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Inicio/ Todos /Surnaturels #1Mystères Partie1/Chapitre 31Torture

Chapitre 31Torture

Autor: 15210689748
"Fecha de publicación: " 2021-06-25 20:56:55
Chapitre 31Torture

Mes yeux s’ouvrent lentement sur un espace sombre. Étrangement familier. Des toiles d’araignée dans les recoins, une fraîcheur à en faire dresser les poils sur la peau, une odeur de moisi, et des barreaux en acier. Je suis de retour à l’Isolement. Je me relève d’un bond, faisant abstraction des courbatures qui tétanisent mes muscles. Je me précipite jusqu’aux barreaux qui entravent ma liberté, et lorsque je les saisis à pleine main, la peinture qui s’écaille me vaut quelques égratignures.

— Eh ! Il y a quelqu’un ? appelé-je.

Seul l’écho de ma voix se fait entendre. L’Isolement est désert. Il n’y a personne à part moi. La Démone n’a donc pas respecté sa part du marché. À l’instant même où je me suis présentée à elle, elle s’est empressée d’envoyer l’un de ses nébors m’électrocuter. Je hurle de rage. Mes poings ne cessent de marteler les barreaux de ma cellule, seulement, je n’arrive pas à les briser comme la dernière fois. Et cela a le don de m’énerver davantage. Je n’ai strictement aucun contrôle sur mes pouvoirs ! J’essaie de me concentrer pour ressentir cette étrange sensation qui devrait me parcourir le corps afin de me procurer de la force, mais c’est peine perdue, je ne ressens que le désespoir de m’être fait avoir.

— Tu devrais économiser tes forces, annonce une voix reconnaissable entre mille. Tu vas en avoir besoin pour la suite.

La silhouette d’Harmonie apparaît en face de ma cellule. Il fait trop sombre pour la distinguer clairement.

— Où est ma sœur ? Vous aviez promis de la libérer !

— Et la Démone tient toujours parole. Ta sœur est en sécurité. Je l’ai renvoyée auprès des Surnaturels que tu as immobilisés devant mon château. Je t’avoue avoir été très impressionnée par ton initiative ! rigole-t-elle. Je ne te pensais pas si déterminée à sauver ta sœur !

— Elle est la seule famille qu’il me reste ! Comment puis-je être sûre que vous ne me mentez pas ? Je n’ai aucune preuve que vous l’avez libérée !

La Démone laisse échapper un petit ricanement, puis caresse du bout des doigts la fourche qu’elle ne semble jamais quitter.

— Je suis offusquée de constater à quel point ta confiance en moi est limitée ! Ta sœur est en sécurité. Si ma parole ne te suffit pas, tu pourras toujours t’informer auprès de tes chers amis les Surnaturels lorsqu’ils viendront ici pour tenter de te récupérer. Pour le moment, ils sont bien trop occupés à élaborer un plan d’attaque en se servant de Tessia. Au vu du temps qu’elle a passé ici, ils pensent qu’elle connaît mes points faibles. Quels idiots ! rigole-t-elle, frappant violemment le sol de sa fourche électrique.

Je me retiens de lui répondre, c’est exactement ce qu’elle attend de moi. Je ne vais pas lui donner ce plaisir... même si une question me brûle les lèvres. Comment peut-elle être au courant de tout cela ? Comment peut-elle savoir ce qui se passe à l’extérieur ? Il y a quelque chose qui nous échappe. Quoi que l’on fasse, quel que soit le plan que nous élaborons, la Démone le sait. Elle a toujours un train d’avance sur nous.

— Je veux voir ma sœur !

— Tu ne veux pas que je t’apporte du thé et des petits gâteaux, tant que tu y es ? Je lui ai rendu sa liberté, c’est déjà bien assez !

Elle caresse toujours sa fourche du bout des doigts. Qui prend un malin plaisir à caresser une arme tranchante, si ce n’est quelqu’un qui n’a plus toute sa tête ? Je suis en face d’une véritable cinglée, et qui pour l’instant, a le dessus sur moi. Super. Harmonie déploie soudain sa fourche électrisée vers la droite. Elle se met à psalmodier des paroles incompréhensibles à l’oreille humaine. À en juger par l’apparition de deux nébors à ses côtés, c’est ainsi qu’elle doit invoquer les trénones.

