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Chapitre 27Sentiments incontroles

Author: 15210689748
"publish date: " 2021-06-25 20:56:54
Chapitre 27Sentiments incontroles

Comment Angie en est-il arrivé à cette conclusion ? Je ne comprends pas. D’après ce que j’ai pu observer dans ce royaume, personne n’a le même pouvoir qu’un autre. Chacun possède le sien. Pourquoi aurais-je le même que celui d’Isaac ?

— Tu te trompes.

— Tu as pu utiliser la localisation psychique parce que des particules de mon pouvoir flottaient encore dans l’air, explique-t-il. Et tu as pu guérir Isaac parce que Zéphyr avait la main posée sur ton épaule. Ce sont des preuves suffisantes, non ?

Effectivement, ce qu’il dit n’est pas dénué de sens. Et lui n’a relevé que deux preuves. Le jour où j’avais entendu ses pensées, il avait mis sa main sur mon épaule pour me soutenir au cas où le mal de tête me reprenait. Lorsqu’il l’avait enlevé, tout s’était arrêté. J’avais beau me concentrer encore et encore pour tenter de les entendre à nouveau, c’était peine perdue. Je crois bien que ceci fait office de troisième preuve.

— Avant de partir pour l’Imposant, j’ai... entendu tes pensées. Enfin, je crois.

— Tu as entendu mes pensées ? répète-t-il, ses yeux subitement teintés d’une lueur d’inquiétude.

— Je n’ai rien entendu d’important, ne t’inquiète pas. Tu te demandais simplement s’il était préférable de partir maintenant ou un peu plus tard.

— Pourquoi tu ne m’en as pas parlé ? me questionne-t-il sèchement.

— Je n’en voyais pas l’utilité. Je t’en aurais parlé si cela s’était reproduit ! Mais lorsque j’ai à nouveau tenté d’entendre les pensées de quelqu’un, ça se soldait toujours par un échec. J’ai fini par me convaincre que j’avais tout simplement rêvé.

— Il y a un moyen pour s’en assurer.

Je fronce les sourcils.

— S’assurer de quoi ?

— Que tu n’as pas rêvé, dit-il, plongeant son regard aigue-marine dans le mien.

Je me force à ne pas détourner le regard. Ses yeux me déstabilisent tellement !

— Comment comptes-tu t’y prendre ? demandé-je, essayant de dompter les battements de mon cœur.

— Tu n’as qu’à tenir mes mains et te concentrer suffisamment. Si tu entends quelque chose, c’est que tu dois être en train d’absorber mes pouvoirs.

Il me les présente, paumes vers l’extérieur. J’hésite. Et je ne comprends pas pourquoi. Il me suffit simplement de nouer le contact. J’avance alors mes mains vers les siennes, très lentement. Je ne sais pas de quoi j’ai peur. Si tant est qu’Angie ait raison, avoir le même pouvoir qu’Isaac serait plutôt une bonne chose.

— Cesse de te poser trente-six mille questions et lance-toi, soupire-t-il, levant les yeux au ciel.

Je stoppe mon geste et le fusille du regard.

— Je t’assure que je n’ai pas lu dans tes pensées. Il suffisait de voir ta tête pour comprendre que tu te questionnes trop.

— Et là, pour savoir que je te soupçonnais d’utiliser ton pouvoir, comment as-tu fait ?

— J’ai... lu dans tes pensées, finit-il par avouer, non sans un sourire en coin.

Je soupire. Ce type est incapable de se retenir ! Mais ce qui m’embête, c’est le fait de ne pas l’avoir vu venir. D’habitude, je le sens. Soit par son regard très insistant, soit par ces étranges picotements qui me prennent la tête. Oui, j’en ai enfin levé le mystère. Ces petits fourmillements n’apparaissent que lorsque le Leader est dans la même pièce que moi. Et spécialement quand il lit dans mes pensées.

— Si tu tiens vraiment à me faire une scène parce que j’ai encore usé de mon pouvoir sur toi, je te prierai de ne pas la faire maintenant, soupire-t-il, sans pour autant se départir de son sourire. Ce n’est pas le moment. Tout ce que je veux, c’est t’aider à comprendre ce dont tu es capable.

