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Home/ All /Surnaturels #2Transformation Partie1/Chapitre 18Éclipse intrigante

Chapitre 18Éclipse intrigante

Author:
"publish date: " 2021-06-25 17:27:55

Chapitre 18Éclipse intrigante

— Tu es sûr que c’est une bonne idée de les avoir laissées seules ?

— Elles ne risquent pas de se réveiller de sitôt.

— Mais… et si elles ont un problème ? Que l’une des deux reprend conscience du fait de la douleur ?

— Matt a fait le nécessaire pour que cela n’arrive pas. Pas cette nuit, du moins.

Je pousse un soupir, pas très rassurée par le fait d’avoir laissé Lucie et Apolline sans surveillance. Raphaël n’ayant pas voulu me parler là-bas, par peur des oreilles indiscrètes, il m’a invité à discuter dans sa chambre. Elle est identique à celle que je partage avec Angie, à l’exception qu’il a sa propre douche. Kierân nous avait spécifié qu’il y avait un endroit aménagé dans la grotte, mais visiblement, Raphaël n’a pas à s’embêter avec ce genre de détail. Je m’assieds sur son lit tandis qu’il prend appui contre le mur qui me fait face.

— Toi aussi tu étais au courant pour Matt ?

— Kierân me l’a dit, confirme-t-il.

— Je pensais pourtant que sa condition de caméléon devait rester secrète.

— Je ne suis… Kierân n’a pas dit grand-chose aux autres. Je suis l’un des seuls à avoir été mis dans la confidence.

— Comment ça se fait ?

Raphaël ouvre la bouche, mais se ravise dans la seconde qui suit.

— Tu as l’air de profiter d’un traitement de faveur, insisté-je.

— Ouais… euh… disons que je dois beaucoup à Kierân. Il m’a aidé dans une période difficile, et depuis, nous sommes… inséparables.

J’écarquille les yeux.

— Inséparables ? Tu t’es attaché à Kierân ? !

— Il n’est pas celui que tu crois, Evalina.

— J’en ai plus qu’assez qu’on me rabâche sans cesse cette phrase ! Isaac m’a dit la même chose à propos de Mélodie, pas plus tard qu’aujourd’hui ! Et regarde ce qui est arrivé à Lucie et Apolline !

Pourquoi Kierân serait-il différent ? Je ne lui fais pas plus confiance qu’à la Démone.

— Je ne suis pas venu te chercher pour me disputer avec toi, Evalina. J’ai besoin de te parler. De tout t’expliquer, parce que je ne veux plus vivre dans le mensonge. Ensuite, tu pourras m’engueuler comme tu voudras. Mais laisse-moi d’abord m’exprimer.

— Très bien. Je t’écoute.

Raphaël fourre les mains dans ses poches et se mord l’intérieur de la joue, avant de prendre la parole :

— Je veux que tu saches qu’à aucun moment je ne t’ai berné. Le temps qu’on a passé ensemble sur Terre, les discussions qu’on a eues, tout était sincère et je n’ai rien influencé dans le but de me rapprocher de toi et te tenir à l’œil. Notre amitié est vraie. Je ne l’ai pas simulée, contrairement à Mélodie.

— Tu savais qui elle était ?

— Je n’en avais aucune idée, mais je pense qu’à l’inverse, elle savait qui j’étais. Ça expliquerait pourquoi elle ne m’aimait pas beaucoup. Elle ne traînait avec moi que pour être avec toi.

— Et Roxana ? T’es-tu joué d’elle ?

Je me souviens parfaitement du temps où il sortait avec elle. Ils s’entendaient extrêmement bien, mais pour une raison que j’ignore encore à ce jour, ils avaient décidé de se séparer pour rester « bons amis ».

— Jamais, murmure-t-il, ses yeux affreusement tristes. Quand Kierân m’a envoyé sur Terre, j’ai été fasciné par ce nouveau monde. J’en suis tombé sous le charme. Pas de magie, aucun trénone à l’horizon, mais surtout, aucun préjugé me concernant. Juste des Terriens, qui me considéraient comme l’un des leurs. Je n’avais rien à leur prouver. Pour un métamorphe, être accepté aussi facilement par les autres est quelque chose qui n’arrive jamais. Du moins, pas sur Réturis. Roxana est la première personne que j’ai rencontrée, la première Terrienne à laquelle j’ai adressé la parole. Elle était simple, dit-il d’une voix remplie d’émotion. Elle profitait de l’instant présent, elle voyait la beauté partout, c’est ce que j’ai toujours admiré chez elle ! Elle était l’exact opposé de ce que l’on m’avait enseigné depuis tout petit. J’étais amoureux d’elle, Evalina. Ne rester que des amis l’un pour l’autre a été l’un des choix les plus difficiles que j’ai dû faire.