— Allez-y ! ordonne-t-elle.

Les nébors avancent d’un seul et même pas en direction de ma cellule. L’un des deux tend une petite clé et ouvre ce qui me retient prisonnière. Je pourrais m’enfuir. L’espace d’un instant, je suis extrêmement tentée de le faire… seulement, j’ai la Démone juste en face de moi. Si j’essaie quoi que ce soit, elle sera là pour m’en empêcher. Je laisse donc les nébors se rapprocher de moi dans un horrible bruit mécanique. L’un d’eux me saisit le bras. Je me débats et tente de lui envoyer un bon coup de coude dans la tête, mais il me plante l’aiguille d’une seringue dans la peau. Je tombe à genoux et laisse échapper un cri de douleur, observant un étrange liquide rouge s’immiscer dans mes veines. Je m’apprête à tourner la tête vers l’autre monstre afin de m’assurer qu’il n’a pas lui aussi une seringue, lorsque mes muscles se font soudain très lourds. Je tente de bouger une jambe, un bras, ne serait-ce qu’un orteil, en vain. Je suis complètement immobilisée. J’ai beau essayer de toutes mes forces, c’est comme si mes muscles ne me répondaient plus, comme si je ne contrôlais plus mon corps.

— Un sérum d’immobilisation, m’explique la Démone. Ainsi, il te sera impossible de t’enfuir. Quelle terrible agonie que de regarder cette porte ouverte, sans avoir la force de la franchir ! pouffe-t-elle.

J’aurais dû y penser. Isaac m’avait pourtant expliqué qu’au temps où il était prisonnier ici, la Démone avait souvent utilisé ce sérum sur lui pour l’empêcher de se suicider. Et je comprends tout à fait qu’il n’ait pu le faire. Je suis totalement paralysée.

— Mais mon sérum n’est pas uniquement là pour t’empêcher de prendre la fuite. Il va également t’aider à rejoindre ma cause ! Je te le répète, j’ai grandement besoin de toi dans mon camp.

— M’aider ? répété-je, m’attendant au pire.

Un bruit de lames qui se frottent me parvient aux oreilles. Et je comprends alors ce que la Démone a en tête. Ses nébors sont ici dans le but de me torturer. Harmonie veut me faire céder sous la torture ! Une grosse boule se forme à l’intérieur de moi, la peur commençant tout doucement à me nouer le ventre. Je ne veux pas être torturée.

— Puisque la douleur émotionnelle que j’ai tentée avec la mort de Roxana ne semble pas vraiment t’atteindre, nous allons essayer une autre méthode, murmure-t-elle. Que penses-tu de la douleur physique ? Je sais que tu en as horreur...

Suis-je donc si facile à cerner que ça ? Harmonie fait signe aux deux nébors à mes côtés de commencer, et ces derniers ne se font pas prier. J’entrevois la lame de deux petits couteaux. Je voudrais hurler et me débattre de toutes mes forces, mais j’en suis malheureusement incapable. Les lames s’enfoncent alors dans la chair de mes bras. Je serre les dents pour ne pas crier. Je ne lui donnerai pas ce plaisir. En revanche, être torturé est une chose, mais être immobilisé et ne pas pouvoir appuyer sur ses blessures afin de soulager la douleur, c’en est une autre. Quand les trénones retirent les couteaux, je me mords la lèvre de souffrance.

— Si tu veux que je m’arrête, Evalina, il va te falloir répondre positivement à ma question. Veux-tu te joindre à moi, oui ou non ?

—Vous n’obtiendrez rien de moi de cette façon !

— Evalina, Evalina..., soupire-t-elle. Tu es incorrigible ! Des dizaines de personnes sont mortes à cause de toi, mais tu veux quand même que cela continue ?

