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Home/ All /Surnaturels #1Mystères Partie1/Chapitre 26Absorption

Chapitre 26Absorption

Author: 15210689748
"publish date: " 2021-06-25 20:56:53
Chapitre 26Absorption

Je la regarde claquer la porte derrière elle, inébranlable. Et c’est à ce moment que je me souviens du petit objet présent dans ma poche. Sa montre. Je voulais la lui rendre et j’ai encore raté une occasion de le faire. Cette fille est arrivée à me faire oublier ce pour quoi je suis venu jusqu’ici. Elle est vraiment douée. D’habitude, rien ni personne ne parvient à me détourner de mon objectif. Mais avec elle, c’est différent. Elle arrive à faire ressortir ce que j’essaie d’enfouir au plus profond de moi. Avant, jamais je ne me serais emporté ainsi. Je fixe une fois de plus le trou dans le mur. Ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps. J’ai bien cru que j’allais frapper Evalina pour sa naïveté. Elle s’expose à des risques dont elle n’a même pas idée. Elle aurait pu mourir. Je ne sais pas pourquoi j’ai réagi aussi brusquement. Après tout, si elle meurt, c’est son problème. Mais la reine m’a chargé de veiller sur elle, et si je n’avais pas été là, elle serait morte. Bon sang. Je presse mes paumes contre mon front et soupire. Il faut que je pense à autre chose. Je n’en peux plus d’avoir cette fille constamment dans ma tête.

Du coin de l’œil, j’observe le lit dans lequel repose Isaac. Lui aussi a bien failli mourir. Je ne voulais pas venir ici. Si je l’ai fait, c’était uniquement pour rendre cette foutue montre, pas pour voir Isaac aux portes de la mort. La culpabilité me ronge les sangs. Evalina n’a rien à se reprocher. Parce que s’il se trouvait à l’Isolement, c’est à cause de moi.

— La reine souhaiterait s’entretenir avec Evalina.

Je sursaute et tente de cacher mon étonnement face à cette voix sortie de nulle part. Ce n’est pas mon genre d’être surpris. Avec mes pouvoirs, je suis capable de sentir la présence d’une personne avant même qu’elle n’entre dans la pièce. J’ignore pourquoi je n’ai pas senti Zéphyr arriver.

— Elle n’est plus ici, rétorqué-je sèchement.

— Ah. Et... où est-elle allée ?

— Aucune idée.

Je ne sais pas pourquoi je lui réponds d’un ton si dur. Tout comme je ne sais pas pourquoi je me suis emporté contre lui tout à l’heure. Et je déteste ne pas savoir. Mais je crois que je déteste encore plus ce que je m’apprête à faire. La tension entre Zéphyr et moi devient trop pesante, je me dois d’y mettre un terme.

— Je suis désolé pour tout à l’heure, dis-je en baissant la voix, comme si j’espérais intérieurement qu’il n’ait pas entendu.

Zéphyr écarquille les yeux de surprise. Il reste immobile quelques secondes, n’en croyant probablement pas ses oreilles. Mais il se reprend vite. Il fronce les sourcils, croise les bras et s’adosse contre la porte de l’infirmerie, ne me quittant pas du regard. Je sais pertinemment ce qui va suivre. Je le connais assez bien pour ça. Il est comme un frère, pour moi.

— Qu’est-ce qui ne va pas ? finit-il par demander, ses yeux bleus traquant le moindre tic de mensonge que je serais susceptible de laisser paraître si je ne fais pas attention.

— Rien du tout.

— Pas de ça avec moi, Angie ! Je vois très bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Je ne vais pas te répéter la question, je pense que tu l’as comprise.

À ces mots, je resserre les poings et contracte la mâchoire. Puis je constate que je fais exactement ce qu’il attend de moi. Serrer les poings, contracter la mâchoire. Ce sont les choses que je fais lorsque je suis en colère. Et Zéphyr le sait parfaitement. Il me jette un coup d’œil sceptique, et je comprends d’emblée que je ne vais pas pouvoir lui mentir. Pas cette fois. Je soupire et m’adosse contre le lit d’Isaac, passant une main nerveuse dans mes cheveux. Nerveuse ? Zéphyr a raison, il y a vraiment quelque chose qui ne va pas. Mais le pire, c’est que je suis incapable de savoir quoi.

