôt de lui avoir cherché un côté émotif et attendrissant. Il n’en a pas. C’est peine perdue. C’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Presque impossible, et inutile. Je soupire de plus belle et enfouis une fois de plus mon visage entre mes mains. Je ne veux plus le voir. Je veux qu’il s’en aille. Je veux qu’il me fiche la paix.

— Je suis désolé pour tes parents, lâche-t-il d’un coup.

Il me faut un petit temps avant de comprendre ce qu’il vient de faire. Il me présente ses condoléances ? Je ne pensais pas qu’il le ferait un jour. À vrai dire, j’en étais même arrivée à la conclusion qu’il s’en fichait totalement.

— La reine a tort, continue-t-il. Tu mérites de savoir qui est à l’origine du meurtre de tes parents.

Je dois rêver ! Angie ne se montrerait jamais aussi gentil avec moi. Pas au point de me révéler ce que tout le monde sait ici, mis à part moi.

— Officiellement, je ne dois pas t’en parler, mais Candélaria ne m’a jamais donné l’ordre de ne pas t’aider dans tes recherches. Tu trouveras toutes tes réponses à la Chronosée.

— La Chronosée ? répété-je, dubitative. Qu’est-ce que c’est ?

— Une pièce secrète du château, m’explique-t-il. Si tu as réussi à trouver le Jardin Abyssal toute seule, alors la Chronosée ne devrait pas te poser trop de problèmes.

J’assimile tout ce qu’il vient de me dire, consciente que l’occasion ne se représentera pas deux fois. Angie a pris le risque de m’aider. Pour une raison que j’ignore, ce soir, il a décidé d’être gentil avec moi. Peut-être que je lui fais pitié ? Si c’est le cas, il peut vite retourner d’où il vient !

— Tu es loin de me faire pitié, répond-il en écho à mes pensées. Tôt ou tard, on te mettra au courant, alors autant commencer maintenant.

— Merci.

Si un jour on m’avait dit que je remercierais Angie, je n’y aurais pas cru un seul instant. Mais c’est pourtant bien ce que je viens de faire.

— Pourquoi fais-tu ça ?

— Parce que j’estime que tu as le droit de savoir.

— Oui, mais encore ? insisté-je. Je sais qu’il y a autre chose, sinon tu me l’aurais dit bien avant.

Il soupire, se passe une main dans ses cheveux blonds en bataille et plante son regard aigue-marine dans le mien.

— J’ai compris qu’on avait bien plus de points en commun qu’il n’y paraît, avoue-t-il.

Des points communs ? Avec lui ? Quel genre de points communs ? On ne se ressemble absolument pas ! Il ne montre jamais ce qu’il ressent ! Il préfère jouer la carte du mec fort, impassible et qui n’a peur de rien... Je réfléchis quelques secondes, avant de me rendre compte que je ne suis peut-être pas mieux que lui. Super ! Je reste enfermée dans ma chambre pour que les autres ne me voient pas pleurer. Quand j’en sors, je fais bonne figure et relève la tête afin de ne pas montrer à quel point je suis atteinte par le décès de mes parents et toutes ces choses abracadabrantes qui m’arrivent. Mais a-t-il vraiment sous-entendu ce point ? Ou bien parlait-il uniquement du décès de mes parents ? A-t-il lui aussi perdu les siens ?

Je voudrais lui poser tout un tas de questions, parler avec lui jusqu’au bout de la nuit s’il le faut ! Je n’ai soudainement plus envie qu’il parte. Je veux découvrir ce qu’il cache. Mais puisqu’il se lève, cela n’a pas vraiment l’air réciproque. Il a sûrement suivi le fil de mes pensées, et maintenant, il s’enfuit car il en a trop dit. Il se dirige jusqu’à la porte, et c’est seulement à cet instant précis que je remarque qu’il ne s’est pas changé. Lui aussi est toujours habillé. Et en vue de la couleur unie, nul doute qu’il s’agit de ses vêtements pour l’entraînement. Je constate qu’il porte encore sa veste noire. Peu importe la température, il a l’air de ne jamais la quitter. Dommage. J’avoue que j’aimerais énormément revoir ses tatouages. Je suis prête à parier que l’histoire de sa vie y est retranscrite. Seulement, il n’y a que lui pour comprendre ce que ces dessins à l’encre noire signifient. Il sort de ma chambre, mais avant que je n’aie eu le temps de me rallonger, il repasse sa tête dans l’entrebâillement et me dit :

— Tu lui ressembles beaucoup.

