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Home/ All /Surnaturels #2Transformation Partie1/Chapitre 14Homicide involontaire

Chapitre 14Homicide involontaire

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"publish date: " 2021-06-25 17:27:54

Chapitre 14Homicide involontaire

— Tu ne pourras pas les retenir éternellement…

— Tais-toi.

— Tu es plus faible que d’ordinaire.

— J’ai dit, tais-toi, Isaac ! hurle-t-elle, les yeux luisant d’une couleur carmin.

Après avoir passé plusieurs semaines en sa compagnie, ses coups de sang ne me font plus le même effet. Je m’y suis habitué. Les choses ne se passent pas exactement comme elle l’avait prévue. Elle n’est pas tranquille et ne parvient pas à le cacher. Ses talons hauts claquent sur le sol de la pièce. Celui-ci est souillé des nombreux litres de sang qui se sont écoulés durant des siècles. Mes yeux se promènent sur les cordes, les lames, les objets bizarres et les torches prêtes à meurtrir n’importe quel morceau de chair sur la peau d’un malheureux. Un râle de douleur résonne dans la pièce.

— Toi, la ferme !

Mélodie resserre les chaînes du prisonnier et lui lance un regard meurtrier. Je n’éprouve d’ordinaire pas de grande empathie pour les métamorphes, mais celui-ci me fait mal au cœur. Il est suspendu au milieu de la pièce par des chaînes en acier qui lui retiennent les poignets, ses jambes pendant dans le vide, à quelques millimètres du sol. Ses muscles le tiraillent. Et il parvient à peine à parler.

— Si ce n’est pas pour m’apprendre comment Kierân s’y prend pour aspirer vos pouvoirs, ce n’est même pas la peine d’ouvrir la bouche !

Le visage charismatique du métamorphe se crispe de douleur. Il est en sueur.

— Continue ainsi et tu n’auras bientôt plus personne à interroger, argué-je.

— À l’heure qu’il est, il y a des centaines de métamorphes dans ce château. Je n’ai qu’à en piocher un !

— Tu n’as pas choisi celui-ci au hasard.

Mélodie pivote son visage vers moi. Avec ses cheveux tirés, elle paraît encore plus sévère et menaçante. Mais son regard est joueur.

— Non, en effet. Je savais que tu ne verrais pas d’inconvénients à ce que je torture le bourreau d’Evalina.

— Je ne suis pas stupide. Je sais que ce n’est pas la raison pour laquelle tu l’as choisi.

Mélodie se rapproche. Elle pose ses mains sur mon visage, éraflant légèrement ma peau de ses ongles, puis m’avoue :

— J’ai besoin de son pouvoir.

Je lis dans son regard de l’ambition, de la détermination, mais aussi du doute et de la peur. D’une poigne ferme, j’attrape ses poignets et écarte son toucher tranchant de mon visage.

— Tu as déjà en ta possession les pouvoirs des Surnaturels, pourquoi vouloir toujours plus ?

— Parce que cela va me permettre d’atteindre mon but.

— Je croyais que tout ce que tu voulais était prendre ta revanche sur les Surnaturels et venger tes ancêtres… mais j’avais raison, tes ambitions vont au-delà.

Mélodie fuit mon regard et reporte son attention sur le métamorphe. Mais cette fois-ci, c’est moi qui lui attrape le visage. Je veux qu’elle me regarde, moi.

— Que vas-tu faire de lui ?

— Tu n’es pas sans savoir qu’il possède des capacités psychiques extraordinaires, qui feraient un ravage entre mes mains.

— Mais encore ?

Mélodie hésite. Sa confiance en moi est encore fragile, cependant, ces derniers jours, j’ai vu suffisamment de fêlures chez elle pour comprendre qu’elle a besoin de se confier. Elle a besoin de faire confiance à quelqu’un, je le ressens.

— Il n’est pas comme ses petits camarades. Son animal est… exceptionnel, murmure-t-elle.

— Qu’est-ce qui pourrait être plus exceptionnel qu’un métamorphe caméléon ?

— La seule espèce que ces derniers sont incapables d’incarner.

J’écarquille les yeux et observe le prisonnier d’un air surpris.

— C’est une panthère ?

Mélodie esquisse un sourire.

— Une panthère nébuleuse, oui. Un animal extrêmement rare sur ce royaume. Pourquoi crois-tu que Kierân déploie ses forces entières à l’heure qu’il est ? C’est un collectionneur, il ne vit que pour les belles choses. Son objectif est de rassembler la plus grande et la plus puissante armée de métamorphes de Réturis afin de réitérer le soulèvement.

Elle s’éloigne de moi et avance assurément vers le prisonnier, agrippant brusquement son menton.