— Tu peux tout me dire, insiste-t-il.

— Je sais... Mais je ne sais pas quoi te dire.

Il fronce les sourcils.

— Tu veux dire que tu ne sais pas ce qui ne va pas ?

— Exactement.

Peut-être qu’avec des réponses aussi brèves, il me laissera tranquille. Seulement, je me voile la face. Zéphyr n’abandonnera pas avant d’avoir trouvé le fin mot de l’histoire.

— Si ça peut t’aider, j’ai remarqué quelque chose, dit-il.

— Je n’ai pas besoin d’aide.

— Si, tu en as besoin. J’ai remarqué ton changement d’attitude !

Il s’arrête, me laissant probablement le temps de comprendre ce qu’il va dire. Et je l’ai déjà deviné. Mais je ne suis tout simplement pas prêt à le reconnaître. S’il ose le dire, je le frappe. Non. Pas mon meilleur ami. Je dois apprendre à me contrôler. Je dois respecter la parole que j’ai faite à la reine.

— Ton changement d’attitude, poursuit-il, c’est depuis qu’Evalina est ici.

Ne pas le cogner. Après tout, il a raison. Je dois assumer. Mais c’est plus fort que moi, je ne suis pas du tout prêt. Il est tellement plus facile de nier les choses.

— Mon changement d’attitude n’a rien à voir avec elle, rétorqué-je, impassible. J’ai changé depuis le jour où le Majestueux m’a appelé à le rejoindre en tant que Leader des Surnaturels.

— Mens-toi à toi-même si ça peut te faire plaisir. Certes, tu n’es plus le même homme que tu étais lorsque tu vivais chez moi. Mais moi non plus, je ne le suis plus. L’appel du Majestueux nous a tous changés. Là, je te parle de toi, Angie ! De ton véritable comportement ! De ta personnalité ! De tes attitudes ! Depuis qu’elle est ici, tu as changé. Avoue-le.

— Ça n’a rien à voir avec elle.

— Alors, tu vas nier le fait que tu te renfermes encore plus sur toi-même que les années précédentes ? Tu vas nier le fait de t’emporter encore plus vite qu’avant ? Ou encore d’être souvent dans la lune ? Dans le passé, ça ne te serait jamais arrivé ! Tu as dit à ton meilleur ami de la fermer… Avant, ça ne t’aurait jamais traversé l’esprit ! Et voilà que tu t’excuses…

— Stop, le coupé-je. Ça suffit.

— Non, ça ne suffit pas ! Je peux continuer comme ça pendant encore longtemps, si tu veux. Tu vas ni…

— Très bien ! explosé-je. C’est bon, ça va. Je l’avoue, c’est en partie à cause d’elle. T’es content ?

— Très.

Il me décoche un sourire victorieux qui me donne une envie subite de tout casser. Je n’aime pas m’avouer vaincu. Il me tient tête avec une force impressionnante, que je n’ai jamais vue chez personne d’autre. Mis à part Evalina. Elle trouve toujours quelque chose à me répondre, et ça me rend dingue. Bordel. Il a raison.

— Je n’en ai rien à faire de cette fille.

Mais ma phrase sonne faux. Elle sonne horriblement faux. Si je n’arrive pas à me convaincre moi-même, comment puis-je convaincre Zéphyr ? Ce dernier hausse un sourcil et soupire de plus belle. Il ne croit pas un seul mot de ce que je raconte.

— Tu n’en as pas rien à faire, rétorque-t-il. Auquel cas, tu ne te mettrais pas dans des états pareils. Je sais que tu n’aimes pas les personnes que tu ne parviens pas à cerner. Tout comme celles qui ne t’obéissent pas. Et c’est justement ce qu’est Evalina ! Malgré ça, tu l’apprécies, et tu ne sais pas pourquoi. Étant donné qu’elle entre dans tous tes critères de méfiance, c’est vrai que ça peut paraître étrange.

Il me regarde d’un œil triomphant, tout sourire, comme si je n’avais aucun secret pour lui. Et bordel, c’est exactement ça. Il me connaît par cœur. Mieux que moi-même… Ça en devient flippant.

— Toi, elle a l’air de t’écouter, remarqué-je. Comment fais-tu ?

— Elle ne m’écoute pas tout le temps. Mais le plus souvent, je me montre patient. J’essaie de la comprendre et de me mettre à sa place.

