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Chapitre 24Effrayante vérité

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"publish date: " 2021-06-25 17:27:57
Chapitre 24Effrayante vérité

De justesse, j’évite son poing et lui assène un coup dans le ventre. Il recule, prêt à intercepter mon bras, mais j’arrête mon geste et lui flanque un coup de pied dans les genoux. Il s’écroule à terre. Ni une ni deux, je me jette sur lui pour le maintenir fermement au sol. Mais avant que je ne puisse l’écraser de tout mon poids, il me donne un violent coup dans la poitrine et je lâche prise. Il en profite pour inverser les rôles. Il me plaque à terre, mais en usant de ma force de Gémone, je parviens à le faire basculer. Il tente de me frapper à coups de tête, mais je place mes mains autour de sa gorge pour l’en dissuader. Et je serre. Ses yeux noirs s’écarquillent. Il agrippe mes bras et tente de s’extirper de la situation. En vain. Il grogne et finit par me lâcher pour venir taper deux coups au sol. Je stoppe immédiatement mon attaque et me relève. Le premier regard que je vois, c’est celui d’Angie. Des yeux fiers. Puis un applaudissement retentit.

— Félicitations, ma puce.

Kierân s’avance et tend une main à Lacnas. Ce dernier accepte l’aide proposée et se relève à son tour, les traits du visage crispés par la défaite. Puis il croise les bras sur son torse.

— Elle a le droit d’utiliser sa force surhumaine, mais moi, je n’ai pas le droit de me transformer ?

— Ne sois pas mauvais joueur, minaudé-je, sourire aux lèvres.

Il m’adresse un doigt d’honneur. J’esquisse un sourire arrogant en guise de réponse.

— C’est le meilleur moyen pour vous d’améliorer vos capacités physiques, lui rappelle Kierân. Si tu utilises la transformation, tu utilises la facilité.

— Dans ce cas, qu’elle se batte à armes égales !

— La Démone n’abandonnera pas ses pouvoirs pour ton bon plaisir, Lacnas. Evalina se révèle être notre meilleur atout pour nous exercer.

— C’est lui, la panthère ? chuchote Ethan en direction de Sean.

Mais avant que ce dernier ne puisse répondre, Lacnas se tourne dans leur direction. Il s’approche du petit garçon. Ce dernier a les paupières grandes ouvertes face à la taille impressionnante du métamorphe.

— Tu veux la voir ?

— La panthère ? s’écrie Ethan, trépignant d’impatience.

Lacnas s’accroupit en face de lui. Ses yeux noirs se mettent à briller d’une intense lueur verte. Ses canines commencent à s’allonger, et sa peau, à se recouvrir de tâches plus ou moins grosses. Ethan est hypnotisé par cette transformation. Jusqu’à ce que Lacnas arrête tout, se relève et offre un clin d’œil au petit garçon. Il fait demi-tour, rejoignant ses semblables. Ethan lui court après et lui agrippe le bras.

— Encore ! Encore, s’il te plaît ! Je veux revoir la panthère !

Lacnas jette un regard à Kierân. Celui-ci fait non de la tête, ce qui n’échappe pas à Ethan. Il place ses mains sur ses hanches et adopte un air outré.

— Pourquoi tu veux pas qu’il se transforme ?

Kierân paraît surpris qu’Ethan s’adresse à lui.

— Parce que je ne veux pas que mes métamorphes s’affaiblissent inutilement, lui répond-il.

— Ce sont tes métamorphes ? Tous ?

Kierân hoche la tête.

— Comment t’as fait pour qu’ils t’obéissent tous ? Moi, quand je veux que les Surnaturels m’emmènent combattre avec eux, eh bah ils veulent pas !

Ethan croise les bras sur son petit torse. Tout le monde s’amuse de l’échange entre lui et le meneur. À part June. Cette dernière soupire d’impatience et lève les yeux au ciel.

— Je dois probablement être meilleur que toi, sourit Kierân.

— C’est pas vrai ! C’est juste que t’es plus vieux ! Y en a toujours que pour les grands !

— Tu me donnes l’impression d’être un grand-père.

— Bah, tu l’es.

Je me mords la lèvre pour ne pas rire.

— Je ne suis pas si vieux que ça.

— Si, tu l’es ! Je te donne vingt-cinq ans !