— Pourquoi l’avoir fait, dans ce cas ?

— Parce que je savais que mon séjour sur Terre ne s’éterniserait pas. Que tôt ou tard, j’allais devoir disparaître de sa vie et rentrer sur Réturis. Alors j’ai pris la décision de ne pas pousser les choses plus loin entre nous. Ça aurait été trop douloureux, pour elle comme pour moi.

Apprendre la mort de Roxana a dû le dévaster.

— Comment as-tu su où me trouver ? Les Surnaturels ont été informés de ma position par l’intermédiaire d’Ombelline qui a consulté le Majestueux, mais toi ? Comment as-tu conclu qu’entre toutes les Terriennes, c’était moi la Gémone ?

— Je n’ai fait que suivre les indications de Kierân, dit-il, mal à l’aise.

— Mais comment savait-il qui j’étais ? Comment savait-il que j’existais ? Il t’a envoyé plus de deux ans avant l’appel du Majestueux ! À cette époque, personne sur Réturis ne savait que la lignée des Gémones avait subsisté !

— Personne à part lui, rectifie-t-il. Et Mélodie.

— Tu veux dire que c’est elle qui l’a informé ? Pourquoi aurait-elle fait une chose pareille ?

— Je n’ai pas dit ça. Je sais seulement que Kierân avait l’habitude de passer des marchés avec la Démone. Je n’en connaissais pas la monnaie échangée, mais on peut supposer que cette information en était une.

— Ce serait l’explication la plus plausible.

Raphaël acquiesce. La plus plausible, certes, mais la plus incompréhensible également. Pourquoi Mélodie aurait accepté de partager cette information capitale avec Kierân ? Elle devait pourtant se douter que ce dernier me voulait autant qu’elle. Que cela mettrait en péril son plan. Si seulement le chef des métamorphes était là pour rép…

— Combien de fois t’ai-je dit de ne pas d…

Kierân vient de débarquer dans la chambre de Raphaël, mais s’interrompt brusquement lorsque son regard croise le mien. Ses cheveux châtains sont en bataille. Il se racle la gorge, réajuste son grand manteau noir et déclare :

— Je ne te savais pas en si bonne compagnie, Raphaël.

Il a beau s’adresser à ce dernier, toute son attention est focalisée sur moi. C’est vraiment étrange. Il a débarqué dans la chambre comme s’il était sur le point de passer un savon à son métamorphe, mais dès que son regard a croisé le mien, il s’est interrompu et s’est bien vite repris.

— J’ai suivi ton conseil.

— Mieux vaut tard que jamais, sourit le chef des métamorphes.

Ses yeux verts me sondent d’une façon qui leur est propre. Mais cette fois-ci, je décide de ne pas baisser le regard. Ce n’est pas en le fuyant constamment que je vais réussir à percer ses secrets.

— De quoi vous parliez ? s’intéresse-t-il.

Raphaël n’a pas le temps de répondre que je prends la parole.

— De toi.

Kierân sourit, et d’un geste lent, il ferme la porte derrière lui.

— Quel merveilleux sujet. J’ignorais que tu m’appréciais autant, ma puce.

— J’ignorais que tu étais aussi prétentieux.

— J’ai beaucoup de points communs avec ton petit copain.

— Kierân, s’il te plaît, sors, le supplie Raphaël du regard.

— Pourquoi partir et me priver d’une si charmante compagnie ?

Il passe un bras autour des épaules de Raphaël et plante des yeux curieux dans les miens.

— Tu as des questions. Pose-les.

Le fourbe. Je me racle la gorge.

— C’est grâce à l’un des marchés que tu as passé avec la Démone que tu as été capable de me trouver sur Terre, bien avant l’appel du Majestueux ?

Kierân écarquille les yeux. Pour la première fois depuis qu’il est entré dans la pièce, il détourne son regard vers Raphaël. Ce dernier hausse les épaules. C’est également la première fois que j’obtiens une réaction aussi spontanée de la part du chef des métamorphes.

— Pourquoi, parmi toutes les questions que tu peux poser, faut-il que tu choisisses celle-ci ?

— Ne change pas de sujet.

Après avoir marqué un temps de réflexion, Kierân confirme mes dires. Raphaël lui lance un regard que je ne comprends pas.

— Pourquoi l’avoir envoyé garder un œil sur moi ?