— Lacnas est la plus belle pièce de sa collection, il est incapable de l’abandonner derrière lui. Je savais qu’il déploierait toutes ses forces pour venir la récupérer, et c’est exactement ce dont j’avais besoin.

Ce dernier grommelle entre ses dents.

— Si je ne suis qu’un appât, pourquoi avoir tenté de me voler mon pouvoir ?

Ses cheveux noirs lui tombent dans les yeux. Ils sont si longs et si fins qu’ils n’ont pas résisté bien longtemps aux tortures de Mélodie. Alors qu’ils étaient soigneusement coiffés en une longue natte avant sa capture, maintenant, ils sont tombés un peu partout sur ses épaules et traînent presque jusqu’au sol. Mélodie passe une main dedans et articule, amusée :

— Qui ne tente rien n’a rien. Je voulais simplement m’assurer qu’il était bien impossible de te le soustraire. Mais en visant plus gros, en revanche…

Elle laisse promener son index sur le torse de Lacnas, qui émet un grognement déplaisant. Un grognement presque animal.

— J’ai beau t’avoir affaibli, tu meurs d’envie de te transformer, n’est-ce pas ? ricane-t-elle.

Lacnas souffle bruyamment, ses yeux noirs braquant ceux de Mélodie. La haine qu’il semble éprouver pour elle, à cet instant précis, me glace le sang.

— Dommage que tu ne sois rien d’autre qu’une bête en cage, à l’heure qu’il est ! Crois-moi, je meurs d’envie de te relâcher, mais il faut d’abord que tes petits camarades parviennent jusqu’à toi.

— Peut-être que si tu rappelais tes trénones à l’ordre, ils en viendraient à bout plus rapidement.

Mélodie part dans un grand éclat de rire.

— Pour qu’ils se doutent que la bataille était trop facile et qu’en réalité, ce n’était pas toi que je voulais, mais bien eux tous ? Hors de question.

Le métamorphe grogne un peu plus fort. Il est en train de recouvrer des forces. Et Mélodie semble décidée à le provoquer.

— Tu vas m’apporter ce que je désire, continue-t-elle. D’une manière ou d’une autre.

— Jamais.

Lacnas crache par terre. Juste devant les chaussures de Mélodie. Je retiens un profond soupir et secoue la tête impassiblement.

— Oh, si tu voulais souffrir encore un peu, il y avait d’autres façons de le demander !

Mélodie ricane, ouvre la main droite pour faire apparaître sa fourche, et transperce le bras du métamorphe avec délectation. Ce dernier rugit violemment. Ses canines s’allongent en des crocs tranchants, prêts à déchirer les organes du premier venu. Une lueur verte brille au fond de ses prunelles noires. Elle grossit à vue d’œil, mais Mélodie ne bouge pas d’un centimètre. Lorsqu’un brouillard s’enroule autour du métamorphe, je ne peux pas m’empêcher de rejoindre ma jumelle et de la tirer hors du danger.

— Qu’est-ce qui te prend ? s’énerve-t-elle, faisant disparaître sa fourche. Il n’allait pas se transformer, je gérais la situation !

— Et moi je pense que tu ne contrôlais plus rien ! Il était sur le point de se transformer, tu joues avec le feu, Mélodie !

Elle se dégage de mon emprise et me fusille du regard.

— Et alors, qu’est-ce que ça peut te faire ? Un peu d’exercice ne nous aurait pas fait de mal ! Ce n’est rien en comparaison de ce qui nous attend !

— Il faut que tu apprennes à te contrôler.

— On ne va pas reprendre cette discussion !

— Ta soif de sang était en train de l’emporter sur ta propre sécurité ! m’emporté-je.

— Je sais comment me défendre, Isaac ! Je ne suis plus une petite fille !

— C’est ce que tu essaies de faire croire à tout le monde, mais je ne suis pas aussi aveugle que les autres ! Un jour, cette soif de sang te perdra !

— Comme si quelqu’un en avait quelque chose à faire.

Je reçois toute sa douleur en pleine face. Ses mots me font mal. Ils me tordent les tripes. La peine qu’elle ressent me noue et me brise le cœur.

— J’ai toujours avancé seule. Depuis ma naissance, j’ai appris à ne compter que sur moi-même. Le reste, je m’en fiche éperdument.

Elle ment. Elle ment comme elle respire. Je me rapproche doucement. Je veux qu’elle comprenne qu’elle n’est plus seule, désormais. Qu’elle peut encore s’en sortir. Mais le chemin de la rédemption est long et périlleux, rempli d’obstacles qu’elle refuse de franchir.

— Tu sais que tu n’as plus besoin de jouer la comédie avec moi, murmuré-je derrière elle.

Je l’attire à moi, mon torse épousant son dos. Elle ferme les yeux. Elle est apaisée et prête à parler. Je ferme à mon tour les paupières puis me concentre sur ses émotions. La tristesse et la colère sont nettement perceptibles. Elles sont si puissantes que je comprends soudainement mieux pourquoi elle ne contrôlait plus rien face au métamorphe.

