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Chapitre 16Revelations

Author: 15210689748
"publish date: " 2021-06-25 20:56:48
Chapitre 16Revelations

— Elle se réveille !

J’ouvre lentement mes paupières, aveuglée par la lumière blanche de la pièce où je me trouve. Je mets un certain temps avant de comprendre que je suis de retour à l’infirmerie. Je distingue de longs cheveux lisses et noir de jais penchés sur moi, j’en conclus donc qu’il s’agit d’Apolline. À ses côtés, une silhouette plus petite... c’est Cassie. Je tente de me relever du lit où je me trouve, mais une douleur lancinante dans le dos me fait esquisser une grimace et je me rallonge immédiatement.

— Ne te relève pas si vite, tu vas te faire mal ! s’écrie Apolline.

— Je crois que c’est déjà fait, rigole Cassie. Pardon, je sais que ce n’est pas drôle du tout ! Mais je ne peux pas m’empêcher de rire, c’est plus fort que moi ! pouffe-t-elle à nouveau.

— Cassie ! Franchement ! Je ne vois vraiment pas ce que tu trouves de drôle là-dedans ! la gronde sa sœur. Evalina est restée dans le coma deux jours entiers à cause d’un violent choc électrique, et toi, tu trouves ça comique ?

— Non, pas du tout ! C’est la tête que fait Evalina qui me fait rire ! rectifie la rouquine. Je n’aurais raté son réveil pour rien au monde !

Apolline ferme les yeux un court instant, sûrement le temps de se contenir, puis elle finit par lâcher :

— Cassie, tu es vraiment insupportable ! Quand ce n’est pas ton frère, c’est toi ! J’ai l’impression d’être la seule adulte responsable dans cette famille !

— Une adulte responsable ? Tu n’as même pas encore dix-huit ans... Et pour en revenir à Evalina, vois les choses du bon côté ! Au moins, elle n’est pas morte !

— Toi et ton optimisme légendaire, râle Apolline. Elle aurait très bien pu y passer !

— Harmonie ne l’aurait jamais permis. Elle veut surtout qu’Evalina reste en v...

— Cassie ! la coupe sa sœur. Ce n’est pas le moment.

— Pardon, s’excuse la rouquine.

Harmonie ? C’est la seconde fois que j’entends ce prénom. La première fois, c’était… La conversation entre Angie et le nébor me revient en pleine face. Comme une gifle. Tessia ! Elle est en vie ! Retenue quelque part en captivité – d’après ce que j’en ai compris –, mais en vie ! Et si je ne m’y rends pas dans les prochains jours, Harmonie tuera ma sœur. Je cligne des paupières et constate qu’Apolline et Cassie me fixent de leurs yeux bleu clair.

Personne ne sait que j’ai entendu cette conversation entre le Leader et le monstre. On me pensait déjà évanouie. Je suis prête à parier qu’ils ont choisi de garder le message le plus longtemps possible secret pour ne pas m’inquiéter. J’ai hâte de voir combien de temps ils vont tenir en me laissant dans l’ignorance la plus totale. Je pose donc la première question qui me vient à l’esprit :

— J’ai dormi deux jours ?

Apolline, sans doute soulagée que je n’aie pas prêté plus attention que ça au prénom d’Harmonie, pousse un gros soupir. Elle relâche ses épaules qui s’étaient raidies sous la tension et me répond d’un ton maîtrisé :

— Oui, deux jours entiers. On a dû t’alimenter par perfusion.

Elle marque une pause, puis reprend en se tournant vers sa sœur :

— Si tu allais prévenir les garçons et la reine que notre belle au bois dormant s’est réveillée ?

La rouquine s’apprête à protester, mais elle se ravise aussitôt que son regard croise les pupilles incendiaires d’Apolline. Manifestement, c’est un ordre. Une fois Cassie sortie de l’infirmerie, Apolline reporte son attention sur moi et commence à me donner quelques explications sur ma présence à l’infirmerie.

— Au cas où tu ne serais pas encore au courant, tu as perdu connaissance après l’attaque d’un nébor. D’après Angie, il t’a frappé à deux reprises. Tu as une vilaine marque rouge sur ton dos, mais ne t’en fais pas, elle s’estompera petit à petit. Cependant, tu garderas une légère cicatrice. Tu saisis sans doute mieux pourquoi nous nous réveillons chaque matin avec une petite décharge électrique... C’est notre seul moyen de contrer cette attaque ! Grâce à ce système, notre corps finit par s’y habituer. Tu comprends pourquoi il est vital que tu suives nos enseignements à la Colombe ? Ce n’est pas pour t’embêter, mais bien pour t’éviter la mort !