— Tu me demandes pourquoi j’ai envoyé Raphaël ou bien pourquoi j’ai voulu garder un œil sur toi ?

— Les deux.

Il n’a plus l’air aussi confiant qu’au début. Malgré tout, il ne perd pas la face.

— Qui ne voudrait pas garder un œil sur la plus puissante des créatures de notre monde ? Qui ne voudrait pas s’en faire une alliée pour parvenir à ses fins ?

— C’est ça que tu attends de moi ? Que je devienne ton alliée ? Comme me l’a fait croire la Démone avant toi ?

— Cesse donc de me comparer à elle. Nous n’avons rien en commun, argue-t-il avec une expression de dégoût.

— Vraiment ? Et votre soif de pouvoir ?

— Je sais reconnaître les limites à ne pas franchir, contrairement à la Démone.

Je n’en suis pas convaincue. Lui non plus ne donne aucune valeur à la vie. Il était prêt à tuer Tessia, et si Bastian n’avait pas été là pour l’en empêcher, il l’aurait fait. Ce n’était pas de la comédie.

— Tu n’as pas répondu à la deuxième question.

— J’ai choisi Raphaël parce que je place toute ma confiance en lui. Voilà tout.

— Pourtant, tu as fait confiance à Matt pour le parchemin. Alors pourquoi Raphaël plus que lui pour cette mission ?

L’intéressé s’apprête à me répondre, mais Kierân l’en dissuade d’une pression sur les épaules.

— Je connais chacun des métamorphes de mon clan, ma puce. Raphaël est certes tombé amoureux d’une Terrienne, mais je savais que le moment venu, il ferait le choix de revenir à mes côtés. Si j’avais envoyé Matt, il serait resté. Mon frère est trop sentimental, crache-t-il. Je ne pouvais pas prendre le risque de perdre un métamorphe aussi puissant que lui.

— À t’entendre, j’aurais presque l’impression qu’il est malsain de ressentir des émotions.

Kierân retire son bras des épaules de Raphaël et me fixe droit dans les yeux.

— Ce n’est pas qu’une impression.

— Les émotions nous rendent vivants ! C’est grâce à elles que nous…

— Les émotions nous détruisent ! me coupe-t-il brusquement, le visage marqué par la colère.

Je me retrouve à court de mots. Je ne crois pas avoir déjà vu cette expression sur son visage. Sa respiration semble saccadée. Raphaël pose alors une main sur son épaule. Kierân sursaute légèrement. Il est en position de faiblesse. Je dois continuer sur ma lancée.

— Tu sembles pourtant t’être attaché à Raphaël. Il m’a dit que vous étiez inséparables, alors en quoi cela te détruit-il ? le questionné-je.

— Ce n’est pas pareil, s’exprime celui-ci. Ce que Kierân veut dire par là, c’est que certaines émotions sont à éviter.

— Comment vous êtes-vous rencontrés ?

— J’ai trouvé Raphaël lorsqu’il errait dans les rues de Xulumis, avoue le chef des métamorphes.

Il semble avoir retrouvé l’aplomb nécessaire pour reprendre les rênes de la discussion.

— Sa mère n’était qu’une alcoolique doublée d’une droguée, couchant à droite et à gauche dès que l’envie lui en prenait. Elle n’avait pas prévu d’avoir un enfant, et encore moins de nature métamorphe. Dès qu’elle l’a jugé assez grand pour se débrouiller seul, elle l’a abandonné. Je l’ai trouvé et l’ai recueilli parmi les miens.

Il s’interrompt, le temps d’observer Raphaël et de lui sourire, d’un air si sincère que je ne suis plus très sûre de comprendre qui est vraiment Kierân. Ma vision du bien et du mal s’en trouve troublée.

— Il a toujours été reconnaissant, reprend-il. Je l’avoue, je n’avais pas prévu le fait de m’attacher à lui. Mais aujourd’hui, je le considère comme un frère. Les liens familiaux sont sacrés chez les métamorphes.

— Dans ce cas, pourquoi n’y a-t-il pratiquement aucune femme ? Pour fonder une famille, il faut bien qu’il y ait une mère !

— Je les bannis après l’accouchement.

J’écarquille les yeux de terreur.

— Tu leur interdis de voir leurs enfants ?

— Jamais je ne ferais une chose aussi cruelle, articule-t-il d’une voix étrangement blessée. Elles peuvent les voir à chaque fois qu’elles en ressentent le besoin, mais elles ne vivent plus avec nous.

— Pourquoi ?

— Parce que.

