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Chapitre 4enfermee

Author: 15210689748
"publish date: " 2021-06-25 20:56:43
Chapitre 4Enfermee

Mon corps est tellement lourd… Je suis allongée sur ce qui me semble être un lit. Je peux sentir la soie des draps sous mes mains et la douceur de l’oreiller sous ma tête. Seulement, je ne peux pas en avoir la certitude. Mes yeux refusent catégoriquement de s’ouvrir. J’ai beau user de toute ma force mentale pour entrouvrir ne serait-ce qu’une seule paupière, on dirait bien que ma force physique, elle, n’est pas au rendez-vous. Je ne me suis jamais sentie aussi faible et aussi lourde à la fois. En revanche, je suis consciente, et c’est déjà une bonne nouvelle. Contrairement à mes yeux, mes oreilles sont fonctionnelles. Des voix me parviennent de l’endroit où je suis. Je crois reconnaître celle d’Apolline, et la deuxième me dit vaguement quelque chose. Elle provient du garçon qui avait lâché quelques mots avant que je ne perde connaissance. Il parlait de poison de je ne sais plus quoi. J’ai du poison dans les veines ?

— Combien de temps, encore ? soupire Apolline.

J’entends les talons de ses bottes claquer contre le sol et se rapprocher du lit. Apolline est juste à côté de moi, je le sens. C’est terriblement frustrant de ne pas pouvoir ouvrir les yeux afin de leur faire savoir que je vais bien, ou du moins, que je suis consciente. Car visiblement, j’ai aussi perdu l’usage de la parole… Mes lèvres restent scellées.

— D’ici demain, elle devrait pouvoir se remettre sur pied, la rassure le garçon.

Je ne vais pas mourir, c’est déjà une bonne nouvelle ! Et si je suis censée être debout dès demain, c’est que je ne devrais plus tarder à ouvrir les yeux, non ? Je l’espère de tout cœur, parce que cette sensation d’enfermement dans son propre corps n’est vraiment pas des plus agréables.

— Je n’arrive pas à comprendre comment elle s’est débrouillée pour avoir du poison de désaltra dans les veines ! Angie et moi étions là, nous l’avons suivi durant plusieurs jours, et jamais un désaltra n’a fait son entrée sur Terre !

— Quand elle se réveillera, tu pourras lui poser la question.

— Compte sur moi !

— Mais ne la brusque pas. Attends un peu qu’elle reprenne ses esprits et qu’elle découvre notre environnement avant de la bombarder de questions.

Je ne sais pas qui est ce garçon, mais si je le pouvais, je le remercierais d’être aussi compréhensif.

— Bien sûr… Je vais... je vais attendre un peu. Quelques secondes...

— Quelques secondes ? répète le garçon.

Je me l’imagine sans mal esquisser un sourire à ce moment précis.

— OK, c’est bon. Quelques minutes. Ça te va ?

— Ce n’est pas pour moi que tu dois le faire, c’est pour elle. Mets-toi à sa place. Elle a perdu tout ce qu’elle avait et elle se retrouve dans un monde qu’elle ne connaît pas. Tous ses repères sont chamboulés, tout ce qu’elle croyait être de la fiction est en fait devenu réalité. Elle aura donc besoin d’un peu de temps pour être d’humeur à répondre à tes questions, conclut-il.

Je n’aurais pas dit mieux. C’est comme si ce garçon pouvait lire dans mes... Oh non ! Est-ce que tout le monde lit dans les pensées, ici ? Non, impossible. J’ai souvent tendance à tirer des conclusions hâtives qui n’ont pas lieu d’être. Je décide alors de me concentrer sur l’unique conversation dans cette pièce susceptible de m’occuper l’esprit. Apolline soupire, puis finit par promettre de se contenir du mieux qu’elle le pourra.

— De toute façon, il faudra bien qu’elle y réponde. Si la reine la demande, c’est qu’elle...