Il veut m’aider ? Bon, après tout, l’altruisme est une qualité propre à beaucoup de personnes. J’ignorais simplement que le Leader en était pourvu. Et à bien y réfléchir, il y a encore beaucoup de choses que j’ignore. Mais il a raison. Je me pose beaucoup trop de questions ! Je chasse toute pensée encore présente dans ma tête et me focalise plutôt sur ce que j’ai à faire. J’avance mes mains, tentant de cacher leurs tremblements, et les pose sur celles d’Angie. Ce dernier resserre notre contact, et des frissons me parcourent la colonne vertébrale. C’est lui qui dirige. Ses mains sont chaudes. Son contact est apaisant. Les miennes ne tardent pas à se réchauffer, mais mon pouls reste anormalement rapide. Je tente par tous les moyens de calmer ma respiration. Malheureusement, mon cœur n’en fait qu’à sa tête. J’ose un coup d’œil vers le Leader, attendant qu’il m’explique comment faire. Mais ce dernier semble ailleurs. Il regarde nos mains enlacées. Je me demande à quoi il pense. S’il dit vrai, je pourrai le savoir en me concentrant suffisamment. Mais lorsque je ferme les yeux, je sens ses mains qui se desserrent légèrement des miennes. Je rouvre les paupières. Angie est apparemment sortie de son étrange torpeur. Son regard est rivé au mien. Il s’éclaircit la gorge, puis m’ordonne :

— Ferme les yeux. Essaie de ne réfléchir à rien d’autre qu’à mes pensées.

Je hoche la tête et obtempère. Après lui avoir obéi, je fais le vide dans ma tête. J’essaie, comme il me l’a conseillé, de ne penser à rien d’autre qu’aux phrases qui tournent dans son esprit. Un mal de tête atroce se fait ressentir. Je fronce les sourcils. Je ne suis pas sûre que cette douleur soit tout à fait normale.

— J’ai un horrible mal de crâne, grimacé-je.

— C’est bien, ça veut dire que tu es sur la bonne voie. Au fur et à mesure, lorsque tu te seras familiarisée avec ce pouvoir, tu ne sentiras plus la douleur, murmure-t-il. Maintenant, tais-toi et concentre-toi.

J’obéis et m’efforce de ne pas poser d’autres questions. J’y suis presque. Plus je me concentre sur les pensées d’Angie et plus la douleur se fait grande. Je m’oblige à en faire abstraction. Un son très ténu me parvient. Je me concentre davantage et ne tarde pas à comprendre qu’il correspond à l’écho d’une voix. Celle du Leader. Moins grave que d’habitude, mais tout de même compréhensible.

« Tu m’entends ? »

C’est bien lui. Lorsque je comprends que nous allons pouvoir communiquer par la pensée, une excitation sans nom me parcourt le corps. J’ai l’impression de me retrouver dans un film fantastique, ou bien de science-fiction. C’est à peine croyable.

« Oui, je t’entends. »

« Tu possèdes donc le même pouvoir qu’Isaac. Quel effet cela te fait-il ? » me demande-t-il, et je peux deviner sans mal le sourire qu’il doit probablement arborer.

« C’est étrange. Et c’est douloureux. Mais c’est tellement incroyable ! »

« Bienvenue dans mon monde. »

« Et qu’est-ce que ça te fait ? »

« De t’avoir dans ma tête ? C’est insupportable. »

« Alors, pourquoi continues-tu à me parler ? »

Il attend quelques secondes, avant de me répondre :

« On devrait s’arrêter là pour aujourd’hui. Il ne faut pas trop que tu forces, tu risques de faire un malaise. »

Je ne sens plus ses mains, la connexion que j’avais avec lui s’interrompt. Je rouvre les yeux, et c’est avec étonnement que je constate notre proximité. J’étais si accaparée par le fait de savoir si oui ou non, j’allais réussir à lire dans ses pensées, que je n’avais pas remarqué à quel point nous étions proches. Et maintenant, ça me met mal à l’aise. Ça me rend même nerveuse. À cette distance, je peux nettement voir la cicatrice qui zèbre son œil gauche. Elle ressemble à une marque de griffe. Je ne sais pas pourquoi je suis aussi fascinée. Peut-être parce qu’elle lui donne un air dur… J’aimerais savoir ce qu’il a bien pu faire pour être ainsi marqué à vie. J’hésite à lui poser la question. Que dira-t-il ? Et c’est à ce moment précis que je sens les petits picotements marteler ma tête. Mince.