— Je comprends, soupiré-je.

— Désolée de me montrer aussi stricte avec toi, mais tu nous as fait une peur bleue ! Tu es restée paralysée si longtemps qu’Angie t’a cru morte… C’est lui qui t’a porté jusqu’ici. Je ne l’avais jamais vu aussi terrifié à l’idée d’avoir failli à une mission de la reine !

— Angie ? Terrifié ? Est-ce qu’on parle bien du même Angie ?

— Absolument ! affirme-t-elle. Il a promis à la reine de veiller sur toi, et s’il y a bien quelque chose qu’il déteste par-dessus tout, c’est de ne pas pouvoir tenir ses promesses.

Angie est donc un homme d’honneur... étrangement, cela ne me surprend pas plus que ça. Il est peut-être insupportable aux premiers abords, mais on peut également voir qu’il est doté d’une grande loyauté et qu’il prend les choses très à cœur. Même s’il passe le plus clair de son temps à cacher ce côté-là de lui, ça ne m’a pas échappé.

— Alors c’est vrai, tu es bel et bien réveillée ! clame une voix masculine.

Je tourne la tête vers l’entrée de l’infirmerie. Mes yeux se posent sur une première silhouette aux cheveux châtains, facilement reconnaissable. C’est Maximilien. À ses côtés, Edden me fixe curieusement.

— Edden ? Max ? Qu’est-ce que vous faites ici ? s’étonne Apolline. Vous ne devriez pas être en train de vous entraîner à la Colombe ?

— On y était, confirme Maximilien. Seulement, Ombelline veut voir où tu en es avec le contrôle de ton pouvoir. Elle nous a envoyés pour te relayer au chevet de la belle au bois dormant !

— Génial, soupire-t-elle. Moi qui pensais surveiller Evalina et me reposer un peu, je vais devoir me payer une évaluation !

Elle s’empare d’un sac noir posé au pied du lit, me salue, puis claque la porte de l’infirmerie. Me voilà seule en compagnie de Maximilien et d’Edden. Ce n’est pas que je ne les aime pas, mais je ne les connais pas plus que ça. Ce qui rend la situation un peu embarrassante.

— Alors, comment te sens-tu ? se lance Maximilien.

— Ça va...

J’ai bien conscience qu’il va falloir que j’améliore mes conversations, qu’elles soient plus élaborées si je veux paraître sympathique. Mais pour l’instant, c’est au-dessus de mes forces.

— Quand Cassie est venue nous annoncer que tu t’étais réveillée, personne ne l’a cru, continue-t-il. La reine ne pensait pas que tu t’en remettrais aussi rapidement. Tu es plus forte que tu en as l’air ! C’est sûrement grâce à tes antécé...

— Maximilien…, le coupe Edden.

Ce dernier se fait tellement discret que j’en aurais presque oublié sa présence. Pourtant, son physique n’est pas du genre à passer inaperçu.

— Oublie ce que je viens de dire, s’excuse Maximilien, ce n’était pas très important de toute façon.

Oublier ? Comment veut-il que j’oublie son amorce de phrase ? Candélaria avait déjà mentionné ce fait lorsque j’avais battu le record d’Edden à la course d’obstacles. « Tu tiens ça de tes antécédents. », m’avait-elle annoncé. Mais elle n’en avait pas dit davantage et s’était empressée de changer de sujet. Exactement comme Maximilien.

— Comment puis-je vous faire confiance sachant que vous me mentez continuellement sur la personne que je suis réellement ? ricané-je.

— Je crois qu’il est l’heure pour toi de partir, intervient Edden de sa voix grave, les yeux rivés sur Maximilien.

Le Cerveau des Surnaturels soupire longuement avant de me saluer et de rejoindre la sortie. Pourquoi me laisse-t-on seule avec Edden ? Devant mon air consterné, le Fidèle s’assied sur un petit tabouret qui se trouve à côté du lit et s’empresse de me donner des explications :

— Ombelline n’aurait jamais accepté de nous envoyer tous les deux ici. Elle ne veut pas prendre de retard sur nos entraînements. Maximilien était juste de passage, il tenait à te voir. Moi, on m’a chargé de venir te parler.