Kierân hausse les sourcils. Il se rapproche du petit garçon. Celui-ci n’est nullement impressionné par la prestance que dégage le chef des métamorphes et le fixe du haut de son mètre dix.

— Raté, ricane-t-il.

— J’hésitais entre vingt-trois et vingt-cinq !

— Encore raté.

Ethan trépigne d’impatience.

— J’allais dire vingt-deux !

— Bonne réponse.

Je finis par rigoler face à l’aplomb du garçon envers Kierân. Celui-ci porte directement son regard sur moi. Avec insistance. Ethan me fixe à son tour, ses petits sourcils froncés. Puis il tourne la tête vers Kierân. Vers moi. Vers Kierân. Vers moi. Ses lèvres s’entrouvrent. Je ne le sens pas du tout. Si je le pouvais, je me précipiterais jusqu’à lui pour plaquer une main devant sa bouche. Malheureusement, il est déjà trop tard.

— T’es amoureux d’Evalina ? demande-t-il subitement, son regard allant de Kierân à moi, puis de nouveau sur le chef des métamorphes, qui ne me lâche pas des yeux.

Celui-ci se fige sur place. Angie a les yeux écarquillés. Comment ruiner une bonne entente entre métamorphes et Surnaturels ? Merci Ethan. Le chef se racle la gorge.

— Quelle bien étrange question.

— Bah non, elle est pas étrange ! Tu fais que de la regarder ! Et puis t’as presque le même âge qu’Angie, alors pourquoi toi aussi tu serais pas amoureux d’elle ?

Kierân jette un œil furtif vers Angie. Ce dernier le fusille du regard. Même après une semaine, j’ignore toujours de quoi ces deux-là ont bien pu parler. Angie n’a pas voulu me dire pourquoi Kierân était sorti de notre chambre le nez en sang.

— C’est ton cas, à toi ? lui retourne Kierân.

— Tu la trouves jolie ?

— Tu n’as pas répondu à ma question.

— Bah toi non plus !

Kierân soupire et me détaille de la tête aux pieds. Impossible de comprendre ce qui se trame dans sa tête.

— Je la trouve très belle, articule-t-il, sans me lâcher du regard.

Je déglutis.

— Donc t’es amoureux d’elle ?

— Il en faut bien plus pour tomber amoureux de quelqu’un.

— Je trouve aussi, dit Ethan, hochant la tête de haut en bas. Evalina veut pas que je l’aide à combattre les trénones, alors je suis pas amoureux d’elle !

— Elle a raison. C’est beaucoup trop dangereux pour un petit bonhomme comme toi.

— Je suis pas un petit bonhomme !

— Tu es haut comme trois pommes.

— Je te déteste !

— Quel dommage.

— Je suis sûr que jamais personne n’est tombé amoureux de toi tellement t’es méchant ! trépigne-t-il.

— Détrompe-toi.

J’écarquille les yeux de surprise.

— Bah moi, je tomberai jamais amoureux de toi !

— Tu as raison, ça ferait une trop grande différence d’âge, ricane Kierân.

Ethan détale à toutes jambes et vient se réfugier derrière l’Hilarant. Il agrippe son tee-shirt et s’exclame :

— Sean, le méchant là-bas, il m’a fait du mal ! Va le taper !

Le rouquin se contente d’ébouriffer les cheveux d’Ethan, alors celui-ci lui donne un coup de pied. Sean lui pince la joue. Ethan pousse un cri, et c’en est soudainement trop pour les oreilles de June.

— Non mais on va le garder encore combien de temps, ce minus ? J’en peux plus ! Il fait que de brailler à tout-va ! Ombelline doit être bien contente de s’en être débarrassée !

— Je suis pas un minus ! proteste Ethan.

— La ferme, le minus !

— Je vais te tuer !

Sean réprimande le petit garçon, mais June en remet une couche :

— Essaie un peu, pour voir !

Sa lance tournoie habilement entre ses mains. Malgré son look de guerrière aguerrie, cela ne semble pas intimider Ethan. Ce gosse est incroyable. Il n’a peur de rien, sauf que cela pourrait lui jouer de mauvais tours.

— Je vais te réduire en charpie !

June plante férocement sa lance dans le sol.

— Avec quelles armes ? réplique-t-elle.