Je pose une main sur le haut de sa tête, l’autre sur son ventre. Et j’absorbe sa colère en premier. Elle se déverse dans mes veines comme un feu dévastateur. Elle me brûle la peau et les organes. Je me crispe. Mais je continue à absorber, autant que je le peux. Je refuse de la laisser comme ça. La colère reviendra vite, mais si j’arrive à la retarder suffisamment, Mélodie ne se risquera pas à quelque chose de stupide aujourd’hui. Et cette journée est précieuse. Evalina est ici. Les autres aussi. Et je ne veux pas qu’elle les blesse. Je cesse l’absorption de sa colère pour m’attaquer à sa tristesse. Mélodie est enfin détendue. Inoffensive entre mes bras. Ses barrières n’existent plus. Je dois seulement faire attention à ne pas trop aspirer. Autrement, elle perdrait une partie de son identité. Si cette émotion la quitte définitivement, cela laisserait une si grande place aux autres qu’elle en deviendrait complètement hors de contrôle et se laisserait guider par la folie. Je ne dois pas le permettre.

— Pourquoi est-ce que tu continues à faire ça ? murmure-t-elle.

— Je n’en sais rien.

Mélodie se tourne délicatement vers moi.

— Tu as conscience que cette envie d’absorber mes émotions ne vient pas de moi ?

— Je sais, avoué-je, attrapant ses mains froides entre les miennes.

Depuis que nous sommes liés par la fourche, je ne distingue plus clairement mes envies des siennes. Mais celle-ci, je sais pertinemment qu’elle vient de moi.

— Tu n’aurais pas dû le faire.

— Je fais ce que j’ai envie de faire, Mélodie.

Cette dernière esquisse un sourire. Mais contrairement à ceux qu’elle affiche d’ordinaire, celui-ci me semble authentique.

— Ça fait longtemps que je ne t’ai plus entendu m’appeler Démone, ou monstre. Ou folle. Ou…

Je plaque une main sur ses lèvres pour la faire taire.

— Tu vas réveiller le métamorphe.

Elle fronce les sourcils et tourne la tête en direction de Lacnas. Il semble avoir succombé au sommeil, trop faible pour continuer à rugir.

— Quel fragile, déjà dans les vapes !

— Tu y es allée un peu fort, avec lui.

— Ne me dis pas que cela ne t’a pas plu ! Dois-je te rappeler qu’il n’hésite pas à faire souffrir de pauvres innocents par la seule force de sa pensée ? Il mérite bien ça.

— Et dois-je te rappeler que tu es dix fois pire que lui ? répliqué-je.

Mélodie braque son regard dans le mien.

— Je fais aussi ce qu’il me plaît, Isaac. De la même façon que tu fais ce que tu as envie de faire. Nos activités diffèrent quelque peu, voilà tout.

— Quelque peu ? Je trouve qu’il y a une grande différence entre absorber les émotions des autres et massacrer des villages entiers pour simplement satisfaire sa soif de sang et de pouvoir !

— Tu ne comprends toujours pas. Mais bientôt, lorsque nous passerons à l’attaque, tu changeras d’avis.

— Pourquoi as-tu choisi de semer la terreur sur ce royaume alors que tu aurais pu vivre une vie normale au milieu des monels, ou même sur Terre ? continué-je, sans l’écouter. Tu as reçu une chance qu’aucune Démone avant toi n’avait jamais eue. L’anonymat ! Pourquoi l’avoir gâchée ?

Les pupilles de Mélodie flamboient d’un rouge aveuglant.

— Pourquoi toi, tu as choisi de ne rien faire, alors que tu aurais pu te venger de ceux qui t’ont abandonné ? rétorque-t-elle.

— De quoi parles-tu ?

Mélodie me fixe d’une lueur qui ne me dit rien qui vaille.

— Proiectura temporale.

Je suis happé par un tourbillon d’images sans fin. Brièvement, je vois défiler des moments de ma vie que je ne connais que trop bien. D’autres que j’avais pratiquement oubliés. Soudain, une image s’agrandit. Je ne vois plus qu’elle. Je suis attiré dans un lieu qui m’est beaucoup trop familier. L’Isolement. Mais celui-ci n’est pas plongé dans la pénombre. Il est éclairé par plusieurs torches disposées sur les murs, entre les cellules.

— Maman, pourquoi je peux jamais aller dehors ?

Mon sang se glace d’horreur. Cette voix. Cette voix, c’est la mienne. Je sais quel jour nous sommes. J’avais sept ans. Si je ne me trompe pas, il devrait y avoir deux piques en bois posés quelque part. Je parcours le sol du regard. Ils sont là. Explosés au sol, près du mur. Je m’en servais pour jouer aux épées. Je m’imaginais des histoires. Mais ce jour-là, je les avais balancées, en colère contre ma mère. Je pensais que rien ne pouvait être pire que de ne pas pouvoir sortir. Mais j’avais tort.