Je fronce les sourcils en me levant.

— Tu appelles ça une réponse ?

— Tu préfères que je te mente ? me dit-il, en me toisant de toute sa hauteur.

Non, bien évidemment. S’il y a bien une chose que j’ai apprise sur Réturis, c’est la patience. Je sais que j’aurai mes réponses le moment venu. Mais je n’en ai pas fini avec lui.

— Si je te demande pourquoi tu es différent physiquement du reste de ton clan, tu préféreras me mentir ?

— Si je te réponds qu’une simple teinture et des lentilles de couleur suffisent à marquer cette différence, me croiras-tu ?

— Seulement si tu me donnes une bonne raison.

Kierân sourit.

— Je te l’ai déjà donnée.

Je fronce les sourcils. Le chef des métamorphes se rapproche encore un peu. J’ai l’impression d’être enfermée dans une bulle dont Raphaël ne fait pas partie. Kierân l’éclipse totalement.

— Tu te teins les cheveux et tu portes des lentilles de couleur parce que tu ne supportes pas de ressembler à un métamorphe, deviné-je. Je croyais pourtant que tu t’y étais fait.

— Pas physiquement, avoue-t-il. Ce n’est pas parce que je me suis transformé que je dois oublier celui que j’étais avant.

— Pourquoi les autres ne le font-ils pas ?

— Parce qu’ils veulent justement oublier. La grande majorité d’entre nous a souffert de sa condition avant la transformation. Adopter une nouvelle apparence physique n’est donc pas pour leur déplaire.

— Tu n’as donc pas souffert dans ta vie d’avant ?

Kierân se mord la lèvre.

— Essaierais-tu de récolter des informations qui ne te concernent pas ?

— Essaierais-tu de contourner le sujet ?

— Précisément. Et je ne m’en cache pas, avoue-t-il, dépliant le bras pour venir attraper une mèche de mes cheveux.

Je le repousse d’un claquement sec sur son poignet.

— Comment t’es-tu transformé ?

Kierân hausse un sourcil.

— Ça t’intéresse ?

— À ton avis ?

La fossette sur son menton se creuse, tandis que son regard émeraude pétille d’une lueur énigmatique.

— Je pense que ça t’intéresse, mais que tu as trop peur de l’avouer à voix haute.

Mon cœur bat étrangement vite.

— Comment t’es-tu transformé ? répété-je.

Kierân croise les bras sur son torse.

— À ton avis ?

— La morsure.

— Le sacrifice, me contredit-il aussitôt.

Mon premier réflexe est de penser qu’il ment, mais ses yeux reflètent une si grande honnêteté que je n’en suis plus tout à fait sûre.

— Toi, tu t’es sacrifié ?

— Aussi surprenant que cela puisse paraître.

— Pourquoi ? Pour qui ?

Kierân lâche un petit rire.

— Tu en demandes un peu trop, ma puce.

— Et toi, tu as dit que je pouvais poser mes questions.

— Je n’ai pas dit que j’y répondrais. Passons à une autre, veux-tu ?

Je ne dois plus aborder son passé, c’est visiblement un sujet auquel il est fermé. Seulement, c’est précisément ce qui m’intéresse. Sa personnalité m’obsède dangereusement. Je me racle la gorge et poursuis :

— Pourquoi la couleur des yeux des métamorphes ne change-t-elle pas selon leurs émotions ? Vous êtes pourtant tous nés sur Réturis.

— Même raison pour laquelle notre visage prend difficilement des rides. Nos cellules sont figées, déclare-t-il. Notre corps en contient deux parties bien distinctes : celles humaines, et celles métamorphiques. Le déclenchement de la transformation gèle les premières, de façon à ce que nous ayons accès plus rapidement à notre animal. Nous vieillissons plus lentement qu’un monel normalement constitué.

— Tu veux dire… que… vous avez une plus grande espérance de vie que nous ?

Kierân acquiesce.

— Pourtant, certains pensent le contraire.

— Ce n’est un secret pour personne, mais je préfère tout de même ne pas trop ébruiter cette information. Les monels nous détestent déjà bien assez.

Les métamorphes souffrent beaucoup de leur condition, mais il y a de bons côtés à ne pas négliger. Ce qui m’amène à une autre question :

— Et vos pouvoirs ? Vous en avez tous ?

— Certains en sont dépourvus, comme Raphaël, m’annonce-t-il en se tournant vers le principal concerné. Tout est une question de descendance… et de vécu.

— Et toi ? Quel est ton pouvoir ?