Le regard d’Ethan lorgne la jumelée que tient Matt. Ce dernier, ayant vu clair dans le jeu du petit garçon, lève le bras gauche pour que l’arme soit hors d’atteinte.

— Donne-la-moi !

— C’est quoi le mot magique ?

— S’il te plaît !

Mais Matt garde le bras levé.

— J’ai dit, s’il te plaît !

— Oh, ne crois pas que je vais te la donner ! Je m’assurais simplement que tu connaissais tes formules de politesse, parce que toute la journée, tu as été insupportable !

Sean le remercie d’un hochement de tête. Matt lui sourit en retour, puis il reporte son attention sur le petit garçon.

— Mais j’ai été gentil aujourd’hui !

Matt hausse un sourcil. Kierân lui prend la jumelée des mains pour lui permettre de s’accroupir face au petit garçon.

— Rappelle-moi ce qui s’est passé dans les douches ?

Ethan pousse un gros soupir. Il tourne la tête vers June et Cassie. Lâche un rire malgré lui, mais reprend un air sérieux lorsque Sean lui fait les gros yeux.

— J’ai juste voulu faire une blague.

— Une blague ? T’es qu’un gros pervers, oui ! crache June.

— N’importe quoi, j’ai même pas d’ailes et de bec ! C’est toi qui sais te transformer !

— Quoi ? Il est où le rapport ?

— Bah t’as dit que j’étais un pivert !

— Je n’ai pas dit pivert, j’ai dit pervers ! Espèce de morveux !

— C’est quoi la différence ?

Mais avant que June ne puisse répondre, Matt attrape le visage d’Ethan et articule :

— Tu crois que je ne te vois pas faire ? T’es en train de changer de sujet.

— J’ai pas peur de dire ce que j’ai fait. C’est pas ma faute si elles m’ont cru !

— Attends, qu’est-ce que t’as fait ? Je suis le seul à ne pas avoir été mis au courant ? intervient Lacnas.

— Tu étais trop occupé à pleurer ta défaite de ce matin, le nargué-je.

Il me lance un regard noir. C’est plus fort que moi, ces derniers jours, j’ai pris goût à l’énerver. On aime bien se taquiner.

— Bah j’ai juste fait croire à June que Kierân était gravement mourant et à Cassie que Bastian était blessé, annonce Ethan en haussant les épaules.

— Quoi ?

— C’était juste une blague ! Je pensais pas qu’elles sortiraient de la douche toutes nues ! Et je savais pas que le sol était glissant ! Moi, j’avais mes chaussures ! Comment j’aurais pu deviner qu’elles se casseraient la figu…

— Mais la ferme ! s’écrie June. Tu en parles comme si tu en étais fier ! T’es vraiment qu’un sale petit con, un per…

Je flanque un violent coup de coude dans ses côtes, ce qui a le mérite de la faire plier en deux de douleur.

— Sérieusement, June ? Ce n’est qu’un gamin ! s’insurge Matt.

— Un gamin qui manque d’éducation, oui !

— C’est clair qu’on ne peut pas en dire autant de toi, l’apostrophé-je.

— Tu me cherches ? murmure-t-elle.

— Je crois que je t’ai déjà trouvée.

La métamorphe m’adresse un sourire hypocrite et me tire brusquement jusqu’au centre de la salle. Elle fait tournoyer sa lance d’une main à l’autre, puis la pointe en direction de ma poitrine.

— Au lieu de me donner des leçons de morale, voyons voir ce que tu as dans le ventre !

Et sans crier gare, son arme vient me faucher les jambes. Je me retrouve les fesses par terre en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

— Pathétique, déclame-t-elle, approchant sa main pour m’aider à me relever.

Je la dégage aussitôt, mais elle agrippe mon bras et se penche à mon oreille pour chuchoter :

— Il n’y a personne à l’étage. C’est maintenant qu’on doit le faire.

J’écarquille les yeux. Nous avions essayé deux ou trois fois de mettre notre plan à exécution, mais en vain. Il y avait toujours quelqu’un de présent dans les couloirs. Sauf que ce soir, Kierân nous a tous convoqués dans la pièce principale de la grotte. Cela fait plusieurs jours que nous nous entraînons les uns avec les autres, mais pour une fois, tout le monde est là. June a raison, c’est le moment !

