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Chapitre 2Indéchiffrable

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"publish date: " 2021-06-25 17:27:50

Chapitre 2Indéchiffrable

— Evalina ? C’est moi, Apolline !

Je recouvre soudainement la vue. Je suis assise sur le sol dallé de la pièce en coupole, Apolline et Maximilien agenouillés à ma hauteur, les sourcils froncés d’inquiétude.

— Comment te sens-tu ? me demande le Cerveau.

Je regarde les alentours, tous les sens aux aguets, cherchant vainement Eléana du regard. Cela ne rime à rien. C’est la première Démone, elle est morte depuis des décennies. Et pourtant, j’ai désormais l’impression de sentir sa présence. Comme si sa voix avait réveillé quelque chose en moi. Mais suis-je réellement prête à croire ce que j’ai entendu ? Comment Eléana pourrait-elle me contacter ? Elle a été l’une des premières présences humaines à occuper ce royaume… Et c’était il y a très longtemps.

— Evalina ?

Je tourne un regard angoissé sur Maximilien. Pendant un instant, j’ai cru que la voix était de retour.

— Je… je vais bien, déglutis-je.

Je pose mes mains sur le sol et pousse sur mes bras pour me remettre debout. Toute trace de vertige ou bien encore de mal de crâne a disparu.

— Tu viens à moitié de t’évanouir et tu nous dis que tu vas bien ?

Je hoche la tête en guise de réponse. Apolline lâche un rire nerveux et continue :

— Tu étais clairement en train de perdre le contrôle. Je ne sais pas pour toi, mais moi, je n’appelle pas cela « aller bien ».

J’ai terriblement envie de leur raconter ce qu’il vient de se passer, ne serait-ce que pour avoir leur avis, mais j’ai peur de leur réaction. Me croiront-ils ? Je préfère ne prendre aucun risque et garder cela pour moi.

— Je vais bien, maintenant. Je t’assure. J’ai juste… besoin de me changer les idées.

Les funérailles de Zéphyr, l’absence d’Angie et la voix d’Eléana, c’en est trop. Je veux pouvoir penser à autre chose. Depuis deux semaines, je ne fais que m’inquiéter à propos d’Isaac, d’Angie, des pouvoirs des Surnaturels, des miens, des métamorphes, et j’en passe.

— Je connais le lieu idéal pour se changer les idées, annonce soudainement Apolline.

Le sourire qui illumine son visage ne me dit rien qui vaille.

— Le Jardin Abyssal ? tenté-je.

— La Colombe, dit-elle en même temps.

Je soupire.

— Allez, Evalina ! Cela fait bien trop longtemps que tu repousses l’entraînement, et tu as tort ! Parce que si tu cherches un moyen infaillible de penser à autre chose, je peux te dire que l’entraînement en est un.

— Ombelline a déjà prévu de me faire commencer demain, et elle n’y ira pas de mains mortes.

— Je m’en fiche. Commencer un jour avant ne te fera pas de mal, déclare la Talentueuse en nouant son bras au mien.

Elle n’a pas tout à fait tort. Mais commencer maintenant ? Tout de suite ?

— Je ne vais pas m’entraîner en robe et en talons !

— S’entraîner en robe n’a jamais tué personne. Et pour les talons, tu n’auras qu’à les enlever !

— Et les funérailles ? On ne peut pas partir comme ça alors qu’Ang…

— Angie n’est pas venu, Evalina ! me coupe la Talentueuse. S’il l’avait voulu, il aurait été présent. Et en ce qui nous concerne, les funérailles sont terminées, personne ne pourra nous blâmer d’être partis avant l’ordre final d’Ombelline. Je pense sincèrement que t’entraîner te fera le plus grand bien. Ça te permettra de te focaliser sur autre chose.

Je soupire et me laisse entraîner par la Talentueuse, Maximilien ouvrant la marche. Ce dernier est à peine reconnaissable dans son costume rouge. Un nœud papillon blanc et un bracelet de lierre viennent finaliser sa tenue. Ses cheveux châtains, d’habitude complètement ébouriffés, sont cette fois-ci parfaitement à leur place. Il ne porte pas ses lunettes.

— Vous avez entendu ça ? nous demande Apolline.