— Des dizaines de personnes ? Je crois que vous exagérez un peu !

La Démone repart dans un grand éclat de rire, une main sur son ventre, l’autre manquant de lâcher sa fourche. Je ne comprends pas ce qui la fait rigoler. Elle me répugne.

— Excuse-moi. J’avais oublié que tes petits camarades n’ont pas eu le courage de te le dire en face ! Je vais donc me porter garante de cette tâche ! déclare-t-elle, avant de faire un mouvement de tête en direction des nébors.

Ces derniers lâchent leur couteau par terre dans un fracas assourdissant. Et lorsque je pense que la Démone va mettre un terme à la torture, c’est avec effroi que je réalise qu’il n’en est rien. Les trénones se repositionnent face à moi, tenant chacun entre leurs pinces une lame miroitante et aiguisée à souhait, prête à déchirer de la chair tendre. Elles sont plus grosses que les deux précédentes. Je cherche inutilement un moyen d’échapper à tout ça, même si je sais que cela ne sert à rien. À moins de répondre oui à sa foutue question.

Les nébors m’entaillent la peau, sans aucune once d’hésitation. Malgré ma volonté de ne pas crier, j’échoue, lamentablement. Les trénones passent et repassent sans fin leur lame sur la même entaille. Je ne me suis jamais sentie aussi impuissante de toute ma vie. Je sens ce fameux liquide visqueux couler le long de mon ventre et imprégner le tissu de mon débardeur. Les nébors font une deuxième entaille un peu plus haut. Je laisse échapper ma souffrance une seconde fois. Je ne vais pas pouvoir supporter cette douleur plus longtemps. Je ne suis pas assez forte. Elle me brûle le ventre, me coupe le souffle. Ma poitrine se soulève à intervalles irréguliers. Je ne ressens plus que la douleur. Mon corps est à l’agonie. J’ai envie de m’écrouler par terre, mais même ça, je n’en ai pas le luxe. J’en viens même à oublier les paroles de la Démone avant qu’elle ne reprenne :

— Si tu penses n’avoir tué que tes parents, Roxana, ou encore Emilie... Eh bien, tu te trompes !

Emilie ? Comment est-elle au courant ? Comment sait-elle que la mère d’Ethan a fait ma rencontre et a trouvé la mort parce que je n’ai pas su la protéger ? Ce sont les désaltras qui l’ont tuée, mais ces derniers n’ont pas la faculté de parler... Ils n’ont pas pu rapporter les faits à leur maîtresse ! De plus, ils sont morts. Alors, comment la Démone peut-elle être au courant ? Il y a décidément quelque chose qui m’échappe.

— Souviens-toi, reprend-elle, la première fois que tu as visité ce fameux village totalement désert, tu savais qu’il y avait quelque chose qui le protégeait de toute vue extérieure. Tu as découvert une couche protectrice... et tu l’as brisée. Au lieu de te fondre avec elle afin de passer à travers, tu l’as déchirée ! Ainsi, grâce à toi, mes adorables trénones ont pu passer à l’attaque ! Le village n’était plus protégé.

Elle s’arrête, me laissant soigneusement le temps d’assimiler ses paroles. La conversation entretenue avec Apolline me revient en mémoire. Tu n’étais pas passée à travers, tu l’avais brisée ! J’avais alors tenté de comprendre la différence en lui posant des questions, mais elle avait refusé d’y répondre, allant jusqu’à fuir mon regard. Elle n’a pas eu le courage de me le dire… Ces pauvres gens qui n’ont pas réussi à se mettre à l’abri sont morts. À cause de moi. Mais qu’ai-je fait ? Le poids de mes remords m’assaille de toutes parts. Mes yeux s’embuent et une larme roule sur ma joue. Je suis un monstre. Des dizaines de personnes sont mortes à cause de moi, et je sens que la liste ne va pas s’arrêter là. Il y en aura d’autres... Que je le veuille ou non, il y en aura d’autres.

— Si tu penses que je vais m’apitoyer sur ton sort, c’est mal me connaître, s’esclaffe Harmonie. Montrez-lui les plus gros.

