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Beranda/ Semua /Surnaturels #1Mystères Partie1/Chapitre 20Souvenirs

Chapitre 20Souvenirs

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"Tanggal publikasi: " 2021-06-25 20:56:51
Chapitre 20Souvenirs

— Mélodie, attends-moi !

Des éclats de rire s’échappent de la bouche de ma meilleure amie et viennent se répercuter dans la salle de classe vide. Nous avons pu nous faufiler discrètement à l’intérieur du collège, sans qu’aucun surveillant ne nous voie. Ça n’a pas été facile. On se serait crus agents du FBI à la poursuite d’un dangereux criminel. À chaque bruit suspect, Mélodie et moi nous planquions derrière n’importe quoi susceptible de nous cacher. Et à chaque fois, je ne pouvais m’empêcher de rire. Mélodie était la seule de nous deux à prendre notre mission très à cœur. Elle mettait une main sur ma bouche quand elle voyait que j’étais au bord de la crise de rire, puis elle vérifiait que la voie était libre. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvées là, dans la classe de notre professeur de français. C’est notre première heure de cours le lundi matin. D’habitude, nous ne pouvons nous rendre au collège qu’à partir de huit heures trente. Avant cet horaire, le bâtiment est interdit. Mais malgré cette règle, Mélodie et moi avons réussi à entrer et à nous faufiler dans la salle quinze minutes avant son ouverture. Il n’y a pas un bruit. Tout est silencieux.

— Dépêche-toi, Evalina ! J’ai hâte de voir la tête de Ben quand il découvrira la petite surprise qu’on lui a réservée, glousse-t-elle en se rendant à la place où le garçon sera assis dans quelques minutes.

Je me mets à rigoler avec elle et avance silencieusement parmi les tables et les chaises. L’interdit me procure une sensation de puissance, comme si j’étais désormais capable de tout affronter. Je m’arrête aux côtés de ma meilleure amie et jette un coup d’œil sur le sac qu’elle a apporté.

— Vas-y, sors le matériel ! la pressé-je d’une voix tendue.

— Détends-toi, on a largement le temps de mettre notre plan à exécution.

— Sûrement. Mais si un surveillant nous surprend en train de coller des vieux chewing-gums mâchés sur la chaise de Ben Pettersac, on aura de gros ennuis ! Ma mère pensera que je suis devenue une délinquante et m’enverra voir un psy pour le reste de ma vie !

— Estime-toi heureuse. Moi, je donnerais n’importe quoi pour ne serait-ce qu’avoir des parents, soupire-t-elle.

Le regard de Mélodie se perd dans le vide. Et je m’en veux d’avoir sorti une chose pareille. À quoi pensais-je donc ? Mélodie est ballottée de foyer d’accueil en foyer d’accueil depuis qu’elle est née. Et moi, je me plains presque d’avoir des parents…

— Je suis désolée, Mélodie.

— T’inquiète, ce n’est rien, m’excuse-t-elle en reprenant son joli sourire. Bon, c’est parti ! Voyons voir si nos merveilleux chewing-gums sont toujours là !

Elle ouvre le sac et en sort une dizaine de papiers d’emballage Malabar. En effet, ma meilleure amie et moi avons passé le week-end à mâcher des chewing-gums, puis à les recracher et à les remettre dans leur papier d’emballage afin de les conserver pour ce matin.

Vendredi après-midi, je suis sortie du cours de sport en pleurs. Ben Pettersac m’avait humilié devant tout le monde. Il m’avait mis une raclée en boxe, puis m’avait poursuivi jusque dans les vestiaires des filles en criant à tue-tête à quel point j’étais nulle. Mélodie a eu la brillante idée de contre-attaquer. Juste après m’avoir exposé son plan, nous sommes passées dans une boulangerie acheter nos munitions, et nous nous sommes retrouvées chez elle pour commencer et finir le sachet de Malabar que nous venions d’acheter. Désormais, nous sommes à quatre pattes par terre, bravant l’interdit, pour les coller sur la chaise de Ben. Une fois le dernier chewing-gum en place, nous nous relevons, échangeant un regard de satisfaction. Mélodie referme le sac, et je lâche un soupir de soulagement. Personne ne nous a surprises.

— Et voilà le travail ! annonce-t-elle. C’est ainsi que se prépare une bonne vengeance !

