loading
Home/ All /Surnaturels #2Transformation Partie1/Chapitre 13Alliance inattendue

Chapitre 13Alliance inattendue

Author:
"publish date: " 2021-06-25 17:27:53

Chapitre 13Alliance inattendue

— Alors ?

— Alors quoi ?

— Tu vas te décider à m’adresser la parole ou tu préfères rester à bouder dans ton coin ?

— Je ne boude pas, soupire Angie.

— Dans ce cas, tu utiliserais quel mot pour décrire ton entêtement à garder le silence ?

— N’inverse pas les rôles, Miss.

— Tu insinues que je boude ?

Je croise les bras sur ma poitrine, mais lorsque le draf vire soudainement à droite, je me cramponne maladroitement à la taille du Leader. Il tourne la tête et je peux discerner un petit sourire satisfait éclairer son visage.

— Pas à cet instant, non. Mais l’art de bouder quand quelque chose te déplaît, c’est une de tes spécialités, et non l’une des miennes.

— Ah oui, et quelle est ta spécialité alors ?

— Tu ne le sais pas ?

— Fuir les conversations en te terrant dans ton trou ? Oh, bien sûr que si ! J’attendais simplement que tu l’avoues toi-même.

— Tu m’en demandes trop, ricane-t-il.

— Si je te questionne, tu vas me répondre ?

— Si je te dis non, tu vas quand même le faire ?

Je lâche un petit rire et me cramponne un peu plus fort contre lui.

— Possible.

— Allez, vide-toi la tête, accepte-t-il. Tu dois plus t’entendre penser avec le capharnaüm que ça doit être.

— Sois content de ne plus avoir à l’entendre !

— Pourquoi ? Tu as des choses à cacher ?

J’essaie d’être la plus crédible possible en tentant de le convaincre que non, alors que c’est complètement faux.

— J’attends tes questions.

Je ne dois surtout pas me perdre dans mes pensées, sinon il va vite se douter que je lui cache en effet quelque chose.

— Je n’en ai pas tant que ça ! Je me demande juste comment tu as fait pour garder cette partie métamorphique de toi aussi longtemps dans le secret… Est-ce que tu comptais me le dire un jour ? Pourquoi l’avoir caché ? Pourquoi cette haine persistante contre eux, alors qu’en réalité, tu es l’un des leurs ? Et Eva ? C’est une métamorphe aussi ? Et pourq…

— C’est ce que tu appelles « pas tant que ça » ? me coupe Angie d’un ton moqueur.

— Oui, bon, ce n’est pas de ma faute si tu es aussi mystérieux qu’un… qu’un…

— Serais-tu à court de vocabulaire, Miss ?

Je retire un bras de sa taille et lui flanque une tape dans le dos. Il m’énerve. Et bien sûr, il rigole.

— À chaque fois que je crois te connaître enfin, il y a quelque chose qui vient tout remettre en question !

— Être un demi-métamorphe ne fait pas de moi un parfait étranger, Evalina. Je suis toujours le même.

— Je sais… mais j’ai l’impression que jamais je n’arriverai à te connaître entièrement, soupiré-je.

— C’est une si mauvaise chose que ça ?

— Un peu… Toi, comment tu réagirais si tu apprenais quelque chose de nouveau sur moi pratiquement tous les mois ?

Angie fait virer le draf Légendaire à gauche. Heureusement, il a anticipé mon déséquilibre en attrapant mes mains et en les nouant autour de sa taille.

— Je déteste savoir que tu me caches quelque chose. Je ne serais pas enchanté, c’est clair.

— Donc tu me comprends ?

— Ce n’est pas la même chose. Tu parviens à t’accommoder à toutes mes sautes d’humeur d’une manière que je ne serais jamais capable de faire avec toi.

— T’es en train de me dire que j’ai les épaules pour te supporter, toi et tes mystères, mais que tu serais incapable de faire pareil si les rôles étaient inversés ?

— Exactement.

— J’espère que tu sais à quel point tu es illogique. Tu dis ne pas supporter les secrets, et pourtant, tu en es l’incarnation même !

— On ne choisit pas qui l’on est. Ni ce que l’on déteste, affirme-t-il, un sourire en coin.

— Certes, mais on peut faire des efforts.

— Est-ce que tu vas toujours trouver réponse à tout ?

— Tu… tu n’as toujours pas répondu à mes questions, lui rappelé-je.

Je me colle contre son dos et pose mon menton sur son épaule. Angie lâche un soupir. Du coin de l’œil, j’observe ses lèvres charnues. Je m’imagine retrouver leur douceur, mais Angie me tire brusquement de mes rêveries.

— Je crois que j’ai toujours réussi à cacher cette partie métamorphique en clamant justement ma haine envers cette race.

— Tu ne les hais pas vraiment alors ? C’était juste pour te cacher ?

— C’est… compliqué. Je ne pense pas les haïr, c’est un trop grand mot. Mais je ne les aime pas, c’est clair. Que j’appartienne à cette race n’y change rien. Je les ai toujours méprisés, ce n’est pas aujourd’hui que ça va changer.