— N’en dis pas plus ! la coupe soudainement le garçon. Je ne sais pas si elle est plongée dans un profond coma ou bien si… tu sais… le subconscient…

— Tu veux dire qu’elle peut nous entendre ? s’exclame Apolline. Oh mon Dieu, la pauvre ! Ce sentiment d’être prise au piège dans son propre corps, je l’ai déjà vécu ! Et sincèrement, je ne souhaiterais même pas cette situation à ma pire ennemie.

— Si c’est vraiment le cas, on ferait mieux de la laisser se reposer. Plus vite elle dormira, et plus vite le temps passera pour elle.

— Tu as raison. « Zéphyr le Sage » a parlé, il est temps d’aller se coucher ! rigole Apolline.

— Je ne suis pas un « Sage » ! proteste le garçon.

— Mais oui, bien sûr. Et moi, je ne suis pas une fille ! s’esclaffe de nouveau Apolline, avant de l’entraîner avec elle et de quitter la pièce.

Une porte claque, et rapidement, un lourd silence s’installe. Je ne voulais pas qu’ils partent d’ici. Les entendre parler me rassurait et m’occupait l’esprit suffisamment pour m’éviter de penser aux événements de ces derniers jours. Et dire que je me faisais une joie de commencer la semaine.

***

C’est la dernière ligne droite avant les grandes vacances d’été. Je viens de passer mon bac, mais le lycée nous a imposé une semaine supplémentaire de cours. Non pas pour travailler, mais davantage pour profiter de nos derniers jours de lycée avant de nous engager dans les grandes écoles et le monde des adultes. Si je m’étais écoutée, jamais je n’y serais allée. Ce sont mes amis qui m’ont convaincue de m’y rendre. Nous sommes lundi matin, je suis prête à entamer cette nouvelle semaine, mais comme d’habitude, je suis en retard. Mon réveil n’a pas sonné, et ma sœur a décidé de s’enfermer dans la salle de bains avec sa musique à fond. Résultat, je pars en trombe de la maison, sans avoir eu le temps de me laver les dents et de me coiffer. J’arrive à mon arrêt de bus comme une dégénérée, essoufflée, échevelée, avec une haleine de Tresor Kellogg’s. Et il n’arrive même pas à l’heure ! Voilà ce que c’est que d’habiter au fin fond de la campagne : les bus sont rarement ponctuels. Après plusieurs minutes d’attente, je monte enfin dedans, la gorge nouée quant à ce qui m’attend. Le premier cours de la semaine, c’est l’anglais. Et quand on arrive en retard au cours de Madame Bertol, il faut en donner la raison… en anglais. Devant toute la classe. Rien que d’y penser, je panique déjà. Heureusement, ce matin, je ne suis pas toute seule. Ma meilleure amie, qui n’habite pourtant pas loin du lycée, a tenu à m’accompagner.

— J’avais vraiment trop la flemme d’aller au lycée à pied, alors je prends le bus !

— Tu es au courant que tu vas arriver en retard ? lui rappelé-je. Tu aurais très bien pu te passer de ce moyen de transport.

— Comme si j’en avais quelque chose à faire, d’arriver en retard ! Tu peux te réjouir, au moins tu ne seras pas toute seule face à Madame Bertol !

Je ne réplique rien, parce qu’elle a raison. L’avoir avec moi me réconforte et me donne le courage nécessaire pour affronter notre professeure d’anglais. À vrai dire, je compte même sur elle pour prendre la parole à ma place. Malheureusement, après l’avoir écouté se plaindre et s’énerver à propos de la coiffeuse ayant raté son tie and dye, je ne suis plus si sûre que ma meilleure amie soit d’humeur à parler anglais. En effet, la démarcation entre le blond platine et le rouge bordeaux se voit beaucoup. Je tente donc de la réconforter, mais je le regrette aussitôt. Ses yeux bleus se posent sur ma silhouette, et elle s’exclame sans aucune retenue :

— Oh mon Dieu, mais toi, c’est encore pire ! Tu n’es pas du tout coiffée ! Et puis c’est quoi cette haleine ? Attends deux petites secondes, tata Mélodie est là pour te sauver !