— Maman, pourquoi tu dis rien ?

J’observe mon « moi du passé » courir après sa mère dans le couloir de l’Isolement. Il ramasse la torche qu’elle a jetée au sol et la poursuit. Il s’extirpe de l’Isolement et je dois les suivre pour ne pas les perdre de vue. Cette projection est différente de celles qu’a l’habitude d’utiliser Mélodie. Ici, je suis libre de tout mouvement. J’aurais malgré tout préféré ne pas pouvoir les suivre pour ne pas revivre ce moment une seconde fois, mais c’est plus fort que moi. La tentation est trop forte.

— Maman, je veux sortir !

Le petit garçon rattrape sa mère et se plante devant elle. Il agrippe sa main et la fait pivoter vers la porte donnant sur l’extérieur du château, mais elle rompt brutalement le contact.

— Isaac, tu ne dois pas sortir.

Je me vois trépigner d’impatience et serrer un peu plus fort la torche entre mes doigts.

— Mais pourquoi ? Je ne suis jamais allé au-delà de ces murs ! Je n’ai jamais vu le soleil que tes histoires me décrivent ! Je n’ai jamais pu me faire des amis ni jamais pu voir les Surnaturels sauver le royaume ! Je t’ai toujours obéi sans jamais discuter, mais je suis grand maintenant, et je veux voir le soleil !

Je me crispe. Je sais pertinemment ce qui va suivre.

— Le monde est dangereux, Isaac. Il n’est pas encore temps pour toi de partir.

Je regarde alors la scène en secouant la tête de droite à gauche, enfouissant mon visage entre mes mains, peinant à respirer calmement. Ce moment m’a torturé l’esprit durant tant d’années. Il m’a valu de si nombreux cauchemars et de remises en question. L’ancien moi éclate en sanglots et hurle qu’il veut voir le soleil, mais sa mère est imperturbable. Fermement, elle le saisit par le poignet et le traîne dans le hall du château. Il crie. Il se débat. Elle ne semble pas en colère, elle souhaite simplement l’éloigner de l’extérieur. Le garçon lui donne un coup de pied. Elle se penche vers lui, mais il la repousse et lâche la torche. L’objet tombe à ses pieds. Il recule précipitamment, ayant peur d’être blessé par la flamme qui crépite avec passion, mais celle-ci est attirée par autre chose. Ma mère s’accroupit pour éloigner la torche le plus vite possible. Mais c’est trop tard. La flamme grossit, alimentée par un mystérieux courant. Et ma mère prend feu. Elle pousse cet atroce hurlement qui hante pratiquement toutes mes nuits. Ses ongles et ses cheveux sont les premiers à tomber. Le garçon de sept ans que j’étais est cloué sur place. Il ne comprend pas ce qui se passe. Il sait que le feu n’est pas censé réagir ainsi, mais il commence à saisir pourquoi sa mère ne voulait jamais s’approcher des flammes. Elles brûlent sa peau.

Mon souffle est coincé entre mes poumons. Je n’ai plus d’air. Je m’écroule sur le sol. Je veux sortir de cet enfer. Je la regarde tomber à genoux au milieu des flammes. Sa peau fond aussi vite que dans mes souvenirs. J’ai la tête qui tourne, qui tourne, encore et encore, jusqu’à mélanger passé et présent. Je me vois avancer à travers la fumée, vers ce corps carbonisé sur le marbre. Il n’en reste plus que des fils électriques.

Quelques grésillements se font entendre. Aujourd’hui, je suis en mesure de comprendre ce que j’ai en face de moi. Mais à l’époque, je l’ignorais. Je vivais sans connaître l’existence des trénones, sans avoir jamais vu leur apparence. Le garçon de sept ans que j’étais n’a pas pu rester là plus longtemps. Il s’est enfui. Aucune larme n’est sortie. J’ai tout fait pour mettre ce souvenir de côté, et en un claquement de doigts, Mélodie a ruiné mes efforts. La scène devient floue. Les images s’éloignent peu à peu. Elles défilent à nouveau. Je cherche Mélodie du regard. Je veux qu’elle me sorte de cet enfer, mais je suis à nouveau catapulté dans un autre souvenir.

