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Chapitre 17Un nouveau pouvoir

Author: 15210689748
"publish date: " 2021-06-25 20:56:49
Chapitre 17Un nouveau pouvoir

Je fixe la reine, abasourdie. Moi, une Gémone ? Mais ce royaume est encore plus dingue que je l’imaginais ! Candélaria est en train de me faire comprendre que tous leurs espoirs reposent sur moi, la fille qui est née sur Terre, qui ne connaît absolument aucune technique de combat, qui est essoufflée rien qu’en montant des escaliers, et qui tourne de l’œil à la première goutte de sang ! Je suis censée me battre et exterminer un être démoniaque ? Je ne suis pas une machine à tuer ! Ils ne peuvent pas m’utiliser comme ils le veulent et quand ça leur chante ! Moi qui tenais absolument à connaître la vérité, désormais, je ferais volontiers marche arrière. Je ne veux plus rien savoir ! Je veux tout oublier !

— Si tu as des questions, ma chère, c’est le moment de les poser, me conseille la reine. Je me doute que tu dois être bouleversée.

Bouleversée ? J’ai bien envie de lui dire que le mot est faible. J’ignore même comment je fais pour encaisser tout ça sans rien dire. Je suis plutôt du genre à perdre mon sang-froid très facilement. D’ailleurs, avec ces « ma chère » et ses grands airs de « je-te-comprends », elle est à la limite de me faire péter un câble ! Pour éviter des paroles que je regretterais, je prends donc sur moi et tente de fuir la situation du mieux que je le peux.

— Il faut que j’y aille, dis-je.

Je tourne aussitôt les talons et m’empresse de rejoindre la sortie, mon dos me faisant soudain moins mal. Finalement, la douleur intérieure que je ressens est bien plus grande que la douleur physique. Mais à l’instant où je tente de franchir le seuil de la porte, deux gardes dotés d’armures noires me barrent le passage avec leur lance. Voilà qu’eux aussi s’y mettent, maintenant !

— Je leur ai donné l’ordre de ne pas te laisser sortir d’ici sans mon autorisation, m’annonce la reine. Prendre la fuite n’est pas la solution. Tu ne fais que repousser le moment où tu devras tout affronter.

Génial. Candélaria s’est réellement mis en tête qu’elle me comprenait parfaitement ! Apparemment, je n’ai aucun secret pour elle, je suis claire comme de l’eau de roche ! Au point où elle en est, elle n’a qu’à prendre ma place ! La reine va me faire perdre mon sang-froid alors que j’essaie justement de me contenir. Et voilà que ces fichus picotements me reprennent la tête...

— Je crois que tu interprètes mal les paroles de notre reine, intervient subitement Angie. Elle ne cherche qu’à t’aider.

Magnifique, c’est maintenant au tour du Leader de s’en mêler. J’aurais dû me douter qu’il ne tiendrait pas plus de quelques minutes avant de retourner à son occupation favorite : farfouiller dans ma tête.

— Toi, ne t’en mêle pas ! déclaré-je, d’un ton si sec qu’il esquisse un lever de sourcil, mais ne prononce pas un mot.

Je me tourne ensuite vers la reine qui affiche un air paisible. Je ne sais pas comment elle fait pour se montrer si calme alors que je suis au bord de l’explosion. Il y a trop de révélations, trop de « ma chère », et trop de problèmes qui viennent s’ajouter aux anciens toujours non résolus.

— Je ne veux pas fuir la situation, je veux simplement m’isoler afin de me calmer, expliqué-je. Ou bien vous me laissez sortir, ou bien je risque de dire beaucoup de choses qui ne vous plairont certainement pas !

La reine semble réfléchir un court instant, avant d’ordonner à ses gardes de retirer leurs lances. Je m’extirpe enfin de cette atmosphère pesante, sous le regard consterné d’Angie. Je le lui renvoie puis file jusqu’au Jardin Abyssal. C’est le seul endroit qui parviendra à me calmer.

Je constate que je commence à connaître le château. Je n’ai eu aucun mal à retrouver mon chemin jusqu’à la véranda. Je fais coulisser les portes vitrées et m’engage dans le jardin principal, toujours aussi bien entretenu. Je repère bien vite le trou dans le sol. Mes pieds se posent avec délice sur les marches dorées de l’escalier abrupt. Le fait de me cramponner solidement aux rambardes pour ne pas glisser augmente mon mal de dos, mais je m’efforce de ne pas y prêter attention. Étant donné que les Surnaturels ont la faculté de se soigner rapidement, je devrais bientôt guérir. Enfin, si je peux toujours me considérer comme une Surnaturelle. Être une Gémone n’a pas l’air d’être tout à fait la même chose.