Puis il coulisse la porte et le voilà parti. Je me retrouve à nouveau seule. Avec cette saleté de phrase qu’il vient de lâcher et qui tourne en boucle dans ma tête. Je ressemble beaucoup à qui ? De qui est-ce qu’il parlait ? Pourquoi fait-il exprès de me retourner le cerveau ? Inutile de perdre du temps à tenter de me rendormir. Quitte à en perdre, je préfère que ce soit en cherchant la Chronosée ! Je me lève, enfile mes bottines noires sans talon pour ne pas faire de bruit, et sors de ma chambre. Le bon côté des choses, c’est que je viens de me rendre compte que je n’ai plus mal à la tête. Du moins, je n’ai plus ces étranges picotements qui me martelaient le crâne tout à l’heure. Ce n’était pas vraiment dérangeant, mais c’était bizarre. Autant que le comportement d’Angie à mon égard, d’ailleurs.

Je marche dans le couloir, puis m’arrête devant une porte. Le symbole de la lyre y est incrusté. C’est la chambre d’Apolline. Ce sont les pleurs incessants qui s’en échappent qui m’ont fait m’arrêter net. Ce n’est pas la Talentueuse des Surnaturels qui pleure, c’est Ethan. Depuis qu’il a compris que sa maman ne serait plus jamais à ses côtés, il fait des cauchemars toutes les nuits. Un peu comme moi. Le lendemain de la bataille, c’est Apolline qui s’est chargée de lui annoncer que sa mère était morte et qu’elle ne reviendrait plus jamais. Le petit garçon a mis du temps avant de comprendre. Il est resté dehors, juste devant le Majestueux. Il s’est assis par terre en attendant le retour de sa mère. Apolline a fini par lui apporter son repas à l’extérieur, puis au bout de quelques heures, Ethan a finalement compris. Il s’est effondré dans les bras d’Apolline et n’a cessé de pleurer. Face à cette scène, la reine a décidé de confier sa garde à Apolline, même s’il préférait passer son temps avec moi. En effet, malgré mon isolement, il est venu me rendre visite dans ma chambre tous les jours… je ne sais pas vraiment pourquoi. Ethan est donc le seul que j’autorise à entrer dans mes appartements. Mais à chaque fois que je le vois, je ne peux m’empêcher de me dire que j’aurais pu sauver sa mère. J’en avais les capacités. J’aurais dû la tenir à l’œil, mais je n’ai pas réussi.

Tout ce qu’il me reste désormais, c’est sa dernière volonté. Le coup d’œil d’Emilie vers son fils avant de rendre son dernier souffle était très explicite. Elle m’a demandé de veiller sur lui. De le protéger. Et c’est exactement ce que je fais. Lorsqu’il vient me voir, je mets ma tristesse et mes regrets de côté pour me concentrer sur lui, et uniquement lui. Je fais mon maximum pour tenter de lui redonner le sourire et lui faire comprendre que la vie continue malgré tout. Que les êtres que nous aimons ne sont malheureusement pas éternels. J’avoue être un peu jalouse que ce soit à Apolline que la reine ait confié Ethan car je ne peux pas l’avoir tout le temps avec moi, ni même dormir près de lui. Candélaria a dû penser que j’avais déjà assez de souci comme ça et que m’occuper d’un enfant serait de trop. Mais elle a tort. Elle ne me comprend pas. J’ai tenté de faire entendre raison à tout le monde en leur disant que je souhaitais vraiment sa garde, que je m’en sentais tout à fait capable, que cela me tenait à cœur, mais rien à faire. J’ai dû accepter la décision finale de la reine sans que je ne puisse faire quoi que ce soit pour la changer. Pour une fois que j’avais quelque chose à dire, eh bien personne ne m’a écouté. Comme d’habitude. Je commence à m’y faire. Ici, on ne prend pas mon avis en compte. Je ne compte pour personne.

Je soupire de frustration et reprends ma route en direction de l’escalier principal. Il faut vraiment que j’arrête de me triturer l’esprit de cette façon. Je pense et cogite beaucoup trop.