— On t’a chargé ? répété-je. Cache ta joie, surtout !

— Excuse-moi, rigole-t-il. Je ne suis pas très doué pour dialoguer avec les gens. Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire…

— Non, c’est moi qui suis désolée. Je te reproche de ne pas être honnête, mais tu respectes simplement les ordres de la reine. Tu n’y es pour rien si elle a pris la décision de me cacher des choses.

— Puisqu’on parle d’elle, je pensais qu’elle enverrait Angie pour te parler... Il veut vraiment venir te voir, mais Ombelline ne l’a pas encore laissé sortir.

— Pourquoi souhaite-t-il me voir ?

— Aucune idée. Tout ce que j’ai compris, c’est qu’il a quelque chose à te rendre.

Je me mets aussitôt à farfouiller les poches de mon pantalon noir, mais sans succès. Le journal a disparu ! Il n’a pas pu tomber, je l’aurais senti. Aucun doute, ce que veut me rendre le Leader, c’est le journal. Même si les autres ne peuvent visiblement voir que des pages blanches, j’ai peur qu’il ait deviné de quoi il s’agit.

— J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ? demande-t-il face à mon regard inquiet.

— Non, pas du tout ! Alors, pourquoi la reine t’a-t-elle envoyé ? le questionné-je subitement, changeant de sujet par la même occasion.

— Je suis le Fidèle des Surnaturels, soupire-t-il. Elle pense donc que je suis le plus apte à te rassurer, à te mettre en confiance. Mais je trouve ça lourd qu’on me juge simplement sur un fichu titre, ajoute-t-il en serrant les poings.

Je comprends parfaitement ce qu’il ressent. Tout comme moi, il refuse de devenir ce que le destin a choisi pour lui. Contrairement aux autres, il n’a pas l’air de vouloir être un Surnaturel. À bien l’observer, caché sous une épaisse couche de discrétion, j’ai l’impression qu’il est prisonnier d’une vie qu’il n’a pas souhaitée. Que ses yeux verts expriment tout ce que sa bouche refuse de partager. La façon qu’il a de tenir ses distances face aux autres, c’est comme si c’était sa manière à lui de se persuader qu’il n’appartient pas à ce monde. Quelque part, je me retrouve en lui.

— Toi non plus tu ne veux pas devenir un des leurs ? me risqué-je à lui demander.

— C’est trop de responsabilités, confirme-t-il. Je n’étais pas prêt. Je suis sûr qu’il existe des dizaines d’autres monels aussi fidèles, mais malheureusement, c’est tombé sur moi.

À ma plus grande surprise, Edden ne s’arrête pas là et continue à se confier :

— C’était il y a quelques jours, je fêtais mes dix-huit ans... Je pensais vivre un anniversaire comme les autres, mais la nuit que j’avais passée n’avait été que souffrance à cause de ce maudit tatouage que j’avais eu l’idée de faire le jour précédent ! Puis Ombelline est arrivée et m’a quasiment traîné de force jusqu’au Majestueux.

— Quelle horreur ! Elle ne t’a même pas laissé le temps de faire tes adieux à tes proches ? À tes amis ?

— Non... Je n’en avais pas vraiment, de toute façon. Me faire des amis était bien l’une de mes dernières préoccupations.

— Quelle était la première, alors ?

Il me fixe et promène son regard vert sur moi, ouvrant et refermant la bouche, comme s’il hésitait à m’en dire plus. Il ne tient pas en place sur son tabouret et ne cesse de se mordre la lèvre. Peut-être que je n’aurais pas dû poser cette question. Mais le mal est fait.

— Ma mère, avoue-t-il d’un coup. Elle est tombée malade quand j’avais six ans. Une forme de cancer plutôt rare. Elle s’est battue de toutes ses forces afin de le repousser, alternant entre différentes phases de la maladie. Les plus sombres étaient de loin les pires. Elle n’avait aucune force et ne pouvait rien faire d’autre qu’attendre… que tout ça se termine. Mais la mort refusait de venir.

