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Chapitre 17Chorégraphie endiablée

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"publish date: " 2021-06-25 17:27:55

Chapitre 17Chorégraphie endiablée

— Voici votre chambre, annonce Kierân.

— Notre chambre ? m’étonné-je.

Angie et moi pénétrons à l’intérieur d’une pièce de petite taille où la couleur marron domine largement. Il fait assez froid.

— Quoi, vous n’êtes pas ensemble ? nous questionne Kierân.

— Si, répond Angie.

— Parfait. Cette chambre sera donc la vôtre, déclare le chef des métamorphes, un sourire aux lèvres. Sachez simplement que les murs ne font pas de miracle en termes d’isolation.

Puis il ferme la porte, me laissant seule avec le Leader. Je fixe le lit double, à droite de la porte. Je vais dormir avec Angie. Je ferme les paupières. Inspire un bon coup. Tout va bien se passer.

— Ça te pose un problème ? me questionne soudainement le Leader en s’asseyant au bord du lit.

Je rouvre les yeux et fronce les sourcils.

— Tout ça, précise-t-il, montrant d’un geste vague l’espace qui nous entoure.

— Euh… Non.

D’un mouvement de la tête, il me fait signe de venir le rejoindre. Je m’approche de lui, quelque peu nerveuse. Il me tend ses mains, que je prends dans les miennes.

— Parle-moi, Evalina.

Comment lui dire qu’en vivant encore plus proches qu’avant, la situation se complique. Que désormais, mon cœur lui appartient, que je veux tout de lui, mais qu’Isaac reste mon âme sœur et que je ne veux pas qu’il souffre.

— Tu sais que je n’aime pas lorsque tu restes silencieuse, murmure-t-il, passant une main dans mes cheveux ondulés.

— Je sais.

— Alors parle-moi. Dis-moi ce qui ne va pas.

Je suis morte de trouille, voilà ce qui ne va pas. Pourquoi ma gorge est-elle aussi serrée ? Le Leader pousse un petit soupir. Il pose ses mains sur mes hanches et m’attire à lui, m’installant à califourchon sur ses jambes.

— Si ça te pose un problème que l’on partage une chambre, je peux toujours m’arranger avec Sean… mais ça te fera dormir avec Cassie.

— Non, ça va aller.

Le Leader esquisse un petit sourire en coin.

— Tu n’as pas nié que partager cette chambre avec moi te posait problème.

Mince.

— Ce n’est pas vraiment ça qui m’embête.

Angie cale quelques mèches de mes cheveux derrière mes oreilles, puis fait glisser ses mains le long de mon dos, tendrement.

— C’est le fait qu’on dorme ensemble ? devine-t-il, plongeant son regard aigue-marine dans le mien.

Sa franchise est aussi agréable que terrifiante. Il n’a pas peur d’engager la discussion là-dessus, contrairement à moi.

— Tu sais que je dormirai par terre si ça peut t’aider à te sentir mieux, me taquine-t-il.

— Surtout pas ! Te savoir à mes côtés m’aidera. Cet endroit est… vraiment… particulier.

Je jette un regard circulaire à la pièce. Je ne suis vraiment pas fan de cette couleur terreuse. Elle donne un aspect sombre, sordide et affreusement glauque. C’est un repère de métamorphes, je ne devrais pas m’attendre à mieux. Mais cet endroit me fout les jetons. Angie attrape mon menton pour ramener mon attention sur son visage.

— Qu’est-ce qui te préoccupe, alors ?

Je veux plus. Et je sais d’ores et déjà que ce séjour ne va pas être de tout repos. Pas lorsque Angie me regarde avec ces yeux-là. Le rouge remplace l’aigue-marine, et il ne cherche pas à le cacher. Il ne lutte plus contre ses émotions. Il doit s’apercevoir que c’est mon cas aussi. Il me laisse en être la seule et unique spectatrice. Il me laisse briser ses barrières, effondrer le mur qu’il a si longuement érigé et m’emparer de ses trésors les mieux enfouis. Je suis fébrile. Le sentir si près de moi, pouvoir le toucher, l’observer me regarder comme si j’étais la huitième merveille du monde, c’est trop. Je fonds dangereusement. Et le Leader le remarque bien.