— La patience et la compréhension, ricané-je. Les deux qualités qu’elle me reproche de ne pas avoir. Les autres n’en demandent pas tant ! Ils obéissent parce que je suis le Leader. Pourquoi ne peut-elle pas faire pareil ?

— Parce que tu es le Leader des Surnaturels, et non le Leader de la Gémone. Elle a parfaitement le droit de ne pas t’obéir ! Elle n’est pas sous tes ordres, tu ne peux rien faire contre cela. Et c’est ça qui t’énerve.

Je fronce les sourcils.

— Tu prends sa défense, maintenant ?

— Je ne prends la défense de personne, proteste-t-il. Je réponds simplement à tes questions.

Il s’interrompt. Ses yeux font le tour de la pièce pour revenir jusqu’à moi. Il ouvre, puis referme la bouche. Qu’il dise ce qu’il a à dire à voix haute ou non, je le saurais d’une manière ou d’une autre. Je me connecte sur le fil conducteur de ses pensées. Mais avant que je ne puisse entendre une quelconque phrase, il prend la parole et coupe court à ma connexion.

— Il n’y a pas que son comportement qui te déstabilise. Ta sœur...

À ces mots, ma gorge se serre. Je dois me faire violence pour ne pas balancer la première chose qui me tombe sous la main. Zéphyr n’a pas osé terminer sa phrase. Il sait que c’est un terrain glissant, mais il s’y aventure quand même. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que je ne m’attendais pas à ça. Qu’est-ce qui lui prend ? Il est certes mon meilleur ami, mais ce n’est pas pour autant qu’il peut se permettre de discuter de ça. Je n’ai aucune envie d’en parler. Il peut toujours attendre, je ne briserai pas le silence qui occupe l’espace entre nous. Il n’obtiendra rien de moi.

— Angie, dis quelque chose. Je sais que tu n’aimes pas en parler, mais...

— Oui. Exactement, le coupé-je. Je n’aime pas en parler. La discussion s’arrête là.

— Je suis la seule personne au courant, alors si tu ne te confies pas à moi, vers qui peux-tu te tourner ? Ce n’est pas bon de tout garder pour toi.

— Je n’ai pas besoin d’aide ! Je ne veux pas en parler ! fulminé-je, les poings serrés.

— Parce que ça touche un point sensible ? Eh bien sache que plus tu te renfermeras, et pire ce sera.

— Tu ne sais pas de quoi tu parles.

Je lui tourne le dos et agrippe le bord du lit d’Isaac. Tout est en train de remonter à la surface. Tout ce que je m’évertue à éloigner et à enfouir depuis des années.

— Au contraire, je sais très bien de quoi je parle. À cause de ta sœur, tu n’oses presque pas prononcer le prénom d’Evalina ! Tu t’arranges toujours pour la désigner autrement ! Cette histoire te bouffe le cerveau, Angie ! Tu ne peux pas rester comme ça !

— Ça ne me pose aucun problème, grommelé-je d’un ton glacial.

— Arrête de faire comme si rien ne t’atteignait alors que c’est faux ! Et tu le sais ! Tu ne t’en sortiras pas en gardant tout pour toi.

— On croirait entendre la reine, ricané-je amèrement.

— Oui, et c’est exactement ce qu’elle a dit à Evalina. Cette dernière n’a pas tenu compte de ces conseils, et elle s’est retrouvée à faire des cauchemars toutes les nuits et à vivre tel un vrai zombie durant plusieurs semaines. C’est ça, que tu veux ? En arriver là ? Parce que tu n’en es pas bien loin. Finalement, elle et toi, vous avez plus de points communs qu’il n’y paraît, remarque-t-il, mi-amusé. Vous êtes aussi têtus l’un que l’autre !

Je crois bien que le pire dans notre conversation – outre le fait qu’il ait raison – c’est que je ne peux rien répliquer. Je reste là, comme un con. Le dos tourné et le visage fermé, tentant de retenir cette rage en moi. Je ne peux pas me permettre de la laisser s’exprimer ici. Pas devant Zéphyr. Je préfère garder ça pour les entraînements.