Il fait une courte pause, le temps sûrement de trouver les mots adéquats, puis il reprend :

— Je n’avais pas le temps de me faire des amis, je devais veiller sur elle. Ainsi que sur ma petite sœur. Quand j’avais quatorze ans, mon village a été victime de la fameuse attaque de trénone dont tout le monde se souvient. Nous vivions en paix depuis une vingtaine d’années, mais ce jour-là, ils ont refait leur apparition. Personne ne s’y attendait. Tout a été complètement dévasté, rares étaient les survivants. J’ai réussi à mettre ma mère en sécurité, mais j’ai perdu ma sœur de vue quelques instants. Ça a malheureusement été suffisant pour la retrouver avec une profonde entaille au visage. J’en ai déduit qu’un désaltra l’avait tué.

La douleur se lit sur le visage du Fidèle. Malgré tout, il a l’air parfaitement décidé à continuer son récit. Je crois que c’est la toute première fois qu’il en parle à quelqu’un, et que quelque part, cela le soulage. J’ignore ce que je vais bien pouvoir répondre à la fin, mais je suis vraiment contente d’être son oreille attentive.

— Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai perdu ma mère pour de bon, poursuit-il. La mort de ma sœur et sa maladie ont été de trop pour elle. Ses cauchemars ont commencé, elle ne voulait donc plus aller dormir. Ni même manger. Elle ne prenait plus ses médicaments, alors j’ai dû arrêter les cours pour ne me consacrer qu’à elle. Je la forçais à manger et à se soigner. Elle a fini par me détester… Elle a commencé à perdre la tête et à ne plus me reconnaître, déglutit-il, mais je ne voulais pas contacter un asile. J’avais l’espoir qu’elle se remette un jour.

Il soupire.

— Mais le jour de mes dix-huit ans, Ombelline s’est pointée et m’a arraché à ma mère ! Elle n’avait plus que moi, et j’ai dû partir ! Je n’avais aucune envie d’apprendre des techniques de combat qui n’allaient servir strictement à rien contre le cancer de ma mère, mais Ombelline n’a rien voulu entendre. Cependant, juste avant ta venue à Réturis, j’ai réussi à m’octroyer quelques heures libres afin de retourner dans mon village natal. Lorsque je suis entré chez moi, il n’y avait plus personne. Selon une voisine, ma mère aurait été placée dans un centre psychiatrique, mais elle ignore lequel. Je ne saurai jamais ce qu’elle est devenue et si elle va bien ! Je ne pourrai jamais lui dire au revoir, ricane-t-il amèrement. Je suis condamné à me demander si elle est morte ou bien toujours en vie ! Tu comprends pourquoi j’ai horreur d’être devenu un Surnaturel ? conclut-il.

— Parce que cette nouvelle vie t’a enlevé à celle d’avant... Elle t’a arraché à celle pour qui tu t’es toujours battu, dis-je, la gorge serrée par le récit d’Edden.

Comment ce garçon assis à mes côtés parvient-il à surmonter tout ça ? L’émotion reste bloquée au fond de moi. Pas une larme ne coule. C’est comme si le souffle me manquait. Lorsque j’imagine tout ce qu’il a pu vivre dans sa vie, tout ce qu’il a pu voir comme horreurs, un frisson glacé me parcourt le corps tout entier. Et moi qui suis allongée dans ce lit, à me plaindre d’une décharge électrique… Je dois vraiment lui paraître ridicule ! La douleur qui me martèle le dos n’est rien comparée à tout ce qu’il a dû endurer.

Edden m’a donné la force qu’il me manquait pour me relever. Je me positionne sur mes coudes et me redresse avec difficulté, de façon à me tenir assise, un rictus de douleur plaqué sur le visage.

— Evalina, tu ne devrais pas...

— C’est bon, soufflé-je. Ça va. Je ne vais pas rester allongée jusqu’à ce que la douleur passe ! Ma mère disait toujours qu’en affrontant ses problèmes, on les règle plus vite.

— Elle a bien raison. D’ailleurs, je ne me souviens pas t’avoir présenté mes condoléances pour ce qui est arrivé à tes parents.

— Je préfère que tu ne le fasses pas.

Edden hoche la tête, une lueur compréhensive dans le regard. Comment pourrait-il en être autrement, en vue de ce qu’il a vécu ?

— Pourquoi m’avoir raconté tout ça ? le questionné-je.

— À vrai dire, je ne sais pas trop. J’en avais marre de garder ça pour moi. Je ne te connais pas bien, mais j’ai senti que tu saurais m’écouter et me comprendre. Et puis, j’ai toujours trouvé que se confier à des inconnus était plus simp...

— Ombelline m’envoie te relayer, le coupe une voix grave.