— C’est un désaltra qui me l’a faite, lâche-t-il soudainement.

Je détourne mes yeux de sa cicatrice et plante mon regard dans le sien. Est-ce qu’il vient sérieusement de me dévoiler quelque chose sur sa vie ? Je trépigne d’impatience, maintenant ! Il ne peut pas s’arrêter là ! Je veux en savoir plus !

— Je t’ai pourtant prévenu, soupire-t-il, avec un sourire moqueur. La curiosité est un vilain défaut.

Mais il semble bien décider à m’en dire davantage puisqu’il continue :

— Il y a deux ans, une attaque de trénones a ravagé le village où je me trouvais. En essayant de protéger une personne, j’ai reçu le coup de griffe d’un désaltra.

— C’est mortel, comment as-tu fait pour survivre ? l’interrogé-je, curieuse.

— J’ai eu de la chance, les anciens Surnaturels étaient présents. Ils ont d’abord repoussé les derniers trénones restants, puis m’ont administré le remède. Étant très rare, il n’y a malheureusement qu’eux qui le possèdent.

— Emilie me l’avait expliqué, dis-je, me remémorant cette fameuse journée où j’avais fait la connaissance de la mère d’Ethan.

Un nouveau silence s’installe, mais celui-ci est apaisant. Je lui suis reconnaissante de m’avoir enfin parlé, même si ce n’est pas grand-chose et qu’il reste vague. Notre relation est floue. Je ne parviens pas à la définir. Sommes-nous amis ? Je sais par exemple qu’avec Zéphyr nous le sommes, tout comme je le suis avec Edden, ou encore avec Apolline. Ça me paraît évident. Mais Angie ? Un jour, il se comporte d’une façon si détestable à mon égard que je me demande comment je vais bien pouvoir faire pour le supporter une heure de plus. Et l’autre, il peut être si gentil que j’ai bien du mal à le reconnaître et le comprendre. Ce type est bizarre.

— Et toi ? me demande-t-il, brisant le silence qui s’était installé.

— Comment ça, moi ?

— Tu ne m’as jamais rien raconté te concernant.

— Je ne vois pas ce que tu voudrais savoir, dis-je, tout en triturant une mèche de mes cheveux entre mes doigts. Sur Terre, il n’y a aucune attaque de trénones. Il n’y a pas de châteaux magiques, pas de pouvoirs, et encore moins de Surnaturels. J’ai eu une vie banale, il n’y a rien d’intéressant à en dire.

— Je suis sûr que si, murmure-t-il de sa voix grave, l’émotion dans ses yeux se faisant encore plus intense que tout à l’heure.

Je frissonne. Sûrement à cause du froid et de l’humidité qui règne dans le Jardin Abyssal. Le bruit des vagues s’écrasant contre la paroi de l’aquarium me parvient désormais comme un bruit de fond auquel je ne fais guère attention. Avant, j’adorais écouter ce bruit. Mais aujourd’hui, ma concentration a clairement décidé d’aller voir ailleurs. Je suis accaparée par la voix grave d’Angie. Impossible de deviner ses pensées. À moins que je ne le touche... Je n’ose pas. Il a beau se permettre d’entrer dans ma tête comme il le veut, ce n’est pas pour autant que je vais faire la même chose. Je me souviens que je suis censée parler. Trouver quelque chose à dire à propos de mon passé, mais je n’arrive pas à réfléchir correctement.

Le Leader semble attendre une réponse, seulement, je reste figée sur place. Le silence commence à devenir gênant. Mal à l’aise face aux émotions qu’il me fait ressentir, je finis par me lever. Mais mes jambes ne jouent pas le jeu. Elles cèdent sous mon poids. Angie se lève d’un bond et me rattrape par la taille.

— Je t’avais dit que tu risquerais de faire un malaise ! Tu vas bien ? me demande-t-il, les yeux légèrement voilés par l’inquiétude.

Je hoche la tête. Il ne se doute nullement que ceci n’est pas dû à un quelconque malaise, mais que cela vient de lui. Il a glissé son bras derrière mon dos et sa main agrippe ma taille pour éviter que je ne rechute. Je suis collée contre lui. Mon cœur bat beaucoup trop vite.

— Non, ça n’a pas l’air d’aller. Tu veux t’asseoir ?

Je secoue la tête négativement. Surtout pas. Ce n’est pas ce qui va m’aider à aller mieux.