Il glisse sa main le long de ma mâchoire et s’empare de mon cou. Ses lèvres s’y déposent délicatement, son nez me chatouillant l’oreille. J’agrippe ses cheveux blonds, en quête de plus. Mon cœur reprend les pas d’une longue danse. Une danse qui m’est atrocement familière, et douloureusement ancienne à la fois. Angie laisse promener ses lèvres le long de ma peau. Doucement, si sensuellement, que je ne réponds plus de rien. J’empoigne ses cheveux un peu plus fort.

Sa main gauche descend jusqu’à ma taille, puis me rapproche fermement contre lui. Mes cuisses enserrent les siennes avec un besoin avide de ne jamais le laisser partir. C’était une mauvaise idée de nous laisser seuls dans la même pièce. Son pouce vient effleurer ma bouche avec tant de délicatesse que je ne peux retenir un gémissement d’impatience. Je le préfère moins doux. Et il le sait. Ses doigts se faufilent jusqu’en bas de mon dos. Je me suis perdue dans ce flot de sensations. Quelque chose me dit que ce n’est pas une bonne idée, mais mon cœur s’en moque éperdument. Il s’est épris de cet homme, dont le visage est si proche du mien. Je peux sentir le souffle de sa respiration caresser ma peau. Il est beaucoup trop près. C’est un jeu terriblement dangereux auquel j’ai su résister par le passé, mais ce soir, j’ai déjà perdu. Je suis incapable de lui dire non. J’ai besoin de lui. J’ai besoin de le retrouver.

Sa bouche n’est qu’à quelques millimètres de la mienne. L’atmosphère est électrique. La tension qui se dégage de nos corps est si puissante qu’elle me fait peur. Angie colle son front contre le mien. Ses muscles se tendent, et ses lèvres s’emparent brutalement des miennes. Son baiser est puissant. Ses mains remontent le long de mon dos et m’entraînent avec lui sur le matelas. Je me retrouve au-dessus de lui. Il rompt le contact de nos lèvres pour pouvoir me regarder. Mes cheveux lui chatouillent le visage. Il s’empresse de les replacer derrière mes oreilles. Sans plus attendre, je me penche pour retrouver la douceur et la brutalité de ses baisers. Un contraste si particulier.

L’une de ses mains se faufile sous mon débardeur. Ses doigts se promènent le long de ma taille. Ils me font perdre le peu de bon sens qu’il me restait. Sa langue se faufile entre mes lèvres désireuses tandis que je crève de le sentir explorer d’autres parcelles de mon corps qu’il n’a jamais eu l’occasion d’embrasser. J’agrippe alors le tissu de mon haut et le passe par-dessus ma tête. Il ne lui en faut pas plus pour que ses yeux virent en une éclatante couleur orange. Il pose ses coudes sur le matelas pour se surélever, mais d’un geste vif, je le repousse contre les couvertures. Il me regarde comme s’il cherchait à graver cet instant dans sa mémoire à tout jamais. Comme si je représentais tout pour lui. D’un geste assuré, il m’attrape par la taille et me renverse sur le lit, prenant le dessus. Je tente de garder les paupières ouvertes, mais lorsqu’il commence à glisser ses doigts le long de ma peau, je capitule.

— Ouvre les yeux, me murmure-t-il à l’oreille. S’il te plaît.

Sa voix grave me supplie presque. Je décide de lui obéir. Angie prend le temps de m’observer, et je ne suis pas mal à l’aise, bien au contraire. J’aime le regarder me dévorer comme il le fait. Je passe mes mains autour de son cou et le tire jusqu’à moi, mais il m’attrape les bras et les plaque contre le matelas.

— Tu es magnifique, articule-t-il d’une voix rauque.

Je fixe ses lèvres charnues, obnubilée par leurs courbes et la manière dont elles s’étirent lorsqu’il sourit. Je suis fascinée par la façon dont elles se rapprochent des miennes, et frustrée lorsqu’elles s’arrêtent à mi-chemin.