Mais parfois, la pensée est nécessaire lorsque l’on doit trouver quelque chose. En l’occurrence, une pièce secrète appelée la Chronosée. Il suffit d’être logique et efficace. Le meilleur moyen pour commencer les recherches, c’est de me rendre dans le hall principal. Ensuite, je pourrais explorer couloir après couloir. Je descends donc le grand escalier pour atterrir dans l’entrée, où se situe le magnifique lustre en cristal rouge. Si j’étais une pièce secrète dans un grand château, où est-ce que je me ferais construire ?

Mon corps est pris de picotements. Je fais quelques pas en avant pour m’assurer que ce n’est pas de l’engourdissement. Les picotements s’amplifient, j’ai l’impression d’être un téléphone sur vibreur. L’endroit où je supporte le moins ces vibrations, ce sont mes pieds. Je ne les sens presque plus, comme si tout cela venait du sol. Je m’accroupis et pose mes mains à plat sur les dalles noires et blanches. Pas de doute, ça vient bien du sol. Je dirais même sous une dalle en particulier. Les vibrations sont plus faibles lorsque je pose mes mains à côté de celle en question. Cette dernière reflète une couleur rouge. Je lève la tête et aperçois le fameux lustre en cristal de la même couleur, qui se situe maintenant pile au-dessus de ma tête. Ce lustre n’est pas placé là par hasard. J’en suis certaine. Et je suis prête à parier qu’ici, tout fonctionne de la même façon. C’est comme pour le réveil matinal, il suffit de demander.

— Je souhaite entrer dans la Chronosée, demandé-je à voix haute.

La fameuse dalle se met à trembler sans faire de bruit, puis à se décaler tout doucement pour faire place à un escalier doré. Le même que pour le Jardin Abyssal. Profond et étroit, mais absolument splendide. Et terriblement tentant à descendre. Je ne me fais pas prier et commence donc mon expédition. Une trentaine de marches plus tard, j’arrive enfin à bout de cet escalier. Tout comme au Jardin Abyssal, je me trouve dans un tunnel de terre. Cependant, il ne fait pas sombre. Des torches sont fixées sur les parois, de façon à créer une ambiance chaleureuse. Au bout, je peux apercevoir une grande porte d’où s’échappe une clarté lumineuse. Impossible de faire patienter ma curiosité plus longtemps. Je me dépêche de combler les quelques mètres qui me séparent de cette mystérieuse pièce secrète, puis je m’arrête devant la porte qui laisse échapper plusieurs rayons de lumières éclatants. Un symbole y est incrusté. Une sorte de maison, faite de trois piliers et d’un grand toit. C’est le symbole des musées. Alors la Chronosée est un musée ? Qu’est-ce que je suis censée apprendre dedans ? Je déteste les musées ! J’ai toujours trouvé ça affreusement pénible et ennuyant. Seulement, si Angie m’a dit que je trouverai les réponses à mes questions ici, c’est qu’il doit y avoir une bonne raison. Je pose donc ma main sur la porte et ne perds pas un instant avant de la coulisser. La lumière s’échappant de la pièce est si aveuglante que je dois fermer mes yeux et les rouvrir petit à petit, le temps qu’ils s’habituent à ce trop-plein de luminosité.

Je pense sincèrement que chaque pièce du Majestueux est conçue pour nous laisser bouche bée lorsqu’on les découvre. La Chronosée est un endroit immense ! Ce n’est peut-être pas si étonnant que ça puisque c’est un musée. Mais le fait que les murs, le sol et le plafond soient immaculés rend la pièce encore plus grande. Ni de noir ni de rouge à l’horizon. Simplement du blanc et du doré. Un doré cependant moins éclatant et plus sombre que celui de l’escalier qui m’a amené jusqu’ici. Mais l’assemblage de ces deux couleurs est tout simplement sublime !

Il y a tellement de choses à voir que je ne sais pas par où commencer ! Si je devais décrire cet endroit à une personne, je dirais qu’étrangement, cela ressemble à un magasin où l’on pourrait faire ses courses. Plutôt bizarre, en effet. Mais la structure de cette pièce est faite comme telle. Il y a des rayons où sont exposées toutes sortes de choses ! À la place de petits pois en conserve et de boîte de Kleenex, ce sont des objets, des tableaux, et même d’anciennes lettres qui sont exposés. Un peu plus loin, à ma droite et ma gauche, se trouvent deux grands rideaux de velours dorés. Ma curiosité me pousse à commencer par là.