Il tapote son menton du bout des doigts, une lueur malicieuse dans le regard, puis me répond :

— La fusion. Je peux fusionner avec les miens, précise-t-il.

— Le cobra…, murmuré-je.

J’ai toujours pensé que l’immense serpent qui nous avait attaqués à Ataraxia n’était autre que Kierân lui-même. Mais chaque fois qu’il faisait appel à cet énorme reptile, le reste des métamorphes disparaissaient. Les Surnaturels et moi n’avons jamais vraiment enquêté sur ce fait. Un tel pouvoir n’est pas à prendre à la légère.

— Tu analyses rapidement, articule-t-il d’une voix énigmatique. Si seulement tu avais davantage confiance en toi, tu pourrais faire des merveilles.

— Pour que tu puisses m’utiliser ?

Kierân agrippe brusquement mon menton.

— Pourquoi n’es-tu pas couchée ?

Je dégage sa main et rétorque :

— Pourquoi changes-tu constamment de sujet ?

— Ne me dis pas qu’il y a déjà de la tension dans ton couple.

— Ce ne sont pas tes affaires, le fusillé-je du regard.

— Il t’a forcé à faire quelque chose ?

J’hallucine. Kierân n’écoute rien de ce que je lui dis. Il continue, comme si de rien n’était !

— Cela ne te regarde pas !

— Il a abusé de toi ?

— Quoi ? Pour la dernière fois, ce ne sont pas tes af…

Kierân me tire brutalement par le bras. Sa poigne est si forte qu’elle me fait mal. Son visage n’est qu’à quelques millimètres du mien lorsqu’il insiste :

— Est-ce qu’il a abusé de toi, oui ou non ?

Son regard est extrêmement sérieux.

— Non.

Il me lâche le bras. J’y porte automatiquement ma main pour le soulager.

— Excuse-moi. Je sais bien que ce ne sont pas mes affaires, mais j’avais besoin de savoir que ma grotte n’abrite pas de personnes mal intentionnées. Elles ne sont clairement pas admises au sein de mon clan.

— Angie ne fait pas partie de ton clan et c’est loin d’être un taré ! De quoi est-ce que tu te mêles, à la fin ? Ce qu’il se passe entre lui et moi ne te regarde pas !

Kierân accuse le coup. Je ne parviens pas à comprendre l’expression qu’il affiche sur son visage. Les veines de son cou se gonflent légèrement lorsqu’il contracte les mâchoires.

— Si tu veux dormir ailleurs cette nuit, prends la chambre de Raphaël. Il dormira avec moi.

Je détache enfin mon attention du chef des métamorphes et fixe Raphaël, qui hoche la tête silencieusement.

— Ça ne me dérange pas.

Le pauvre est resté en retrait durant toute ma conversation avec Kierân, et maintenant que ce dernier s’adresse à lui, c’est pour lui demander de me laisser sa chambre pour la nuit.

— Je vais vous laisser à votre discussion, déclare soudainement Kierân.

Il nous tourne le dos, mais au moment de franchir le seuil du couloir, il s’arrête pour m’adresser ces derniers mots :

— Passe une bonne nuit, Evalina.

Puis il claque la porte derrière lui. Sa dernière phrase était affreusement sèche. Il nous a quittés précipitamment. Presque… en colère. Je ne comprends pas pourquoi je m’en inquiète. Qu’il souffre ou qu’il aille bien, je ne devrais pas m’en préoccuper. Il ne m’intéresse pas. Il ne m’intéresse pas. Il ne m’intéres…

— Kierân n’est pas toujours aussi brutal, s’excuse Raphaël. Normalement, il a de bonnes manières.

— Normalement ?

— Il a beaucoup de choses en tête ces derniers temps.

— Comme quoi ?

Raphaël secoue la tête en souriant.

— Tu sais très bien que je ne vais pas te répondre.

— Oui, mais j’avais bon espoir.

Je me rassieds lourdement sur le lit. Je pose mes coudes sur mes cuisses et enfouis mon menton entre mes mains. Raphaël se rapproche, mais il prend soin de me laisser l’espace dont j’ai besoin. Je me demande s’il se souvient de ce fameux soir.

— Raph’, j’ai quelque chose à éclaircir. Quelque chose qui s’est passé à ma soirée, précisé-je.

Raphaël grimace et se frotte la nuque.

— Le baiser ?

— Oui…

Cette fameuse soirée où il avait trop bu et m’avait embrassée. Je l’avais stoppée net par une gifle bien envoyée, et le lendemain, quand on s’était revus, il avait fait comme si rien ne s’était passé.