Maximilien s’arrête. Apolline me fait signe de tendre l’oreille, et je ne tarde pas à comprendre ce qui a capté l’attention de la Talentueuse. Un bruit répétitif. Nous nous mettons alors en marche vers le hall du Majestueux, là d’où le son a l’air de provenir. C’est comme si quelqu’un tapait du métal contre du métal. Nous débouchons dans le hall, mais nulle trace d’un quelconque individu ayant pénétré dans le Majestueux. De plus, l’alarme se serait déclenchée. Normalement. Je ne suis plus sûre de rien depuis que les métamorphes ont réussi à s’introduire dans le Majestueux sans la faire retentir.

— D’où est-ce que ça provient ? demandé-je.

Apolline secoue la tête, avant de s’immobiliser soudainement.

— De la Chronosée ! s’écrie-t-elle.

Je fronce les sourcils et cours la rejoindre vers l’endroit en question. Elle a déjà souhaité entrer dans le lieu et la dalle se décale donc progressivement sur le côté. Maximilien nous rejoint sans plus tarder.

— Le métamorphe ?

La Talentueuse hoche la tête suite à la question du Cerveau. Le métamorphe qui s’était introduit dans le Siège et qui s’était battu avec la reine quelques semaines plus tôt avait été emmené de force par Angie et Edden à la Chronosée, afin d’y être enfermé. Je ne suis jamais allée le voir.

— Prête pour une petite visite, Evalina ?

Je la regarde avec méfiance.

— Il y a plusieurs moyens de se changer les idées. La Colombe en est un, mais nous ne pouvons pas nous permettre de nous y rendre alors que le seul métamorphe que nous avons réussi à capturer tente visiblement de s’échapper. Crois-moi, lui rendre une petite visite te changera tout aussi bien les idées !

Sur ce, elle s’engouffre définitivement dans la descente de l’escalier, sans que j’aie mon mot à dire. Maximilien soupire et s’élance à la suite de la Talentueuse. Je n’ai donc plus d’autre choix que de les suivre. Je descends à mon tour les marches et débouche dans le tunnel de terre sombre, éclairé par plusieurs torches fixées sur les parois, lui donnant une ambiance chaleureuse. Apolline fait coulisser la grande porte de la Chronosée, qui laisse échapper toute la clarté lumineuse de la pièce. Je me demande toujours comment une immense salle sous terre et sans fenêtres peut dégager autant de lumière. J’imagine que c’est l’un des nombreux mystères du Majestueux.

L’entrée, toute de blanc et doré, met en valeur les deux statues en pierre polie qui se dressent devant nous. Ces dernières représentent les jumelles fondatrices du royaume, Evalina et Eléana. Je ne m’y attarde pas et je rejoins Maximilien, Apolline ayant déjà avancé dans les rayons de babioles, rejoignant la cage qui retenait Mélodie il y a maintenant quelques semaines de ça. Le bruit qui nous a conduits jusqu’ici ne diminue pas, bien au contraire. Il s’amplifie, suivi de cris de frustration.

— Laisse tomber, Matthias ! s’exclame Apolline. Cette cage est inviolable, tu ne réussiras pas à t’en échapper.

— Pour toi, ce sera uniquement Matt.

Un énième bruit de métal vient finaliser sa phrase, puis plus rien. Il ne peut pas encore m’apercevoir et c’est très bien comme ça. Je ne peux pas oublier la façon dont il m’avait regardé lorsque Angie et Edden l’avaient sorti du Siège. Une lueur indéchiffrable s’était nichée tout au fond de ses prunelles noires, j’en garde un souvenir plus que perturbant.

— Pourquoi refuses-tu qu’on t’appelle par ton vrai prénom ? le questionne Apolline.

— Ce ne sont pas tes affaires.

— Toujours aussi charmant.

— Qu’est-ce que tu me veux, encore ? peste-t-il.

Encore ? Je savais qu’Apolline était déjà passée le voir afin de tenter de lui soutirer des informations concernant son clan, mais je pensais qu’elle avait ensuite laissé tomber face au refus catégorique du métamorphe. Vu le profond soupir de lassitude qu’a laissé échapper Matt, la Talentueuse n’a donc pas abandonné aussi facilement.

— La même chose que d’habitude. Mais aujourd’hui, je viens accompagnée ! Qui sait, peut-être qu’à trois, on réussira à te faire parler !

Il semblerait que cette fois-ci, je n’ai plus le choix. Maximilien est le premier à dépasser le dernier rayon. Je lui emboîte le pas et me montre au grand jour, me répétant mentalement de ne surtout pas croiser le regard du métamorphe.