Une fois l’escalier derrière moi, j’arpente le long tunnel de pierre sombre et arrive enfin dans ma pièce préférée : Le Jardin Abyssal. L’aquarium aigue-marine se dresse en face de moi. Cet endroit est l’un des plus apaisants que j’ai connu jusqu’ici. Je remarque avec bonheur que le canapé bleu sombre est toujours présent, et je ne perds pas un instant avant de m’y affaler. Je ne peux m’empêcher de repenser à la conversation qui avait eu lieu ici, avec Angie. J’avais été bien étonnée qu’il ait répondu à la plupart de mes questions, et j’avais alors compris qu’il était bien plus mystérieux qu’il ne le laissait paraître. Mais comment peut-on garder autant de choses pour soi-même ? N’a-t-il pas envie de se délester ?

Le visage d’Angie ne trahit jamais aucune émotion. Il ne laisse plus rien l’atteindre, et je me demande bien pourquoi. Zéphyr avait laissé sous-entendre que le Leader avait vécu des choses difficiles. Qu’il détestait la nouveauté et qu’il avait de bonnes raisons de se comporter comme il le fait. Je me demande depuis combien de temps lui et le Leader se connaissent… ils ont l’air assez proches. Zéphyr semble être le seul mis dans la confidence. Il y a tellement de choses que j’ignore. Je suis persuadée que si je revoyais les tatouages d’Angie sur son bras droit, je réussirais à découvrir l’un de ses mystères. Mais vu la façon dont il s’était rhabillé brusquement lorsque j’avais failli lui poser des questions à ce sujet, j’en déduis qu’il ne me les remontrera pas de sitôt. Je déteste lorsque quelqu’un me cache quelque chose. J’ai besoin de savoir. C’est plus fort que moi.

— La curiosité est un vilain défaut, proclame une voix grave derrière moi.

Je sursaute de surprise et ravale un cri de frayeur. Je déteste également lorsqu’on me prend par surprise ainsi. Je tourne la tête vers l’entrée de la pièce. Mes yeux se posent sur une silhouette grande et baraquée. Angie. Si ses cheveux n’étaient pas plus longs que ceux d’Edden, j’aurais pu le prendre pour ce dernier. On peut facilement les confondre dans l’obscurité.

— Qu’est-ce que tu fais là ? soupiré-je. Je n’ai pas envie de te parler.

— Quel accueil charmant.

— Tu t’attendais à quoi, au juste ? À ce que je te saute dans les bras ?

— Non, cela m’aurait étonné de ta part. Mais un petit conseil, ajoute-t-il en s’approchant lentement de moi, ne mens pas en me balançant à la figure que tu n’as pas envie de me parler, puisque tu pensais à moi.

Mes joues s’empourprent. Il a raison, je suis une horrible menteuse. J’ai bien envie de me frapper la tête contre le sol afin d’y créer un trou et de m’enfoncer dedans pour ne plus jamais en ressortir. Sauf que c’est impossible. Je suis condamnée à rester ici, rouge de honte, tandis que monsieur sourit, satisfait de son petit effet. Qu’il aille au diable !

— Ce n’est pas très gentil de dire ça à un ange, dit-il tout en prenant place à côté de moi.

— À un ange ? répété-je.

— Mon prénom est un dérivé de l’ange…

— Ah, c’est à toi que tu faisais allusion en parlant d’ange ? rigolé-je, manquant presque de m’étouffer. Que ce soit bien clair, un ange est une gentille personne ! Douce, aimable, attentionnée, et bourrée d’autres qualificatifs que tu n’as pas !

Angie hausse un sourcil.

— Oh, et au passage, arrête de lire dans mes pensées ! m’exclamé-je.

— Tu remarqueras que toi non plus tu n’as pas une personnalité d’ange, réplique-t-il, un soupçon de moquerie dans la voix. Et non.

— Non, quoi ?

— Non, je n’arrêterai pas de lire dans tes pensées, me dit-il fièrement.

Très bien. Puisqu’il veut jouer à ça, je suppose qu’il ne verra pas d’inconvénients à ce que je m’interroge sur des choses personnelles le concernant, comme sa cicatrice. Je me demande comment il l’a eue...