Elle se met à fouiller dans son sac, tandis que j’essaie d’éviter du mieux que je peux le regard des personnes présentes dans le bus, qui n’ont pas eu besoin de tendre l’oreille pour entendre les propos de mon amie. Cette dernière a toujours cruellement manqué de tact et de discrétion. Mais avec le temps, j’ai fini par m’y habituer. Six années d’amitiés sont assez fortes pour faire l’impasse sur ces petits défauts. Mélodie sort de son sac un chewing-gum à la menthe, et Dieu merci, une brosse à cheveux. Quelques minutes plus tard, le bus s’arrête devant le lycée, et nous partons bras dessus bras dessous en direction de la salle d’anglais. Mélodie toque à la porte, et lorsque Madame Bertol l’ouvre brusquement, je me réfugie lâchement derrière ma meilleure amie.

— Désolée du retard, le bus n’était pas très ponctuel ce matin, lâche aussitôt Mélodie.

Quelques rires se font entendre dans la classe. Madame Bertol s’empresse de les faire taire d’un regard incendiaire.

— In english, please.

C’est là que ça se complique. Mélodie me jette un regard de détresse absolu, mais je suis incapable de l’aider. Tout le monde nous observe. Enfin, c’est surtout Mélodie que l’on regarde. Elle n’est pas très douée en anglais, et ça, tout le monde le sait.

— Euh... sorry for the retard, but the bus not ponctuel ce morning ! prononce Mélodie sous le regard ahuri de la prof et les rires de nos camarades de classe.

Intérieurement, je la soupçonne de le faire exprès. Pour faire le clown, elle est toujours au rendez-vous. Une fois Madame Bertol satisfaite, je file m’installer à côté de Roxana, et le cours reprend comme si rien ne s’était passé. Je suis tellement pressée que la sonnerie retentisse pour pouvoir m’échapper de l’atmosphère étouffante de cette classe, que lorsqu’elle tinte, je me précipite à l’extérieur avant que la prof ait signalé la fin de son cours. Il en va de même pour Mélodie, qui d’ailleurs, n’a même pas daigné sortir ses affaires. Niveau obéissance et respect, on peut toujours courir avec elle.

Deux minutes plus tard, Roxana et Raphaël me rejoignent devant la salle de mathématiques. Ce dernier ne perd pas de temps pour me charrier sur mon incapacité à aligner deux mots d’anglais, mais je le fais taire en lui donnant une tape sur le haut du crâne. Bien évidemment, il s’empresse de me la rendre. Et comme d’habitude, Roxana doit nous séparer. Si elle ne l’avait pas fait, notre petit jeu de main aurait pu durer vraiment longtemps. Raphaël est tout aussi têtu que moi. J’ai même parfois l’impression qu’il est mon clone au masculin ! Non pas physiquement, puisqu’il est brun aux yeux bleu sombre, mais nos caractères sont identiques. Sous ses apparences de garçon plutôt timide et discret, il cache une humeur constante à faire la fête. Il adore s’amuser.

Roxana, elle, est un peu plus sérieuse. Elle déteste la violence, aussi petite soit-elle. Si la passion de Raphaël est de jouer de la guitare électrique jusqu’à s’en éclater les tympans, celle de Roxana, c’est plutôt de se coucher dans l’herbe et d’écouter le chant des oiseaux. Elle œuvre énormément pour l’environnement. Ces deux-là sont très opposés mais se complètent divinement bien. Tellement bien qu’à une époque, ils étaient plus que de simples amis. Malheureusement, je n’ai jamais su pourquoi ça n’avait pas marché.