Pendant que je cogite, il reste patient et attend que je m’exprime. Finalement, je finis par me décoller du lit afin de sortir de l’infirmerie. J’en ai assez de rester dans cette pièce. Mais Zéphyr ne se pousse pas et reste devant la porte, les bras croisés, à me jauger du regard. Quand il m’observe ainsi, c’est qu’il a autre chose en tête. Et il ne tarde pas à m’en faire part.

— Tu le connais ? me questionne-t-il, en désignant d’un bref mouvement du menton le lit où repose Isaac.

Je suis soulagé lorsque je comprends qu’il ne reviendra pas sur la discussion précédente. Mais lorsque sa question parvient jusqu’à mes oreilles, mon soulagement est de courte durée. Ne pas serrer les poings, ne pas serrer la mâchoire. Le regarder bien en face.

— Non, dis-je d’un ton plus dur que je ne le voulais.

Zéphyr me lance le regard d’un homme pas du tout convaincu. Mais contre toute attente, il me laisse passer. J’ouvre la porte de l’infirmerie et file à l’extérieur, ignorant les dernières paroles de Zéphyr.

— On en reparlera plus tard.

Non. Jamais. Il peut toujours rêver. Je marche sans savoir où je vais, ma tête occupée à repasser en boucle tous les problèmes de ces derniers jours. J’ai besoin de penser à autre chose. Pour ce faire, le mieux est de frapper dans quelque chose. Je me dirige donc vers la Colombe, l’image d’un punching-ball bien ancrée dans ma tête. Penser à autre chose, penser à autre chose, penser à autre chose.

Je ne tarde pas à arriver à destination. Je coulisse la porte et marche avec assurance jusqu’au passage mural, contournant la Grande Colombe. Des bruits dans la salle de combat me parviennent déjà. Je traverse le passage et débouche dans la grande salle noire. Bastian, Sean et Maximilien s’entraînent sur le Grand Rocher. Edden n’est pas avec eux. Bizarre. Il ne rate jamais un entraînement. Quant à Cassie et Apolline, elles se battent férocement dans l’espace réservé aux duels. Les punching-balls sont juste derrière. Je m’avance vers l’endroit en question, priant de toutes mes forces pour qu’elles me fichent la paix. Malheureusement, dès que la Talentueuse me voit arriver, elle abandonne le combat et fonce jusqu’à moi, sa sœur la talonnant de près.

— Angie ! Te voilà enfin ! s’écrie Apolline, remettant en place ses longs cheveux noir de jais derrière ses oreilles. Tu en as mis du temps ! Zéphyr est passé tout à l’heure, il devait aller voir la reine. Il raconte qu’Evalina a sauvé Isaac ! C’est vrai ?

— C’est vrai, affirmé-je.

Je tente de la contourner, mais elle se plante juste devant moi. Je sens alors en moi une nouvelle montée de colère. Il faut que je me contrôle. Apolline ne peut pas deviner que je n’ai absolument pas envie de parler d’Evalina et de ses exploits.

— Comment a-t-elle fait ? s’incruste Cassie, ses boucles rousses lui tombant dans les yeux. Depuis quand peut-elle guérir les autres ? Et depuis quand son pouvoir de guérison est-il plus puissant que celui de Zéphyr ? D’ailleurs, il est où Zéphyr ? Il ne devait pas revenir ? Il t’a dit quoi ? Vous vous êtes parlé ? Et...

— Cassie, la ferme, la coupe Apolline, pour mon plus grand soulagement.

Je n’aurais pas tenu bien longtemps sous ce déluge de questions. Cassie peut être très énervante quand elle s’y met. Et ce n’est vraiment pas le moment de me pousser à bout. Je jette un regard gratifiant en direction de la Talentueuse et parviens enfin à la contourner. Malheureusement, elle me suit. Avec sa sœur. De vrais pots de colle. Je fais comme si je ne remarquais pas leur présence et cherche du regard les gants de boxe. Je ne les trouve nulle part. Étant trop usée, la dernière paire a fini à la poubelle. Ombelline était censée renouveler le matériel le week-end dernier, mais apparemment, l’Immortelle ne l’a pas fait. Très bien. Je me débrouillerai sans. Je m’échauffe les poignets, fais quelques mouvements dans le vide, puis donne un premier coup dans le punching-ball. J’ai l’impression d’être aussitôt libéré d’un poids. J’adore cette sensation.