— Qu’est-ce que tu veux ? insiste-t-il.

— Rien... rien du tout, articulé-je avec peine. Ça va.

Je veux que tu enlèves tes mains de ma taille ! Je veux que tu enlèves tes mains de ma taille ! m’époumoné-je de l’intérieur. Mais ça, bien sûr, je ne le lui dis pas. Que penserait-il sinon ? Il ne cherche qu’à m’aider, je ne vais pas le repousser. De plus, ce n’est pas vraiment ce que je souhaite… Me voilà avec plein de sentiments contradictoires en tête. Génial.

— Euh... Tu pourrais... Tu peux me lâcher, maintenant, balbutié-je. Je vais bien.

Il fronce les sourcils. Il doit sûrement se demander s’il faut me croire ou non. Lâche-moi, je t’en supplie ! Tant pis si je m’écroule par terre, mais lâche-moi, je n’en peux plus ! Aussitôt, les yeux d’Angie s’agrandissent. Un sourire en coin se dessine sur ses lèvres charnues. Je comprends d’emblée ce que cela signifie, et je crois bien que je ne pourrais pas être plus embarrassée que maintenant. Il a lu dans mes pensées. Est-ce que toute la poisse du monde vient de s’abattre sur moi ? Je ne sais décemment plus où me mettre. Angie, lui, a l’air de bien s’amuser. Mais loin d’apercevoir une lueur moqueuse dans son regard, c’est une expression sérieuse que je rencontre. Une mèche de mes cheveux glisse devant mes yeux, qu’il s’empresse d’emblée de replacer correctement. Le bruit de mon cœur cogne dans mes oreilles. Je n’entends plus que lui, ainsi que la respiration quelque peu saccadée du Leader. Ce dernier parcourt minutieusement mon visage du regard, s’attardant une fraction de seconde de trop sur mes lèvres. Mais peut-être l’ai-je imaginé. Il relève doucement ses yeux jusqu’aux miens. Et cette fois-ci, je sais que je ne rêve pas. Je peux clairement y lire de l’envie. C’est comme si son regard me demandait la permission… Un désir ardent est en train de me consumer de l’intérieur.

Tout doucement, mais sûrement, il me serre un peu plus contre lui. La chaleur de son corps est apaisante. Je m’y sens bien. Je peux sentir son cœur battre la chamade, autant que le mien, et je peux entendre sa respiration, aussi irrégulière que la mienne. Ses yeux aigue-marine ont viré au bleu sombre, et je crois même y déceler une lueur rouge qui ne cesse de grossir. Son regard descend vers le bas de mon visage. La couleur rouge prend encore un peu plus d’ampleur. C’est comme si elle reflétait son désir grandissant. Je ne comprends pas bien ce qui est en train de se passer. Je n’ai jamais vécu ça auparavant. Angie me rapproche de son torse, ses yeux ne cessant de passer des miens jusqu’à mes lèvres. Comme s’il hésitait. Je pose alors mes mains sur lui, et lorsqu’elles entrent en contact avec le tissu de son tee-shirt noir, il frissonne. Lentement, sa main qui était posée sur ma taille remonte le long de mon cou. Des petits picotements agréables traversent mon corps. Il me regarde comme jamais il n’avait osé le faire. Ses yeux sont maintenant entièrement rouges. C’est purement fascinant. Je n’ose plus respirer.

— Evalinaaaa ! s’écrie soudain une petite voix fluette derrière moi.

Comme si je sortais d’un rêve, je papillonne des yeux et fronce les sourcils quand je réalise la situation dans laquelle je me trouve. Angie semble s’éveiller, lui aussi, et retire sa main de mon cou. La lueur rouge dans son regard s’éteint progressivement, et la couleur aigue-marine de ses yeux réapparaît petit à petit.

— Evalina ! Evalinaaaa ! Evalina !

Je me retire des bras du Leader et me retourne, découvrant Ethan qui me saute dans les bras. Je le serre fort contre moi, aussi contente que lui de le retrouver. Cela faisait quelques jours que je ne l’avais pas vu, et je dois avouer qu’il m’a manqué.

— J’espère qu’on ne vous dérange pas trop, s’exclame une autre voix.