Quant à Mélodie, c’est une tout autre histoire. Elle est totalement différente. Je me suis toujours demandé ce qui nous avait rapprochées, toutes les deux. Si je suis plutôt du genre à ne pas avoir confiance en moi et à vouloir passer inaperçue, Mélodie est au contraire dotée d’une grande assurance. Elle adore attirer les regards sur sa silhouette. Elle est passée par différents styles vestimentaires, avant d’opter pour le gothique, qui lui va d’ailleurs étrangement bien. Slim, débardeur assez moulant, grandes bottes noires à talons hauts, montant jusqu’aux genoux, un collier à clous serré au ras du cou, quatre bracelets dans le même style enfilés les uns à la suite des autres, et des mitaines en cuir noir. Voilà les vêtements et accessoires qu’elle porte tous les jours, sans exception ! Et pour parfaire son style, son visage arbore un maquillage minutieux. Un teint pâle, un regard bleu mis en valeur avec du mascara ainsi qu’une grosse couche d’eye-liner, un rouge à lèvres couleur carmin, et pour finir, des cheveux passant du blond platine au rouge bordeaux. Elle n’a jamais voulu me révéler les raisons pour lesquelles elle s’habille de cette façon. J’ai toujours pensé qu’elle cherchait à combler une sorte de vide, à exister là où elle ne trouve pas ses marques… c’est-à-dire chez elle.

Mélodie a été abandonnée à l’âge de deux ans. Elle n’a aucun souvenir de ses parents. Elle a été recueillie par les services sociaux en attendant qu’une famille veuille bien d’elle, et c’est à l’âge de huit ans qu’elle a été placée. Malheureusement, le couple qui l’avait adopté ne l’avait pas fait pour de bonnes raisons. Résultat, les parents adoptifs de Mélodie se contentaient de l’héberger et la nourrir. Ils ne montraient aucune affection pour elle. J’étais horrifiée quand elle me racontait qu’elle devait utiliser la brosse à dents de sa petite sœur sans que cette dernière ne s’en aperçoive, de même pour les vêtements. Et finalement, la petite sœur de Mélodie avait fini par la détester. De la sixième à la quatrième, elle a toujours été quelqu’un de fragile émotionnellement parlant, et je comprenais parfaitement pourquoi. Mais vers ses quatorze ans, elle s’est subitement reprise en main. Elle est parvenue à puiser la force et le courage nécessaires pour remonter la pente. Et depuis, je ne l’ai jamais vu verser la moindre larme. À quinze ans, elle a réclamé le droit d’être émancipée et n’a même pas eu besoin de se battre. La négligence de ses parents adoptifs était un secret de polichinelle et le tribunal a rapidement fait le choix de la remettre entre les mains des services sociaux, la jugeant encore trop jeune pour se débrouiller seule. À seize ans, Mélodie a finalement réussi à s’affranchir. Cela fait maintenant presque deux ans qu’elle est émancipée, et je suis bien contente qu’elle ait gagné ce combat. Tout comme je suis extrêmement heureuse de l’avoir rencontré. Je n’imagine pas ce qu’aurait été ma vie sans elle. Et dire que si je n’avais pas sauté une classe, je ne l’aurais jamais connue. Je n’aurais jamais fait toutes ces blagues et ces choses interdites dont je me souviendrai toute ma vie, et surtout, j’aurais été plus d’une fois incapable de me sortir de situations embarrassantes… comme en ce moment même.

Cela fait maintenant plusieurs minutes que nous sommes entrées dans la salle de mathématiques et que je me suis perdue dans mes pensées. Le professeur me demande de passer au tableau pour corriger un exercice, mais je n’ai pas la moindre idée de ce dont il s’agit. Je refuse alors de me rendre au tableau et le professeur me somme de quitter son cours. Pas d’avertissement, pas de remarques désobligeantes, rien de tout ça. Avec lui, c’est vite fait bien fait. Je ramasse mes affaires, extrêmement mal à l’aise, et c’est à ce moment précis que Mélodie s’exclame :

— Attends-moi, je t’accompagne ! On n’abandonne pas une amie dans le besoin ! Et puis, je me fais grave chier !