— Tu t’y connais, en vengeance ? rigolé-je.

— Quand quelqu’un s’en prend à ma meilleure amie, je suis prête à inventer tous les stratagèmes possibles et imaginables afin de faire payer l’auteur du crime !

Elle me sourit, passe un bras autour de mes épaules et pose sa tête contre la mienne. Nous restons là, debout, à fixer le petit chef-d’œuvre devant nous. Cette chaise décorée de chewing-gum rose. Ben est bien trop stupide pour regarder où il pose ses fesses, il ne remarquera rien avant de s’être assis. Un sourire se dessine sur mes lèvres quand je pense à sa future réaction. Le cours de français promet d’être à mourir de rire. Et tout ça, grâce à Mélodie. Si elle n’avait pas été là, je n’aurais jamais eu une telle idée. Je n’aurais même pas pensé à me venger. Ma poitrine se serre à l’idée qu’un jour, nous puissions nous perdre de vue. Nous ne sommes peut-être qu’en classe de cinquième, mais les années passent vite. Beaucoup trop vite.

— Mélodie ?

— Oui ? sursaute-t-elle.

— Promettons-nous une chose. Promettons-nous de toujours rester meilleures amies, quoi qu’il arrive !

Mélodie me regarde, comme si la simple idée que quelque chose nous éloigne ne lui avait pas effleuré l’esprit. Son visage se rembrunit lorsqu’elle prend conscience que tout peut arriver. Que toute amitié n’est pas éternelle. Que rares sont celles qui tiennent bon.

— Je te le promets, répond-elle.

Ses yeux expriment toute la sincérité qu’elle ne peut montrer avec sa voix. Je sais qu’elle tiendra sa promesse. Je peux lui faire confiance. Alors je tends mon petit doigt. Mélodie sourit et tend le sien. Nous les joignons et prononçons d’une même voix, comme un serment :

— Meilleures amies pour toujours et à jamais !

***

Je me réveille en sursaut, le souffle rapide et saccadé, comme sortant d’un cauchemar. Alors que ce n’est pas le cas. Je mets un moment avant de reprendre mes esprits. Une obscurité omniprésente, un silence de mort, une fraîcheur glaciale, une odeur de moisi. Je suis à l’Isolement. Je soupire quand les souvenirs me reviennent. Après avoir parlé avec Isaac et obtenu son prénom, un silence pesant s’était installé entre nous. Et à en juger par mes yeux bouffis, j’ai dû finir par m’endormir. J’ignore comment j’ai réussi à trouver le sommeil dans un endroit pareil, à même le sol. Quoi qu’il en soit, ce n’était pas de tout repos. Lorsque je tente de me mettre en position assise, des courbatures dans le dos et dans les jambes me font esquisser une grimace de douleur. Lorsque je parviens enfin à me mettre en tailleur, je pose les coudes sur mes jambes et plonge la tête dans mes mains, repensant à cette micro-sieste que je viens de faire. J’ai rêvé d’un vieux souvenir datant du collège. Et ce n’est pas n’importe quel souvenir. C’était la première fois que Mélodie et moi nous promettions que rien ne nous séparerait. Comme c’est ironique.

Qui aurait pu prévoir que cette histoire de Surnaturels allait faire son apparition et mettre notre serment en doute ? Comment puis-je honorer cette promesse de ne jamais nous éloigner l’une de l’autre, lorsque nous sommes toutes deux sur une planète différente, et qu’elle doit probablement me penser morte ? Si seulement elle savait que je n’ai pas péri comme le reste de ma famille, dans les flammes ! Malheureusement, je n’ai aucun moyen de le lui faire savoir. Je soupire de plus belle et pose un regard sur le tatouage ornant mon épaule. C’était le cadeau que m’avait offert Mélodie. Une séance au salon de tatouage. La pauvre ne pouvait pas se douter que cela enclencherait mes pouvoirs de Gémone, engendrant leur arrivée et tout ce qui s’ensuit. Nos chemins sont en train de prendre une tournure complètement opposée.

— Tu vas bien ?