— Tiens, mais qu’avons-nous là ! s’exclame Matt, assis par terre, le visage reposant contre les barreaux de la cage en forme de sphère. Deux nouvelles têtes ? J’ai vu défiler pas mal de Surnaturels, et comme j’ai ouï dire que vous n’aviez plus d’Aimant… tu dois donc être le Cerveau ? s’adresse-t-il à Maximilien.

— Bonne déduction.

— C’est cool ! Tu vas pouvoir me raconter ta vie, ça m’occupera ! Tu n’imagines pas à quel point je me fais chier, ici !

— Tu rêves, je n’ai rien à te raconter, lui crache-t-il.

Matt ricane.

— Et moi, je pense que si. Raconte-moi par exemple pour quelle occasion es-tu aussi bien habillé ? À moins que ce costume n’ait été enfilé que pour l’immense privilège d’aller à ma rencontre ? Ce qui, sache-le, me toucherait énormément, termine-t-il en amenant une main à son cœur.

Apolline soupire face au cinéma du métamorphe. Maximilien reste de marbre un instant, les yeux rivés sur lui.

— Ce costume est là pour honorer la mémoire de Zéphyr, finit-il par répondre, avançant d’un pas prudent jusqu’à la cage.

Le métamorphe ouvre la bouche avant de la refermer aussitôt. Il baisse la tête, si bien que je ne suis plus capable de percevoir son visage. Quelques secondes s’écoulent avant qu’il ne la relève, les sourcils froncés, marquant une expression totalement impénétrable.

— Toutes mes condoléances, articule-t-il. J’espère que son prochain voyage sera plus grand que celui-ci.

Je dois sûrement être folle de penser qu’il est en train de contrôler les tremblements de sa voix, mais c’est pourtant bien l’impression qu’il me donne. Je jette un regard à Apolline. Cette dernière hausse les épaules comme si c’était encore une phrase typique et sans intérêt du métamorphe afin de jouer la comédie. C’est alors que Matt se concentre sur ma personne. Ses yeux noirs plongent dans les miens, et malgré la promesse que je me suis faite, je ne peux pas m’empêcher de soutenir son regard. Comme à chaque fois que je l’observe, son charisme est l’une des premières choses que je remarque. Tous les métamorphes en sont dotés, certains plus que d’autres. Et Matt, lui, en regorge.

— Toi…, murmure-t-il tout en se relevant. La Gémone. Tu en as mis, du temps. J’ai fini par croire que tu ne viendrais pas.

— Je n’en avais pas l’intention.

Matt colle cette fois-ci son visage entre deux barreaux, de façon à bien pouvoir me faire face. Comme s’il cherchait à se rapprocher le plus possible de moi afin de m’étudier de plus près.

— Et pourtant, tu es là.

— Pourquoi tiens-tu tant à me voir ? lui demandé-je.

Autant le questionner directement sans perdre de temps. Peut-être qu’en le prenant au dépourvu, il sera plus enclin à parler.

— Je n’ai jamais rien dit de tel, se contente-t-il de répondre.

— Mais tu l’as sous-entendu.

Matt soutient longuement mon regard. Il semble réfléchir à la meilleure manière de me répondre. Mais mis à part le sourire qui ne quitte pas ses lèvres, il ne montre rien.

— Je constate que vous vous êtes tous mis sur votre trente et un. Dommage qu’on ne m’ait pas invité à la cérémonie. Le costume me sied pourtant à merveille, sourit-il.

Il a décidé de m’ignorer. Son regard sombre se tourne vers Maximilien, qu’il dévisage de la tête aux pieds. C’est dans ce genre de moment que j’aimerais lire dans les pensées, pour savoir ce qui se trame dans la tête du métamorphe.

— Nos coutumes sont telles que nous n’invitons pas de meurtrier à la cérémonie, déclare soudainement Maximilien.

Je fronce les sourcils et interroge Apolline du regard, mais cette dernière a l’air d’être tout aussi perdue que moi.

— De quoi parles-tu, Max’ ? lui demande-t-elle.

— Oui, c’est une excellente question, intervient Matt.

Le métamorphe dévisage Maximilien. Ce dernier n’est pas le moins du monde intimidé. Bien au contraire.