— Comment veux-tu qu’on s’éclipse toutes les deux sans attirer l’attention ? murmuré-je, acceptant son aide afin de me relever.

— C’est simple, ricane-t-elle. Je serai en colère d’avoir perdu contre toi. Mais pour ça, il faut que ce soit un minimum crédible ! me chuchote-t-elle, avant de me frapper violemment au visage avec sa lance.

Je bascule en arrière tant la force de son coup était puissante. Je secoue la tête pour me remettre les idées en place, juste à temps pour voir June foncer sur moi. Je fais une roulade au sol et étends ma jambe droite pour pivoter, l’envoyant valser plus loin avec un tacle digne de ce nom. Puis je me jette sur elle et bloque ses mains derrière son dos. J’entends alors Ethan hurler que je suis la meilleure et que June n’est qu’un caca. Sympa, ce gosse.

— Tu veux dire que tu es prête à perdre contre moi, face à Ethan, pour pouvoir m’aider ?

— Crois-moi, lorsque tu découvriras la vérité, tu comprendras que ce n’est pas pour t’aider que je fais ça.

— Étouffe-la dans la boue ! m’encourage Ethan.

— Ne t’inquiète pas pour moi, Evalina. Je prendrai ma revanche une autre fois.

— Oh, mais je ne m’inquiète pas pour toi.

— Tu m’en vois soulagée.

Un brouillard noir s’échappe brusquement de son corps. Je le repousse avec mes pouvoirs et June profite de ma concentration pour s’extirper de sous mon corps en me flanquant un coup de genou dans le menton. Elle me contourne, agrippe mes cheveux d’une poigne ferme et me traîne au sol. Elle a certes l’intention de perdre, mais en attendant, elle n’y va pas de main morte ! Quitte à truquer le combat, autant qu’elle me le fasse payer avant. Mais je ne compte pas me laisser faire.

Elle se penche pour me murmurer des paroles humiliantes, et j’en profite pour balancer ma tête en arrière, heurtant violemment sa mâchoire. June chancelle. Je pivote sur moi-même et lui assène mon coup favori. Le tacle. Elle se vautre par terre. Mon poing termine sa trajectoire sur son nez. Elle hurle de rage et tente de se relever, mais d’un coup de pied sur sa poitrine, je la fais basculer sur le dos et je me jette sur son cou. Je serre cette peau blanche et sensible entre mes mains. La métamorphe fait mine de lutter, avant de taper deux fois sur le sol. Elle abandonne. Ethan saute de joie, tandis que les autres m’applaudissent tour à tour. Je me sens gênée.

J’ignore si June s’est laissée avoir ou bien si je l’ai réellement battue. Elle m’a donné l’impression de ne plus pouvoir continuer le combat, mais peut-être qu’en réalité, elle avait d’autres tours dans son sac. Seuls Lacnas et Cassie restent indifférents à ma prestation, ce qui ne m’étonne pas beaucoup. Lacnas se permet même de m’adresser un pouce vers le bas. Kierân, quant à lui, étudie June avec une inquiétude non dissimulée.

— Cessez d’applaudir, articule-t-il.

Matt redouble l’intensité de ses applaudissements. Kierân se retourne brusquement et lui adresse un regard si noir que le jeune caméléon obéit. Malheureusement, ou bien heureusement, c’en est assez pour que June pète un câble.

— Bien sûr, quand moi je lui enfonce des dagues dans le ventre, personne ne m’applaudit, mais lorsque c’est elle qui me bat, elle est adulée de tous !

La métamorphe se relève, l’agressivité suintant de tout son être. Elle n’a pas besoin de prétendre la colère. Elle l’est vraiment.

— Tu ne mérites pas les pouvoirs que tu as ! me crache-t-elle à la figure. Pas plus que toutes ces personnes autour de toi qui se battent pour sauver ta peau ! Tu ne mérites rien de tout ça ! Je vais me faire un plaisir de te remettre à ta place !

Mais avant qu’elle n’ait pu se jeter sur moi, Kierân s’interpose entre nous deux. Il attrape les poignets de June et lui demande de se calmer, seulement la métamorphe fait la sourde oreille et se débat furieusement.

— Je crois qu’elle n’a pas encore pris son médicament, articulé-je.

— June, tu vas me faire le plaisir d’aller le prendre. Tout de suite, insiste-t-il, l’entraînant avec lui vers l’étage.