— Mais pourquoi les méprises-tu ?

Le Leader se raidit. J’avance un peu plus mon menton sur son épaule afin de pouvoir frotter le bout de mon nez contre son cou. C’est plus fort que moi, j’ai besoin d’avoir un contact avec lui. Aussi ridicule soit-il.

— Ma sœur est comme moi, une demi-métamorphe. Elle aussi n’a rien pour contrôler ses pulsions.

Il a délibérément évité ma question, mais je n’ose pas insister, de peur qu’il se braque pour de bon.

— Pourquoi vous n’avez rien pour vous aider, comme la bague que porte Bastian ?

— Parce que notre père nous a appris à faire sans.

J’hallucine. C’est la première fois qu’il me parle de son père. C’est donc de lui qu’il tient ce gène.

— De plus, on n’en avait pas les moyens. Les objets permettant aux demi-métamorphes de se contrôler sont très rares et extrêmement onéreux. Bastian vivait à Xulumis, la ville la plus expansive de Réturis. Il a eu les moyens de s’en procurer une. Pas nous.

— Et maintenant, il ne peut pas vous en dégoter ?

— Même s’il le pouvait, je ne voudrais pas qu’il le fasse. Je refuse de devenir dépendant d’un objet. Eva est du même avis.

C’est bien du Angie tout craché. Se compliquer la vie alors qu’il pourrait se la faciliter. Néanmoins, je respecte sa décision. C’est un choix risqué, mais terriblement courageux.

— Est-ce que tu comptais me le cacher encore longtemps ?

— Aussi longtemps qu’il m’aurait été donné de le faire, oui, avoue-t-il.

Cela a le mérite d’être franc. Le Leader doit certainement sentir mon trouble, puisqu’il se justifie :

— Je ne voulais pas que tu saches que je descendais de cette… race. Que j’avais quelque chose à voir avec leur esprit manipulateur, leur charisme trompe-l’œil et leurs paroles en l’air.

— Angie, rien de ce que tu es ne me fera moins… ne me fera moins t’apprécier qu’aujourd’hui ou demain.

Ma bouche a failli prononcer un mot que mon cœur n’est pas encore prêt à assumer. Mon pouls s’accélère dans ce silence pesant. Finalement, il murmure :

— Je ne sais pas ce que j’ai fait pour te mériter.

Je ferme les yeux et laisse reposer ma tête contre sa nuque. Je me sens tellement bien avec lui.

— Comment ça se passe, lorsque tu es un demi-métamorphe ? Tu ressens les émotions deux fois plus fort que d’ordinaire ? ne puis-je m’empêcher de le questionner, curieuse.

— Pas exactement, pas toutes les émotions. Celles qui sont amplifiées sont celles qui nous définissent le mieux. En revanche, certaines sont communes.

— Lesquelles ?

— L’assurance, la méfiance, la haine et l’amour.

Je suis tout ouïe, pendue à ses lèvres. Contente d’apprendre des choses que j’ignorais totalement jusqu’à présent.

— Je me suis toujours beaucoup méfié du monde qui m’entoure et des nouvelles personnes que je rencontre, continue-t-il. C’est un défaut commun à tous les métamorphes, mais le gène l’a amplifié d’une façon qui peut facilement nuire à ma vie et à celle des autres.

— C’est pour ça que tu t’es montré aussi désagréable avec moi quand je suis arrivée au royaume ? m’exclamé-je.

— Ça y a joué pour beaucoup, effectivement. Le fait que Candélaria ne fasse pas confiance à notre équipe et décide pour la première fois d’appeler du renfort étranger m’a également poussé à t’avoir dans le viseur. Et puis on ne peut pas dire que tu y aies mis du tien. Tes remarques n’ont fait qu’attiser la haine que j’éprouvais déjà envers toi.

— Tu me haïssais déjà avant même de me connaître, ricané-je.

— Toi aussi.

— Je ne te haïssais pas, je ne t’aimais pas. C’est tout.

— Et maintenant ?

Je rougis.

— Est-ce que tu crois vraiment que j’irais me coller ainsi contre une personne que je ne supporte pas ?

Angie caresse mes bras entourant sa taille.

— Il n’y a qu’avec moi que tu es autorisée à faire ça.

Je ne peux m’empêcher de sourire face à sa possessivité maladive.

— Et si je refuse ? Je crois que je n’ai pas pour habitude d’obéir aux ordres. Ça te rappelle quelqu’un ?

Il me pince le dos de la main. Je parviens à dégager un bras et lui flanque de nouveau un léger coup de coude dans le dos.

— Mais qu’est-ce que vous foutez, tous les deux ? s’exclame brusquement Apolline.

Je lève la tête dans sa direction. La Talentueuse nous fait face au milieu du brouillard, chevauchant difficilement son draf Légendaire. Ce dernier a l’air impatient. Apolline fronce les sourcils, nous regarde à tour de rôle, puis s’exclame :

— Evalina, ne le distrais pas trop ! Notre Leader doit garder les idées claires !