— Ça fait longtemps que j’y réfléchis. Comment as-tu réussi à entrer au Siège alors que tu n’appartiens pas au Majestueux ? Que venais-tu y faire ? Pourquoi t’être jeté de haine sur la Démone ? Et comment cette dernière a-t-elle fait pour obtenir comme par magie le parchemin menant à la Crypte ? Je n’ai pas trouvé la réponse à la première question. En revanche, j’ai fait le lien entre les trois dernières.

Maximilien marque une pause, le temps de sonder la réaction du métamorphe. Matt ne montre toujours rien. Mais lorsque le Cerveau se plante devant la cage, il recule.

— Kierân a passé un marché avec la Démone, reprend Maximilien. J’ignore ce qu’il avait à y gagner, mais par contre, je sais ce qu’était la requête de cette dernière. Elle a demandé qu’un métamorphe s’occupe de chercher le parchemin tandis que les autres feraient diversion dans le hall. Kierân a prétendu être venu pour parler avec Candélaria, mais tout ça n’était que mensonge. L’arrivée de la Démone était prévue. Le fait qu’elle endorme toute ta race était prévu. On lui a accordé le bénéfice du doute, et nous n’aurions jamais dû. Lorsque tu as fait mine de te jeter sur la Démone, en réalité, tu n’avais aucune rancœur contre elle, c’était simplement le meilleur moyen de lui passer le parchemin en douce. Donc quelque part, tu es responsable de la mort de Zéphyr. Tu as contribué à bâtir le chemin qui l’a conduit droit vers la fin de son voyage.

Silence. Apolline et moi attendons un signe du métamorphe qui viendrait confirmer ou bien démentir les propos de Maximilien. J’ai d’ailleurs rarement vu ce dernier aussi sûr de lui.

— Mais ce qui m’intrigue le plus, c’est Kierân, ajoute-t-il. Qu’avait-il à gagner de ce marché ?

Matt baisse le regard et nous tourne brusquement le dos. Il passe une main dans ses cheveux noirs et les empoigne rageusement avant d’articuler :

— Kierân n’avait rien à y gagner. C’était une dette que nous devions à la Démone, lâche-t-il.

— Alors c’est vrai ? m’écrié-je.

— Pourquoi ne pas nous en avoir informés plus tôt, Max’ ? s’enquit la Talentueuse, les mains posées sur les hanches.

Matt se retourne à nouveau pour nous faire face. Il donnerait presque l’impression de s’en vouloir.

— Je n’en étais pas sûr. J’attendais d’avoir la confirmation.

Le plan de la Démone était si travaillé que le percer à jour relevait quasiment de l’impossible. Je comprends qu’il ait manqué de confiance et qu’il ait préféré en être certain avant de l’évoquer.

Mélodie aura donc passé non pas un, mais deux accords. Le premier avec la reine et son plan machiavélique pour me tuer, et le second avec Kierân afin de récupérer ce parchemin. Ensuite, avec mon aide et celle d’Isaac, elle a pu accéder à la Crypte sans problème. Et quand bien même un problème serait survenu, elle avait déjà un plan de secours. Lorsqu’elle m’avait indiqué où Tessia et Eva étaient retenues prisonnières, ce n’était pas par geste de charité. Isaac tient tout autant à Eva qu’il tient à moi, et s’il m’était arrivé malheur, c’est elle que Mélodie prévoyait de blesser et de balancer dans la Crypte pour qu’Isaac ressente le besoin de la sauver. La Démone avait tout prévu dans les moindres détails.

— Et tu penses que je l’ai voulu ? s’écrie soudain le métamorphe.

— Tu avais le choix, déclare Maximilien. Tu aurais très bien pu refuser de chercher le parchemin.

— Tu ne sais pas de quoi tu parles, l’intello !

— On a toujours le choix, s’en mêle Apolline.

Matt ricane et se laisse de nouveau glisser contre les barreaux de sa cage, envoyant son poing rejoindre violemment le sol. Une fois assis, il plie et ramène ses genoux vers son visage, les bras nonchalamment posés dessus.

— Vous ne connaissez pas Kierân, murmure-t-il. Avec lui, on a rarement le choix. Si tu veux rester à ses côtés, tu dois lui obéir. Dans le cas contraire, ta tête est mise à prix.

Il tressaille, le regard plongé dans des souvenirs qui n’ont pas l’air très agréables. Je me doutais déjà que Kierân pouvait se montrer impitoyable avec ceux ayant le courage de lui tenir tête, mais à voir la tête que fait Matt en ce moment même, je me demande jusqu’où le chef des métamorphes peut aller.