Angie se tient dans l’embrasure de la porte, le regard braqué sur Edden. Je ne sais pas à quoi il pense, mais il a l’air en colère.

— Déjà ? s’étonne Edden.

— Oui, déjà. Il semblerait que vous ayez pris pas mal de temps à bavasser, et Ombelline s’impatiente, répond-il d’un ton très sec.

— Alors j’y vais, soupire le Fidèle.

Il se lève et s’avance avec lenteur jusqu’à la porte de l’infirmerie. Il s’arrête près d’Angie et se retourne afin de m’adresser un dernier regard, comme pour me dire merci.

— À plus, Evalina.

Je lui souris en retour et le regarde disparaître dans le couloir. Je n’en reviens pas de remarquer seulement maintenant à quel point Edden peut être gentil, et je remercie Candélaria de me l’avoir envoyé. Pour une fois qu’elle a eu une bonne idée à mon égard.

— Surtout, préviens-moi si tes pensées deviennent plus érotiques. Que je reparte, déclare Angie d’une voix cinglante.

Zut. J’avais oublié qu’en sa présence, je me dois de maîtriser tout ce qui me passe par la tête. Mais au lieu de me piquer, sa remarque me fait rire. Taquine, je lui balance un oreiller dans la tête, mais avec une telle force que je m’en étonne moi-même. Angie soupire et regarde l’oreiller tombé à ses pieds, sans faire le moindre mouvement. Je crois qu’il ne s’attendait pas du tout à cette réaction-là de ma part. Il se penche pour le ramasser et s’approche, lentement, jusqu’à mon lit. Ce type ne sait pas marcher vite, ou quoi ? On dirait un véritable prédateur qui étudie sa proie. Et plus il s’approche, plus je me mets à ressentir ces étranges picotements dans la tête. À bien y réfléchir, je les ressens à chaque fois qu’Angie se trouve dans la même pièce que moi. C’est très bizarre, mais je n’ai pas le temps de creuser plus. Je viens de recevoir l’oreiller en pleine face !

— Hé ! m’écrié-je.

— Maintenant, tu sais quel effet ça fait, dit-il, un sourire moqueur prenant place sur son visage.

— Oh, monsieur s’est enfin décidé à reprendre une humeur normale ? Enfin, si l’on considère qu’être sarcastique tout le temps est parfaitement normal !

— Mon humeur te pose un problème, miss ?

— Miss ?

— Tu m’as bien appelé monsieur, alors je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas t’appeler miss, me répond-il en plantant ses yeux dans les miens.

Je déteste quand il fait ça. À croire qu’il sait que cela me déstabilise. Lorsque je constate que son sourire s’élargit suite à cette pensée, je comprends qu’en effet, il en est bien conscient. Je détourne aussitôt le regard, agacée.

— Qu’est-ce qu’il te voulait ? me demande-t-il, faisant allusion à Edden.

Je ne réponds pas.

— Qu’est-ce qu’il te voulait ? répète-t-il.

Je hausse les sourcils d’un air provocateur.

— Je ne reposerai pas ma question une troisième fois, s’impatiente-t-il. Sois tu me réponds, sois j’utilise mon pouvoir, à toi de voir.

— Eh bien, vas-y ! Tu n’as qu’à l’utiliser ! De toute façon, c’est ce que tu fais toujours ! Et tu te passes bien de me demander mon avis !

— Bien, j’ai compris ! Tu veux ma parole que je ne lirai pas dans tes pensées ? Tu l’as, soupire-t-il. Maintenant, dis-moi ce qu’il te voulait.

Je fronce les sourcils, pas très convaincue.

— Comment être sûre que je peux te faire confiance ?

— Tu ne peux pas. Mais il va pourtant le falloir.

Je prends quelques secondes de réflexion. Même si ce n’est pas mon fort, je vais devoir lui accorder ma confiance. Autrement, il ne lâchera jamais le morceau.

— Il est venu me parler afin de me rassurer. Sur ordre de la reine, lâché-je. T’es content ?

— Pas vraiment. C’est un bref résumé.

— Parce que tu veux des détails de notre conversation, aussi ? Il m’a dit que tu tenais absolument à me voir pour me rendre quelque chose, soupiré-je, profitant de cette occasion pour pouvoir enfin récupérer le journal.

— Ça peut attendre, je n’y tiens pas absolument, me rectifie-t-il. La reine m’a d’abord demandé de t’amener au Siège. Donc on ferait mieux d’y aller.