Du « grand Mélodie ». Je sors donc de la classe avec ma meilleure amie, la tête haute, alors qu’il n’y a vraiment pas de quoi être fière. Je décide de mettre cette envie de rébellion sur le compte de cette semaine spéciale. Spéciale, car ce week-end, mon dix-septième anniversaire aura lieu. En attendant, je rentre chez moi le plus lentement possible, cherchant une excuse dans le cas où ma mère eut été mise au courant par le lycée du petit incident. J’envoie même un message à Mélodie pour lui demander, si par hasard, elle n’a pas une idée de mensonge. Après tout, la spécialiste, c’est elle. Pas moi. Mais elle ne me répond pas. J’en conclus donc qu’elle doit sûrement passer du bon temps avec son... vingt-neuvième petit-ami ? Honnêtement, j’ai arrêté de compter. Depuis la troisième, elle en change pratiquement aussi souvent que de couleurs de cheveux. D’après elle, il faut goûter à toutes les sauces pour trouver la bonne, celle qui saura lui résister.

Il semble que l’histoire avec Mehdi est bien partie pour être sérieuse. Cela fait trois mois qu’elle sort avec lui. Et trois mois, c’est un record ! À première vue, Mehdi n’a pas l’air très aimable. Mais en réalité, sa personnalité contraste énormément avec son physique. Avec son mètre quatre-vingt-dix et ses quatre-vingts kilos, ses deux tatouages tête-de-mort sur les épaules et sa carrure tout en muscle, on ne se l’imagine pas vraiment tout joyeux, à rigoler à n’importe quelle blague et à en être l’auteur de pas mal. Et pourtant, c’est bien le cas. Ne jamais se fier aux apparences. Quoi qu’il en soit, ma meilleure amie ne m’a pas répondu, et je dois me débrouiller toute seule. En arrivant à la maison, Tessia m’accueille dans l’entrée. Mais par pure rancœur, je décide de l’ignorer. Après tout, elle en a bien fait de même avec moi ce matin !

Je m’empresse de monter dans ma chambre afin de ne plus la voir. Je balance mon portable sur mon lit et me prépare à passer une soirée tranquille, mais Tessia vient me chercher pour me demander de descendre au salon.

— Maman veut te voir, c’est important ! dit-elle.

L’espace d’un instant, j’ai peur que ce ne soit à propos du cours de mathématiques. Je descends l’escalier, la boule au ventre, et c’est avec un grand soulagement que je laisse ma mère me passer un savon concernant mes affaires de ce matin jetées en vrac. Je présente aussitôt mes excuses et les ramasse, mais elle menace tout de même d’annuler ma soirée d’anniversaire si je ne change pas très vite mes mauvaises habitudes. Et je la prends au mot ! Quand j’étais plus petite, elle m’avait un jour prévenu qu’elle jetterait mes jouets à la poubelle si je ne rangeais pas ma chambre. Je ne l’avais pas prise au sérieux, et lorsqu’elle avait débarqué avec ledit sac-poubelle et qu’elle y avait fourré toutes mes affaires, je l’avais amèrement regretté. Conclusion : je sais donc qu’elle est capable de mettre sa menace à exécution.

Une fois le savon passé, je remonte m’enfermer dans ma chambre. Je m’affale sur mon lit et reprends mon portable, mais je comprends rapidement que quelque chose ne tourne pas rond. Mélodie m’a répondu, pourtant, je n’ai reçu aucune notification. J’ai également un message de Raphaël, qui me demande ce qui m’est passé par la tête pour lui avoir envoyé un texto bourré de cœurs. Je remonte la conversation, puis constate qu’il dit vrai. Seulement, je suis persuadée de ne pas lui avoir envoyé une chose pareille. Je m’accorde quelques secondes de réflexion, avant d’en arriver à la conclusion la plus évidente. Tessia a profité de mon absence pour se servir de mon portable. Sans attendre, je me précipite jusqu’à sa chambre. Pour une fillette de treize ans, je croyais que ce genre de jeu lui était passé. Visiblement non. Elle a verrouillé sa porte pour ne pas avoir à me faire face. Et à ce moment-là, je n’ai qu’une seule envie, c’est de tout casser.