— J’ai… je voulais en parler avec toi, mais lorsque tu as ouvert la porte ce lendemain, je me suis dégonflé. J’ai fait comme si tout allait bien. Je ne voulais pas qu’il y ait de malaise entre nous.

— Si tu étais toujours amoureux de Roxana à l’époque, pourquoi m’avoir embrassé ?

— J’avais bu. Et je crois qu’inconsciemment, je voulais savoir si Roxana éprouvait toujours des sentiments pour moi. Pour elle, ça semblait facile. J’ai voulu obtenir une réaction de sa part. Je m’en veux terriblement, Evalina ! C’était stupide.

Il fourre les mains dans ses poches, puis me demande nerveusement :

— C’était ton premier ?

J’acquiesce. Oui, c’était mon premier baiser. Mais je ne le considère pas comme tel. Il n’était rien comparé au premier que m’a donné Angie, devant la porte de l’Imposant.

— Je suis vraiment désolé.

— Ce n’est pas si grave. Et puis, il me semble que tu en avais bien payé le prix !

Raphaël pointe son visage de son index :

— Ma joue s’en souvient bien, oui !

Il esquisse un sourire amusé.

— Est-ce qu’il existe des métamorphes capables de remonter dans le temps ? le questionné-je subitement.

— Malheureusement, non. Ce genre de pouvoir n’existe pas à Réturis.

Je fronce les sourcils.

— À Réturis ?

Raphaël hausse les épaules.

— Tu penses vraiment qu’il n’existe que deux planètes habitables dans l’univers ? Parce que moi non.

— Tu y crois réellement ?

— Pourquoi pas ?

Je m’écroule sur le matelas et observe le plafond de la chambre, les bras étendus de part et d’autre de mon corps.

— À quoi ressembleraient les habitants, d’après toi ?

— Ils seraient comme nous, mais avec des particularités physiques différentes, je pense. Peut-être ont-ils la peau rouge ? Des cheveux d’or, avec une tête suffisamment grosse pour en supporter le poids ?

— Des cheveux en or ? rigolé-je. Prie pour que les habitants de la Terre ne la trouvent pas, parce que dans le cas contraire, je doute qu’ils résistent au plaisir de les envahir afin de leur couper les cheveux !

— Tu penses qu’ils envahiraient cette planète juste pour récupérer de l’or ?

Je ferme les paupières et articule en bâillant :

— Pas toi ?

— Les Terriens ne me semblent pas barbares.

— Tous les Terriens ne sont pas aussi pacifistes que l’était Roxana.

— Aucun ne peut être pire que la Démone.

— Tu serais surpris, murmuré-je.

Un silence s’installe doucement dans la pièce. Un silence durant lequel je me rends compte à quel point cela m’avait manqué. Parler avec un ami, rire. Oui, inconsciemment, tout ça m’avait manqué.

— C’est moi ou tu es en train de me lâcher pour dormir ? me questionne-t-il soudainement.

— Je crois que je suis en train de te lâcher.

— J’en étais sûr, ricane-t-il. T’es toujours aussi faible face au sommeil.

Je rouvre brusquement les paupières, attrape l’oreiller le plus proche et le lui balance en pleine figure, mais il le rattrape avant.

— Et toujours aussi prévisible, ajoute-t-il dans un sourire.

Je lâche mon soupir le plus bruyant et retrouve le confort du matelas sous mon dos. Raphaël me tend l’oreiller. Je le récupère et en profite pour lui poser une question qui me brûle les lèvres :

— Pourquoi n’apprécies-tu pas Matt ?

— C’est tout le contraire, Evalina. Je l’aime bien. C’est lui qui ne m’apprécie pas.

— Mais pourquoi ?

— Au début, on s’entendait plutôt bien. Mais lorsqu’il a vu… lorsqu’il a vu que son frère passait plus de temps avec moi, il a commencé à prendre ses distances. Il a tenté d’attirer l’attention de Kierân comme il pouvait, mais je crois que tous ses stratagèmes et ses crises n’ont fait que pousser son frère un peu plus vers moi. Kierân m’estime moins sentimental que Matt, et pour lui, c’est un atout. Il met souvent son frère de côté pour certaines missions parce qu’il ne le pense pas à la hauteur.

— Il croit que les émotions nous détruisent, murmuré-je.

Raphaël hoche la tête.

— Je ne partage pas son point de vue. À vrai dire, j’aimerais parfois être aussi humain que l’est Matt, mais ça ne fait pas partie de moi. J’aurai toujours tendance à privilégier le clan au détriment de mes propres sentiments.