Je relève la tête vers Isaac. Lui non plus ne semble pas avoir bougé depuis que je me suis endormie. En fait, nous sommes tous les deux affalés contre les barreaux qui séparent nos deux espaces respectifs. Et ce serait plutôt à moi de lui demander s’il va bien. Il ne semble plus du tout malade. J’ignore d’où lui vient son mystérieux pouvoir d’absorption, et je serais curieuse de le découvrir. Malheureusement, il n’a pas l’air d’en savoir plus que moi.

— Tu as l’air un peu perdue, ajoute-t-il.

Ses yeux sombres me scrutent avec une telle intensité que je me sens obligée de baisser le regard. Il a raison, je suis totalement perdue. Mais je ne suis pas prête à lui avouer que c’est parce que je m’interroge à son sujet. Je ne veux pas faire ressurgir de mauvais souvenirs en lui posant des questions trop personnelles. Alors je décide de mentir.

— C’est à cause du rêve que je viens de faire. Enfin, je ne sais pas trop ce que c’était. On aurait plutôt dit un souvenir.

— Je vois ce que tu veux dire, me répond-il en hochant la tête. Tu as rêvé d’une partie de ta vie appartenant au passé. C’est assez fréquent, ici. L’Isolement recèle une sorte de magie qui pousse nos souvenirs à refaire surface dans notre esprit lorsque celui-ci est endormi.

Il marque une pause, tourne ses poignets endoloris avec une légère grimace de douleur, puis reprend :

— La Démone semble avoir compris le vrai sens du mot souffrir. La douleur émotionnelle est parfois plus forte que la douleur physique. Elle le sait, et elle s’en sert à merveille, ricane-t-il en serrant la mâchoire de colère.

— Mais c’est une véritable torture ! Ça avait l’air tellement réel, soupiré-je. J’avais l’impression d’y être, de revivre le moment ! Et quand je me suis réveillée, il ne restait plus rien... Juste la solitude.

— De quoi as-tu rêvé ? me questionne-t-il, une étincelle de curiosité dans le regard. Ou tu préfères peut-être ne pas en parler ?

Je secoue la tête afin de lui faire comprendre que cela ne me dérange pas.

— Avec ma meilleure amie, on s’est vengées d’un élève qui s’était moqué d’une de mes maigres performances en sport. On a collé de vieux chewing-gums mâchés sur sa chaise.

— Je ne te pensais pas comme ça, rigole-t-il.

— Tu pourrais être étonné !

Je soupire.

— Mais la chose que je retiens le plus, c’est le serment que Mélodie et moi avions fait. Nous nous étions promis de rester meilleures amies pour toujours et à jamais, que rien ne pourrait nous séparer. Manifestement, je n’avais pas prévu le fait d’être une Gémone.

— Même si aujourd’hui elle n’est plus à tes côtés, cela ne veut pas forcément dire que tu ne pourras pas tenir ce serment. Tu trouveras un moyen de t’enfuir d’ici. J’en suis sûr.

Il me gratifie d’un nouveau sourire encourageant. J’espère qu’il a raison. Je ne tiens pas à rester ici jusqu’à la fin de ma vie. Et s’il faut affronter la Démone pour remporter ma liberté, alors soit. Je le ferai.

— Si j’avais eu quelqu’un à qui raconter mes souvenirs, je pense que je me serais senti moins seul, lâche-t-il soudainement. Moins oppressé par le poids qu’ils m’apportaient.

— Tu n’es plus seul, désormais. Tu peux vider ton sac !

— Je n’aime pas trop parler de moi, se renfrogne-t-il.

Je fronce les sourcils.

— Tu viens de me dire que si tu avais eu quelqu’un à qui raconter tes souvenirs, tu te sentirais mieux ! Et maintenant, tu me dis que tu n’aimes pas parler de toi ? Faudrait savoir !

— Oui, j’ai dit ça. Mais je n’ai jamais dit que je l’aurais fait, précise-t-il en arquant un sourcil.

— Tu chipotes sur les mots.

— Je sais, sourit-il.

Il continue à m’observer silencieusement, un sourire moqueur accroché au visage. Dans cette posture-là, il me fait vaguement penser à Angie… J’espère que les Surnaturels vont bien, et qu’ils ont eu l’intelligence de ne pas venir me chercher. Même si j’en doute fort.

— Quel genre de personne est ta meilleure amie ?