— Je suis occupée, repasse plus tard ! me nargue-t-elle.

— Ouvre tout de suite cette porte ou je la défonce ! hurlé-je.

Tessia explose de rire et me propose d’essayer. Je ne veux pas rentrer dans son jeu, mais savoir qu’elle rit à en pleurer et qu’elle a lu mes messages échangés avec Mélodie me met hors de moi. Elle est maintenant au courant à propos du cours de math, et je sais que ce n’est qu’une question de temps avant qu’elle ne profite de la situation pour me balancer. Alors, de colère, je donne un coup de pied dans la porte. Et celle-ci explose en deux. Tessia se tient dans un coin, les yeux écarquillés et la bouche grande ouverte. Quelques centimètres de plus et je la blessais. Je suis tout aussi choquée qu’elle, j’en reste pétrifiée sur place. Je n’ai pourtant donné qu’un petit coup de pied, c’est impossible ! Je commence à me demander si ce n’est pas juste un rêve, mais les bruits de pas de mon père et de ma mère montant les escaliers précipitamment me prouvent que non, tout ça est bien réel. Et je sais qu’après une chose pareille, ma fête va être annulée. C’est sûr ! Je vais être punie pour le restant de mes jours. Sauf si Tessia me sauve la mise... C’est ma seule chance, je croise les doigts. Avant que nos parents ne déboulent dans sa chambre, je lui demande donc de me couvrir à propos de la porte et de ne rien dire pour l’exclusion de cours. En échange, je lui donne la permission de participer à ma soirée. Je sais qu’elle en meurt d’envie. Et en effet, elle ne perd pas de temps pour accepter le deal. Lorsque nos parents arrivent, les yeux exorbités devant la porte fracassée en deux, Tessia s’exclame :

— Ev’ s’est pris les pieds dans le tapis du couloir et elle est tombée sur la porte ! Ça faisait quelque temps que les gonds ne tenaient plus à grand-chose… Désolée de ne pas vous l’avoir dit plus tôt, ajoute-t-elle en se grattant le coude.

Heureusement, nos parents n’ont apparemment pas appris à relever les tics de ma sœur. Se gratter le coude, c’est l’une des choses qu’elle fait le plus souvent lorsqu’elle est mal à l’aise. Ce n’est pas un très bon mensonge, mais que pouvait-elle dire d’autre ? Le regard de ma mère prouve d’ailleurs qu’elle a du mal à croire les paroles de Tessia, mais qu’elle ne sait visiblement pas quoi penser d’autre non plus. Mon père, lui, n’a pas mis longtemps à la croire. Je suis même sûre que si nous lui avions dit la vérité, il aurait trouvé quelque chose de logique à la situation. Parce qu’il est comme ça. Pour lui, rien ne sort de l’ordinaire. Il y a toujours une explication logique à toutes les situations, aussi bizarres soient-elles. Étant médecin, il s’enquiert immédiatement de mon état. Et c’est là qu’une chose encore plus étrange se produit. J’ai mal à la cheville. Je n’ai pourtant donné qu’un petit coup de pied, rien de plus, mais je souffre comme si j’avais réellement tenté d’exploser la porte de toutes mes forces. Mon père déclare une simple foulure et me raccompagne dans ma chambre, m’ordonnant de me reposer pour ne pas aggraver la blessure. Il me parle, mais je suis incapable de l’écouter. Je suis bien trop accaparée par mes pensées, cherchant en vain une explication logique à la force de ce coup et à cette mystérieuse foulure.

***

— Attends !

Si je n’étais pas enfermée dans mon propre corps, j’aurais sûrement déjà sursauté à cause de cette voix sortie de nulle part. Une porte claque violemment une première fois. Puis une deuxième, comme si quelqu’un était entré en trombe dans la pièce et qu’une autre personne l’avait suivi.

— Attends, ne fais pas ça ! Si Zéphyr a raison, tu ferais mieux de la laisser tranquille !