— Quel sort réserve Kierân à ceux qui le défient ? l’interrogé-je.

Matt lève lentement ses yeux jusqu’aux miens.

— Il étale du pollen d’absinthe sur le corps entier du malheureux. Sa peau grésille et part en lambeaux. La dernière chose dont il s’occupe, ce sont ses yeux, pour que son disciple soit témoin de sa propre torture.

Torturer son propre clan n’a donc pas l’air de lui poser le moindre souci… Il vit pour la torture. À mes côtés, Apolline et Maximilien ont le regard écarquillé d’épouvante. Je me demande qui de la Démone ou de Kierân est le pire. De qui devrions-nous nous occuper en premier ? J’ai intérêt à prendre les entraînements très au sérieux.

— J’ai pris l’habitude de voir les gens souffrir, ajoute Matt. Nombreux sont ceux à abandonner.

— À abandonner ? relève Apolline. C’est-à-dire ?

Matt hausse un sourcil provocateur en direction de la Talentueuse et croise les bras sur son torse, n’ayant pas l’air décidé à lui répondre.

— Kierân ne se contente pas de faire souffrir ceux qui lui désobéissent. Il torture également ceux qui sont trop faibles pour supporter la métamorphose, nous explique Maximilien. Il s’en débarrasse.

Matt observe alors le Cerveau et vient se planter face à lui. Les barreaux de la cage forment l’unique obstacle les séparant.

— Je me demande bien pourquoi tu ne tiens pas le rôle de Leader, susurre-t-il. C’est vrai, pourquoi le plus intelligent ne bénéficierait-il pas du rôle majeur ?

— Comprendre la logique des choses et mener un groupe sont deux aspects complètement différents.

— Kierân préfère tuer ceux qui sont trop faibles pour se métamorphoser… plutôt que de les laisser partir ? m’indigné-je, stoppant leur joute verbale.

Matt dévie ses prunelles noires sur moi.

— Tuer accroît le pouvoir de Kierân ! Tu penses vraiment qu’il laisserait échapper des proies lui permettant de devenir plus fort ?

Je me demande comment de telles personnes peuvent exister. Ont-elles toujours été ainsi ? Kierân était-il différent, plus jeune ? Je ne sais même pas quel âge il a. L’apparence des métamorphes est souvent trompeuse, ce qui éveille ma curiosité envers Matt.

— Quel âge as-tu ?

Il sourit d’un air provocateur en direction d’Apolline. Puis il reporte son attention sur moi et me répond :

— Dix-huit ans.

— C’est une blague ? s’écrie la Talentueuse. C’est une grosse blague !

Elle se rue aux côtés de Maximilien et se plante devant le métamorphe, en vociférant :

— Ça fait plusieurs minutes que je me contiens, mais maintenant ça suffit ! Tu te fous vraiment de ma gueule ! J’ai passé des jours à essayer de te soutirer des informations ! Connaître ton âge ! Tu n’as jamais cédé, ricane-t-elle nerveusement. Et là, tu lâches l’info comme ça ? Alors que… arrête de sourire ! Ça te fait rire de m’énerver ?

— Très.

Apolline serre ses poings de colère. Matt la cherche, et il va la trouver.

— T’es vraiment un merdeux de première ! C’est bien beau de faire le malin derrière des barreaux, mais que vaux-tu en face-à-face ? Viens, affronte-moi un peu si tu l’oses !

— Il faudrait déjà que je sorte de cette cage.

— Pas de problème.

La Talentueuse prend de l’élan pour donner un grand coup de pied dans le cadenas, mais Maximilien l’arrête juste à temps. Il passe ses bras autour de la taille d’Apolline et la tire en arrière. Ses yeux verts foncent aussitôt que les mots sortent de sa bouche :

— Je te pensais un peu plus raisonnable que ça, Apolline. En réagissant de la sorte, tu lui donnes exactement ce qu’il veut ! Calme-toi. Allez Apo… respire un bon coup et…

— Que faites-vous ici ? s’exclame une voix puissante derrière nous.

Je me fige de la tête aux pieds. Ses talons claquent et s’arrêtent juste derrière notre dos. Je me retourne lentement, croisant avec appréhension ses iris blancs. Son visage craquelé arbore une mine sévère.

— Qui vous a donné l’autorisation de rendre visite au métamorphe ?

Je jette un regard de panique en direction d’Apolline.

— C’est… On a entendu du bruit venant de la Chronosée, explique la Talentueuse. Matt essayait vainement de casser ses barreaux. Rien de très important.