Je m’avance vers celui de droite et tire sur la ficelle dorée pour ouvrir le rideau. On se croirait dans un théâtre, à la différence que ce n’est pas une scène qui se trouve derrière celui-ci, mais une statue en pierre polie. Elle représente une jeune femme, de la même taille que moi. Ses mains sont levées vers le ciel, sa tête penchée en arrière et ses yeux fermés. Comme si elle invoquait une puissante force venue du ciel. Une telle posture pourrait faire froid dans le dos. On pourrait presque croire que cette jeune femme est possédée ! Mais bizarrement, à côté d’elle, j’ai l’impression d’être en sécurité. C’est idiot, ce n’est qu’une simple statue. Je me demande qui ça peut bien être... Pas quelqu’un de dangereux, c’est certain. En revanche, ce que je trouve étrange, c’est la façon dont elle est vêtue. Une longue robe qui lui descend jusqu’aux pieds, dont sa vraie couleur est indéfinissable puisqu’elle est taillée dans la pierre. Jusqu’ici tout est normal. Mais au niveau du dos, la jeune femme porte deux ailes. Et pas n’importe lesquelles. En y regardant de plus près, on peut voir que celle de droite est taillée méticuleusement et soigneusement, de façon à paraître angélique. Et celle de gauche est taillée de manière déstructurée, de façon à paraître démoniaque. Cela me fait penser à mon tatouage.

Je repousse les pensées qui fusent dans ma tête et me retourne pour faire face au rideau de gauche. Je tire sur la ficelle, et le morceau de velours doré coulisse sur le côté. C’est également une statue de pierre polie qui se dresse devant moi. Une jeune femme, là aussi de la même taille que moi. Elle se trouve exactement dans la même posture que l’autre. En fait, elles sont parfaitement identiques. Mais pour une raison qui m’échappe, celle-ci me paraît froide. Si ses yeux étaient ouverts, je serais prête à parier qu’ils seraient remplis de haine. Elle me fait froid dans le dos. Toutefois, en me rapprochant, je constate que leur ressemblance dérive à un détail près. Les deux ailes sont déstructurées. Elles paraissent toutes deux démoniaques. Je n’ai aucune idée de l’identité de ces jeunes femmes, mais toute cette histoire m’intrigue. Puisque nous sommes dans un musée, il doit forcément y avoir une explication quelque part ! Je tourne donc autour de la statue démoniaque et un petit écriteau doré attire mon attention.

« Eléana, première Démone. »

Première Démone ? Si cet écriteau était seulement là pour me rajouter une énième question dans la tête, ce n’était vraiment pas la peine de le lire. Enfin, j’ai tout de même une information. Cette jeune femme s’appelle Eléana. Mais ça ne m’avance pas à grand-chose. Peut-être que ce musée saura me fournir quelques réponses ? Les picotements reprennent aussi vite que la question est apparue dans mon esprit. Comme si cet endroit m’obéissait. Je me sens attirée vers un rayon où sont exposés toutes sortes d’objets sombres. Les vibrations sont de plus en plus nettes. C’est sûrement ici que je vais trouver ce que je cherche. Pour le moment, tout ce que je vois, ce sont diverses choses dans des vitrines en verre ayant apparemment appartenu à cette fameuse Eléana. Des vêtements, des accessoires, ou bien encore quelques armes. Si je lève la tête, je peux apercevoir une bague sertie de petit rubis et de diamants, où il est inscrit en dessous :

« Bague de fiançailles d’Eléana ».

À côté, un gant en décomposition, portant pour inscription :

« Gant de cuir personnel d’Eléana, taché du sang de son propre époux ».

Un peu plus loin, c’est une arme qui m’est vaguement familière. Une sorte de fourche cassée en deux, trois bouts pointus en guise de finition. Là aussi, il y a une inscription :

« Fourche électrisée personnelle d’Eléana, arme du crime de son époux ».