— OK, soupire Apolline. Qu’est-ce qui s’est passé, entre Zéphyr et toi ?

Je balance un deuxième coup, plus fort que le précédent. J’ignore comment elle a compris que tout ne s’était pas très bien passé entre l’Aimant et moi. Suis-je si transparent ? Je fais pourtant le nécessaire pour ne rien montrer.

— Allez, tu peux nous le dire ! insiste Cassie qui s’interpose entre le sac de frappe et moi.

Elle a bien du courage. Après tout, je pourrais la frapper et la prendre comme punching-ball. Mais je n’en fais rien. La seule chose qui me retient, c’est le risque de m’attirer les foudres d’Ombelline.

— Angie, s’il te plaît. Arrête de cogiter et parle-nous, me demande Apolline d’une voix rassurante.

— Ton problème, c’est que tu ne parles jamais, s’incruste l’Optimiste. Comment veux-tu aller mieux si tu ne...

— Et toi ton problème, Cassie, c’est que tu parles trop ! la coupé-je, énervé.

Je ne veux pas l’entendre me dire la même chose que Zéphyr. Tout ça, ce ne sont que des conneries ! Se confier, c’est être faible. Faiblesse que je ne peux pas me permettre d’avoir. Agacé, je me retourne et dégage Apolline de mon chemin pour pouvoir passer. Cette dernière, à ma plus grande surprise, ne proteste pas. Cassie, vexée par ma remarque de tout à l’heure, s’apprête à répliquer, mais Apolline la fait taire d’un regard sévère. C’est la seconde fois que je lui suis reconnaissant. Elle n’est pourtant pas du genre à laisser tomber si facilement et à s’écarter sans broncher. Ses pensées doivent sûrement être différentes de son comportement… Je me concentre sur son esprit pour m’en assurer.

« Je te laisse tranquille pour cette fois, mais n’oublie pas que nous en reparlerons. Et que je suis là si tu as besoin de quelqu’un. »

Je lui jette un regard entendu, puis je lui tourne le dos et repars. J’ai besoin de prendre l’air. Je sors de la salle des combats et contourne la grande statue. Avant, j’adorais prendre un peu de mon temps pour la contempler. Lorsque Ombelline n’était pas dans les parages, je m’amusais même à essayer de l’escalader. Désormais, ça m’est passé. Je n’y fais même plus attention. Je coulisse la porte rouge et avance d’un pas rapide en direction de la véranda du Majestueux. Je ne m’y rends pas souvent, la nature n’est pas vraiment mon truc. C’est une perte de temps. Et s’il y a bien une chose dont j’ai horreur dans la vie, c’est de perdre mon temps. Le seul endroit qui ne m’ennuie pas et qui m’inspire confiance, c’est le Jardin Abyssal. Il a été spécialement conçu pour cela. C’est un endroit de détente, où je parviens parfois à oublier mes soucis. Où j’arrive à ne plus penser du tout. Il m’est même déjà arrivé de passer des nuits blanches, là-bas, tout seul. Cet endroit est hypnotisant.

Je poursuis mon chemin entre les allées de roses et de buissons en spirale. Je me retrouve enfin devant l’escalier doré. Je le descends et saute, comme j’en ai l’habitude, bien avant la dernière marche. Je retombe comme il faut sur mes jambes, puis traverse le long couloir sombre de terre bleutée. C’est ce que j’aime le plus. Avec les pouvoirs qui m’ont été donnés en tant que Surnaturel, ma force est décuplée.

Je pénètre en silence dans le Jardin Abyssal, ébloui par la lumière que dégage l’eau aigue-marine de l’aquarium. À peine ai-je fait un pas que je me sens déjà plus calme, plus confiant. Mais un reniflement, un peu plus loin sur ma droite, me sort de ma sérénité. Il y a quelqu’un d’autre dans cette pièce. Mes yeux s’arrêtent sur une silhouette féminine, recroquevillée sur le canapé bleu sombre contre la roche. Evalina. C’est bien ma veine. Je suis venu ici pour tenter d’oublier mes soucis, et voilà que celle qui en est la principale cause se trouve en face de moi. J’hésite à faire marche arrière. Je ne veux pas lui parler, j’ai besoin d’être seul. Mais lorsque je comprends l’état dans lequel elle est, je ne tarde pas à changer d’avis. Sa tête est posée contre ses genoux relevés, ses longs cheveux formant un rideau tout autour d’elle. À en juger par ses reniflements et les tremblements de son corps, elle pleure. La dernière fois que je l’ai vu en larmes, c’était le fameux soir où je lui avais révélé l’existence de la Chronosée. Ça remonte à loin. Je sais qu’elle a eu d’autres passages à vide entre-temps, mais je n’étais pas là pour en être témoin. Je n’aime pas la voir pleurer. Je devrais m’en foutre complètement et faire demi-tour, ça, c’est ce que l’Angie d’avant ferait. Mais celui d’aujourd’hui n’aime vraiment pas la voir triste.