J’aperçois Edden à l’entrée du Jardin Abyssal. Il nous fusille du regard. Étant donné que je l’ai envoyé balader lorsqu’il m’a suivi jusqu’ici pour me demander ce qui n’allait pas, je peux comprendre qu’il ne soit pas très content de me voir en compagnie d’Angie.

— Pas du tout, lui répond sèchement ce dernier, en me jetant un regard en biais.

Je rougis et entreprends de changer de sujet :

— Qu’est-ce que vous faites ici ? demandé-je.

— Je te cherchais, et Edden m’a dit que tu étais dans le Jardin des Habits Sales ! me répond Ethan, tout excité.

J’éclate de rire.

— Le Jardin Abyssal, tu veux dire.

Il hoche la tête et se dégage de mes bras pour venir se coller contre la vitre de l’aquarium. Il écarquille ses grands yeux noisette, puis se met à suivre du doigt les fleurs qui flottent à l’intérieur. À chaque fois qu’une vague s’écrase contre la vitre, il pousse un cri et recule de quelques pas. Le voir s’amuser ainsi me redonne le sourire. Et lorsque le Fidèle se rapproche, pour mon plus grand soulagement, je constate que la colère dans ses yeux verts a disparu.

— Je me suis dit que la compagnie d’Ethan te ferait du bien, dit-il. Ça fait longtemps que vous ne vous êtes pas vus.

— Tu as eu raison.

Je m’interromps, le temps de bien formuler mes mots, puis je reprends :

— Je m’excuse pour tout à l’heure. Je n’aurais pas dû te parler comme je l’ai fait.

— Ne t’en fais pas, je comprends. Tu voulais être seule, ça arrive à tout le monde.

Il me gratifie d’un franc sourire, puis se tourne vers Angie. Et la lueur de bienveillance dans son regard s’évanouit pour laisser place à une hostilité sans nom. S’il veut entamer une discussion avec le Leader, se montrer aussi peu accueillant n’est pas vraiment la meilleure chose à faire. Je sens que cela va mal tourner.

— La reine veut vous voir tous les deux, nous informe-t-il. Zéphyr était censé vous passer l’information.

— Il l’a fait, répond Angie.

Il l’a fait ? Je n’ai pas le moindre souvenir d’avoir revu Zéphyr après qu’il soit parti de l’infirmerie. Peut-être y est-il revenu lorsque je ne m’y trouvais plus… Mais alors, pourquoi Angie ne m’a-t-il pas fait parvenir l’information ?

— La reine sera déçue lorsqu’elle apprendra qu’Evalina a été retenue à cause de toi. Tu sais qu’elle n’aime pas attendre, rajoute Edden.

Je le supplie intérieurement d’arrêter ce qu’il est en train de faire. Il est complètement fou. Que cherche-t-il, au juste ? À énerver le Leader ? Parce qu’il est bien parti pour. Angie resserre les poings et contracte la mâchoire. Ce n’est pas bon du tout.

— Eh bien, je suis désolé de décevoir la reine, mais l’information m’était sortie de la tête, rétorque Angie.

— Pas étonnant, avec ce que vous étiez en train de faire.

Je fronce les sourcils, bientôt imitée par Angie.

— Il ne s’est rien passé du tout, répond sèchement le Leader. Je l’aidais à comprendre son pouvoir. Il se trouve que le sien et celui d’Isaac sont similaires.

— Quoi ? Isaac a un pouvoir ?

— Oui, Isaac a un pouvoir, répète le Leader. Alors, la prochaine fois que tu te permettras de me remettre à ma place, fulmine-t-il tout en se rapprochant dangereusement d’Edden, aie au moins l’intelligence de vérifier la perspicacité de tes propos.

Edden déglutit, mais ne dit rien. L’hostilité ne quitte pas une seule seconde son regard. Ils ne sont qu’à quelques centimètres l’un de l’autre, les poings serrés, une colère sans nom prête à éclater à tout moment. Je ne veux pas que cela dégénère comme la dernière fois. Et puis, il y a Ethan. Il est bien trop jeune pour assister à une bagarre ! Ce dernier est toujours en contemplation face à l’eau bleuté de l’aquarium, son front collé contre la vitre en verre. Il s’amuse à faire de la buée avec sa bouche afin de pouvoir dessiner les fleurs qu’il aperçoit. Il est tellement mignon ! À tel point que – durant une fraction de seconde – j’en oublie les deux garçons.