— Elle croit vraiment que je suis en mesure de marcher ? J’ai déjà eu du mal à me relever, alors…

— Je peux te porter, me coupe-t-il. Tu n’es pas vraiment ce qu’on peut appeler un poids lourd.

— Euh... non. Ça va aller ! Finalement, je crois que je suis capable de marcher !

— Comme tu voudras, ricane-t-il.

Il fait demi-tour et s’avance vers la porte blanche de l’infirmerie.

— Après toi, dit-il en l’ouvrant en grand.

J’inspire un grand coup, me tourne sur le côté, et pose mes deux pieds par terre. Pour l’instant, aucune douleur à signaler. Je reprends une grande inspiration puis me mets enfin debout. La sensation m’envoie de nombreuses petites décharges électriques dans le dos, que je m’efforce d’ignorer. Je commence à avancer précautionneusement jusqu’à la porte, un pied après l’autre. À chaque fois qu’ils touchent le sol, un faible choc me parcourt la colonne vertébrale. C’est avec un soulagement sans nom que j’atteins enfin la sortie. Je jette un regard derrière moi, fière des quelques mètres que je viens de parcourir. C’est un bon début. Le Leader referme la porte, et nous voilà partis pour le Siège.

Je ne pensais pas être aussi contente de retrouver ces dalles noires et blanches ainsi que ce tapis de velours rouge sous mes pieds. Cela a un côté rassurant. Angie me jette quelques petits coups d’œil à la dérobée pour s’assurer que je le suis toujours, mais ne dit rien. Je m’attendais à ce qu’il me provoque avec ses phrases sarcastiques, mais il ne sort pas le moindre son. Pour une fois que ça arrive, je ne vais pas m’en plaindre. Nous arrivons enfin dans la salle d’attente qui précède le Siège. Mon dos n’en peut plus. Malheureusement, le Leader ne m’offre aucune pause et entre directement dans la pièce, sans prendre la peine de frapper à la porte. Je le succède et découvre la reine, coiffée d’un chignon qui rassemble ses cheveux roux d’une manière stricte, assise sur son fameux trône rouge et or. Elle nous attendait.

— Bienvenue, Evalina, me salue-t-elle. Je vois que tu as pu arriver ici par tes propres moyens. Tu te remets donc assez rapidement ?

— Ce n’est pas la grande forme, mais ça peut aller.

— Bien. Merci de me l’avoir amené, Angie. Tu peux rester ici, lui dit-elle.

Elle reporte son attention sur moi et me dévisage de ses petits yeux bleu clair, cerclés de maquillage noir. Elle semble réfléchir. Comme si elle pesait actuellement le pour et le contre de je ne sais quoi. Après quelques secondes de silence, elle annonce d’une voix assurée :

— Je pense qu’il est temps pour toi de connaître la vérité.

Je mets un petit moment à comprendre de quoi elle parle. La vérité. Va-t-elle vraiment tout me révéler ?

— Pourquoi maintenant ?

— Tu as accepté le décès de tes parents. C’est une grande prise de conscience, j’ai donc en contrepartie décidé qu’il était temps de te révéler ce que tu voulais savoir. Tu es prête. Et Angie a beaucoup insisté pour que je te mette au courant, ajoute-t-elle.

Ma tête se tourne automatiquement vers le Leader. Il soutient mon regard, mais ne dit toujours rien. Il reste silencieux. Je le croyais pourtant du genre à faire le fier. Comment suis-je censée réagir ? Devrais-je le remercier ? Je l’ai déjà fait une fois, lorsqu’il m’avait révélé l’existence de la Chronosée pour mes recherches. Et cela m’a amplement suffi. Le temps que je décide de ce que je devrais faire, la reine reprend la parole et coupe court à ma réflexion.

— Je vais commencer par te raconter l’histoire de notre royaume, me précise-t-elle. Réturis a été créé par ce que l’on appelle une Gémone. Cette dernière est née d’une flamme de l’ange et du démon, qui se sont mélangées pour la former. Elle en a hérité le pouvoir de Création, qui lui a permis de créer notre royaume, mais aussi les monels, le Majestueux et les Surnaturels. Malheureusement, comme pour beaucoup de personnes, la solitude l’a touché. Elle a donc ressenti l’envie de se créer une sœur jumelle, seulement, cette dernière a sombré dans le mal. Personne ne sait pourquoi, ni même comment. Quoi qu’il en soit, elle est devenue ce que l’on appelle de nos jours... une Démone.