Je m’approche silencieusement, ne voulant pas lui faire peur. Je crois qu’elle n’a pas encore senti ma présence. L’idée de lire dans ses pensées est très tentante, mais je me force à la repousser. Cela ne ferait qu’envenimer les choses. Quand je le fais, la plupart du temps, elle le sent. J’arrive encore à le faire sans qu’elle ne s’en aperçoive, mais cela devient de plus en plus rare. Je m’assieds à ses côtés. Je ne sais pas trop quoi faire. Faut-il que je la console ? Je n’en ai pas envie. Et je ne saurais même pas comment m’y prendre. Je veux juste savoir pourquoi elle pleure.

Je me pose tellement de questions que je viens tout juste de remarquer que ses reniflements ont cessé. Elle a dû sentir ma présence. Elle relève la tête, tout doucement, puis croise mon regard. Ses grands yeux verts sont embués de larmes qu’elle s’empresse d’essuyer avec le revers de sa manche. En fait, je ne supporte carrément pas de la voir pleurer. Peut-être à cause de sa ressemblance avec ma sœur ? Elle avait les mêmes yeux larmoyants lorsqu’elle avait peur du noir et qu’elle me suppliait de rester dormir avec elle.

— Qu’est-ce que tu fous là ? me demande-t-elle, la voix tremblante.

Je crois que sa voix se voulait froide, mais cela n’a pas vraiment eu l’effet escompté. Dans ce domaine, c’est moi le meilleur.

— Et si tu laissais tomber tes tentatives d’insolence ? Les professionnels comme moi sont plus doués, tu ne trouves pas ? proposé-je, un sourire en coin. Explique-moi plutôt ce qui ne va pas.

Elle esquisse un faible sourire et saisit une mèche de ses cheveux, qu’elle entortille autour de ses doigts.

— Je ne peux pas vraiment l’expliquer, murmure-t-elle. C’est un mélange de tout. J’avais juste besoin de... je ne sais pas. Je ne pouvais plus garder ça pour moi.

J’aimerais lui dire que je comprends parfaitement ce qu’elle tente de m’expliquer, mais les mots restent bloqués dans ma gorge. Ce mélange de tout, c’est exactement ce que j’ai ressenti en sortant de l’infirmerie. Elle fronce les sourcils, puis détourne ses yeux pour venir les poser sur l’aquarium de verre.

— Je ne sais même pas pourquoi je te raconte tout ça, dit-elle. Je n’ai pas été capable de le dire à Edden.

— Edden était ici ? demandé-je.

C’est donc pour ça qu’il n’était pas présent à la Colombe. Il a dû la voir partir en direction du Jardin Abyssal, et il l’a suivi.

— Oui, il était là, répond-elle. Il a voulu savoir ce qui n’allait pas, mais je n’ai pas voulu répondre et je l’ai renvoyé d’où il venait.

Ma rage redescend aussi vite qu’elle était montée. Elle l’a renvoyé d’où il venait. Cette idée me réjouit.

— Pourquoi l’avoir envoyé balader ?

J’ai besoin de savoir. Je veux l’entendre le dire à voix haute.

— Parce que je n’étais pas sûre qu’il puisse comprendre.

— Et pourquoi tu ne le fais pas avec moi ?

— Toi, c’est différent. Je sais que tu me comprends, avoue-t-elle, relevant ses yeux sur mon visage.