Je reconnais aussitôt le bâtiment qui se tient sous mes yeux. C’était la première école que j’avais essayé d’intégrer, à huit ans. Je ne savais pas ce qu’il fallait pour s’y inscrire, alors j’avais tout simplement débarqué dans la classe à l’improviste, peu avant l’arrivée des autres. Et quand l’heure de commencer les cours avait sonné, je n’étais bien évidemment pas passé inaperçu. Les élèves s’étaient rassemblés autour de ma table. La maîtresse avait essayé de prendre connaissance de mon nom de famille afin de vérifier dans les registres papier si je ne m’étais pas trompé de classe, mais elle avait bien vite compris que ce n’était pas le cas. Cette matinée-là, les élèves n’avaient pas eu cours. La maîtresse était partie contacter ses supérieurs et nous avait envoyés en récréation. Un personnel de l’équipe de ménage avait été chargé de notre surveillance. Il n’avait pas vu la petite fille tomber. Personne ne l’avait vue. Mais moi, je l’avais sentie. L’atmosphère avait brusquement changé. Quelqu’un avait mal et j’avais fait le choix stupide de l’aider.

Je me vois l’approcher, m’accroupir auprès d’elle et lui offrir mon aide. Je lui tends la main. Un geste simple, mais pourtant destructeur. Lorsque nos deux paumes entrent en contact, je suis pris d’une brusque envie de la cramponner encore plus. Je sens sa douleur s’évaporer. Je la sens me rejoindre. Je suis heureux qu’elle ne pleure plus. Alors je continue. J’ai mal, mais ce n’est pas important. La petite fille est calme. Seulement, je ne pensais pas un seul instant qu’elle était incapable de rompre le lien. Qu’il n’y avait que moi aux commandes. Observer cette scène de l’extérieur, des années après, est un véritable supplice. Je vois le corps de la petite fille s’affaiblir entre mes bras. Je ne la lâche que lorsque ses yeux se remplissent de larmes.

« Tu as encore mal ? » lui demandé-je.

« Mes jambes… » pleurniche-t-elle.

Je romps le contact entre nos paumes et dépose mes mains sur ses genoux. Je ne sens rien du tout, mais elle pleure. C’est qu’il doit forcément y avoir quelque chose. Je me regarde fermer les yeux à nouveau et me concentrer pour recommencer l’opération. Mais la petite fille se met à hurler. Les élèves accourent autour de moi.

« Mes jambes ! Je ne sens plus mes jambes ! Je ne sens plus mes pieds, je ne sens plus rien, je n’arrive plus à bouger ! Monstre ! »

Les élèves m’observent tous comme une bête de foire. Pire, comme une abomination. L’un d’eux me crache alors dessus. Un autre l’imite. Je reçois un coup de pied dans les côtes. Dans le dos. Bientôt, les coups et les insultes pleuvent de toutes parts.

« Monstre ! »

« Retourne dans ta caverne ! »

« Va pourrir avec les Démones ! »

« Les Surnaturels devraient te tuer ! »

« T’es sûr que t’es pas un trénone ? »

« Si ça se trouve, c’est un nébor infiltré ! »

Je ferme les yeux. Mes mains viennent agripper violemment mes cheveux, tandis que je me recroqueville sur moi-même. Je ne veux pas les voir. Je ne veux plus rien entendre. Le souvenir s’éloigne de ma mémoire, mais les images continuent à défiler. D’autres souvenirs défilent encore : les combines pour trouver un endroit où dormir, les coups reçus pour avoir volé nourriture et vêtements… Et je retrouve brusquement l’atmosphère de la salle de torture.

Je n’ose pas ouvrir les yeux. Je n’arrive pas à me calmer. Deux mains se posent sur mes genoux, recroquevillés contre mon corps. Une voix m’appelle, mais je l’entends à peine. Seuls les battements de mon cœur affolé me parviennent. Je retiens à grand-peine le cri qui menace de sortir. J’ai besoin d’évacuer cette rage, cette souffrance, cette peine, j’ai besoin de tout évacuer !

— Isaac, regarde-moi.

Mélodie. Jamais je ne l’ai entendue prendre une voix aussi douce. Je garde la tête plongée entre mes mains. Ses doigts viennent effleurer les contours de ma mâchoire, mais d’un geste brusque, je la repousse.

— Ne me touche pas !

— Isaac, regarde-moi, répète-t-elle d’un ton plus ferme.

J’ouvre brutalement les paupières. L’expression qu’affiche Mélodie est inédite. Elle semble être le miroir qui reflète ma souffrance. Elle est agenouillée et tente d’essuyer délicatement une larme sur ma joue. Ses lèvres sont entrouvertes. Elle n’arrive visiblement pas à exprimer ce qu’elle veut dire. Le temps est en suspension autour de nous. La pièce semble avoir disparu. Et je ne vois plus qu’elle.

— Pourquoi as-tu fait ça ? murmuré-je.

Je secoue la tête et baisse mon regard sur le sol. Mélodie caresse ma joue du plat de la main.

— Pour que tu comprennes. Quoi que tu fasses, peu importe les bonnes actions que tu as accomplies et que tu accompliras encore, ils ne cesseront jamais de te voir ainsi.