Quoi ? Les deux nébors farfouillent dans leurs fils électriques et en ressortent chacun un gros couteau de cuisine. J’écarquille les yeux. Non. Les monstres robotiques avancent lentement dans ma direction, comme si l’idée de me faire patienter dans la douleur et la peur leur procurait un intense sentiment de satisfaction. Ils approchent les lames de mon visage. Je tente une énième fois de bouger, mais c’est un échec. Mon cœur tambourine comme un sourd. Je ferme les yeux lorsque les lames touchent ma gorge. Elles descendent, leur contact froid faisant frissonner ma peau déjà meurtrie. Qu’ils les enfoncent une bonne fois pour toutes, qu’on en finisse ! Les lames s’arrêtent juste en dessous de ma poitrine. Je retiens mon souffle. Puis elles progressent jusqu’à mes côtes, avant de s’enfoncer brutalement dans ma chair.

Je hurle à m’en déchirer les cordes vocales. Les couteaux s’enfoncent un peu plus. Mon sang dégouline le long de ma peau, coule sur mon ventre et forme une flaque sous mes pieds. Il lèche le sol en béton gris. Penser que tout ceci est mon propre sang... j’en ai des sueurs froides. Je n’en peux plus. Lorsque les nébors retirent leur lame, le rire sadique et satisfait de la Démone résonne à travers l’Isolement. J’ai mal, tellement mal.

— C’est oui, ou c’est non ? hurle-t-elle soudainement, faisant trembler les barreaux de ma cellule.

Lorsque son cri m’écorche les oreilles, mon cœur rate un battement. Moi qui pensais qu’elle était du genre à garder son sang-froid, il faut croire que je lui fais perdre patience. C’est oui, ou c’est non ? Si je lui dis non, je dois m’attendre à subir encore et encore ces souffrances, malgré le fait que les cellules de mon corps s’activent afin de réparer les dégâts que la Démone et sa torture ont causés. Cela peut être un avantage, mais aussi un inconvénient. Comme celui d’être torturé sans en voir la fin. Cette pensée me glace le sang.

— Alors ? Oui ou non ? s’égosille-t-elle, impatiente.

Cette question tourne en boucle dans ma tête, je vais devenir folle. Je me sens trop compressée, il me faut de l’air !

— Puisque tu ne sembles pas t’être décidée, je vais te donner un petit coup de pouce !

Elle tend la main vers ses trénones, sûrement afin de leur ordonner quelque chose. Me planter un autre couteau dans le ventre, sans doute. Sauf que je ne peux pas faire face à une énième douleur. Je ne suis plus assez forte. Je vais accepter.

J’ouvre la bouche pour lui faire part de mon choix, mais aucun son n’en sort. Cela ressemble plutôt à un gargouillement inaudible. Je tente une seconde fois, mais le cri de douleur de la Démone couvre tout le reste. Une dague vient de fendre l’air avec une extrême précision jusqu’à la main d’Harmonie. Ce devait être avec celle-ci qu’elle contrôlait tout, puisque les deux nébors partent en fumée sous mes yeux épuisés. Et je m’aperçois que je peux de nouveau bouger ! Mais ma joie est de courte durée. Un bruit de cavalcade résonne dans le couloir lugubre de l’Isolement. J’ai à peine le temps de voir les Surnaturels débarquer que je sens mon corps se dérober, tombant au sol.

Je ne me suis jamais sentie aussi lourde. Mes bras s’étalent sur le béton gris, ma tête tourne de fatigue et mes paupières commencent à se fermer. Et je sais que ce n’est pas bon signe, que je ne dois surtout pas sombrer dans le noir. Ce n’est pas bon du tout.

— Angie ! Elle est ici !

Je crois reconnaître la voix d’Apolline, mais je n’en suis pas certaine. Je me sens partir. Il faut que je lutte. Mais c’est comme si ma guérison s’était arrêtée. Ce n’est pas normal. Grimaçant, je porte une main à l’une de mes nombreuses coupures. Lorsque je me risque à toucher la plaie, je constate que celle-ci n’a pas arrêté de saigner et que le sang qui poisse mes mains n’est pas rouge. Il est argenté. Je perds la tête.