Je viens de reconnaître la voix d’Apolline. J’ignore à qui elle parle, mais je crois que je ne vais pas tarder à le découvrir.

— Je veux juste vérifier si elle est vraiment enfermée dans son propre corps, pas besoin d’en faire toute une histoire.

C’est la voix d’Angie. Comment compte-t-il faire, au juste, pour vérifier si je suis bel et bien dans cet état ? Va-t-il lire dans mes pensées ? Oh non. Je n’ai pas envie qu’il s’immisce une fois de plus dans ma tête ! Et le pire, c’est que je vais être incapable de me défendre ! Je ne vais pas pouvoir lui hurler dessus, ni même le frapper pour l’en empêcher ! Il n’a pas intérêt à faire ça.

— Non, je te connais, Angie ! On ne maîtrise pas encore tous très bien nos pouvoirs, et je sais que si tu t’aventures dans son esprit et qu’elle est sans défense, tu vas être tenté d’aller plus loin ! Tu vas lire sa vie entière en quelques secondes, et repartir comme si tu n’avais rien fait de mal !

Lire ma vie entière ? Oh non. Non, non, non, non. Est-il réellement capable de faire une chose pareille ? Mes pensées et mes souvenirs n’appartiennent qu’à moi !

— Je réussirai à me contrôler, déclare-t-il froidement.

— Alors qu’elle est sans défense ?

Le silence est la seule réponse qu’obtient Apolline.

— C’est bien ce que je pensais, reprend-elle. Tu ne réussiras pas à te maîtriser.

— Le meilleur moyen de le découvrir, c’est d’essayer. Et puis si ça foire, je me serai au moins entraîné.

Je jure que si j’étais capable de bouger, je me lèverais pour aller lui foutre la raclée du siècle. Qu’il aille s’entraîner sur quelqu’un d’autre ! Je ne suis pas un cobaye !

— Comment oses-tu dire une chose pareille ? s’indigne Apolline. Je crois que tu ne réalises pas ce que tu t’apprêtes à faire ! Tu aimerais, toi, que quelqu’un s’approprie ta vie, tes souvenirs et tes stigmates, sans que tu ne puisses rien faire pour l’en empêcher ?

Apolline n’obtient de nouveau aucune réponse.

— Je ne crois pas, non ! poursuit-elle, visiblement hors d’elle. Alors, si tu as un tant soit peu de cœur, je te conseille vivement de faire demi-tour. Sinon, c’est moi qui t’y oblige par la force !

Je retiens mon souffle. Pitié, faites qu’Apolline ait réussi à le convaincre. Pitié, faites qu’Apolline ait réussi à le convaincre. Pitié, faites qu’Apo... La porte de la pièce claque une première fois. Puis une deuxième. Et je retrouve soudainement la faculté de respirer. Si j’avais la possibilité, là, tout de suite, de bouger, de pleurer et de hurler de toutes mes forces, je le ferais. Je regrette tant de choses… ma querelle avec ma mère, mon comportement face à ma sœur, tout ce que j’ai quitté précipitamment. Apolline m’a certifié que je pourrais retourner sur Terre, et j’y compte bien. Mais avant, je dois savoir ce que me veut cette « reine ». Je n’ai pas accepté de venir ici pour repartir bredouille.

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Chapitre 34Pieges— Evalina, tu viens ? m’appelle Zéphyr.Je m’empresse de le rejoindre à l’extérieur de l’Imposant, non sans un dernier regard vers Mélodie. Elle est étendue par terre, baignant dans son propre sang. Je détourne mes yeux de cette horrible scène et prends soin de refermer la

Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 33Isaac

Chapitre 33Isaac— C’est bien moi, sourit-elle, ses yeux reprenant leur couleur initiale.— Quoi ? Tu la connais ? s’étonne Apolline.Je reste muette. Comment est-ce possible ? Mélodie est ma meilleure amie. Elle ne peut pas être cette jeune femme qui se tient devant moi, arborant un

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