Et je commence à paniquer. Il ne faut surtout pas que le chef des métamorphes l’accompagne. Pas maintenant !

— C’est bon, je suis capable de m’y rendre toute seule ! s’écrie June, s’extirpant violemment de l’emprise de Kierân.

Ce dernier recule et observe la métamorphe monter les marches. Je comprends que c’est à moi de jouer. Je dois m’éclipser sans que personne ne me suive. Tâche qui se révélerait sûrement facile… s’il n’existait pas d’Angie dans ma vie.

— Tu vas bien ? s’inquiète-t-il, glissant une main derrière moi et l’autre dans mes cheveux.

Depuis que « j’emprunte » le shampoing de June et qu’ils sont tout lisses, il ne cesse de les toucher. Je ne m’en lasse pas.

— Cet endroit commence à me peser, soupiré-je.

Je ne suis pas fière de m’engager sur un mensonge, mais pour arriver à mes fins, je n’ai pas le choix. Et puis, ce n’est pas vraiment une affabulation, la grotte me pèse bien plus que je ne l’aurais cru. Kierân nous interdit de sortir. Il dit que c’est trop dangereux, que la Démone nous observe peut-être et qu’elle est sans doute prête à saisir n’importe quelle occasion pour capturer l’un d’entre nous. Il n’a sans doute pas tort, mais ce manque de liberté commence à m’oppresser. Tant que les filles ne vont pas mieux, nous n’avons pas d’autre choix que de rester ici.

— On va s’en aller, ce n’est qu’une question de temps, me rassure Angie.

J’acquiesce. Trouver une excuse pour m’éclipser sans qu’il me suive.

— J’espère que tu n’as pas prêté attention aux paroles de June, reprend-il.

— Peut-être qu’elle a raison, tu sais, feinté-je. Peut-être que je ne mérite vraiment pas tout ce que j’ai.

— June est jalouse de toi. Ne la laisse pas t’atteindre par ses paroles.

— Personne ne connaît les antécédents des Gémones ! Mes ancêtres ont pu faire d’horribles choses pour acquérir un tel pouvoir, sans que quiconque n’ait été mis au courant. L’histoire des Démones est connue de tous, mais celle de ma lignée reste un mystère.

Je marque une pause, fais mine de réfléchir, puis ajoute :

— Le journal d’Eléana m’en apprendra certainement plus. Il faut que j’aille le lire.

Je me dirige vers la sortie, mais le Leader me suit. Je m’arrête net.

— Je dois être seule pour faire ça, Angie.

— Pourquoi ?

— Parce que c’est le journal de la toute première Démone. Il ne se laisse pas lire facilement, et si tu es avec moi, je ne serai pas concentrée comme il se doit. De plus, j’ai envie d’être un peu seule.

Le Leader le comprend, parce qu’il est exactement comme moi sur ce point. Par moments, nous avons tous les deux besoin d’un peu de solitude. Alors il hoche la tête et me laisse partir. Je lui offre un sourire reconnaissant, puis tourne les talons. Lorsque je passe aux côtés de Kierân pour me rendre jusqu’au petit escalier en terre, les battements de mon cœur accélèrent brusquement. J’ai peur qu’il m’interpelle. Mais il se contente de me regarder disparaître dans le tunnel.

Je longe le petit couloir et passe devant les douches. June est affalée contre un mur, le chignon défait, la mine impatiente. Lorsqu’elle me voit, elle ne dit rien, mais son regard accroche le mien. Je hoche la tête silencieusement et continue mon chemin. Je monte les sept autres petites marches habituelles menant aux chambres, pivote directement sur la gauche, et me plante devant cette fameuse porte ornée de serpents. Mon cœur bat à mille à l’heure. Chaque jour, je passe devant cette porte. Chaque jour, je me demande ce qu’y cache Kierân. De nombreuses hypothèses ont germé dans ma tête. Retient-il quelqu’un ? Fait-il des expériences ?

J’attends que le silence soit brisé par la crise de nerfs de June. Compter trois secondes après le premier coup pour abattre cette porte. J’inspire profondément et prépare ma force de Gémone. Si jamais je suis en décalé, ne serait-ce que de quelques secondes avec elle, ça s’entendra. Lacnas l’entendra. Aucun métamorphe n’est doté d’une ouïe aussi développée que lui. Je n’ai vraiment pas intérêt à me louper.