— Promets-moi de ne pas fermer les yeux.

Il s’écarte de mon visage et plonge ses lèvres sur mon ventre, puis remonte, petit à petit. Très lentement. Mes doigts se relâchent sur la couverture. Je lutte pour ne pas fermer les paupières. Pour ne pas me laisser aller à toutes ces nouvelles sensations qu’il me fait découvrir. Il relève la tête pour s’assurer que je tiens toujours ma promesse. Quand il effleure mon soutien-gorge du bout des lèvres, je me crispe un peu. Il n’insiste pas et poursuit ses baisers jusqu’à ma nuque. Il sait que je suis extrêmement sensible à cet endroit, et malgré ma bonne volonté, je ne peux pas me retenir de fermer les yeux.

— J’étais sûr que tu le ferais à ce moment-là, susurre-t-il.

J’ai envie de le frapper. Et de l’embrasser.

— Dis-moi ce que tu veux.

— Je veux que tu m’embrasses.

Angie sourit, puis m’offre un baiser furtif sur les lèvres.

— Dis-le moi encore.

— Ne rêve pas trop.

Le sourire du Leader s’élargit, puis sa bouche reprend possession de la mienne. Il laisse échapper un soupir et mordille ma lèvre inférieure, avant de la relâcher pour l’embrasser pleinement. Je brûle de le savoir aussi désireux de moi. Ses baisers sont fougueux, frénétiques, et passionnés. Il s’agenouille, et d’un geste puissant, il me soulève pour me plaquer contre son torse. J’ai tellement envie de sentir sa peau contre la mienne.

Le Leader s’écarte quelques secondes, le temps de reprendre son souffle. Il semble insatiable. Tout comme moi. Mes doigts se faufilent déjà vers son tee-shirt pour le lui retirer. Je veux marquer son torse de mes baisers. Je veux le voir céder sous mes gestes et s’incliner sous mes caresses. Il me tient tout contre lui, si serrée que je ne parviens pas à lui retirer son haut. Il me tient si fort que c’est presque comme s’il avait peur que je m’échappe et que je renonce, comme les autres fois. Comme toutes les autres fois. Je rouvre brutalement les paupières. Lâche son tee-shirt et me raidis de la tête aux pieds. Toute mon exaltation vient de s’envoler. Et Angie l’a très bien senti.

— Ne me dis pas que c’est encore lui, grimace-t-il, observant mon visage peiné.

Je déglutis et baisse le regard.

— Evalina ? J’ai besoin de savoir si c’est lui, ou bien si c’est moi qui ai fait un geste déplacé.

— Non ! Non… tu n’as rien fait de mal, Angie.

Ce dernier paraît soulagé, mais il comprend bien vite ce que cela signifie.

— Alors c’est lui.

Je hoche la tête.

— On a complètement dérapé…, murmuré-je.

— J’en ai assez, dit-il, en se détachant de moi. Assez de vivre comme ça.

— On n’a pas le choix, Ang…

— Bien sûr qu’on a le choix ! me coupe-t-il, d’un ton étonnamment cinglant. Seulement, on choisit toujours ce qu’il y a de bon pour Isaac ! Mais pour nous ? Tu y as pensé ? Parce que je ne sais pas pour toi, mais moi, ce truc est en train de me bouffer de l’intérieur !

Son changement de comportement me cloue sur place. Je devrais pourtant être habituée à ses sautes d’humeur, mais celle-ci est différente. Il a l’air d’en avoir gros sur le cœur.

— J’en ai assez de faire comme si tout allait bien ! J’en ai assez de devoir retenir ces putains de pulsions que tu fais naître en moi, simplement parce qu’Isaac en souffrira ! Il a brûlé deux des nôtres, Evalina ! Et il nous a clairement fait comprendre qu’il ne souhaitait pas être sauvé ! Il a pactisé avec la Démone, et ça me tue que tu veuilles toujours le protéger !

Je m’écarte brusquement du Leader.