— Je ne suis pas un monstre !

Je me dégage de son emprise. Mon torse se soulève et s’abaisse beaucoup trop rapidement. Mes tripes et mon cœur se tordent de douleur, et je pleure. J’évacue ces émotions comme je peux. De mauvaises choses arriveront si je les contiens trop longtemps.

— Toi et moi, nous savons que tu n’en es pas un. Mais le reste du royaume ne te verra jamais autrement, tu dois l’accepter.

— Je n’ai pas tué ma mère. Elle… il… la flamme a été attirée par le courant qu’elle générait, je n’ai jamais voulu… je n’ai jamais voulu ça !

Un violent sanglot me parcourt le corps. Mélodie se jette à mon cou. Je suis sous le choc. Ses bras me serrent si fort que j’ai presque la sensation qu’elle pourrait prendre ma douleur si elle le pouvait. Mes bras s’enroulent autour de sa taille. Mon corps l’accepte, malgré l’atroce enfer qu’elle vient de me faire subir. Parce que je sais, au fond de moi, qu’elle l’a fait pour mon bien. Pour m’ouvrir les yeux.

— Tu ne pouvais pas savoir que notre mère avait généré un puissant nébor pour prendre son apparence et la remplacer. Tu ignorais l’existence de ces trénones, tu étais trop petit pour t’en rendre compte. Je sais que tu ne l’as pas tué. Mais essaie d’expliquer ça à l’un des Surnaturels et tu peux être sûr qu’il n’essaiera même pas de te comprendre !

Ses doigts fins caressent mon dos dans l’espoir de ralentir les battements de mon cœur. J’accentue la pression de mon corps contre le sien. Jamais je n’aurais pensé que sa présence me soulagerait autant. Je lui en veux énormément pour ce qu’elle vient de faire, pour autant je n’arrive pas à me séparer d’elle. Ma jumelle.

— Toutes ces personnes, Isaac, toutes celles que tu as gentiment aidées sans jamais rien demander en retour et qui t’ont ensuite tourné le dos et lâchement abandonné… Elles ont contribué, une à une, à te détruire, articule-t-elle, une rage perceptible dans la voix. Elles ont ravagé l’espoir qui te nourrissait et ont fait naître le monstre elles-mêmes. N’aie pas peur de le laisser sortir. Ne sois pas effrayé par ce pouvoir qui coule dans tes veines, ni par cette force et ces émotions qui font de toi l’homme que je tiens dans mes bras. Tu es différent des autres, Isaac. Et contrairement à ce qu’ils peuvent penser, ce n’est pas une mauvaise chose. Sers-toi de cette force, sers-toi de ce pouvoir pour avancer !

La puissance de ses mots est un électrochoc. La colère palpite si fort qu’elle prend le dessus sur la douleur qui me ravage le cœur. Combien de fois ai-je voulu me venger de ceux qui m’ont fait souffrir ? Et combien de fois ai-je finalement abandonné pour ne pas devenir le monstre qu’ils voyaient en moi ? Ça n’a jamais payé. Je me sens toujours aussi seul et isolé du reste du monde. J’en ai assez. Je ne peux plus le supporter. S’ils ne voient que ça, alors qu’il en soit ainsi. Ils auront leur monstre.

— Mère ne t’a pas laissé ici pour rien, continue Mélodie. Elle savait qu’elle ne survivrait pas aux assauts répétés des Surnaturels. Elle m’a placée en sécurité sur la Terre et elle t’a laissé à l’Imposant pour reprendre son flambeau. Elle n’avait aucun moyen de savoir si les souvenirs qu’elle m’avait implantés se débloqueraient à l’âge voulu. Elle n’était pas persuadée que son pouvoir fonctionnerait sur Terre, alors elle a fait de toi son plan de secours.

Elle recule et plante ses yeux dans les miens.

— D’ordinaire, les Démones se débarrassent de leurs garçons. Mère nous a eus en même temps, et pourtant, elle a décidé de te garder. Le fait que mes souvenirs se soient débloqués ne veut pas dire que tu deviens inutile, Isaac. Mère comptait aussi sur toi pour reprendre sa suite. Je ne veux pas que tu te sentes à part. Tu es avec moi, tu es mon jumeau, insiste-t-elle, mêlant ses doigts aux miens pour souligner notre lien. Je suis la seule à te comprendre. Laisse-moi t’aider.