— Matt est jaloux de toi.

— De la relation que j’entretiens avec Kierân, me rectifie-t-il.

C’est la faute du chef des métamorphes. C’est lui qui instaure cette honte et cette haine à l’égard des sentiments. Ce serait plutôt lui qui aurait besoin d’être remis sur le droit chemin, et non pas Matt qui devrait s’endurcir.

— J’ai déjà essayé d’arranger les choses, reprend Raphaël, mais sans succès. Peut-être que toi, il t’écoutera.

— Kierân ?

— Non, Matt.

Raphaël fronce les sourcils.

— T’étais en train de penser à Kierân ?

— Non ! Pas du tout !

Raphaël me fixe d’un air peu convaincu.

— Tu sais que tu es une très mauvaise menteuse ?

Je lâche un grognement de frustration, attrape l’oreiller à mes côtés et le plaque sur mon visage. Le rouge me monte aux joues.

— Je ne mentais pas.

— Evalina… Kierân sait comment laisser sa marque dans l’esprit des gens.

— Je pensais à Matt !

— Bien sûr, rigole Raphaël. Si tu le dis.

Un silence horriblement gênant s’installe dans la pièce. Je serre l’oreiller un peu plus fort contre mon visage.

— On se voit demain, Evalina. Je dois te laisser.

Une fois la porte refermée derrière lui, je me retrouve seule dans cette chambre glauque. Un oreiller et des pensées pour me tenir compagnie. Des pensées que je refoule tant bien que mal, que je ne veux pas affronter. La présence de Kierân m’a chamboulée. Bien plus que je ne veux l’admettre. Il y a quelque chose d’étrange, chez lui. De dangereusement intrigant et de profondément captivant. J’ai beau essayer de me convaincre qu’il ne m’attire pas, dès qu’il entre dans une pièce, il fait de l’ombre aux autres. Je ne vois plus que lui. Il m’enferme dans une bulle, et je ne suis pas foutue de lever le petit doigt pour l’éclater. Parce que la vérité, c’est que je n’en ai pas envie. Je ne voulais pas qu’il quitte cette pièce. J’avais encore tellement de choses à lui demander. Mais il a tout éclipsé. De sa simple, intrigante et présomptueuse présence, il a tout éclipsé. Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ?

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RemerciementsNous voici arrivés au milieu de l’aventure. Déjà trois tomes qui ont eu la chance de voir le jour… et j’ai toujours autant de mal à réaliser ! Je suis incroyablement contente d’en être arrivée là. Ça n’aurait jamais été possible sans les deux meilleurs éditeurs au monde (je suis très objective). Guillaume et Ophélie, merci tellement de me permettre de vivre tout ça. Je ne le dirai jamais assez, mais je suis vraiment admirative de tout le travail que vous fournissez au quotidien, de votre patience avec les pavés que sont les tomes de Surnaturels avant les corrections, de votre efficacité, de votre minutie, de votre gentillesse, de votre considération, de votre énergie, de votre talent… et j’allais conclure en parlant de l’humour, mais je crois que pour l’un des deux, ça ne s’applique pas… (Je suis en train de culpabiliser d’avoir dit ça dans mes remerciements.) Vous méritez tellement d’aller loin. Cette maison d’édition inceptionnelle est une véritable pépite.Et

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 25Sentiments apocalyptiques

Chapitre 25Sentiments apocalyptiquesJe ne sais pas comment j’ai fait, mais je suis debout. Je fonce dans le couloir à la recherche de la chambre de Kierân. Je sais qu’elle n’est pas loin de celle de Raphaël. Ma panique s’est transformée en rage monstre. Je ne veux plus qu’une seule chose. Le trouver, lui. J’ai envie de crier. D’exploser. De pleurer. Le monde ne tourne plus rond. Il a décidé de se foutre de moi et de basculer à l’envers. Je suis incapable de comprendre ce que j’ai entre les mains. J’ai voulu partir. Prendre la fuite et ne plus jamais remettre les pieds ici. Seulement, j’ai besoin de connaître la vérité. J’ai besoin de le confronter.Je passe devant les douches et bifurque dans le couloir à droite. La colère embrouille si fort mes sens que je manque de percuter Lacnas. Ce dernier m’adresse une phrase que j’entends à peine, continuant mon chemin. Seulement, il me rattrape. Je le repousse brutalement. Trop brutalement. Son dos vient percuter le mur et il tombe lourdem