— Tu pensais à lui quand tu m’embrassais ? lui demandé-je.

— Pourquoi est-ce que je devrais penser à lui dans un moment pareil ?

— Tu sais très bien ce que je veux dire ! L’as-tu fait sciemment pour lui faire du mal ?

Angie laisse passer quelques secondes, en fuyant mon regard un bref instant. Il se passe une main dans les cheveux, puis tourne des yeux coupables vers moi.

— Oui.

Je bondis hors du lit et ramasse le débardeur posé au sol.

— T’es pas croyable, Angie ! Tu m’as testée, et lorsque tu as vu que j’étais sous ton emprise, tu n’as pas hésité un seul instant alors que tu savais quelles répercussions ça aurait sur Isaac !

— Il ne me semble pas t’avoir vu me repousser.

J’écarquille les yeux. D’un geste rageur, j’enfile mon débardeur, dégage mes longs cheveux des bretelles puis rétorque :

— Tu savais que je ne pensais pas à lui ! Elle est là, la différence ! Alors que toi, tu en avais conscience !

— Tu pensais vraiment que j’allais me priver de toi ? Pour lui ? crache-t-il. On ne sait même pas de quelle façon votre lien le fait souffrir ! Mais tu sais quoi ? Je suis prêt à parier que la douleur n’est rien comparée à ce qu’endurent les filles par sa faute !

— Alors ça va se passer comme ça, maintenant ? Tu vas m’embrasser pour pouvoir lui faire du mal ?

Angie se lève et vient se planter en face de moi. Sa proximité est aussi douloureuse qu’agréable. Mon corps entier le réclame. Mais son comportement est inadmissible.

— Je n’abuserai jamais de toi dans le but de le faire souffrir. Si je t’ai embrassée, c’est parce que j’en avais terriblement envie ! Depuis des mois, putain ! Je ne peux pas te dire que je n’avais pas conscience de mes actes, parce que ce serait te mentir. Mais je suis égoïste, Evalina. Et je n’en ai rien à faire ! Je ne peux plus continuer comme ça.

Il tente de me toucher la joue, mais je repousse sa main d’un claquement sec, m’écartant de lui par la même occasion. L’émotion que je lis dans ses yeux me brise le cœur tandis que ses mots me mettent hors de moi. Il faut que je sorte d’ici. J’ai besoin d’air. Je me dirige vers la porte, mais Angie m’interpelle. La main sur la poignée, je lui dis que j’ai besoin d’espace et qu’il n’a pas intérêt à me suivre. Puis je claque la porte derrière moi.

Et je me sens affreusement mal. Nous ne sommes là que depuis quelques heures et nous avons déjà réussi à nous disputer. Je ne sais pas comment nous sommes censés vivre dans la même pièce durant trois semaines. Je soupire et descends les petites marches creusées à même la terre. Mis à part les accroches murales d’où crépitent des bougies, il n’y a aucune source de lumière. Il fait sombre, humide, froid, mais cela ne me dérange pas plus que ça. Je déteste la chaleur, alors je pense que je m’y ferai tôt ou tard. C’est avec l’ambiance que je pense avoir plus de mal. Je ne me voile pas la face, avec le caractère des uns et des autres ainsi que la haine que se vouent entre eux les métamorphes et les Surnaturels, cela ne va pas être simple. Sans compter les tensions qui existent déjà au sein même de notre groupe…

Arrivée en bas des marches, une petite cavité sombre s’offre à moi. Je reconnais le couloir que nous avons emprunté avec Kierân un peu plus tôt et décide de m’y engager. Je vais tenter de retrouver le chemin qui me mènera aux filles. Autant passer la soirée à leurs côtés. S’il y a un souci, je serai là pour elles.