Tout ça me fait peur, je dois bien l’avouer. Cette Eléana a tué son propre fiancé. Et l’arme du crime avec laquelle elle l’a tué ressemble étrangement à celle qui a eu raison de mes parents. Seulement, ces objets sont vieux de je ne sais combien d’années. Cette fille est donc morte depuis longtemps. Il n’y a qu’Ombelline qui est immortelle. Ou peut-être qu’on m’a menti ? Après tout, on ne me dit jamais rien. Si je me retrouve à chercher toute seule de mon côté les réponses à toutes mes questions, c’est bien à cause d’eux ! D’ailleurs, je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin. Peut-être existe-t-il un livre narrant l’histoire de cette jeune femme ? Les vibrations que je ressens suite à cette question silencieuse me poussent à m’accroupir pour accéder à l’étagère la plus basse. Elle est remplie de bouquins. Je tends ma main vers ces derniers et me fige sur place lorsque les vibrations s’arrêtent sur un carnet de très petite taille. Je m’en saisis aussitôt et l’étudie avec attention. Il est verni de noir. Pour un carnet ancien, il est magnifique et très bien conservé ! Il n’y a pas de titre, ce qui a le don de m’intriguer davantage. Je l’ouvre à la première page et ne peux empêcher mes yeux de lire les toutes premières lignes qui y sont inscrites.

« Cher Journal. Aujourd’hui est un jour spécial. Ma sœur t’a créé pour que je puisse, selon elle, écrire sur tes pages tout ce qui peut me passer par la tête. Cela fait des jours qu’elle m’oblige à te prendre sous mon bras afin d’y noter mes pensées. J’ai fini par accepter. Dans le cas contraire, je crains qu’elle n’aurait jamais lâché l’affaire. Ma stupide sœur pense-t-elle vraiment que je vais coucher sur papier mes plus lourds secrets ? Rien que d’y penser, je m’en étouffe de rire. Elle est si naïve ! Et pourtant, c’est elle que le monde a choisie. C’est autour d’elle qu’il tourne. Et cela m’est tout bonnement insupportable ! Elle ne mérite pas son stupide pouvoir ! J’aurais été bien plus apte à le contrôler ! Mais malheureusement, le destin en a décidé autrement. Je suis condamnée à subir le rôle de la méchante sœur. Je suis destinée à vivre dans son ombre. Croit-elle sincèrement que ses stupides paroles de réconfort vont pouvoir m’aider ? Elle n’a rien à m’apprendre. Aucune leçon à me donner. Elle ne sait pas ce que c’est que de se sentir rejetée ! Elle ne l’a jamais été. C’est facile, pour elle ! Elle ne manque jamais de rien ! Alors qu’elle ne vienne pas me faire la morale sans savoir de quoi elle parle ! Je la déteste. Je déteste le monde, tout comme je déteste le destin. Je la hais plus que n’importe qui d’autre dans ce royaume ! Mais bientôt, la roue va tourner. Les rôles vont être inversés. Je me vengerai. Je me vengerai de ma jumelle. »

Je referme aussitôt le carnet. C’est le journal intime d’Eléana. Comment est-ce possible ? Il n’est même pas cadenassé, il est à la portée de tout le monde ! Et bizarrement, je l’ai trouvé sans en connaître l’existence. Qu’est-ce que j’en fais, maintenant ? J’ai tellement envie d’en savoir plus ! Détenir le propre journal intime d’Eléana dans mes mains est une tentation très grande... Ce n’est pas du vol si je le garde... si ? Il appartient au Majestueux, et par conséquent, à tous ceux qui y vivent. Je prends donc la décision de le garder. De toute façon, personne ne s’en rendra compte. Enfin j’espère ! Je ne peux pas le reposer après ce que je viens de lire. Rien que la première page m’a donné plus d’informations que je ne l’aurais souhaité !

Je me relève et me dirige donc vers la sortie de la Chronosée, satisfaite de ma trouvaille. Je me promets intérieurement d’y revenir dès que l’occasion se représentera. Cette pièce regorge de secrets ! Je viens d’apprendre qu’Eléana avait une sœur jumelle, et que sa méchanceté provenait d’une forte jalousie contre cette dernière. Il faut vite que je retourne dans ma chambre pour lire tranquillement la suite de ce journal ! En repassant entre les deux statues polies pour pouvoir sortir, une révélation me frappe soudain l’esprit. Ces deux femmes se ressemblent comme deux gouttes d’eau, à défaut de leurs ailes. L’une inspire la bienveillance, et l’autre la malveillance. Mais alors… La statue de droite représente la sœur jumelle d’Eléana !