Et le premier coup, suivi d’un hurlement de rage, me donne enfin le top départ. Des éclats de voix se font entendre. Un… deux… trois. Je balance mon pied contre la poignée en même temps que le poing de June dans le mur. Le verrou a sauté. Je ne prends pas la peine de réfléchir et pénètre dans la pièce, refermant la porte derrière moi. Je m’adosse contre cette dernière, le souffle court. Je bats des paupières, mais je ne vois strictement rien. Il fait noir.

À tâtons, je cherche l’interrupteur sur ma droite. June a bien spécifié que cette pièce était la seule à fonctionner à l’électricité. Une fois actionné, je constate, malgré la faible lumière, que Kierân n’avait pas menti. Cette pièce est bel et bien en travaux. Le lit double est recouvert d’une grande bâche transparente. Il lui manque deux pieds, ce qui le fait pencher. Les draps sont déchirés, les oreillers lacérés. Comme si une furie était passée par là et avait tout saccagé avec une force phénoménale. Sur ma gauche, un bureau est brisé. Lui aussi est recouvert d’une bâche. Tout comme une grande armoire en bois, au fond de la pièce. Il n’y a pas d’autres portes. Et visiblement, personne n’est retenu captif ici.

Mais alors quoi ? Si Kierân a si peur que je mette les pieds dans cette pièce, ce n’est pas pour rien. Je n’ai pas beaucoup de temps. Je me précipite vers le bureau, soulève la bâche et trouve les tiroirs en mauvais état. La plupart sont vides, seul un contient des stylos. Je n’en ai jamais vu d’aussi beaux, ni même d’aussi originaux. Kierân en fait-il la collection ? Je fronce les sourcils. Ce n’est pas la question que je dois me poser en cet instant. Tant pis pour la discrétion, j’arrache les tiroirs et renverse tout par terre afin de trouver autre chose. J’étale les stylos et tâtonne le bois des tiroirs, à la recherche d’un double fond. Sans succès.

Je me relève et m’attaque au lit. La bâche retirée, j’enlève les taies des oreillers. Je secoue ces derniers et les frappe pour déterminer si quelque chose s’y trouve, mais je ne sens rien d’anormal… Je les laisse tomber et retire sauvagement les draps. Rien non plus. Sous le matelas ? Même constat. Je me glisse sous le lit branlant et examine chaque latte. Encore une fois, je suis bredouille. Je commence à perdre patience. Je me dirige vers l’armoire imposante, tire sur la bâche qui tombe au sol, et je remarque d’emblée un trou dans la porte de gauche. Il a la forme d’un poing. Le mien pourrait y rentrer sans problème. L’armoire est fermée à clé, mais ce n’est pas un problème. Je rassemble ma force et l’ouvre d’un coup sec.

Mes yeux se posent d’abord sur une collection de tissus sombres. Il y a quelques manteaux qui ressemblent beaucoup à celui qu’a l’habitude de porter Kierân. Pour le reste, je ne peux qu’admirer un arc-en-ciel de couleur. Il y a dans cette penderie une multitude de robes, soigneusement accrochées à des cintres. Des rouges d’un côté, des violettes de l’autre, ou encore des bleues, des vertes… Seule la couleur blanche y est absente. Pourquoi Kierân cache-t-il une armoire remplie de vêtements féminins ? J’en décroche une noire pour mieux l’observer. Elle ne peut pas appartenir à June, la métamorphe est plutôt grande. Or, la robe est assez courte. En fait, elle pourrait presque m’aller. Elle est peut-être juste un peu trop large. Je la repose, l’esprit en ébullition. J’écarte les habits de part et d’autre de l’armoire, à la recherche d’un double fond. Je toque même un peu pour tenter d’entendre une dissonance, mais encore une fois, il n’y a rien.

Je m’assieds sur le lit, balayant de nouveau du regard ce qui m’entoure. Rien ne me saute aux yeux… Désespérée, j’enfouis ma tête entre mes mains, les yeux rivés au sol. Le sol ! Je me retrouve à quatre pattes dans la seconde qui suit, essayant vainement de repérer une lame du plancher qui serait facilement décollable. Je suis si concentrée que je ne vois plus le temps passer. Mais lorsque je commence à ressentir une douleur au bas du dos, je comprends que ça ne sert à rien. Ni le sol ni le plafond ne m’apportent une quelconque piste. La frustration me gagne. Il y a forcément quelque chose dans cette pièce ! June aurait pu me jouer un mauvais tour, c’est une possibilité. Mais la terreur dans le regard de Kierân, elle, était bien réelle.