Après quelques minutes à patauger dans la boue, je m’extirpe enfin du couloir, heureuse de constater que je ne me suis pas trompée. Apolline et Lucie reposent silencieusement sur la table en pierre. Je sens les particules de souffrance qui émanent de leur corps. Depuis que je commence à comprendre et maîtriser mes facultés, j’ai davantage confiance en moi. Je ressens mieux les choses. Mais j’ignore toujours quel est exactement mon pouvoir. J’ai parfois l’impression de pouvoir tout faire, mais mes capacités varient selon ce que je combats, qui est présent avec moi, pour quelle raison je les utilise. Un reniflement interrompt le cours de mes pensées. J’ai d’abord le réflexe de me rapprocher des filles, mais aucune d’entre elles n’a l’air réveillée. Je fronce les sourcils.

— Que fais-tu ici ? m’interroge une voix grave.

Je me retourne et tente de distinguer l’individu qui se tient dans l’obscurité, assis contre le mur, genoux repliés contre lui.

— Matt ?

Je m’éloigne des filles pour pouvoir l’observer de plus près. Il s’essuie le nez contre la manche de son tee-shirt, puis passe une main sur ses yeux.

— Tu vas bien ? me questionne-t-il, inquiet lorsque son regard croise le mien.

— Ce serait plutôt à moi de te poser cette question.

Il hausse les épaules.

— Je vais bien.

— Je suis presque sûre que ce ne sont pas des larmes de joie.

Matt soupire et se frotte les yeux. Je dois bien avouer que le voir ainsi me fend le cœur. Je m’assieds à ses côtés, l’endroit y étant heureusement un peu plus sec.

— Tu devrais aller dormir, me dit-il. Après la journée que tu as passée, il te faut du repos.

— Toi aussi, il t’en faut.

— Je dois veiller sur les filles.

— Tu ne vas pas pouvoir veiller sur elles nuit et jour durant trois semaines, Matt. Toi aussi, tu as tes limites.

Mais le métamorphe secoue la tête.

— Je n’ai pas le droit de me reposer. Je dois absolument les sauver. C’est le moins que je puisse faire, ajoute-t-il d’une voix plus faible.

— Ce n’est pas toi qui les as blessées.

Matt plonge la tête entre ses mains. Il reste plusieurs secondes ainsi, replié sur lui-même, sans m’adresser le moindre mot. Puis il articule soudainement :

— Je vous ai menti. J’ai trahi votre confiance et tu dois probablement me détester. Tu dois penser que je suis comme le reste de ma race, rien d’autre qu’un menteur ! Que je suis un cliché de métamorphe, et tu as raison !

La détresse et la culpabilité transpirent de son corps. Je devrais effectivement lui en vouloir. Mais il a quelque chose de plus que les autres. Quelque chose qui le différencie de ses comparses. Je sens que c’est plus profond que ce qu’il laisse paraître. Et il en devient attachant.

— Je ne te déteste pas, Matt. Je t’apprécie même plus que certains Surnaturels, tu sais.

Il écarquille les yeux. Une lueur de soulagement pétille dans ses prunelles, avant de laisser à nouveau place à l’inquiétude.

— Pourquoi ? me questionne-t-il. Je t’ai menti, Evalina. Dès le début.

— Kierân t’y a poussé. C’est une condition que je prends en compte.

— Mais j’aurais pu dire non ! D’autant plus qu’il n’était pas sérieux… mais j’ai été lâche. Et puis… le temps que j’ai passé avec vous, c’était la première fois que je pouvais être qui je suis, murmure-t-il. J’ai toujours dû mentir au clan auquel j’appartiens. Les jours que j’ai passés aux Majestueux me manquent.

Je suis tellement surprise que je ne trouve pas tout de suite les mots pour lui répondre. Le caméléon en profite pour ajouter :

— Vous vous disputez souvent, mais je vois bien que si l’un de vous a un problème, tous feront leur possible pour lui venir en aide. Et quelque part, je vous envie. Je crois… Non, c’est stupide, ricane-t-il nerveusement.

— Matt, ce n’est pas stupide ! Je t’assure !

Il triture ses mains entre elles puis admet :

— Je crois que je me suis attaché à vous.

Je suis à court de phrases, mais pas Matt. Il n’a pas l’air d’avoir de mal à se confier. Il semble même soulagé de pouvoir se débarrasser de ce poids. L’émotion s’entend dans sa voix.