Ils ne sont plus noyés par les larmes, mais ils restent néanmoins teintés d’une tristesse sans nom. Je ne supporte pas de la voir comme ça. Zéphyr a raison. Il faut savoir se mettre à la place des autres pour pouvoir les comprendre. Elle a tout perdu. Ses parents, sa maison, sa vie d’avant, ses amis. Sa sœur est prisonnière et nous sommes dans l’incapacité d’aller la récupérer. Malgré tout, elle tient bon. Elle ne baisse pas les bras, et j’en suis le premier étonné. La première fois que je l’ai rencontré, j’étais persuadé qu’elle ne ferait pas long feu. Je voulais la haïr, mais je n’ai pas réussi.

Je glisse ma main dans la poche de mon pantalon et en ressors un petit objet en métal froid. Sa montre. Je sais qu’elle pensait l’avoir perdue. L’éclat de joie que je vois crépiter dans ses yeux me touche. Elle prend sa montre d’une main tremblante, prend le temps de l’admirer et de vérifier qu’elle n’a rien de cassé, puis l’enfile à son poignet gauche. Un sourire illumine son visage et efface les dernières lueurs de tristesse qui transparaissaient encore dans son regard.

— Merci, dit-elle, plongeant ses grands yeux verts dans les miens. Et... je suis désolée pour tout à l’heure, lâche-t-elle en se mordant la lèvre inférieure, comme s’il lui en coûtait de prononcer ses mots.

Elle aussi a du mal à reconnaître ses torts. Zéphyr a raison, on a peut-être plus de points communs qu’il n’y paraît à première vue. Cependant, je ne comprends pas bien pourquoi elle s’excuse. Face à mon air confus, elle poursuit :

— D’avoir pensé que tu voulais la mort d’Isaac. J’étais tellement désespérée que je me suis mise à inventer tout un tas de théories complètement...

— ...Farfelues, comme à ton habitude, terminé-je.

Elle hoche la tête, quelque peu honteuse. Ses joues prennent une couleur rouge, qu’elle tente de cacher en regardant partout autour d’elle, excepté dans ma direction.

— Puis-je te poser une question ? demandé-je, reprenant un air sérieux.

— Je t’écoute.

— Comment as-tu fait pour guérir Isaac ?

C’est plus fort que moi, il fallait que je le lui demande. Je veux savoir comment elle s’y est prise. Depuis quand a-t-elle le pouvoir de guérir les autres ?

— Je ne sais pas, soupire-t-elle. Je voulais juste le sauver.

— Bien. Et depuis quand es-tu capable d’utiliser la localisation psychique ?

Étonnée, elle écarquille les yeux. Elle ignorait que j’étais au courant. À vrai dire, je n’ai pas osé lui en parler, j’attendais le bon moment. À l’Imposant, les nébors avaient emmené Isaac dans une salle de torture et j’avais dû utiliser ma localisation psychique pour pouvoir le retrouver. Un peu plus tard, Evalina m’avait rejoint dans la pièce en question. Il y avait tellement d’escaliers et de pièces de toutes sortes qu’il était impossible pour elle de trouver le bon itinéraire. Pourtant, elle l’avait fait.

— Je... je n’en sais rien non plus, bafouille-t-elle. Je voulais juste te retrouver, je savais que tu me mènerais à Isaac.

Isaac. Une idée germe aussitôt dans mon esprit. Lorsque j’ai utilisé ma localisation, j’ai laissé des effluves de mon pouvoir dans l’air. Et Evalina est arrivée juste après. Puis, lorsqu’elle a tenté de guérir Isaac à l’infirmerie, ça n’a pas marché. Mais quand Zéphyr est arrivé, elle a réessayé. Et miraculeusement, elle a réussi. Parce qu’il était dans la pièce. Parce qu’il avait même posé sa main sur son épaule pour la consoler.

— Je crois que...

Je m’interromps, le temps de me demander comment une chose pareille peut être possible. Parmi toutes les personnes possédant un pouvoir dans notre royaume, aucune n’a le même qu’un autre. Nous avons tous un pouvoir différent. Cependant, je ne peux pas me voiler la face. Pas sur cela. Evalina me regarde d’un œil curieux. Je prends une inspiration puis termine ma phrase :

— Je crois que tu possèdes le même pouvoir qu’Isaac. L’absorption.