Ombelline lance un regard haineux au métamorphe.

— Si tu tiens à la vie, je te conseille de rester tranquille, articule-t-elle. Des informations sur ton clan, nous pourrions en avoir avec un autre de tes compagnons. Autrement dit, tu n’es pas irremplaçable.

Matt a l’intelligence de ne rien répliquer.

— Allez-vous-en d’ici, vocifère-t-elle.

Maximilien et Apolline ne perdent pas une seule seconde avant de s’exécuter. Je les imite et passe devant Ombelline afin de rejoindre la sortie de la Chronosée. Mais au même moment, un violent mal de tête manque de me faire trébucher. Je me rattrape à l’une des étagères, la faisant vaciller, et un objet tombe alors au sol, répandant son contenu par terre.

« Evalina… »

Maximilien et Apolline se précipitent vers moi, mais je sais d’ores et déjà que ce n’est pas leur voix. C’est celle d’Eléana. Que me veut-elle, encore ? Le mal de crâne s’amplifie et je porte spontanément les mains à ma tête.

« Les lettres. »

Je secoue la tête de droite à gauche. De quoi me parle-t-elle ? Maximilien et Apolline me prennent chacun par un bras, et tout aussi soudainement qu’il est apparu, mon mal de tête s’en va. Je cligne des yeux à plusieurs reprises tandis que mes sens s’acclimatent de nouveau à la réalité.

— … deux fois que tu manques de t’évanouir, Ev’. Tu devrais aller te reposer, l’entraînement peut attendre, s’inquiète la Talentueuse.

— Deux fois ? relève Ombelline.

Cette dernière me fixe puis se tourne vers le bazar que j’ai mis dans l’allée pour le ramasser. Heureusement, je n’ai fait tomber qu’un coffre rempli de lettres, rien de fragile. Je n’ose imaginer la réaction de l’Immortelle si j’avais cassé quelque chose de précieux.

— Oui, c’est pour cela que nous sommes partis juste avant que la cérémonie se termine, ment Apolline. Evalina a commencé à faire un malaise et…

La Talentueuse s’interrompt. Pour la simple et bonne raison qu’elle s’est rendu compte, tout comme moi, qu’Ombelline ne lui prête pas la moindre attention. L’Immortelle semble focalisée sur le bazar à mes pieds. Elle s’accroupit pour pouvoir observer les lettres de plus près. Ses mains craquelées viennent en effleurer quelques-unes du bout des doigts. Après en avoir tâté plusieurs, elle se décide à en prendre une. Elle la déplie et mes yeux se posent sur une très jolie écriture… Mais celle-ci est indéchiffrable d’où je suis. Quoi qu’il en soit, Ombelline a l’air de savoir de quoi il s’agit. Elle ramasse les autres lettres éparpillées par terre et les dépose délicatement dans le coffre. Lorsqu’elle se relève, Apolline retient un hoquet de stupeur en plaquant sa main sur sa bouche. Ombelline a les yeux larmoyants.

— Allez tous vous coucher, nous ordonne-t-elle d’une voix étonnamment forte. L’entraînement débutera demain matin à sept heures.

Sur ce, elle quitte la Chronosée, le coffre serré contre sa poitrine. Le bruit de ses pas diminue à mesure qu’elle s’éloigne. Maximilien nous traîne à l’extérieur du musée, et très sincèrement, je crois bien qu’Apolline et moi serions restées figées sur place jusqu’au lendemain matin s’il n’avait pas été là. Je n’ai jamais vu l’Immortelle laisser transparaître la moindre émotion. Jamais. Et encore moins une émotion telle que celle à laquelle nous venons d’assister. La dalle menant à la Chronosée se referme derrière nous et je grimpe les escaliers jusqu’au dortoir, sans réfléchir au moindre de mes mouvements, tel un automate.

— C’est ici que nos chemins se séparent, déclare Maximilien en indiquant d’un geste de la main la porte de sa chambre, située derrière lui. Si tu ne te sens pas bien, n’hésite pas à venir me réveiller.

— De même ! déclare Apolline. Si tu as le moindre souci, tu sais où me trouver. Et, juste comme ça, je pense que je te serai d’une meilleure utilité que Max’.

— Ne l’écoute pas, rétorque ce dernier. Si tu as un problème, il vaut mieux que tu viennes me voir. Apolline prend beaucoup trop de temps à se réveiller. Il sera déjà sept heures du matin avant que tu ne la tires du sommeil.