Je reporte mon attention sur Isaac et comprends qu’il tente de changer de sujet. Il ne veut pas parler de lui, très bien. Pour le moment, ça ne me pose aucun problème. Sa question va me permettre de me replonger dans de bons souvenirs, ceux que je partageais encore avec ma meilleure amie il y a quelques semaines.

— Mélodie est la plus folle de nous deux. En réalité, elle a toujours été celle que les autres remarquaient ! En comparaison à son tempérament de feu, j’étais plutôt discrète. Ça ne m’a jamais dérangé, parce qu’elle ne m’a pas laissé une seule fois tomber. Elle a toujours été là pour moi. Elle n’a eu de cesse de me protéger et de me défendre contre ceux qui me cherchaient des ennuis.

Je souris face aux nombreux souvenirs qui me reviennent en mémoire au fil des mots sortant de ma bouche.

— Elle est très intelligente, continué-je, mais elle ne le montre jamais. Elle est aussi très douée dans beaucoup de domaines ! En revanche, si je devais lui faire un reproche, ce serait son penchant pour les cours de dissection. Elle adore ça ! Contrairement à moi, qui tourne de l’œil à la vue d’une goutte de sang.

Je soupire de plus belle, réalisant tristement l’ironie du sort.

— En fait, la Gémone, ça aurait dû être elle. Pas moi ! Elle a toutes les compétences requises pour postuler à ce rôle ! Et je suis persuadée que si elle avait été à ma place, les autres Surnaturels l’auraient adoré ! Elle est très sociable, terminé-je, la gorge nouée à l’idée que je ne la reverrais peut-être plus jamais.

— Tu as bien choisi ta meilleure amie, murmure Isaac. Il est rare de trouver des personnes comme ça.

Il marque une pause, comme s’il réfléchissait, puis il fronce les sourcils.

— Mais je t’interdis de te sous-estimer, poursuit-il, cherchant à croiser mon regard pour appuyer ses propos. Elle est peut-être douée dans beaucoup de domaines, mais cela ne veut pas dire qu’elle aurait pu être à ta place en ce moment. Peut-être n’aurait-elle même pas supporté le fait d’être enfermée ici ? Chacun est différent, Evalina. Je ne te connais que depuis quelques heures, mais je peux d’ores et déjà deviner que tu es prête à faire n’importe quoi pour secourir tes proches. Comme foncer tête baissée dans l’Imposant et te retrouver à l’Isolement, sourit-il.

Je baisse la tête honteusement, mais ne peux réprimer un sourire sur mon visage. Il a raison.

— Tout à l’heure, lorsque j’ai absorbé ton pouvoir, j’ai senti la force qui émanait de ton corps. Tu es plus puissante que tu ne le crois. Il faut juste que tu acceptes celle que tu es, mais surtout, que tu te fasses confiance, conclut-il.

Oui, la confiance est quelque chose que je dois apprendre. Autant envers les autres qu’envers moi-même. Il a réussi à mettre des mots là où il le fallait, et à m’en convaincre. Il est doué. Ce qui ne fait qu’attiser davantage ma curiosité. Pourquoi ne me raconte-t-il rien sur lui ?

Avec Angie, c’est pareil. C’est toujours moi qui me retrouve à me confier. Résultat final, je ne sais quasiment rien sur le Leader. Tout ce que j’ai réussi à deviner, c’est la mort de ses parents et le manque de sa petite sœur, qu’il a dû quitter précipitamment. Je sens bien qu’il cache plus de choses qu’il ne m’en a révélées. Je serre les poings. Même dans cette fichue cellule, je pense à lui ! J’ai envie de me frapper le front contre un mur pour me le sortir de la tête. Faute de courage, je remplace le mur par ma main, et laisse échapper un petit « aïe ». Je ne voulais pas le faire aussi fort. Je me masse le front de l’autre main, et croise le regard amusé d’Isaac. Je l’avertis aussitôt :

— Je déteste les personnes qui se moquent.

— C’est dommage, j’adore me moquer ! Je pensais pourtant qu’on était fait pour s’entendre, sourit-il.

Il est clair qu’il se retient de rire. Et tandis qu’il prend sur lui pour ne pas se laisser aller, mes yeux s’attardent sur la beauté des traits de son visage. Cela fait quatre ans qu’il est enfermé ici. Il n’y a pas de miroir à l’Isolement. Sait-il à quoi il ressemble, aujourd’hui ? Son visage a dû énormément changer depuis la dernière fois qu’il s’est vu.