Et c’est malheureusement suffisant pour retrouver Angie, agrippant Edden par le tee-shirt et le plaquant avec une telle force contre le mur de pierre que je m’étonne de ne pas voir Edden grimacer une seule fois. Je ne comprends pas ce qu’il leur prend. Je m’avance vers eux.

— Fais attention à ce que tu penses, le menace Angie, les poings tremblants de rage.

— Sinon quoi ? Tu vas me frapper ?

— Tu me cherches ?

— Je ne vais pas m’interdire de penser simplement parce que le vénérable Leader est dans la place ! rétorque Edden.

Angie resserre son emprise. Il est au bord de l’explosion. Si je ne fais pas très vite quelque chose, ils vont en venir aux mains !

— Je ne t’ai pas interdit de penser. Je t’interdis simplement de penser ce genre de choses.

— Ce qui revient au même, ricane Edden, toujours plaqué contre le mur.

Je t’en supplie Edden, arrête. Je ne sais pas de quoi ils parlent, encore moins ce qu’a pensé Edden, mais cela n’a vraiment pas l’air de plaire à Angie.

— Et de toute façon, qu’est-ce que ça peut te faire ? poursuit le Fidèle. Tu te préoccupes d’Evalina, maintenant ?

Ah. Je sais maintenant de qui ils parlent. Et je n’ai jamais souhaité être un sujet de discussion haineux, ça me met mal à l’aise !

— Je n’en ai rien à faire, d’elle ! s’écrie Angie, levant le poing pour l’abattre sur le visage d’Edden.

Horrifiée, je m’interpose entre eux et lève une main pour bloquer le coup. Malheureusement, je ne suis pas assez forte. Et j’avais encore moins anticipé la force du Leader. Son poing heurte ma main. L’impact me broie les os et me pousse brutalement en arrière, contre le mur. J’étouffe un cri en mordant du plus fort possible ma lèvre inférieure. La douleur est insupportable, mais j’essaie de me rassurer en me répétant en boucle que si la guérison des Surnaturels est rapide, celle de la Gémone l’est encore plus. D’ailleurs, je sens déjà la douleur s’amoindrir, comme si mes os se ressoudaient entre eux. Et dire que cela aurait pu être le visage d’Edden !

— Non, mais t’es complètement taré ! m’écrié-je à l’attention d’Angie. C’est quoi votre problème, à tous les deux ?

— Putain, Evalina ! T’es folle ou quoi ? vocifère-t-il. J’aurais pu te blesser !

— Est-ce que ça va ? me demande Edden, les sourcils froncés d’inquiétude.

J’y prête à peine attention. Il est bien gentil de s’inquiéter pour ma santé, mais celui à qui je meurs d’envie de répondre, c’est à Angie. La colère monte, à une telle vitesse que je suis bien incapable de la garder pour moi. Tant qu’à faire, autant que le Leader en profite.

— Qu’est-ce que ça peut te faire, hein ? Puisque visiblement, tu n’en as rien à faire de moi ! lui craché-je au visage.

Je m’attendais à une réplique de sa part, mais il reste étonnamment muet. Son regard passe de la colère à la culpabilité en une fraction de seconde. De la culpabilité ? Pourquoi en aurait-il ? Il l’a dit lui-même, je ne représente strictement rien. Je jette un coup d’œil vers Ethan, qui s’est arrêté de contempler les fleurs flottantes. Il nous regarde de ses grands yeux noisette écarquillés. Génial.

— La reine nous attend ? Eh bien, allons-y !

Sur ce, je fais signe à Edden de récupérer Ethan, tandis que je me dirige vers la sortie. Seule. Je tente par tous les moyens de ne pas penser à ce qu’il vient de se passer. Mais c’est trop dur. Parce que sa phrase m’a profondément blessée. J’ai honte de l’avouer, mais elle m’a fait mal. Je n’en ai rien à faire, d’elle ! Ces mots tournent en boucle dans ma tête. Je pensais que nous étions tout de même passés à autre chose, que notre relation avait évolué. Mais je me trompais. D’une simple phrase. Il a tout gâché.

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Chapitre 24Souvenirs persistantsLa mort peut être douce. Elle peut être brutale. Ou encore attendue. Elle peut décimer une personne en l’espace de quelques secondes. Elle atteint son entourage en faisant des ravages, bien pires que le cœur de la victime qui s’arrête. Elle peut amener à la dépres

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