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Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 43Etats d'ame

Chapitre 43Etats d'ameAngie est le premier à demander des explications. J’entends sa voix, mais je suis incapable de me concentrer sur ce qu’il dit. Les seuls mots qui résonnent dans ma tête sont ceux de Zéphyr. Il n’a pas dit que Cassie et Tessia étaient revenues. Il a seulement dit Cassie. Ma poitrine me fait mal. Mon corps se met à trembler de lui-même. Je ne me sens pas bien. Ma gorge est serrée. Je n’arrive plus à distinguer clairement mon entourage. Mon cœur bat trop vite. J’essaie de prendre une profonde inspiration et d’expirer calmement, mais j’ai l’impression de ne plus pouvoir respirer. Tessia n’est pas revenue. Je recule et heurte la paroi du tunnel. J’ai la sensation qu’on est en train de jouer avec mon cœur. Qu’il résiste tant bien que mal, mais qu’il suffirait qu’on le crève encore un peu plus pour le voir perdre la partie. Je ne me sens plus capable d’agir comme si ce n’était pas grave. Comme si je pouvais encore attendre, alors que ma sœur est la seule famille qu’i

Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 42Perte de controle

Chapitre 42Perte de controle— Je savais que je te trouverais ici.— Je n’ai pas cherché à me défiler.Zéphyr esquisse un sourire et s’engouffre dans l’espace sombre et bleuté du Jardin Abyssal. Il jette un rapide coup d’œil à l’aquarium, puis il me rejoint sur le canapé. Il se laisse tomber contre la matière moelleuse et pose ses avant-bras sur ses genoux, les mains croisées. Il ne dit rien. Et je sais pertinemment pourquoi. Il attend que ce soit moi, comme à chaque fois qu’il veut entamer une discussion sérieuse. Et je n’aime pas ce genre de discussions. Il me pousse souvent à comprendre ce que je redoute le plus, à faire face aux démons qui me rongent de l’intérieur. Et je déteste ça.— Tu perds ton temps, finis-je par dire.— Nous savons tous les deux que c’est un mensonge. Depuis quand ne lis-tu plus dans les pensées des autres ? Parce que tu n’as pas l’air de savoir pourquoi je suis là.— Je suis fatigué.— Fatigué ? relève-t-il, les yeux bl

Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 41Jalousie oppressante

Chapitre 41Jalousie oppressante— Angie, attrape !Je rattrape in extremis la dague qui filait droit sur mon front, ma main se refermant autour de la lame en métal froid. Je braque un regard incendié en direction d’Apolline. Celle-ci hausse les épaules, et ses pensées, manquant un brin de tact, ne tardent pas à résonner dans ma tête.« Tu n’avais qu’à être plus rapide ! »Je jette la dague à mes pieds. Celle-ci vient se figer dans le tatami. Si Ombelline voit ça, je suis mort. Je la retire et m’assieds sur l’entaille désormais présente, jetant un coup d’œil discret en direction de l’Immortelle. Elle est encore occupée à arbitrer le combat d’Edden et de Maximilien. Le Cerveau n’a d’ailleurs aucune chance, il n’est pas assez rapide et n’arrive pas à anticiper les coups de son adversaire. Et même si cela me coûte de le reconnaître, Edden est fort. Très fort.— OK, dis-moi ce qui ne va pas.Je fronce les sourcils. Apolline me rejoint sur le tatami et s’assied à mes c

Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 3Poison

Chapitre 3PoisonElle sort un petit carnet et un crayon de la poche de son pantalon en cuir noir. Elle s’assied et je l’observe commencer à griffonner quelque chose. Je rêve ? La seule chose qu’elle trouve à faire après m’avoir raconté toutes ces salades, c’est de dessiner ? Ils n’ont pas l’air d

Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 2Returis

Chapitre 2Returis— Elle se réveille !J’ouvre lentement les paupières, cligne des yeux plusieurs fois de suite pour chasser les larmes qui me brouillent la vue. Puis tout me revient. Tessia, mes parents, la maison, et ce mystérieux garçon qui m’a sauvé la vie. Ainsi que la chute. Pourtant,

Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 1Realite cauchemardesque

Chapitre 1Realite cauchemardesqueJe les prends dans mes bras, chacun leur tour, et les serre aussi fort que possible contre ma poitrine. Je souhaite de toutes mes forces qu’ils se réveillent. Je veux voir leurs paupières se soulever et leur poitrine s’abaisser au rythme de leurs respirations. J’

Surnaturels #1Mystères Partie1   L'auteure

E.J. SwanSurnaturels#1Mysteres Partie1

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