— Evalina ! s’écrit une voix masculine, suivie d’une autre.

Des bruits de lutte me parviennent aux oreilles. Et des pas. Des pas précipités, qui se rapprochent de moi. Deux individus tombent à genoux à mes côtés. L’un commence à examiner mes blessures au ventre. J’étouffe un cri lorsque ce dernier y pose ses doigts pour tenter de ralentir l’écoulement de mon sang sur le sol froid. L’autre passe ses mains derrière ma tête et commence à me parler afin que je puisse me raccrocher à sa voix.

— Tiens bon, me murmure-t-il, d’une voix grave remplie d’inquiétude. Tu ne vas pas tarder à guérir. Isaac va absorber un peu de ta douleur pour accélérer le processus.

Angie...

À ces mots, Isaac me saisit une main et ferme les yeux afin de rassembler un maximum de concentration. Angie me caresse les cheveux pour me rassurer. J’attends que la douleur diminue, qu’elle s’estompe… mais il n’en est rien. Elle reste là, bien présente, tordant mes entrailles.

— Je n’arrive pas à absorber sa douleur, déclare Isaac. Il n’y a rien.

— Comment ça ? s’écrie Angie. Il doit forcément y avoir quelque chose ! Tu crois peut-être qu’elle fait semblant d’avoir mal ?

— Non, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. Attends !

Isaac observe d’une lueur craintive mes coupures au ventre. Il effleure mon bras droit du bout des doigts. Lorsqu’il arrive à hauteur de la plaie, je grimace. Isaac écarquille les yeux d’horreur en portant sa main devant ses yeux. Il l’examine, puis il la tend à Angie.

— Regarde ! Son sang est argenté !

— Argenté ? répète Angie. Et qu’est-ce que ça veut dire ?

— Tu vois les blessures sur son ventre ?

Angie hoche la tête, son regard devient presque noir.

— Eh bien, son sang est encore rouge, continue Isaac. Seulement, à hauteur de ses bras, il est argenté. Il se transforme progressivement, et ça ne peut vouloir signifier qu’une seule chose…

Il grimace, ferme les yeux durant une fraction de seconde, puis continue son discours :

— La Démone m’a fait ça, une fois, parce que je lui avais caché une information. C’est... c’est une des pires formes de torture qu’elle a en réserve. Elle m’avait injecté quelque chose. Au début, je pensais que ce n’était qu’un immobilisant, un poison qui nous rendait statiques, mais j’ai vite compris que ce n’était pas tout à fait ça. Ce qu’elle m’a injecté était un sérum d’immobilisation. La différence avec l’immobilisant, c’est qu’il gèle les cellules de ton corps, y compris celles qui te permettent de guérir. Ton sang devient alors argenté, et tu es condamné à subir la douleur, sans avoir le moyen de guérir. Tu ne peux pas cicatriser. La Démone est prête à tout pour obtenir ce qu’elle souhaite... Le seul moyen de s’en sortir, c’est l’antidote.

— Laisse-moi deviner. Seule la Démone détient cet antidote, grogne Angie, la mâchoire serrée.

Isaac hoche la tête.

— En échange, j’ai dû lui révéler l’information qu’elle tenait tant à savoir. Elle doit donc attendre quelque chose d’Evalina.

Je suis trop faible pour leur parler. Mais Isaac le sait. Lorsque nous étions tous les deux enfermés à l’Isolement et qu’Harmonie venait de tuer Roxana et de me renvoyer dans ma cellule, je lui avais tout avoué. Je lui avais dit que si je ne rejoignais pas très vite son camp, elle tuerait ma sœur. Et bien d’autres personnes qui me sont chères. Mais alors, s’il le sait, pourquoi ne pas le dire à Angie ?