Son regard luit et mes pupilles me brûlent. J’ai l’impression de partager la même volonté qu’elle, mais que ce n’est pas le fait du lien qui nous unit. Cette fois-ci, je dissocie parfaitement mes envies des siennes. Et à cet instant précis, dans cette salle de torture, nous souhaitons faire front ensemble et prendre notre revanche. Mélodie me sourit. Elle se relève, saisissant fermement mes mains pour me permettre de suivre sa voie, et fait apparaître la fourche. Il m’est arrivé de nombreuses fois de craindre cette arme, mais dorénavant, je ne ressens plus qu’une certaine alchimie à son égard. Elle m’a toujours appelé. Je n’ai jamais cessé de résister à son pouvoir, mais il est temps d’essayer quelque chose de nouveau.

À l’aide de cet instrument de torture, Mélodie frappe le sol. Une onde de choc traverse la salle. Le métamorphe fronce les sourcils et ouvre les paupières. Il revient à lui et jette un coup d’œil angoissé à Mélodie. Le temps qu’il se libère de ses chaînes, le sort sera déjà lancé. Mélodie frappe le sol une seconde fois. Nos deux paumes restent serrées l’une contre l’autre et de la fumée rouge s’en échappe. Mélodie réitère son geste et la fumée s’extirpe brutalement de nos corps. Elle s’enroule autour de nous à une vitesse impressionnante. Nous sommes pris dans un tourbillon de force et de pouvoir, malheureusement subitement brisé.

Mélodie hurle de douleur. Je ne tarde pas à en faire de même. La fumée s’évapore aussitôt. Je me baisse pour étudier ma cheville gauche, mais je ne vois rien. En revanche, un renard a fermement planté ses crocs dans celle de Mélodie. Je lâche la main de ma jumelle pour la tendre vers l’animal et laisse échapper une boule rouge dans sa direction. Le renard est violemment propulsé contre le mur. Par la seule force de sa volonté, Mélodie tend ses doigts vers l’animal et le soulève à distance, comme une vulgaire marionnette, puis le propulse jusqu’au plafond. L’animal pousse un couinement déchirant et retombe au sol dans un bruit sourd.

Mais ce n’est pas fini. La porte de la salle de torture est en train de céder sous les assauts des métamorphes qui doivent se presser derrière. Mélodie me tend sa main. Je l’accepte volontiers. La porte explose et plusieurs ours noirs déboulent dans la pièce, les griffes acérées et la rage au ventre. Ma jumelle frappe de nouveau le sol avec sa fourche et la fumée rouge réapparaît. Un puissant courant d’air envahit la salle et force les métamorphes à reculer. Le pouvoir qui est en train de naître entre nos mains est hors norme. Je n’ai jamais senti pareille puissance. Pareille connexion. Ma main se confond avec la sienne. Et je suis brusquement happé par son corps. Mélodie m’y accueille avec un bonheur sans précédent. Elle brûle de joie. Je n’ai jamais ressenti les émotions d’une personne avec autant de puissance et d’intégrité. Notre âme et notre cœur ne font plus qu’un. Je suis en parfaite osmose avec ma jumelle.

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Surnaturels #2Transformation Partie1   Remerciements

RemerciementsNous voici arrivés au milieu de l’aventure. Déjà trois tomes qui ont eu la chance de voir le jour… et j’ai toujours autant de mal à réaliser ! Je suis incroyablement contente d’en être arrivée là. Ça n’aurait jamais été possible sans les deux meilleurs éditeurs au monde (je suis très objective). Guillaume et Ophélie, merci tellement de me permettre de vivre tout ça. Je ne le dirai jamais assez, mais je suis vraiment admirative de tout le travail que vous fournissez au quotidien, de votre patience avec les pavés que sont les tomes de Surnaturels avant les corrections, de votre efficacité, de votre minutie, de votre gentillesse, de votre considération, de votre énergie, de votre talent… et j’allais conclure en parlant de l’humour, mais je crois que pour l’un des deux, ça ne s’applique pas… (Je suis en train de culpabiliser d’avoir dit ça dans mes remerciements.) Vous méritez tellement d’aller loin. Cette maison d’édition inceptionnelle est une véritable pépite.Et

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 25Sentiments apocalyptiques

Chapitre 25Sentiments apocalyptiquesJe ne sais pas comment j’ai fait, mais je suis debout. Je fonce dans le couloir à la recherche de la chambre de Kierân. Je sais qu’elle n’est pas loin de celle de Raphaël. Ma panique s’est transformée en rage monstre. Je ne veux plus qu’une seule chose. Le trouver, lui. J’ai envie de crier. D’exploser. De pleurer. Le monde ne tourne plus rond. Il a décidé de se foutre de moi et de basculer à l’envers. Je suis incapable de comprendre ce que j’ai entre les mains. J’ai voulu partir. Prendre la fuite et ne plus jamais remettre les pieds ici. Seulement, j’ai besoin de connaître la vérité. J’ai besoin de le confronter.Je passe devant les douches et bifurque dans le couloir à droite. La colère embrouille si fort mes sens que je manque de percuter Lacnas. Ce dernier m’adresse une phrase que j’entends à peine, continuant mon chemin. Seulement, il me rattrape. Je le repousse brutalement. Trop brutalement. Son dos vient percuter le mur et il tombe lourdem