— Tu fais une tête très concentrée lorsque tu réfléchis, relève-t-il. Ça m’intrigue.

— Eh bien, je suis heureuse que tu ne saches pas à quoi je pense !

— Tes pensées sont-elles si intimes que ça ? me demande-t-il en haussant les sourcils, une lueur malicieuse dans le regard.

Je ne peux pas empêcher le rouge de me monter aux joues.

— Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. Quelqu’un que je connais est capable de lire dans les pensées des autres, et c’est vraiment très énervant ! Je suis donc contente quand je me retrouve en face d’une personne normale, qui ignore parfaitement ce qui se trame dans ma tête.

— Tu parles du Leader des Surnaturels ? devine-t-il.

— Comment le sais-tu ?

Isaac me fixe en fronçant les sourcils. Qu’y a-t-il ? Ma question n’était pas bizarre, si ? Comment peut-il connaître le pouvoir du Leader actuel s’il est enfermé ici depuis quatre ans ? Je doute que la Démone lui ait apporté la nouvelle en guise de bonjour.

— Pour une Gémone, tu ne sembles pas être au courant de grand-chose. Les Surnaturels possèdent le même pouvoir de génération en génération. Il ne change jamais. Ou du moins, très peu.

Je cligne des yeux. Isaac remarque mon trouble et s’empresse de me donner un exemple afin d’éclaircir tout ça.

— Le tout premier Optimiste avait le pouvoir d’envoyer des décharges électriques dans le corps de son ennemi. L’Optimiste d’aujourd’hui détient encore ce don. Il en va donc de même pour le Leader. Parfois, il peut y avoir quelques changements, mais ça reste globalement fidèle au pouvoir d’origine.

Je hoche la tête, laissant un petit silence agréable s’installer entre nous. Le genre de silence où je peux profiter du calme qu’il génère pour réfléchir, et écouter les battements plutôt lents de mon cœur.

— S’il y a des choses dont tu aimerais être mise au courant, reprend-il subitement, je peux t’aider. Je connais pas mal de trucs sur les Surnaturels. Mon pouvoir m’a poussé à m’intéresser à leur vie. J’ai cru que j’étais un Surnaturel oublié, mais lorsque j’ai compris qu’ils ne recevaient leurs dons qu’au moment de leur tatouage, j’ai vite mis de côté cette idée.

— Tu n’as pas de tatouage susceptible de t’avoir offert ce pouvoir d’absorption ? le questionné-je.

Isaac secoue la tête négativement.

— J’ai ce pouvoir depuis ma naissance.

J’en reste bouche bée.

— Ta naissance ? répété-je. Et tu n’as pas demandé à tes parents d’où il te venait ? Peut-être que l’un d’eux te cache quelque chose qui pourrait t’en expliquer l’origine ?

Isaac hausse les épaules et détourne brièvement le regard.

— Je n’ai pas de parents.

Ma bouche devient tout à coup horriblement sèche. Voilà, je viens de faire une gaffe. Une de plus à rajouter à mon palmarès. C’est à croire que je ne suis bonne qu’à ça…

— Ce n’est rien, tu ne pouvais pas savoir, me rassure-t-il, tentant de croiser mon regard pour me mettre à l’aise. Bien sûr que j’ai des parents, comme tout le monde. La différence, c’est que je ne les ai jamais connus.

Il hausse les épaules, comme si cela n’avait aucune importance. Mais je vois bien qu’il est touché.

— Tu n’as jamais essayé de les retrouver ?

— Ce serait une perte de temps. Ils sont morts.

J’attends qu’il poursuive, mais il n’en fait rien. Je vais devoir lui tirer les vers du nez. Certes, je ne peux pas le forcer à me raconter son enfance s’il n’en a pas envie, mais je voudrais tout de même un minimum de cohérence dans ses propos !

— Comment peux-tu savoir que tes parents sont morts si tu ne les as jamais connus ?

— Si je te dis que je suis né ici, tu auras déjà du mal à le comprendre. Alors si je te dis comment j’ai appris le décès de mes parents, ce sera encore pire, soupire-t-il.