Les mains du Leader, qui jusqu’ici soutenaient ma tête, s’enlèvent avec délicatesse et viennent se poser sur mes joues frigorifiées. Leur chaleur me fait fermer les yeux pour savourer cette sensation. J’ai si froid. Ses lèvres chaudes se posent sur mon front. Angie reste quelques secondes ainsi, puis il finit par se pencher à mon oreille pour me murmurer :

— Je ne te laisserai pas comme ça. Quoi qu’il se passe par la suite, je veux que tu saches que c’est pour toi. Je te promets de revenir avec l’antidote.

Je rouvre brusquement les yeux. Il croise mon regard, afin de s’assurer que j’ai bien saisi ses paroles. Puis il se lève. Isaac – jusqu’ici silencieux – suit le mouvement et se précipite jusqu’au Leader, une main sur son torse pour l’arrêter.

— Qu’est-ce que tu comptes faire ? Quand tu as ce regard, ça ne signifie jamais rien de bon !

— Tu n’as pas besoin de le savoir, lui répond sèchement Angie, forçant le passage.

Mais Isaac n’abandonne pas pour autant. Il empoigne Angie par le tee-shirt et commence à hausser la voix.

— Non, tu vas faire une connerie ! Si tu penses provoquer la Démone en duel ou quelque chose dans ce genre-là, je peux tout de suite te dire que ça ne servira à rien. Elle n’acceptera jamais, elle est trop lâche pour ça. Regarde. Elle ne combat même pas en personne, ce sont ses trénones qui s’occupent du sale boulot ! Elle a disparu et doit probablement être occupée à réajuster sa coiffure à l’heure qu’il est. Même avec de beaux petits discours, tu n’arriveras pas à récupérer l’antidote.

— Je sais, se contente de répondre Angie.

— Tu ne... Quoi ? Attends, mais qu’est-ce que tu comptes faire alors ?

Le Leader ne répond rien. Isaac ne desserre pas sa poigne. Tous deux se défient du regard. Mais bizarrement, ce n’est pas comme s’ils allaient se battre. C’est plutôt comme des personnes qui tiennent l’une à l’autre.

— Prends soin d’elle, prononce Angie d’une voix presque suppliante, jetant un regard dans ma direction.

Isaac pose ses yeux sur moi et hoche la tête. Le Leader lâche un soupir de soulagement. Je m’appuie sur les coudes afin de me surélever, grimaçant de douleur, mais je tiens bon. La fraîcheur de l’Isolement me parcourt le corps et me fait immédiatement claquer des dents. Les paroles d’Angie résonnent à mes oreilles comme des paroles d’adieu. Quoi qu’il se passe par la suite, je veux que tu saches que c’est pour toi. Je n’aime pas ça du tout. Isaac hésite encore quant au fait de laisser partir le Leader, mais finalement, il relâche son tee-shirt.

— J’espère que tu sais ce que tu fais, murmure-t-il, les mâchoires serrées.

Isaac revient et s’agenouille à mes côtés, passant ses mains autour de ma taille pour que je puisse me reposer contre lui. Les frissons qui me traversaient le corps sont aussitôt remplacés par sa chaleur humaine, pour mon plus grand bonheur. Mes tremblements devenaient incontrôlables.

— Angie sait ce qu’il fait, murmure Isaac de sa voix douce. Ne t’inquiète pas pour lui.

Le Leader lui jette un regard reconnaissant et sort de la cellule. J’essaie de répondre à Isaac, mais je n’y parviens toujours pas. Alors je me contente de hocher la tête. Je repose rapidement mes yeux sur Angie, arrêté dans le couloir. À ses côtés, des bruits de lutte se font entendre. Il me semble que Bastian et Sean viennent d’arriver. En revanche, je n’arrive pas à voir les autres Surnaturels. Le Leader reste planté là, dos à ma cellule, et fait tourner les dagues qu’il tient dans ses mains, comme s’il hésitait à faire quelque chose. Puis soudain, il les lâche. Le bruit du métal froid contre le sol en béton me perce les tympans.

— Mais qu’est-ce qu’il fait ? murmure Isaac.