— Quoi ? Ce n’est pas vrai ! J’ai certes le sommeil lourd, mais j’ai un radar indéfectible concernant les problèmes !

— Ce que tu dis n’a aucun sens, rigole Maximilien. Quand bien même tu aurais un radar à problèmes, cela ne te servirait à rien. Quand ton cerveau est endormi, le reste aussi. Logiquement, le radar est donc totalement inutile.

— Oh non, je l’ai lancé sur sa science…, geint la Talentueuse. Je te raccompagne jusqu’à ta porte, Ev’ ! Et ceci n’est pas une proposition, c’est un ordre ! s’exclame-t-elle en me prenant par le bras.

Je suis forcée de la suivre, laissant Maximilien tout seul sur le palier de sa propre chambre. J’aime beaucoup Apolline, mais parfois, je trouve ces manières de faire un peu limites. Son caractère est à l’exact opposé du mien. Elle n’est pas du genre à se poser trente-six mille questions et à douter. Non, elle, elle est plutôt du genre à foncer et à faire preuve d’assurance quand il en faut.

— Et voilà, me sourit-elle. Maintenant, je suis sûre que tu ne risques pas de t’évanouir avant d’avoir atteint tes appartements.

Apolline fait coulisser la porte qui arbore mon symbole en son centre. Je me doute qu’elle attend sûrement de moi que je me confie sur ces terribles maux de tête qui me prennent par surprise, mais je ne m’en sens pas encore capable. Je redoute sa réaction.

— Bien, je te souhaite une bonne nuit. J’espère te revoir en pleine forme demain matin ! Ton objectif sera d’essayer de me faire tomber, alors si j’étais toi, je rechargerais mes batteries à bloc !

— Défi accepté.

Apolline m’offre un dernier sourire avant d’aller rejoindre sa chambre, et c’est lorsque le couloir plonge dans un profond silence que je me rends compte que cette journée a été éprouvante, mais aussi surprenante. Malgré le chagrin, Apolline m’a salué avec un sourire, ce qui est une bonne chose. J’espère qu’elle reprendra vite le dessus… tout comme j’espère que la cérémonie n’a pas été entièrement gâchée. Un Surnaturel qui n’accomplit pas le rituel sacré du Deuxième Souffle ne doit pas être très courant. Je ne sais pas à quoi joue Angie. Si seulement j’avais la possibilité de le raisonner, de lui rappeler la dernière promesse qu’il a faite à Zéphyr ! Ce n’est pas en s’éloignant de la sorte qu’il réussira à tenir parole, à savoir, prendre soin de moi et ne surtout pas se sentir coupable du meurtre de son meilleur ami.

Je pousse un long soupir, lasse, et entre dans ma chambre. C’est alors que tout mon corps se met en alerte. Je ressens quelque chose. C’est si puissant que cela ne fait aucun doute. Je retrouve l’envie de combler la distance qui me sépare de cette personne. Je savais qu’il ne pouvait pas manquer cette journée. Il est ici. Angie est quelque part dans le Majestueux.

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Chapitre 25Sentiments apocalyptiquesJe ne sais pas comment j’ai fait, mais je suis debout. Je fonce dans le couloir à la recherche de la chambre de Kierân. Je sais qu’elle n’est pas loin de celle de Raphaël. Ma panique s’est transformée en rage monstre. Je ne veux plus qu’une seule chose. Le trouver, lui. J’ai envie de crier. D’exploser. De pleurer. Le monde ne tourne plus rond. Il a décidé de se foutre de moi et de basculer à l’envers. Je suis incapable de comprendre ce que j’ai entre les mains. J’ai voulu partir. Prendre la fuite et ne plus jamais remettre les pieds ici. Seulement, j’ai besoin de connaître la vérité. J’ai besoin de le confronter.Je passe devant les douches et bifurque dans le couloir à droite. La colère embrouille si fort mes sens que je manque de percuter Lacnas. Ce dernier m’adresse une phrase que j’entends à peine, continuant mon chemin. Seulement, il me rattrape. Je le repousse brutalement. Trop brutalement. Son dos vient percuter le mur et il tombe lourdem