— Fais attention, la curiosité est un vilain défaut.

— Je sais, tu me l’as déjà dit.

— Mais avec toi, il faut répéter les choses plusieurs fois pour que ça rentre.

Je ne sais pas comment je me débrouille pour me retenir de lui en coller une.

— Si tu es venu ici juste pour me sortir ça, tu peux repartir !

— Ce n’est pas ma faute si tu rends les choses toujours plus compliquées qu’elles ne devraient l’être, soupire-t-il.

Je n’ai pas le temps de répliquer qu’il glisse une main dans l’une des poches de son pantalon, et qu’il en ressort un petit livre verni noir. Le journal !

— Ainsi donc, c’est un journal ? découvre-t-il.

— Tu n’es pas censé le savoir !

— Alors arrête de penser si fort. Je l’ai trouvé dans ta poche, quand tu étais dans le coma. Ethan m’a vu avec le livre et s’est écrié que c’était à toi. Quand je l’ai questionné, il m’a dit que c’était tout simplement un livre avec des pages blanches qui te permettait de t’inventer des histoires. J’ai voulu l’ouvrir, mais je n’ai pas réussi. Je suppose que tu es la seule à pouvoir le faire et que les pages ne sont pas aussi blanches qu’Ethan le croit. Auquel cas, tu n’aurais jamais su qu’il s’agissait d’un journal, conclut-il.

Le livre refuse de s’ouvrir ? En voilà une nouvelle. Pourquoi le journal ne veut-il être lu que par moi ? Et comment se fait-il que personne avant moi ne l’ait trouvé ? Il n’était pourtant pas si difficile à voir. Certes, il est très petit. Mais il n’était pas caché, il suffisait d’ouvrir l’œil.

— Ce sont en effet les questions que je me pose, dit Angie. Mais je constate que tu n’en sais pas plus que moi.

Il me tend alors le journal. Je retiens un soupir de soulagement. Le récupérer n’aura pas été très compliqué. Je le saisis, les mains quelque peu tremblantes, et le fourre dans la poche de mon pantalon.

— J’aimerais quand même savoir à qui il appartient, dit-il en s’asseyant à mes côtés, ses yeux me scrutant intensément, comme pour sonder mes pensées.

— Pour une fois, dispense-toi de ton pouvoir et demande-le-moi à la loyale ! Enfin, si tu en es capable.

— À la loyale ?

— Oui, à la loyale ! Si tu réponds à une de mes questions, je répondrai à l’une des tiennes. Ou cela est-il trop dur pour monsieur ? ironisé-je.

Angie esquisse un sourire en coin. Il laisse plusieurs secondes s’écouler dans le silence, pliant ses bras derrière sa tête afin de se donner plus d’appui dans le canapé, puis il répond :

— Je pense que je m’en sortirai. Alors, que veux-tu savoir, miss ?

J’ignore cette sensation de grand huit dans mon ventre à l’entente du surnom qu’il m’a attribué et me concentre plutôt sur la question que je vais lui poser. Le choix est si vaste ! Si je triche en posant une question d’ordre général, il n’y répondra certainement pas. Autant commencer par ce qui me tracasse depuis l’autre soir.

— La nuit où tu m’as révélé l’existence de la Chronosée, tu as dit en partant que je lui ressemblais beaucoup. À qui faisais-tu allusion ?

À la seconde même où je pose la question, son visage s’assombrit. Nulle trace de fossette à l’horizon. Il semble perdu dans ses pensées. Je crois bien que j’ai posé la question qu’il ne fallait pas. Pourquoi faut-il toujours que je foire tout ?

— Oublie ce que j’ai dit, m’excusé-je en me relevant.

Mais avant que je n’esquisse un pas, Angie se lève à son tour et me retient le bras d’une poigne ferme. Je ne sais pas pourquoi mon corps réagit comme ça, mais le simple contact de sa main sur ma peau me suffit à avoir la chair de poule.

— Attends, prononce-t-il, d’une voix si douce que je suis obligée de relever mes yeux vers son visage pour m’assurer que c’est bien lui qui parle. Il faut avouer que c’est quand même moi qui t’ai donné envie d’en savoir plus, alors le mieux que je puisse faire, c’est de répondre à ta question.