Angie avance d’un pas, puis se baisse pour attraper deux autres dagues attachées à ses chevilles, et enfin, deux autres planquées sous sa veste en cuir. Il les laisse tomber par terre elles aussi. Il y a désormais six dagues à ses pieds. Qu’est-ce qu’il fabrique ?

— Viens me chercher ! hurle-t-il, afin de se faire entendre malgré les bruits de lutte.

La Démone apparaît aussitôt dans un brouillard rouge. J’ignorais qu’elle était capable de se téléporter. Cette fois-ci, elle n’est plus cachée par l’obscurité. Ses cheveux sont bruns. Sa longue robe moulante arbore la même couleur sombre, décorée de quelques plumes d’oiseau sur le buste. Mais son visage est partiellement dissimulé derrière un masque en latex noir. Impossible de se représenter une image physique de la Démone. J’ai l’impression que ce masque est ici pour couvrir d’affreuses cicatrices.

— Je n’aurais jamais dû le laisser partir, il est fou ! fulmine Isaac contre moi, les poings serrés par la colère.

Je suis entièrement d’accord avec lui. Il est complètement fou. Il s’est débarrassé de toutes ses armes pour que la Démone accepte de venir. Le Leader lève les mains, paumes vers le ciel, afin de montrer qu’il n’a plus rien. Lorsque Harmonie se précipite vers lui d’une vitesse impressionnante, je retiens mon souffle. Elle le plaque contre les barreaux de la cellule et sort un couteau qu’elle pointe directement sous sa gorge. Je ne sais pas comment Angie arrive à garder son calme dans une telle situation. D’autant plus qu’il n’a plus son Deuxième Souffle. Si la Démone décide de lui trancher la gorge sur-le-champ, il n’en reviendra pas.

— J’en étais sûr, articule Angie, le souffle saccadé. Je savais que tu ne résisterais pas à l’opportunité d’avoir le Leader des Surnaturels sous la main.

— Tu es bien stupide d’avoir réagi ainsi. Ou alors, suicidaire ! s’exclame Harmonie. Tu t’offres à moi sur un plateau d’argent, bien sûr que je ne vais pas laisser passer ça !

La Démone resserre son couteau contre la gorge du Leader. Ce dernier ne bouge pas d’un millimètre et conserve son calme. Il échange un regard avec les garçons. Aussitôt, Bastian et Sean se plantent de part et d’autre d’Harmonie et la menacent de leurs armes respectives. J’ai l’impression qu’ils savent ce qu’il a en tête.

— Je suis sûr que tu accepteras ma dernière requête avant que je ne meure, murmure Angie.

— Ta dernière requête ? Et quelle est-elle ? ricane Harmonie.

— Donne l’antidote à Evalina.

La Démone reste silencieuse pendant quelques secondes. Puis elle part dans un grand éclat de rire, celui qui me donne des envies de meurtre à chaque fois que je l’entends.

— Et qu’est-ce qui te fait croire que j’accepterai ta dernière requête ? Mis à part ta misérable vie, tu n’as rien à m’offrir ! Tu devrais pourtant savoir que la Démone est gourmande, minaude-t-elle. Je veux plus !

Angie sourit, comme si la remarque d’Harmonie ne l’étonnait pas le moins du monde. Il glisse une main dans sa poche. Harmonie resserre aussitôt le couteau contre sa gorge. Les garçons font de même sur elle. Elle est méfiante, mais le Leader ne s’en laisse pas démonter pour autant. Il sort un petit livre noir… LE petit livre noir. Qu’est-ce qu’Angie fiche avec ça ? La dernière fois que je l’ai vu, je l’avais laissé dans ma chambre. Je n’y ai pas touché depuis un bon bout de temps. Je commençais même à l’oublier. Elle observe l’objet que tient Angie et semble y porter un curieux intérêt.

— Tu sais ce que c’est.

— Le journal d’Eléana. Mon ancêtre, murmure la Démone. Où l’as-tu trouvé ?