Je fronce les sourcils. Vient-il vraiment de me dire que l’Isolement est son lieu de naissance ? Je jette un coup d’œil sur les cellules vides autour de nous. Je reporte mon attention sur Isaac, attendant une explication de sa part. Ces traits se divisent en une grimace.

— J’ai l’impression d’avoir fait ma vie ici, ricane-t-il nerveusement. J’y ai passé mes sept premières années, et voilà que depuis quatre ans, j’y séjourne de nouveau…

— Je ne comprends pas. Comment as-tu pu naître ici ? lui demandé-je, complètement larguée. Pourquoi y as-tu passé ton enfance ?

— C’est compliqué, me répond-il d’un ton plutôt sec.

C’est la première fois que je le vois ainsi. Certes, je ne le connais que depuis quelques heures. Mais il a toujours fait preuve de gentillesse et d’honnêteté à chacune de mes questions. La tension qui se dégage de son corps à cet instant précis m’est inconnue, tout comme la lueur de colère qui brille dans ses yeux et ternit son regard d’une teinte noire. Quoi qu’il se soit passé dans sa vie, les raisons pour lesquelles il est persuadé que ses parents sont morts et le fait qu’il soit né ici, il ne veut pas en parler. J’aurais bien insisté, mais la toute nouvelle facette de son caractère qu’il me montre en ce moment même me pousse dans mes retranchements. Il vaut mieux que je m’abstienne. Un bruit sourd résonne subitement dans l’Isolement. Je sursaute. Lorsque je tends l’oreille pour essayer d’identifier le son, je commence à comprendre de quoi il s’agit. Ce bruit m’est familier. Ce sont des pas. De nombreux pas. Je tourne mon regard vers Isaac. Celui-ci formule avec ses lèvres le mot qui me vient en même temps à l’esprit. Trénones.

Je commence aussitôt à paniquer. Mon cœur reprend son marathon entêtant. Mes mains sont moites. Mon corps se met à trembler de peur et de froid. Ma tête tourbillonne de mille et une idées, toutes plus horribles les unes que les autres. Je m’en veux d’être aussi peureuse, de ne pas être plus forte !

— Tout va bien se passer, Evalina, tente de me rassurer Isaac.

Je ne prends même pas en compte le fait qu’il ait ouvert la bouche. Ses paroles glissent sur moi et se perdent dans le lointain.

— Ils ne viennent peut-être pas pour toi, continue-t-il.

Malgré ses efforts, il ne pourra rien dire qui fera retrouver à mon cœur un rythme normal. Plus je les entends approcher, et plus ma peur grandit. Mon estomac se serre et ma gorge s’assèche. Même si je voulais parler, j’en serais bien incapable. Les pas augmentent en intensité. L’air est chargé d’électricité. Ce sont encore des nébors. Je me retourne et manque de m’étrangler de peur en les voyant juste devant les barreaux qui me retiennent. J’en compte au moins cinq. L’un d’eux sort une clé de sous ses fils électriques et ouvre la porte de ma cellule. Ils me prennent par les bras. De petits picotements s’infiltrent sous ma peau lorsqu’ils me saisissent. J’ai beau essayer de me débattre, je ne fais pas le poids. Ils sont cinq. Et je sais à peine me servir de mes pouvoirs.

— Tout va bien se passer, me répète Isaac. Ne panique pas, ils ne te tueront pas ! S’ils l’avaient voulu, ils l’auraient fait depuis longtemps !

Cette fois-ci, ses paroles se fraient un chemin jusqu’à mes oreilles. Il a raison. Les trénones ont eu des dizaines d’occasions de me tuer, mais ils n’en ont rien fait. Pour une raison que j’ignore, la Démone tient à ce que je reste en vie. Je prends le temps de jeter un regard à Isaac, avant d’être entraînée hors de la cellule. J’espère que ce n’est pas la dernière fois que je le vois. Les nébors marchent d’un pas assuré et plutôt rapide. Je suis donc obligée de suivre la cadence qu’ils imposent. Où m’emmènent-ils ?