Il est sérieux ? Pourquoi me fixe-t-il aussi intensément ? Son regard me déstabilise et m’empêche de me concentrer sur ce qu’il dit. Ne pourrait-il pas regarder ailleurs ? Et sa main ! Ne pourrait-il pas l’enlever de mon bras ?

— Je parlais de ma petite sœur, lâche-t-il d’une traite, comme si le simple fait de prononcer cette phrase était trop douloureux.

— Tu as une sœur ? m’exclamé-je.

Je ne sais pas pourquoi je m’en étonne autant, beaucoup de personnes ont des frères et sœurs. Ai-je du mal à m’imaginer Angie jouant le rôle de grand frère protecteur ? Sûrement. Je ne sais pas. S’il retirait sa main de mon bras, cela faciliterait ma réflexion.

— Tu lui ressembles beaucoup, ajoute-t-il.

— Ça fait longtemps que tu ne l’as pas vu ? Tu en parles comme si elle te manquait.

Angie prend quelques secondes de réflexion.

— Le Majestueux me l’a enlevé, prononce-t-il, la mâchoire serrée.

Je fronce les sourcils.

— Tu veux dire qu’Ombelline t’a toi aussi amené au Majestueux sans que tu ne puisses dire au revoir à ta famille ? deviné-je, en pensant à Edden.

Mince. Le mot famille est peut-être mal choisi. Il n’a plus de parents, et par conséquent, plus vraiment de famille. Cela veut donc dire qu’il vivait seul avec sa sœur ? Et maintenant, qu’est-il arrivé à cette dernière ? Heureusement, Angie ne relève pas le mot qui fâche et me répond tout simplement :

— C’est à peu près ça, oui.

Je sens qu’il y a autre chose. Il ne me dit pas tout. Seulement, je ne veux pas prendre le risque d’insister. Il a déjà répondu à ma question, j’estime que c’est un exploit. Je ne vois pas très bien en quoi je lui rappelle sa sœur, mais s’il le dit, alors je le crois.

— Comment s’appelle-t-elle ?

Je le vois se raidir face à cette nouvelle question. Sa poigne se referme un peu plus sur mon bras. Il semble hésiter, avant de finir par articuler :

— Je ne peux pas te le dire, sinon tu me poseras d’autres questions auxquelles je n’aurai pas envie de répondre.

Très bien. Ce mec est décidément incroyable en matière de secret ! Il mériterait qu’on lui décerne la palme d’or. Je ne vois pas en quoi le prénom de sa sœur me donnerait envie de lui poser davantage de questions, mais puisqu’il le dit, alors je me contenterai de ce que j’ai.

— À ton tour, dit-il, son visage reprenant un peu de couleur. À qui appartient le journal ?

Je lui réponds de but en blanc.

— À Eléana.

Pour la première fois depuis le début de notre conversation, je vois une émotion traverser son visage. La stupeur.

— Eléana ? répète-t-il. C’est une blague ?

— Du tout. Quand tu m’as révélé l’existence de la Chronosée, j’y suis allée directement après ton départ. J’ai trouvé le journal, expliqué-je. Enfin, j’ai plutôt senti quelque chose m’appeler. Je ne peux pas l’expliquer, c’était comme... une sorte de vibration qui se répandait en moi et augmentait en intensité lorsque je m’approchais de l’objet en question.

— Les deux sœurs tenaient un journal, m’apprend Angie. On raconte qu’ils se trouvent tous les deux à la Chronosée, mais jusqu’ici, personne n’en était sûr. Tu n’as pas trouvé le deuxième ?

Je secoue la tête.

— J’ignorais qu’Evalina en avait un aussi. D’ailleurs, comment se fait-il que la première Gémone de l’histoire porte mon prénom ? La reine ne m’en a rien dit.

— Pour la simple et bonne raison qu’elle n’en a aucune idée. Ta mère ignorait sa véritable identité, elle n’a donc jamais mis les pieds dans notre monde. Le fait qu’elle t’ait donné le même prénom que notre ancêtre est difficile à comprendre, mais je suis persuadé que ce n’est pas qu’une simple coïncidence.

— Alors comment l’expliques-tu ?

— Ta mère avait malgré tout peut-être entendu parler de notre monde. Il n’est pas impossible que la légende de Réturis se retrouve écrite dans un bouquin sur Terre. Elle a dû le lire et retenir inconsciemment ton prénom, propose-t-il, n’y croyant qu’à moitié.