— Je suis une anomalie dans ma propre race, et lorsque j’ai enfin eu la chance de m’en éloigner et de recommencer quelque chose, je l’ai gâchée. Apolline est… eh bien, je ne peux plus passer mon temps à l’embêter. Et Maximilien n’est même pas là pour… me réconforter.

— Tu aurais aimé qu’il soit là ?

— J’aurais aimé pleurer dans les bras de quelqu’un, mais Kierân nous interdit ce genre… de chose. Trop sentimental à son goût. Et de toute façon, je doute que Maximilien aurait été d’accord.

Il hausse les épaules d’un air nonchalant, comme si ce n’était pas très grave. C’est tout naturellement que je le serre dans mes bras. Le métamorphe, d’abord surpris par mon geste, en fait de même quelques secondes après. Si quelqu’un nous voyait ainsi – en particulier Angie –, je crois que ça irait très mal pour nous deux. Il avait besoin de ce câlin, mais je crois que j’en avais tout autant besoin que lui.

— Maintenant, tu veux bien me dire ce que tu fais ici ? me questionne-t-il.

Je suppose que refuser de lui répondre ne serait pas très bien vu, surtout après qu’il se soit confié à moi.

— Je me suis disputée avec Angie, alors je suis partie prendre l’air.

— Vous n’êtes pas croyables, rigole-t-il doucement. Ça fait à peine une heure que vous êtes seuls et vous avez déjà réussi à vous engueuler.

Je soupire.

— Je savais ce que je risquais en commençant cette relation. Angie n’est pas quelqu’un de facile, mais nous nous comprenons malgré tout. Seulement, mon lien avec Isaac complique les choses. Je ne suis pas sûre qu’on puisse survivre à tous ces obstacles, avoué-je, la gorge serrée.

— Bien sûr que vous allez y survivre ! L’un comme l’autre, vous avez envie de vous battre pour ce que vous avez réussi à construire. Ça crève les yeux qu’entre vous c’est sérieux.

Il marque une pause, puis avoue :

— En fait, j’admire beaucoup Angie.

— Tu l’admires ? répété-je, incrédule.

— Le rôle qu’il occupe au sein du royaume est énorme ! Il est le Leader des Surnaturels, Evalina ! Si on m’avait proposé un truc pareil, j’aurais refusé. C’est bien trop de responsabilités. Mais lui, ça ne semble pas le déranger. Il a l’air de se complaire parfaitement dans ce rôle. Il parvient même à trouver le temps de mener une relation sérieuse ! Alors oui, je l’admire.

J’étais loin de me douter que Matt ressentait pareille chose à l’égard d’Angie. Malheureusement, on ne peut pas vraiment dire que ce soit réciproque. Pourtant, je suis sûre que le Leader pourrait l’apprécier. Il est simplement aveuglé par cette haine qu’il voue à tous les métamorphes, quels qu’ils soient.

— Peut-être qu’un jour, il pensera la même chose de toi.

Matt me lance un coup d’œil très explicite.

— Bon, d’accord, peut-être pas.

— Jamais de la vie, tu veux dire, affirme-t-il en rigolant. Mais ça ne fait rien. Il a raison de vouloir se tenir éloigné de nous, les métamorphes sont source de problème.

— Pourtant, il est presque l’un des vôtres.

— C’est ce « presque » qui fait toute la différence. Tout le monde naît demi-métamorphe. Ce terme n’est retiré que lorsqu’ils parviennent à déclencher leur transformation. Ce qui différencie réellement Angie de nous, c’est le fait qu’il ne soit pas né au sein d’un clan.

Je fronce les sourcils. Matt détache son regard du mien et se frotte la tête.