Devant moi, des débris de marbre noir. Au-dessus, le trou que j’ai causé. Ils me sortent donc de l’Isolement. Mais pour faire quoi ? Les nébors m’empoignent fermement par les poignets, puis sautent dans un même élan mécanique, et je me retrouve dans le hall de l’Imposant. Cinq autres trénones viennent grossir les rangs de ceux déjà présents. Si je projetais de m’enfuir, eh bien c’est raté. Je rumine ma rage. On me fait gravir l’escalier le plus à gauche, celui que je m’apprêtais à monter avant d’entendre Isaac crier. On dirait que je vais finalement découvrir sur quoi il débouche. Je l’emprunte d’un pas rapide, le cœur battant, constatant avec angoisse l’absence de rambarde. Je suis condamnée à supporter le poids de cette peur qui m’étouffe.

Une fois en haut, les nébors me font traverser un long couloir sombre. Les murs sont faits de verre transparent, telles des baies vitrées. Je jette un coup d’œil à l’extérieur. Ce n’est que zone aride, desséchée, arbres sans feuilles et déracinés, ciel sombre teinté d’une couleur marronne. Quel ciel étrange. Je laisse échapper un cri lorsque l’un des nébors me tire brusquement pour me faire avancer plus vite. Mon corps est pourvu d’électricité. J’ai les muscles et les organes comprimés. Ils me font marcher jusqu’à une grande porte noire, qui s’ouvre majestueusement sans qu’on ne la coulisse. Puis ils me jettent dans la pièce. Mon corps est poussé et j’atterris brusquement sur le sol, les paumes des mains en avant pour amortir ma chute. Furieuse, je tente de me relever, mais l’un des trénones me balance un choc électrique dans le ventre. J’étouffe une plainte de douleur quand la décharge traverse mon corps. Elle me broie l’estomac, l’intestin, et tous les organes qui se trouvent autour. Je serre les dents. J’ai envie de hurler qu’on me laisse partir. Mais je ne veux pas paraître faible. Alors, je me contente de lever la tête et d’observer la salle où je me trouve. C’est une pièce spacieuse. Richement décorée, dallée de noir et de blanc, avec de grands rideaux rouges. Pour le coup, je retrouve les trois couleurs principales du Majestueux. C’est comme si j’étais déjà venue ici…

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Chapitre 42Perte de controle— Je savais que je te trouverais ici.— Je n’ai pas cherché à me défiler.Zéphyr esquisse un sourire et s’engouffre dans l’espace sombre et bleuté du Jardin Abyssal. Il jette un rapide coup d’œil à l’aquarium, puis il me rejoint sur le canapé. Il se laisse tomber contre la matière moelleuse et pose ses avant-bras sur ses genoux, les mains croisées. Il ne dit rien. Et je sais pertinemment pourquoi. Il attend que ce soit moi, comme à chaque fois qu’il veut entamer une discussion sérieuse. Et je n’aime pas ce genre de discussions. Il me pousse souvent à comprendre ce que je redoute le plus, à faire face aux démons qui me rongent de l’intérieur. Et je déteste ça.— Tu perds ton temps, finis-je par dire.— Nous savons tous les deux que c’est un mensonge. Depuis quand ne lis-tu plus dans les pensées des autres ? Parce que tu n’as pas l’air de savoir pourquoi je suis là.— Je suis fatigué.— Fatigué ? relève-t-il, les yeux bl

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Chapitre 41Jalousie oppressante— Angie, attrape !Je rattrape in extremis la dague qui filait droit sur mon front, ma main se refermant autour de la lame en métal froid. Je braque un regard incendié en direction d’Apolline. Celle-ci hausse les épaules, et ses pensées, manquant un brin de tact, ne tardent pas à résonner dans ma tête.« Tu n’avais qu’à être plus rapide ! »Je jette la dague à mes pieds. Celle-ci vient se figer dans le tatami. Si Ombelline voit ça, je suis mort. Je la retire et m’assieds sur l’entaille désormais présente, jetant un coup d’œil discret en direction de l’Immortelle. Elle est encore occupée à arbitrer le combat d’Edden et de Maximilien. Le Cerveau n’a d’ailleurs aucune chance, il n’est pas assez rapide et n’arrive pas à anticiper les coups de son adversaire. Et même si cela me coûte de le reconnaître, Edden est fort. Très fort.— OK, dis-moi ce qui ne va pas.Je fronce les sourcils. Apolline me rejoint sur le tatami et s’assied à mes c

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