Je m’applaudirais presque de l’avoir compris. Dans son journal, Eléana ne mentionne jamais le nom de sa sœur. J’ai même l’impression qu’elle le dissimule volontairement. J’ai besoin de le connaître. Qui sait, peut-être que sa sœur avait elle aussi un journal intime ? Je contourne alors la statue de droite pour chercher un écriteau et je manque d’en faire tomber le journal d’Eléana lorsque je lis ce qui y est écrit :

« Evalina, première Gémone. »

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Chapitre 42Perte de controle— Je savais que je te trouverais ici.— Je n’ai pas cherché à me défiler.Zéphyr esquisse un sourire et s’engouffre dans l’espace sombre et bleuté du Jardin Abyssal. Il jette un rapide coup d’œil à l’aquarium, puis il me rejoint sur le canapé. Il se laisse tomber contre la matière moelleuse et pose ses avant-bras sur ses genoux, les mains croisées. Il ne dit rien. Et je sais pertinemment pourquoi. Il attend que ce soit moi, comme à chaque fois qu’il veut entamer une discussion sérieuse. Et je n’aime pas ce genre de discussions. Il me pousse souvent à comprendre ce que je redoute le plus, à faire face aux démons qui me rongent de l’intérieur. Et je déteste ça.— Tu perds ton temps, finis-je par dire.— Nous savons tous les deux que c’est un mensonge. Depuis quand ne lis-tu plus dans les pensées des autres ? Parce que tu n’as pas l’air de savoir pourquoi je suis là.— Je suis fatigué.— Fatigué ? relève-t-il, les yeux bl

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Chapitre 41Jalousie oppressante— Angie, attrape !Je rattrape in extremis la dague qui filait droit sur mon front, ma main se refermant autour de la lame en métal froid. Je braque un regard incendié en direction d’Apolline. Celle-ci hausse les épaules, et ses pensées, manquant un brin de tact, ne tardent pas à résonner dans ma tête.« Tu n’avais qu’à être plus rapide ! »Je jette la dague à mes pieds. Celle-ci vient se figer dans le tatami. Si Ombelline voit ça, je suis mort. Je la retire et m’assieds sur l’entaille désormais présente, jetant un coup d’œil discret en direction de l’Immortelle. Elle est encore occupée à arbitrer le combat d’Edden et de Maximilien. Le Cerveau n’a d’ailleurs aucune chance, il n’est pas assez rapide et n’arrive pas à anticiper les coups de son adversaire. Et même si cela me coûte de le reconnaître, Edden est fort. Très fort.— OK, dis-moi ce qui ne va pas.Je fronce les sourcils. Apolline me rejoint sur le tatami et s’assied à mes c

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Chapitre 7MesententeUne lumière blanche et aveuglante éclaire la totalité de la pièce. Je cligne plusieurs fois des paupières pour m’acclimater à celle-ci, observant minutieusement l’environnement qui m’entoure. Ne s’y trouvent que des lits. Des lits blancs, entre des murs blancs, sur un sol bla

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Chapitre 6EtrangeJe suis réveillée par le vibreur de mon portable. En consultant ce dernier, je m’aperçois que Roxana a plusieurs fois tenté de m’appeler. Elle m’a aussi envoyé un message pour m’informer qu’elle et le reste du groupe passeraient me prendre à quatorze heures afin de passer l’aprè

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Chapitre 5Lueur rougeJe suis réveillée par des éclats de voix. J’ai aussitôt le réflexe d’ouvrir les yeux, mais ma tentative échoue et me rappelle que je suis toujours prisonnière de mon corps. Je m’applique donc à tendre l’oreille afin de capter le nombre d’individus présents dans la pièce, ain

Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 4enfermee

Chapitre 4EnfermeeMon corps est tellement lourd… Je suis allongée sur ce qui me semble être un lit. Je peux sentir la soie des draps sous mes mains et la douceur de l’oreiller sous ma tête. Seulement, je ne peux pas en avoir la certitude. Mes yeux refusent catégoriquement de s’ouvrir. J’ai beau

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