Je ne sais même pas ce que je cherche. Ça pourrait tout aussi bien être minuscule mais avoir une grande importance. Je fixe les stylos, m’accroupis, et décide de les ouvrir un à un. Après tout, n’est-ce pas dans des endroits improbables que l’on cache souvent les choses ? Mais pour le moment, tout ce que je vois, ce sont des cartouches d’encre de toutes les couleurs. Je continue quand même, ouvrant et refermant chacun d’entre eux deux fois de suite, avant de me rendre compte que là non plus, il n’y a rien. C’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Pire encore. Si je prends cette expression au premier degré, je sais au moins ce que je cherche. Mais là, je ne sais même pas ! Et cela fait un bon moment que je suis ici. Le temps presse.

J’espère qu’Angie est toujours en train de s’entraîner. Je me relève difficilement, épuisée, le moral au plus bas. Je tourne la tête vers l’armoire grande ouverte. Je me dirige machinalement vers elle, le regard fasciné par toutes ces robes de même taille. Elles ont été faites pour une seule et unique personne, c’est sûr. Mais qui ? La qualité est aussi impressionnante que la quantité. Je touche leur tissu du bout des doigts. C’est doux, soyeux et agréable. Tout comme les quelques manteaux. Les poches. Il y en a beaucoup, mais après tout, pourquoi pas ? Je glisse ma main dans la première. Rien. Je continue, la deuxième, la troisième, ainsi de suite, toujours rien. Jusqu’au dernier. Ma main rencontre une surface dure.

Il y a quelque chose dans cette poche. Je sors l’objet, qui est de forme ovale. J’ouvre la partie centrale. La terreur me saisit aussitôt et je le lâche instantanément. Je m’écroule au sol, à ses côtés, une main tremblante plaquée sur ma bouche. Ma poitrine se compresse. J’ai de plus en plus de mal à respirer. Pourtant, j’avance de nouveau mes doigts jusqu’à lui. Peut-être que j’ai tout imaginé. Peut-être que je suis folle. Je le retourne, et de nombreuses larmes dévalent mes joues. Je respire bien trop vite. Je tente de me relever, mais c’est peine perdue. Mes yeux sont obnubilés par l’objet. J’ai envie de balancer ce truc à travers la chambre. De le fracasser contre un mur. Mais aussi de le garder. De le chérir.

June avait raison. La seule chose que je souhaite maintenant, c’est partir d’ici et ne jamais revenir.

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Chapitre 25Sentiments apocalyptiquesJe ne sais pas comment j’ai fait, mais je suis debout. Je fonce dans le couloir à la recherche de la chambre de Kierân. Je sais qu’elle n’est pas loin de celle de Raphaël. Ma panique s’est transformée en rage monstre. Je ne veux plus qu’une seule chose. Le trouver, lui. J’ai envie de crier. D’exploser. De pleurer. Le monde ne tourne plus rond. Il a décidé de se foutre de moi et de basculer à l’envers. Je suis incapable de comprendre ce que j’ai entre les mains. J’ai voulu partir. Prendre la fuite et ne plus jamais remettre les pieds ici. Seulement, j’ai besoin de connaître la vérité. J’ai besoin de le confronter.Je passe devant les douches et bifurque dans le couloir à droite. La colère embrouille si fort mes sens que je manque de percuter Lacnas. Ce dernier m’adresse une phrase que j’entends à peine, continuant mon chemin. Seulement, il me rattrape. Je le repousse brutalement. Trop brutalement. Son dos vient percuter le mur et il tombe lourdem