— Ce n’est pas le plus important. Je sais que toutes les Démones avant toi ont cherché à maintes reprises ce fameux journal, mais sans y parvenir. Aujourd’hui, tu as la chance de pouvoir l’observer. Tu peux même l’avoir, mais à une seule condition.

Oh non. Isaac se tend et glisse sa main dans la mienne. Il retient son souffle, tout comme moi. Angie n’est pas aussi fou que ça, si ? Le Leader laisse un silence inquiétant flotter dans l’Isolement. Puis il prend une grande inspiration et articule :

— Ma vie et ce journal en échange de l’antidote.

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Chapitre 42Perte de controle— Je savais que je te trouverais ici.— Je n’ai pas cherché à me défiler.Zéphyr esquisse un sourire et s’engouffre dans l’espace sombre et bleuté du Jardin Abyssal. Il jette un rapide coup d’œil à l’aquarium, puis il me rejoint sur le canapé. Il se laisse tomber contre la matière moelleuse et pose ses avant-bras sur ses genoux, les mains croisées. Il ne dit rien. Et je sais pertinemment pourquoi. Il attend que ce soit moi, comme à chaque fois qu’il veut entamer une discussion sérieuse. Et je n’aime pas ce genre de discussions. Il me pousse souvent à comprendre ce que je redoute le plus, à faire face aux démons qui me rongent de l’intérieur. Et je déteste ça.— Tu perds ton temps, finis-je par dire.— Nous savons tous les deux que c’est un mensonge. Depuis quand ne lis-tu plus dans les pensées des autres ? Parce que tu n’as pas l’air de savoir pourquoi je suis là.— Je suis fatigué.— Fatigué ? relève-t-il, les yeux bl

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Chapitre 41Jalousie oppressante— Angie, attrape !Je rattrape in extremis la dague qui filait droit sur mon front, ma main se refermant autour de la lame en métal froid. Je braque un regard incendié en direction d’Apolline. Celle-ci hausse les épaules, et ses pensées, manquant un brin de tact, ne tardent pas à résonner dans ma tête.« Tu n’avais qu’à être plus rapide ! »Je jette la dague à mes pieds. Celle-ci vient se figer dans le tatami. Si Ombelline voit ça, je suis mort. Je la retire et m’assieds sur l’entaille désormais présente, jetant un coup d’œil discret en direction de l’Immortelle. Elle est encore occupée à arbitrer le combat d’Edden et de Maximilien. Le Cerveau n’a d’ailleurs aucune chance, il n’est pas assez rapide et n’arrive pas à anticiper les coups de son adversaire. Et même si cela me coûte de le reconnaître, Edden est fort. Très fort.— OK, dis-moi ce qui ne va pas.Je fronce les sourcils. Apolline me rejoint sur le tatami et s’assied à mes c

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Chapitre 7MesententeUne lumière blanche et aveuglante éclaire la totalité de la pièce. Je cligne plusieurs fois des paupières pour m’acclimater à celle-ci, observant minutieusement l’environnement qui m’entoure. Ne s’y trouvent que des lits. Des lits blancs, entre des murs blancs, sur un sol bla

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Chapitre 6EtrangeJe suis réveillée par le vibreur de mon portable. En consultant ce dernier, je m’aperçois que Roxana a plusieurs fois tenté de m’appeler. Elle m’a aussi envoyé un message pour m’informer qu’elle et le reste du groupe passeraient me prendre à quatorze heures afin de passer l’aprè

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Chapitre 5Lueur rougeJe suis réveillée par des éclats de voix. J’ai aussitôt le réflexe d’ouvrir les yeux, mais ma tentative échoue et me rappelle que je suis toujours prisonnière de mon corps. Je m’applique donc à tendre l’oreille afin de capter le nombre d’individus présents dans la pièce, ain

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Chapitre 4EnfermeeMon corps est tellement lourd… Je suis allongée sur ce qui me semble être un lit. Je peux sentir la soie des draps sous mes mains et la douceur de l’oreiller sous ma tête. Seulement, je ne peux pas en avoir la certitude. Mes yeux refusent catégoriquement de s’ouvrir. J’ai beau

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