J’avais raison à propos de la Gémone. Elle est bien le fruit d’un mélange angélique et démoniaque. Cependant, grâce au journal d’Eléana, je suis déjà au courant de ce que me raconte Candélaria. Et tandis que je détiens une chance de comprendre pourquoi Eléana a sombré dans le mal, la reine n’en a pas. Mis à part moi, je crois que personne d’autre ne peut lire le journal.

— La Gémone a réussi à vaincre la Démone, poursuit la reine. Mais ce qu’elle ignorait, c’était que cette dernière avait eu une fille. Tandis que les Démones prospéraient à Réturis, les Gémones se sont enfuies après avoir nommé une Surnaturelle en tant que reine de Réturis. Alors que nous pensions la lignée éteinte, celle-ci continuait en réalité à se reproduire sur Terre. Les Gémones ont commencé à devenir un mythe dans notre royaume... Elles ont donc fini par être oubliées de tous.

La reine secoue la tête mélodramatiquement. Ce n’est pourtant pas de sa faute si la race de la Gémone a été effacée des mémoires. Cela remonte à plusieurs siècles. Je suis sûre que les arrières-arrières-arrières-arrières grands-parents de Candélaria n’étaient même pas encore nés, elle n’aurait rien pu faire pour arranger ça !

— La lignée des Démones, elle, a continué à subsister. Ici, sur Réturis, reprend-elle. De même que celle des Surnaturels. C’est la Démone qui contrôle les trénones. C’est elle qui les envoie nous attaquer. Depuis des décennies, les Surnaturels protègent Réturis et tentent de mettre fin au règne de cette femme maléfique. Malheureusement, ils ne sont jamais parvenus à la tuer avant que celle-ci ne donne vie à sa descendance. Ils n’ont jamais été assez puissants, mais c’est sans doute parce que l’équipe n’avait jamais été au complet. Et ça, nous venons à peine de le comprendre. C’est la raison pour laquelle les anciens Surnaturels t’ont appelé à l’aide, Evalina.

— Je ne... Je ne suis pas sûre de comprendre, bafouillé-je.

— La Gémone est responsable de la création de la Démone, c’est donc elle qui y mettra un terme.

La reine ne me lâche pas une seule seconde du regard. Je suis pétrifiée sur place. J’ai bien trop peur de ce qu’elle s’apprête à dire.

— Les anciens Surnaturels ont invoqué le Majestueux afin qu’il trouve la Gémone d’aujourd’hui. Depuis que la fille de la première Créatrice s’est enfuie sur Terre, sa descendance s’est donc poursuivie sur cette planète.

Je déglutis.

— Tu es la Gémone d’aujourd’hui, Evalina, conclut la reine.

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RemerciementsAutant l’écriture en elle-même ne m’a jamais posé de problèmes, autant les remerciements me donnent un aperçu du syndrome de la page blanche. Beaucoup de personnes à remercier, tellement de choix dans la manière de procéder, et pourtant si peu d’assurance quand il s’agit d’organiser le tout. Au risque de pondre un pavé, je vais m’en tenir au format de ce livre et séparer les remerciements en deux. Si je ne cite pas tout le monde ici, c’est donc normal. Après tout, ceci n’est que la moitié du tome 1.Je tiens pour commencer à remercier Guillaume et Ophélie, sans qui mon rêve n’aurait pas pu se réaliser. Vous avez su transformer une histoire écrite à mes 15 ans en un projet digne du papier, digne de vous, digne de cette maison d’édition inceptionnelle et de cette équipe véritablement incroyable. Merci d’avoir supporté le mauvais caractère d’Angie et la naïveté d’Evalina. Merci pour ce boulot de dingue que vous fournissez jour et nuit.Merci à Anne, mon synonyme contrai

Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 43Etats d'ame

Chapitre 43Etats d'ameAngie est le premier à demander des explications. J’entends sa voix, mais je suis incapable de me concentrer sur ce qu’il dit. Les seuls mots qui résonnent dans ma tête sont ceux de Zéphyr. Il n’a pas dit que Cassie et Tessia étaient revenues. Il a seulement dit Cassie. Ma poitrine me fait mal. Mon corps se met à trembler de lui-même. Je ne me sens pas bien. Ma gorge est serrée. Je n’arrive plus à distinguer clairement mon entourage. Mon cœur bat trop vite. J’essaie de prendre une profonde inspiration et d’expirer calmement, mais j’ai l’impression de ne plus pouvoir respirer. Tessia n’est pas revenue. Je recule et heurte la paroi du tunnel. J’ai la sensation qu’on est en train de jouer avec mon cœur. Qu’il résiste tant bien que mal, mais qu’il suffirait qu’on le crève encore un peu plus pour le voir perdre la partie. Je ne me sens plus capable d’agir comme si ce n’était pas grave. Comme si je pouvais encore attendre, alors que ma sœur est la seule famille qu’i

Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 42Perte de controle

Chapitre 42Perte de controle— Je savais que je te trouverais ici.— Je n’ai pas cherché à me défiler.Zéphyr esquisse un sourire et s’engouffre dans l’espace sombre et bleuté du Jardin Abyssal. Il jette un rapide coup d’œil à l’aquarium, puis il me rejoint sur le canapé. Il se laisse tomber contre la matière moelleuse et pose ses avant-bras sur ses genoux, les mains croisées. Il ne dit rien. Et je sais pertinemment pourquoi. Il attend que ce soit moi, comme à chaque fois qu’il veut entamer une discussion sérieuse. Et je n’aime pas ce genre de discussions. Il me pousse souvent à comprendre ce que je redoute le plus, à faire face aux démons qui me rongent de l’intérieur. Et je déteste ça.— Tu perds ton temps, finis-je par dire.— Nous savons tous les deux que c’est un mensonge. Depuis quand ne lis-tu plus dans les pensées des autres ? Parce que tu n’as pas l’air de savoir pourquoi je suis là.— Je suis fatigué.— Fatigué ? relève-t-il, les yeux bl

Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 41Jalousie oppressante

Chapitre 41Jalousie oppressante— Angie, attrape !Je rattrape in extremis la dague qui filait droit sur mon front, ma main se refermant autour de la lame en métal froid. Je braque un regard incendié en direction d’Apolline. Celle-ci hausse les épaules, et ses pensées, manquant un brin de tact, ne tardent pas à résonner dans ma tête.« Tu n’avais qu’à être plus rapide ! »Je jette la dague à mes pieds. Celle-ci vient se figer dans le tatami. Si Ombelline voit ça, je suis mort. Je la retire et m’assieds sur l’entaille désormais présente, jetant un coup d’œil discret en direction de l’Immortelle. Elle est encore occupée à arbitrer le combat d’Edden et de Maximilien. Le Cerveau n’a d’ailleurs aucune chance, il n’est pas assez rapide et n’arrive pas à anticiper les coups de son adversaire. Et même si cela me coûte de le reconnaître, Edden est fort. Très fort.— OK, dis-moi ce qui ne va pas.Je fronce les sourcils. Apolline me rejoint sur le tatami et s’assied à mes c

Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 28Retrouvailles

Chapitre 28RetrouvaillesCela faisait longtemps que je n’étais pas venue ici. Je suis adossée au mur blanc de la pièce en coupole, appelée également « la salle d’attente du Siège ». J’attends que la reine veuille bien me recevoir, tout en essayant de ne pas croiser le regard d’Angie. Je tent

Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 27Sentiments incontroles

Chapitre 27Sentiments incontrolesComment Angie en est-il arrivé à cette conclusion ? Je ne comprends pas. D’après ce que j’ai pu observer dans ce royaume, personne n’a le même pouvoir qu’un autre. Chacun possède le sien. Pourquoi aurais-je le même que celui d’Isaac ?— Tu te trompes.—&nb

Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 26Absorption

Chapitre 26AbsorptionJe la regarde claquer la porte derrière elle, inébranlable. Et c’est à ce moment que je me souviens du petit objet présent dans ma poche. Sa montre. Je voulais la lui rendre et j’ai encore raté une occasion de le faire. Cette fille est arrivée à me faire oublier ce pour quoi

Surnaturels #1Mystères Partie1   Chapitre 25Lunatique

Chapitre 25LunatiqueJe me précipite jusqu’à l’infirmerie. J’ignore les appels de Zéphyr et d’Angie qui tentent de m’en empêcher. Ils ont vraiment cru que je resterais là, les bras croisés, à assimiler la nouvelle sans rien faire ? Ce n’est pas mon genre. Je longe les couloirs du château et ne ta

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