— Quand bien même l’histoire de ce monde serait écrite dans un livre, ma mère ne l’aurait jamais lu ! D’aussi loin que je me souvienne, elle a toujours détesté la mythologie et le fantastique.

— C’est bizarre, dit-il en fronçant les sourcils. Même si elle ignorait sa vraie nature, ta mère aurait dû être attirée par tout ce qui sort de l’ordinaire, et non le rejeter…

— Peut-être que la Chronosée pourra me fournir une autre réponse ?

Je décide d’y partir tout de suite. Mais Angie, qui me retient toujours de sa main ferme, me tire en arrière pour me ramener jusqu’à lui. Heureusement qu’il avait anticipé ma chute, parce que s’il n’avait pas passé son bras autour de ma taille, je me serais royalement vautrée par terre.

— Je ne suis pas seulement venu pour te rendre le journal, m’avoue-t-il, plongeant à nouveau son regard dans le mien. Ce que je vais te dire ne va pas te plaire…

Qu’est-ce qu’il pourrait bien avoir à me dire qui ne me plaise pas ? Je hoche la tête pour lui faire comprendre que je l’écoute, tout en fixant avec insistance sa main sur mon bras. J’espère qu’il va saisir le message et la retirer. Malheureusement, il poursuit la discussion sans rien changer à sa posture.

— Nous devons te livrer à Harmonie, ou bien ta sœur sera tuée. C’est le message que le nébor m’a délivré pendant que tu étais dans le coma.

Il me fixe, attendant une réaction de ma part. Il pense peut-être que je vais me mettre à pleurer, ou bien à crier. Mais je reste silencieuse. Parce que ce qu’il ignore, c’est que je suis déjà au courant.

— Je n’étais pas encore complètement inconsciente... Je voulais voir combien de temps vous prendriez avant de me révéler ce message. Et je n’imaginais pas que ça viendrait de toi, ajouté-je.

La stupéfaction sur le visage du Leader s’efface bien vite, remplacée par le mur habituel qui le caractérise. J’ai compris comment cela fonctionne. Une fois ses émotions un peu trop présentes sur son visage, il les élimine et reprend une expression parfaitement neutre. Comme si le fait de montrer quelque chose l’effrayait.

— Et moi, je n’imaginais pas que tu resterais ici sans rien faire, réplique-t-il. Tu es plutôt du genre à partir sur un coup de tête.

— Je ne suis pas stupide au point de partir toute seule sauver ma sœur dans un endroit que je ne connais même pas !

— Pour une fois, tu as fait ce qu’il fallait.

Pour une fois ? Je trouve qu’il est assez mal placé pour me dire une chose pareille. Ce n’est pas comme s’il était parfait. Loin de là. Mais avant que je ne puisse protester, et sûrement pour ne pas m’en laisser le temps, il reprend la parole :

— Hier, la reine a convoqué tous les Surnaturels. On va aller chercher ta sœur.

Il ne m’en faut pas plus pour que mon cœur se gonfle d’espoir.

— Vous savez où elle se trouve ?

— Dans le château de la Démone, me répond-il en hochant la tête. L’Imposant.

— Harmonie est donc la Démone d’aujourd’hui ?

Angie acquiesce une nouvelle fois.

— Les anciens Surnaturels pensaient l’avoir détruite, mais elle a fait son grand retour il y a quatre ans. Personne ne savait qu’elle avait survécu. Elle nous a prises par surprise, et les trénones qu’elle a lancés ont fait des milliers de victimes parmi les monels, raconte-t-il, les mâchoires crispées. Harmonie a brisé une paix qui régnait depuis bientôt vingt ans.

— Peut-être qu’il ne s’agit pas d’elle, mais de sa descendance ?

Le Leader secoue la tête.

— Non, les anciens Surnaturels l’ont vaincu avant qu’elle ne donne naissance à un quelconque enfant. Du moins, ils pensaient l’avoir vaincu.

— Mais elle a pu donner naissance pendant ces années de paix, alors que tout le monde la croyait morte ?

— Elle l’a sûrement fait, et c’est pourquoi les anciens Surnaturels t’ont appelé à l’aide. Pour détruire la descendante de la Démone lorsqu’elle sera en âge de combattre. Pour le moment, si Harmonie a bel et bien eu une fille, celle-ci doit être trop jeune pour se révéler. Étant donné que sa mère a été gravement blessée, elle a dû prendre quelques années de repos afin de s’en remettre. Le temps de trouver un conjoint et de donner vie, je ne donne pas plus de onze ans à sa fille.