— En fait, les rumeurs qui circulent sur nous touchent surtout les individus faisant partie d’un clan. Nous sommes élevés au milieu de tout un tas de métamorphes, où chacun fait preuve de sournoiseries et de mensonges afin d’arriver à occuper le poste qu’il convoite. Ou bien simplement par pur plaisir, par besoin d’adopter les façons de faire de chacun. Alors forcément, lorsque tu nais dans un endroit pareil, tu appliques ce que tu vois autour de toi. Ton entourage contribue à concevoir ta personnalité. En revanche, ceux qui ne sont pas nés au sein d’un clan peuvent logiquement échapper à cette éducation. Ce qui fait d’Angie quelqu’un de bien différent, bien qu’il soit l’un des nôtres.

— Tu penses vraiment qu’il ne va pas pouvoir échapper à ce qui l’attend ? me risqué-je à demander.

— Je suis souvent en désaccord avec Kierân, mais pas sur ce point-là. Ça me paraît inévitable.

Je pousse un profond soupir. Le fait qu’Angie devienne un métamorphe ne me dérange pas. En revanche, ce sont les répercussions que cela aura sur lui que je redoute.

— Tu sais, ça peut être une bonne chose. Pour certains, la transformation décuple les plus grands aspects de leur personnalité d’une façon potentiellement dangereuse, mais pour d’autres, elle les ajuste. Angie enfouit tellement d’émotions que ça l’aidera peut-être à les canaliser.

— Je n’en suis pas aussi sûre.

— Kierân l’a bien fait, dit-il en haussant les épaules.

Kierân. Ce chef métamorphe de vingt-deux ans qui, tout comme le Leader, détestait ce qu’il pourrait potentiellement devenir. Aujourd’hui, il est à la tête d’un clan. Il semble avoir fait beaucoup de chemin. J’ouvre la bouche, mais Matt me coupe d’emblée.

— Si tu as des questions, c’est à Kierân qu’il faut les poser. Pas à moi.

Je pousse un soupir de frustration, qui fait sourire Matt.

— Désolé. C’est… je ne veux pas que notre relation se dégrade encore plus qu’elle ne l’est déjà.

— Il t’a interdit de parler de lui ?

— Disons qu’il m’a plutôt recommandé de t’envoyer vers lui si tu voulais savoir des choses.

— Pourquoi ?

Matt paraît très gêné.

— Je n’en sais rien… Il… je crois qu’il te porte une certaine attention… pas comme les autres. Je crois qu’il est obsédé par tes pouvoirs. Et par la personne que tu pourrais devenir grâce à eux.

Je l’ai bien remarqué, mais je ne comprends pas pourquoi. Veut-il tenter de me voler mes pouvoirs ?

— Evalina ?

Ce n’est pas la voix de Matt qui m’extirpe de ma réflexion.

— Excuse-moi, t’aurais quelques minutes devant toi ?

Je hoche la tête silencieusement, puis je jette un coup d’œil vers le caméléon. Mais il ne me regarde pas. Ses yeux sont rivés sur Raphaël.

— Qu’est-ce que tu lui veux ? articule-t-il entre ses dents.

— Je n’ai pas encore eu l’occasion de m’expliquer. Je suis venu le faire maintenant, si ça ne te dérange pas, déclare-t-il en reportant son attention sur moi.

— Eh bien vas-y, parle, lui ordonne Matt.

— J’aimerais lui parler en privé.

— Ouais, j’en étais sûr. Quand il s’agit de toi, je suis toujours de trop ! T’inquiète pas, j’ai l’habitude !

Matt se relève d’un bond et quitte brusquement la pièce. Je ne comprends pas bien son comportement. Mais pour le moment, Raphaël est là. Devant moi. Je vais enfin pouvoir lever le voile sur une partie floue de mon passé.