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Chapitre 24Effrayante véritéDe justesse, j’évite son poing et lui assène un coup dans le ventre. Il recule, prêt à intercepter mon bras, mais j’arrête mon geste et lui flanque un coup de pied dans les genoux. Il s’écroule à terre. Ni une ni deux, je me jette sur lui pour le maintenir fermement au sol. Mais avant que je ne puisse l’écraser de tout mon poids, il me donne un violent coup dans la poitrine et je lâche prise. Il en profite pour inverser les rôles. Il me plaque à terre, mais en usant de ma force de Gémone, je parviens à le faire basculer. Il tente de me frapper à coups de tête, mais je place mes mains autour de sa gorge pour l’en dissuader. Et je serre. Ses yeux noirs s’écarquillent. Il agrippe mes bras et tente de s’extirper de la situation. En vain. Il grogne et finit par me lâcher pour venir taper deux coups au sol. Je stoppe immédiatement mon attaque et me relève. Le premier regard que je vois, c’est celui d’Angie. Des yeux fiers. Puis un applaudissement retentit.—&

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 23Détruite

Chapitre 23Détruite— Tu avais promis que tu veillerais sur elle !— Je n’y ai pas failli !— Tu plaisantes ? !Ses yeux noirs sont furieux. Je fixe Angie, mais celui-ci secoue la tête, ne comprenant pas plus que moi ce qu’il se passe. Kierân nous observe et se mord la lèvre, embarrassé par toutes ces paires d’yeux scrutant sa discussion houleuse avec June. Presque tous sont là, devant les douches. Il ne manque que Matt et Tarek.— Elle est saine et sauve, ton hystérie n’a pas lieu d’être.— Je ne sais pas ce qui me retient de t’éclater la gueule contre un mur ! hurle-t-elle, agrippant brusquement l’imperméable de Kierân.Raphaël se précipite pour la repousser. Le regard de June est fou. Fou de rage et de haine. Lacnas se plante devant nous, écarte les bras et nous ordonne d’aller voir ailleurs, mais aucun des Surnaturels ne veut louper une miette de ce qui se joue en face d’eux. Moi la première.— Ça fait deux fois, Kier

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 22Porte secrète

Chapitre 22Porte secrèteD’un crachat, Tarek expulse le sang de sa bouche et renvoie le coup au Leader, mais ce dernier l’intercepte. Il saisit le bras du métamorphe, et en deux temps trois mouvements, il parvient à le renverser au sol d’une technique impressionnante.— Zéphyr n’est plus là pour m’empêcher de te tuer, lui murmure le Leader à l’oreille.Tarek tente de se défaire de son emprise, mais Angie le maintient fermement au sol, un genou contre son dos, le bras dans une posture qui se veut douloureuse.— Et j’ai vraiment très envie de le faire.Des éclats de voix et des grognements explosent tout autour de nous. Les métamorphes avancent d’une démarche menaçante vers Angie, prêts à défendre l’un des leurs. Le Leader relève Tarek et le pousse brutalement contre le mur, pointant une dague sous sa gorge. Les grognements du clan s’amplifient. Kierân lève la tête.— Anne ! crie-t-il d’une voix empreinte de colère.Anne ? Je fronce les sourcils et écarq

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 6Apparences trompeuses

Chapitre 6Apparences trompeuses— Angie !Je dévale les escaliers du Majestueux, à la poursuite du Leader. Ce dernier n’a pas perdu une seule seconde avant de quitter ma chambre, dagues en main, à l’affût du danger. Je le rattrape dans le hall, le cœur battant à tout rompre. Angie a ra

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 4La menace d’un frère

Chapitre 4La menace d’un frèreJe me retrouve une fois de plus les fesses par terre. J’attrape la main que me tend Lucie et me relève lourdement, l’esprit en ébullition quant à la prochaine tactique que je pourrais bien utiliser pour la faire tomber. Une seule consigne : faire chuter son adv

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 3Blâmer le monstre

Chapitre 3Blâmer le monstreIl est quelque part dans le château, et je dirais même qu’il est très proche. Dans le couloir peut-être ? Je fais coulisser la porte de mes appartements et inspecte celle du Leader, qui se dresse devant moi. Son symbole, l’œil de la raison, y est fièrement incrust

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 5Famille erronée

Chapitre 5Famille erronéeJe déglutis. Ombelline m’entraîne carrément à l’extérieur de la Colombe. Sûrement pour être certaine de ne pas avoir affaire à des oreilles indiscrètes. Je ne peux pas m’empêcher de l’admirer à la dérobée. Elle dégage tant d’assurance et de charisme… D’ailleurs, je me de

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