Angie s’interrompt et remarque enfin sa main toujours présente sur ma peau. Il fronce les sourcils, croise les bras sur son torse et reprend :

— Si elle a une fille, celle-ci est donc encore trop jeune. C’est pourquoi nous sommes persuadés qu’Harmonie est derrière les attaques de trénones qui ont repris depuis quatre ans.

— Cette... Harmonie n’hésite pas à massacrer des villages entiers. Qui nous dit qu’elle respectera le marché qu’elle me propose ?

— Les Démones ne sont en effet pas réputées pour tenir leurs promesses. Rien ne nous empêche donc de transgresser les règles. Notre plan est déjà élaboré, ajoute-t-il.

Je hoche la tête. Ils ont l’air d’être déterminés à aller sauver ma sœur. C’est un bon point dans le succès de notre mission, mais une question me titille toujours les lèvres.

— Pourquoi Harmonie me veut-elle ?

— Aucune idée, répond-il en secouant la tête négativement. C’est bien ce que la reine veut que nous découvrions durant notre voyage.

— Et comment s’y rend-on ?

— Le trajet jusqu’à l’Imposant est d’une demi-journée.

— De marche ? m’écrié-je.

Angie esquisse un sourire en coin tout en me corrigeant :

— À dos de draf.

Je fronce les sourcils d’incompréhension.

— Les drafs sont des dérivés de dragons, m’apprend-il. Ils ressemblent à ces derniers, mais ils sont nettement plus petits. Rassure-toi, ils sont inoffensifs et domestiqués. Ils peuvent cracher quelques petites flammèches, mais rien de bien méchant ni de très impressionnant. C’est un des seuls moyens de transport à Réturis.

— Génial.

Le Leader a parfaitement senti l’ironie derrière ma réponse.

— Leur existence t’étonne ? me demande-t-il, un sourire moqueur au visage. Tu devrais pourtant commencer à t’habituer aux différences de notre monde.

— Ce qui m’étonne, c’est le fait que tu aies pris le temps de répondre à toutes mes questions, répliqué-je aussitôt. Tu aurais très bien pu me laisser dans l’ignorance !

— La reine m’a chargé de m’occuper de toi.

Il marque une pause, laisse ses yeux dériver sur un point derrière moi, avant de les relever sur mon visage et de reprendre :

— Cela implique de répondre à tes questions, de superviser ton entraînement, et de te protéger au péril de ma vie.

— Tu... donnerais ta vie pour moi ?

— Sans hésiter.

Jamais je n’aurais pensé entendre cela de la bouche de quelqu’un, et encore moins de la sienne. Mon cœur bat étrangement vite. L’engagement d’Angie auprès de la reine est entier. Il a promis de veiller sur moi, quitte à en donner sa vie s’il le faut. Peut-être que, finalement, il ne me déteste pas autant que je le crois... car qui donnerait sa vie pour quelqu’un qu’il n’apprécie pas ? Pas grand monde. Voire personne. L’espace d’un instant, je me surprends une fois de plus à observer le Leader. Je ne devrais pas. Mais c’est plus fort que moi, il m’intrigue. Mes iris ne cessent de passer et de repasser sur sa silhouette qui me devient désormais familière. Je pourrais en dessiner les lignes les yeux fermés.

Tout à coup, j’entends une voix dans cette pièce, alors que personne ne parle. Une voix qui commence à me donner un désagréable mal de crâne. Et plus je tente de l’identifier, plus mon mal de tête semble s’amplifier. Je commence à vaciller, mais Angie le remarque et pose ses deux mains sur mes épaules pour m’éviter de tomber.

— Tout va bien ? s’inquiète-t-il. Assieds-toi, si tu préfères.

Au moment où il me lâche pour me désigner le canapé derrière moi, la voix désagréable s’interrompt. C’est comme si je n’avais jamais eu de maux de tête.

— Ça va, je n’ai pas besoin de m’asseoir, le rassuré-je.

Angie fronce les sourcils, mais n’insiste pas.

— On devrait y aller, propose-t-il. Si l’on veut sauver ta sœur le plus rapidement possible, partir avant midi serait préférable.