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Chapitre 24Effrayante véritéDe justesse, j’évite son poing et lui assène un coup dans le ventre. Il recule, prêt à intercepter mon bras, mais j’arrête mon geste et lui flanque un coup de pied dans les genoux. Il s’écroule à terre. Ni une ni deux, je me jette sur lui pour le maintenir fermement au sol. Mais avant que je ne puisse l’écraser de tout mon poids, il me donne un violent coup dans la poitrine et je lâche prise. Il en profite pour inverser les rôles. Il me plaque à terre, mais en usant de ma force de Gémone, je parviens à le faire basculer. Il tente de me frapper à coups de tête, mais je place mes mains autour de sa gorge pour l’en dissuader. Et je serre. Ses yeux noirs s’écarquillent. Il agrippe mes bras et tente de s’extirper de la situation. En vain. Il grogne et finit par me lâcher pour venir taper deux coups au sol. Je stoppe immédiatement mon attaque et me relève. Le premier regard que je vois, c’est celui d’Angie. Des yeux fiers. Puis un applaudissement retentit.—&

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 23Détruite

Chapitre 23Détruite— Tu avais promis que tu veillerais sur elle !— Je n’y ai pas failli !— Tu plaisantes ? !Ses yeux noirs sont furieux. Je fixe Angie, mais celui-ci secoue la tête, ne comprenant pas plus que moi ce qu’il se passe. Kierân nous observe et se mord la lèvre, embarrassé par toutes ces paires d’yeux scrutant sa discussion houleuse avec June. Presque tous sont là, devant les douches. Il ne manque que Matt et Tarek.— Elle est saine et sauve, ton hystérie n’a pas lieu d’être.— Je ne sais pas ce qui me retient de t’éclater la gueule contre un mur ! hurle-t-elle, agrippant brusquement l’imperméable de Kierân.Raphaël se précipite pour la repousser. Le regard de June est fou. Fou de rage et de haine. Lacnas se plante devant nous, écarte les bras et nous ordonne d’aller voir ailleurs, mais aucun des Surnaturels ne veut louper une miette de ce qui se joue en face d’eux. Moi la première.— Ça fait deux fois, Kier

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 22Porte secrète

Chapitre 22Porte secrèteD’un crachat, Tarek expulse le sang de sa bouche et renvoie le coup au Leader, mais ce dernier l’intercepte. Il saisit le bras du métamorphe, et en deux temps trois mouvements, il parvient à le renverser au sol d’une technique impressionnante.— Zéphyr n’est plus là pour m’empêcher de te tuer, lui murmure le Leader à l’oreille.Tarek tente de se défaire de son emprise, mais Angie le maintient fermement au sol, un genou contre son dos, le bras dans une posture qui se veut douloureuse.— Et j’ai vraiment très envie de le faire.Des éclats de voix et des grognements explosent tout autour de nous. Les métamorphes avancent d’une démarche menaçante vers Angie, prêts à défendre l’un des leurs. Le Leader relève Tarek et le pousse brutalement contre le mur, pointant une dague sous sa gorge. Les grognements du clan s’amplifient. Kierân lève la tête.— Anne ! crie-t-il d’une voix empreinte de colère.Anne ? Je fronce les sourcils et écarq

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 13Alliance inattendue

Chapitre 13Alliance inattendue— Alors ?— Alors quoi ?— Tu vas te décider à m’adresser la parole ou tu préfères rester à bouder dans ton coin ?— Je ne boude pas, soupire Angie.— Dans ce cas, tu utiliserais quel mot pour décrire ton entêtement à gard

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 12Dysharmonie collective

Chapitre 12Dysharmonie collective— C’est une brillante idée !— C’est une très mauvaise idée !Sean et Angie se sont exprimés exactement en même temps. Je me doutais bien que cette idée ne plairait pas beaucoup au Leader. Prendre la Démone de court est peut-être dangereux,

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 11Secrètement métamorphique

Chapitre 11Secrètement métamorphiqueJe donne un grand coup de poing dans le punching-ball. Expire. Inspire. Et j’enchaîne de nouveau. C’est libérateur. Qui aurait cru que me défouler ainsi me ferait autant de bien ? D’habitude, je pleure pour évacuer mes problèmes. Mais aujourd’hui, je n’en

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 10Ultrason

Chapitre 10Ultrason— Je peux au moins savoir pourquoi tu m’as soudainement laissé en plan ?— Je ne t’ai pas laissé en plan, je suis juste… partie.Angie lève un sourcil moqueur.— À tes yeux, ce sont deux choses différentes ?— Exactement.Je repositionne corr

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