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 24Effrayante vérité

Chapitre 24Effrayante véritéDe justesse, j’évite son poing et lui assène un coup dans le ventre. Il recule, prêt à intercepter mon bras, mais j’arrête mon geste et lui flanque un coup de pied dans les genoux. Il s’écroule à terre. Ni une ni deux, je me jette sur lui pour le maintenir fermement au sol. Mais avant que je ne puisse l’écraser de tout mon poids, il me donne un violent coup dans la poitrine et je lâche prise. Il en profite pour inverser les rôles. Il me plaque à terre, mais en usant de ma force de Gémone, je parviens à le faire basculer. Il tente de me frapper à coups de tête, mais je place mes mains autour de sa gorge pour l’en dissuader. Et je serre. Ses yeux noirs s’écarquillent. Il agrippe mes bras et tente de s’extirper de la situation. En vain. Il grogne et finit par me lâcher pour venir taper deux coups au sol. Je stoppe immédiatement mon attaque et me relève. Le premier regard que je vois, c’est celui d’Angie. Des yeux fiers. Puis un applaudissement retentit.—&

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 23Détruite

Chapitre 23Détruite— Tu avais promis que tu veillerais sur elle !— Je n’y ai pas failli !— Tu plaisantes ? !Ses yeux noirs sont furieux. Je fixe Angie, mais celui-ci secoue la tête, ne comprenant pas plus que moi ce qu’il se passe. Kierân nous observe et se mord la lèvre, embarrassé par toutes ces paires d’yeux scrutant sa discussion houleuse avec June. Presque tous sont là, devant les douches. Il ne manque que Matt et Tarek.— Elle est saine et sauve, ton hystérie n’a pas lieu d’être.— Je ne sais pas ce qui me retient de t’éclater la gueule contre un mur ! hurle-t-elle, agrippant brusquement l’imperméable de Kierân.Raphaël se précipite pour la repousser. Le regard de June est fou. Fou de rage et de haine. Lacnas se plante devant nous, écarte les bras et nous ordonne d’aller voir ailleurs, mais aucun des Surnaturels ne veut louper une miette de ce qui se joue en face d’eux. Moi la première.— Ça fait deux fois, Kier

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 22Porte secrète

Chapitre 22Porte secrèteD’un crachat, Tarek expulse le sang de sa bouche et renvoie le coup au Leader, mais ce dernier l’intercepte. Il saisit le bras du métamorphe, et en deux temps trois mouvements, il parvient à le renverser au sol d’une technique impressionnante.— Zéphyr n’est plus là pour m’empêcher de te tuer, lui murmure le Leader à l’oreille.Tarek tente de se défaire de son emprise, mais Angie le maintient fermement au sol, un genou contre son dos, le bras dans une posture qui se veut douloureuse.— Et j’ai vraiment très envie de le faire.Des éclats de voix et des grognements explosent tout autour de nous. Les métamorphes avancent d’une démarche menaçante vers Angie, prêts à défendre l’un des leurs. Le Leader relève Tarek et le pousse brutalement contre le mur, pointant une dague sous sa gorge. Les grognements du clan s’amplifient. Kierân lève la tête.— Anne ! crie-t-il d’une voix empreinte de colère.Anne ? Je fronce les sourcils et écarq

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 5Famille erronée

Chapitre 5Famille erronéeJe déglutis. Ombelline m’entraîne carrément à l’extérieur de la Colombe. Sûrement pour être certaine de ne pas avoir affaire à des oreilles indiscrètes. Je ne peux pas m’empêcher de l’admirer à la dérobée. Elle dégage tant d’assurance et de charisme… D’ailleurs, je me de

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 4La menace d’un frère

Chapitre 4La menace d’un frèreJe me retrouve une fois de plus les fesses par terre. J’attrape la main que me tend Lucie et me relève lourdement, l’esprit en ébullition quant à la prochaine tactique que je pourrais bien utiliser pour la faire tomber. Une seule consigne : faire chuter son adv

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 3Blâmer le monstre

Chapitre 3Blâmer le monstreIl est quelque part dans le château, et je dirais même qu’il est très proche. Dans le couloir peut-être ? Je fais coulisser la porte de mes appartements et inspecte celle du Leader, qui se dresse devant moi. Son symbole, l’œil de la raison, y est fièrement incrust

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 2Indéchiffrable

Chapitre 2Indéchiffrable— Evalina ? C’est moi, Apolline !Je recouvre soudainement la vue. Je suis assise sur le sol dallé de la pièce en coupole, Apolline et Maximilien agenouillés à ma hauteur, les sourcils froncés d’inquiétude.— Comment te sens-tu ? me demande le C

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