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 24Effrayante vérité

Chapitre 24Effrayante véritéDe justesse, j’évite son poing et lui assène un coup dans le ventre. Il recule, prêt à intercepter mon bras, mais j’arrête mon geste et lui flanque un coup de pied dans les genoux. Il s’écroule à terre. Ni une ni deux, je me jette sur lui pour le maintenir fermement au sol. Mais avant que je ne puisse l’écraser de tout mon poids, il me donne un violent coup dans la poitrine et je lâche prise. Il en profite pour inverser les rôles. Il me plaque à terre, mais en usant de ma force de Gémone, je parviens à le faire basculer. Il tente de me frapper à coups de tête, mais je place mes mains autour de sa gorge pour l’en dissuader. Et je serre. Ses yeux noirs s’écarquillent. Il agrippe mes bras et tente de s’extirper de la situation. En vain. Il grogne et finit par me lâcher pour venir taper deux coups au sol. Je stoppe immédiatement mon attaque et me relève. Le premier regard que je vois, c’est celui d’Angie. Des yeux fiers. Puis un applaudissement retentit.—&

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 23Détruite

Chapitre 23Détruite— Tu avais promis que tu veillerais sur elle !— Je n’y ai pas failli !— Tu plaisantes ? !Ses yeux noirs sont furieux. Je fixe Angie, mais celui-ci secoue la tête, ne comprenant pas plus que moi ce qu’il se passe. Kierân nous observe et se mord la lèvre, embarrassé par toutes ces paires d’yeux scrutant sa discussion houleuse avec June. Presque tous sont là, devant les douches. Il ne manque que Matt et Tarek.— Elle est saine et sauve, ton hystérie n’a pas lieu d’être.— Je ne sais pas ce qui me retient de t’éclater la gueule contre un mur ! hurle-t-elle, agrippant brusquement l’imperméable de Kierân.Raphaël se précipite pour la repousser. Le regard de June est fou. Fou de rage et de haine. Lacnas se plante devant nous, écarte les bras et nous ordonne d’aller voir ailleurs, mais aucun des Surnaturels ne veut louper une miette de ce qui se joue en face d’eux. Moi la première.— Ça fait deux fois, Kier

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 22Porte secrète

Chapitre 22Porte secrèteD’un crachat, Tarek expulse le sang de sa bouche et renvoie le coup au Leader, mais ce dernier l’intercepte. Il saisit le bras du métamorphe, et en deux temps trois mouvements, il parvient à le renverser au sol d’une technique impressionnante.— Zéphyr n’est plus là pour m’empêcher de te tuer, lui murmure le Leader à l’oreille.Tarek tente de se défaire de son emprise, mais Angie le maintient fermement au sol, un genou contre son dos, le bras dans une posture qui se veut douloureuse.— Et j’ai vraiment très envie de le faire.Des éclats de voix et des grognements explosent tout autour de nous. Les métamorphes avancent d’une démarche menaçante vers Angie, prêts à défendre l’un des leurs. Le Leader relève Tarek et le pousse brutalement contre le mur, pointant une dague sous sa gorge. Les grognements du clan s’amplifient. Kierân lève la tête.— Anne ! crie-t-il d’une voix empreinte de colère.Anne ? Je fronce les sourcils et écarq

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 17Chorégraphie endiablée

Chapitre 17Chorégraphie endiablée— Voici votre chambre, annonce Kierân.— Notre chambre ? m’étonné-je.Angie et moi pénétrons à l’intérieur d’une pièce de petite taille où la couleur marron domine largement. Il fait assez froid.— Quoi, vous n’êtes pas ensemble ? nous

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 16Attirante curiosité

Chapitre 16Attirante curiosité— Evalina… Evalina ! Tu m’entends ? Evalina ! S’il te plaît, dis quelque chose !Mes paupières sont closes. Je me sens lourde. Affreusement lourde. Je parviens finalement à bouger les mains.— Evalina, parle-moi ! Fais-moi un sig

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 15Énergie destructrice

Chapitre 15Énergie destructrice— Je… je ne comprends pas, murmuré-je contre son cou.Raphaël. Les questions se bousculent par dizaines dans ma tête, mais aucune d’entre elles ne parvient à sortir. Je me délecte de ce moment, celui de l’avoir dans mes bras, sain et sauf. Celui de l’avoir re

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 14Homicide involontaire

Chapitre 14Homicide involontaire— Tu ne pourras pas les retenir éternellement…— Tais-toi.— Tu es plus faible que d’ordinaire.— J’ai dit, tais-toi, Isaac ! hurle-t-elle, les yeux luisant d’une couleur carmin.Après avoir passé plusieurs semaines en sa compagnie, se

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