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 24Effrayante vérité

Chapitre 24Effrayante véritéDe justesse, j’évite son poing et lui assène un coup dans le ventre. Il recule, prêt à intercepter mon bras, mais j’arrête mon geste et lui flanque un coup de pied dans les genoux. Il s’écroule à terre. Ni une ni deux, je me jette sur lui pour le maintenir fermement au sol. Mais avant que je ne puisse l’écraser de tout mon poids, il me donne un violent coup dans la poitrine et je lâche prise. Il en profite pour inverser les rôles. Il me plaque à terre, mais en usant de ma force de Gémone, je parviens à le faire basculer. Il tente de me frapper à coups de tête, mais je place mes mains autour de sa gorge pour l’en dissuader. Et je serre. Ses yeux noirs s’écarquillent. Il agrippe mes bras et tente de s’extirper de la situation. En vain. Il grogne et finit par me lâcher pour venir taper deux coups au sol. Je stoppe immédiatement mon attaque et me relève. Le premier regard que je vois, c’est celui d’Angie. Des yeux fiers. Puis un applaudissement retentit.—&

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 23Détruite

Chapitre 23Détruite— Tu avais promis que tu veillerais sur elle !— Je n’y ai pas failli !— Tu plaisantes ? !Ses yeux noirs sont furieux. Je fixe Angie, mais celui-ci secoue la tête, ne comprenant pas plus que moi ce qu’il se passe. Kierân nous observe et se mord la lèvre, embarrassé par toutes ces paires d’yeux scrutant sa discussion houleuse avec June. Presque tous sont là, devant les douches. Il ne manque que Matt et Tarek.— Elle est saine et sauve, ton hystérie n’a pas lieu d’être.— Je ne sais pas ce qui me retient de t’éclater la gueule contre un mur ! hurle-t-elle, agrippant brusquement l’imperméable de Kierân.Raphaël se précipite pour la repousser. Le regard de June est fou. Fou de rage et de haine. Lacnas se plante devant nous, écarte les bras et nous ordonne d’aller voir ailleurs, mais aucun des Surnaturels ne veut louper une miette de ce qui se joue en face d’eux. Moi la première.— Ça fait deux fois, Kier

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 22Porte secrète

Chapitre 22Porte secrèteD’un crachat, Tarek expulse le sang de sa bouche et renvoie le coup au Leader, mais ce dernier l’intercepte. Il saisit le bras du métamorphe, et en deux temps trois mouvements, il parvient à le renverser au sol d’une technique impressionnante.— Zéphyr n’est plus là pour m’empêcher de te tuer, lui murmure le Leader à l’oreille.Tarek tente de se défaire de son emprise, mais Angie le maintient fermement au sol, un genou contre son dos, le bras dans une posture qui se veut douloureuse.— Et j’ai vraiment très envie de le faire.Des éclats de voix et des grognements explosent tout autour de nous. Les métamorphes avancent d’une démarche menaçante vers Angie, prêts à défendre l’un des leurs. Le Leader relève Tarek et le pousse brutalement contre le mur, pointant une dague sous sa gorge. Les grognements du clan s’amplifient. Kierân lève la tête.— Anne ! crie-t-il d’une voix empreinte de colère.Anne ? Je fronce les sourcils et écarq

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 11Secrètement métamorphique

Chapitre 11Secrètement métamorphiqueJe donne un grand coup de poing dans le punching-ball. Expire. Inspire. Et j’enchaîne de nouveau. C’est libérateur. Qui aurait cru que me défouler ainsi me ferait autant de bien ? D’habitude, je pleure pour évacuer mes problèmes. Mais aujourd’hui, je n’en

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 10Ultrason

Chapitre 10Ultrason— Je peux au moins savoir pourquoi tu m’as soudainement laissé en plan ?— Je ne t’ai pas laissé en plan, je suis juste… partie.Angie lève un sourcil moqueur.— À tes yeux, ce sont deux choses différentes ?— Exactement.Je repositionne corr

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 9Franchir la limite

Chapitre 9Franchir la limiteJe ne sais pas quoi faire. J’ai l’air complètement ridicule à attendre ainsi, devant sa porte. Cela doit bien faire cinq minutes que je me dandine sur place. Après cette dure journée d’entraînement à la Colombe, je n’avais qu’une envie, prendre une douche et partir me

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 12Dysharmonie collective

Chapitre 12Dysharmonie collective— C’est une brillante idée !— C’est une très mauvaise idée !Sean et Angie se sont exprimés exactement en même temps. Je me doutais bien que cette idée ne plairait pas beaucoup au Leader. Prendre la Démone de court est peut-être dangereux,

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