Il me fait signe d’avancer, posant une main sur mon épaule afin de me guider vers la sortie du Jardin Abyssal et me rattraper si besoin est. Puis la voix dans ma tête refait surface. Cette fois-ci, je me concentre plus attentivement. Peut-être attend-elle quelque chose de moi ? Je tente du mieux que je peux de faire abstraction du mal de crâne que cela me procure. Et tandis que je précède Angie dans l’escalier doré, je parviens enfin à comprendre des mots intelligibles.

« Ce n’est peut-être pas le bon jour pour accomplir ce voyage. Elle semble encore épuisée de son coma. »

Je m’arrête net. Cette voix grave qui résonne dans ma tête… Cette voix grave, je la connais ! C’est celle d’Angie ! Mais il n’a pourtant pas ouvert la bouche pour prononcer ces mots !

« Pourquoi elle s’arrête ? »

— Pourquoi tu t’arrêtes ? me questionne le Leader.

J’écarquille les yeux de surprise. Ce que j’entends est invraisemblable. Normalement, ce n’est pas moi qui possède ce pouvoir. Je ne sais même pas comment il fonctionne ! Mais je ne peux pas me voiler la face. Je suis capable de lire dans les pensées d’Angie !

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Chapitre 42Perte de controle— Je savais que je te trouverais ici.— Je n’ai pas cherché à me défiler.Zéphyr esquisse un sourire et s’engouffre dans l’espace sombre et bleuté du Jardin Abyssal. Il jette un rapide coup d’œil à l’aquarium, puis il me rejoint sur le canapé. Il se laisse tomber contre la matière moelleuse et pose ses avant-bras sur ses genoux, les mains croisées. Il ne dit rien. Et je sais pertinemment pourquoi. Il attend que ce soit moi, comme à chaque fois qu’il veut entamer une discussion sérieuse. Et je n’aime pas ce genre de discussions. Il me pousse souvent à comprendre ce que je redoute le plus, à faire face aux démons qui me rongent de l’intérieur. Et je déteste ça.— Tu perds ton temps, finis-je par dire.— Nous savons tous les deux que c’est un mensonge. Depuis quand ne lis-tu plus dans les pensées des autres ? Parce que tu n’as pas l’air de savoir pourquoi je suis là.— Je suis fatigué.— Fatigué ? relève-t-il, les yeux bl

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Chapitre 41Jalousie oppressante— Angie, attrape !Je rattrape in extremis la dague qui filait droit sur mon front, ma main se refermant autour de la lame en métal froid. Je braque un regard incendié en direction d’Apolline. Celle-ci hausse les épaules, et ses pensées, manquant un brin de tact, ne tardent pas à résonner dans ma tête.« Tu n’avais qu’à être plus rapide ! »Je jette la dague à mes pieds. Celle-ci vient se figer dans le tatami. Si Ombelline voit ça, je suis mort. Je la retire et m’assieds sur l’entaille désormais présente, jetant un coup d’œil discret en direction de l’Immortelle. Elle est encore occupée à arbitrer le combat d’Edden et de Maximilien. Le Cerveau n’a d’ailleurs aucune chance, il n’est pas assez rapide et n’arrive pas à anticiper les coups de son adversaire. Et même si cela me coûte de le reconnaître, Edden est fort. Très fort.— OK, dis-moi ce qui ne va pas.Je fronce les sourcils. Apolline me rejoint sur le tatami et s’assied à mes c

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Chapitre 3PoisonElle sort un petit carnet et un crayon de la poche de son pantalon en cuir noir. Elle s’assied et je l’observe commencer à griffonner quelque chose. Je rêve ? La seule chose qu’elle trouve à faire après m’avoir raconté toutes ces salades, c’est de dessiner ? Ils n’ont pas l’air d

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Chapitre 2Returis— Elle se réveille !J’ouvre lentement les paupières, cligne des yeux plusieurs fois de suite pour chasser les larmes qui me brouillent la vue. Puis tout me revient. Tessia, mes parents, la maison, et ce mystérieux garçon qui m’a sauvé la vie. Ainsi que la chute. Pourtant,

Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 1Realite cauchemardesque

Chapitre 1Realite cauchemardesqueJe les prends dans mes bras, chacun leur tour, et les serre aussi fort que possible contre ma poitrine. Je souhaite de toutes mes forces qu’ils se réveillent. Je veux voir leurs paupières se soulever et leur poitrine s’abaisser au rythme de leurs respirations. J’

Surnaturels #1Mystères Partie1   L'auteure

E.J. SwanSurnaturels#1Mysteres Partie1

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