— Elles le sont, ne t’en fais pas.

— Ouais ouais, et moi je suis en train de voler sur le dos d’un pingouin cracheur d’acide !

— Un quoi ? la questionne-t-il, l’air profondément perdu par ce mot sorti de nulle part.

— Tu demanderas à Evalina de t’expliquer. Allez, on se grouille ! Les autres vous attendent déjà devant l’Imposant, j’ai dû faire demi-tour pour vous prévenir !

— C’est épuisant.

— Oui, vraiment ! D’autant plus qu’il fait chaud ! Mon draf est à deux doigts de me balancer par-dessus ses ailes, alors grou…

— Non, pas ça, la coupe Angie. C’est épuisant de t’entendre parler.

— T’as de la chance qu’Evalina soit avec toi, parce que dans le cas contraire, j’aurais déjà ordonné à mon Légendaire de te cracher un jet d’acide en pleine figure !

— Tu m’aurais défiguré à vie, ce qui aurait été plutôt embêtant.

— Pas si cela peut me permettre de ne plus voir ton stupide sourire en coin !

— Il te manquerait.

— Bordel Angie, ferme-la et ramène-toi !

Sur ce, Apolline ordonne à son Légendaire de faire demi-tour, puis elle s’éloigne à l’horizon. Angie aime la pousser dans ses retranchements, et au fond, je soupçonne la Talentueuse d’apprécier ça. Il augmente brusquement la vitesse de vol et je me cramponne aussitôt contre lui.

— C’est quoi, un pingouin ?

Je l’observe, tentant tant bien que mal de réprimer un fou rire.

— Je te laisse deviner.

— Comment veux-tu que je devine alors que c’est la première fois de ma vie que j’entends ce mot ?

— Je n’en sais rien, tu n’as pas des suggestions ?

— Tu t’attends à ce que je balance une imbécillité pour pouvoir rigoler de moi. N’est-ce pas ?

— Mais pas du tout !

Bon, d’accord, ce n’était pas très convaincant…

— J’aurais tendance à dire que ça a quelque chose à voir avec une baguette de pain ou un gâteau…

Je dois me mordre la lèvre pour retenir le gloussement qui menace de s’échapper.

— Tu es déjà allé sur Terre de nombreuses fois et tu n’as pourtant aucune idée de ce qu’est un pingouin ?

— Pourquoi, c’est important ?

— Disons que c’est mignon.

Le Leader abaisse la trajectoire du draf pour se rapprocher du sol. Je distingue soudainement la forme de l’Imposant parmi le brouillard. Nous sommes tout prêts.

— Mignon ? Ça se touche ?

— Oui.

— Tu en as déjà touché ?

— Non. Mais j’en ai déjà vu. Et c’est vraiment adorable !

— Ouais, ben qui ou quoi que soit ce pingouin, t’as pas intérêt à l’approcher plus que tu ne l’as déjà fait.

Angie est jaloux d’un pingouin ! Je n’ai pas de mot pour décrire la situation hilarante dans laquelle cet animal de la banquise nous a menés. Les pattes du Légendaire touchent enfin le sol. Ses ailes se replient contre son corps et forment un nuage de poussière tout autour de nous. Entre ça et le brouillard, on y voit plus grand-chose. Lorsque je pose mes pieds par terre, je me reprends. L’heure n’est plus à la rigolade. Et par-dessus tout, Angie n’a pas répondu à ma question. Que faut-il faire pour passer de demi à vrai métamorphe ? Pour déclencher sa première transformation ? Je suis bien tentée d’insister, mais ce n’est clairement plus le moment. Notre concentration doit être à son maximum.

Nous rejoignons les autres qui nous attendent de pied ferme. Tous les Surnaturels sont présents, comme au bon vieux temps. Matt, Tessia, Eva et Ethan sont restés au Majestueux. Lorsque nous nous rapprochons du groupe, Cassie pousse un soupir d’impatience et s’exclame :

— Enfin, ce n’est pas trop tôt ! À croire que vous n’êtes pas pressés d’aller sortir Isaac de cet enfer !

Je braque un regard incendiaire sur la rouquine.

— Si j’étais toi, je ne la ramènerais pas, déclare Angie.

— Moi, au moins, je ne fais pas attendre les autres pour aller batifoler comme bon me semble !

Le Leader prend sur lui. Il plonge la main dans sa poche et en ressort une toute petite fiole contenant un liquide noir.

— Apolline, tu es prête ?

Celle-ci acquiesce.

— Prête pour quoi ? leur demandé-je.

— Pour devenir ton clone ! me répond la Talentueuse en m’accordant un clin d’œil amusé.

Maximilien et Sean répriment un rire face à mon air consterné. Le Cerveau des Surnaturels s’empresse de me donner les informations qu’il me manque :

— Ombelline nous a donné cette petite fiole il y a quelques semaines. Elle contient du sang d’unisus extrêmement rare, à n’utiliser qu’en cas exceptionnel. Elle permet de transformer une personne en l’identique d’une autre, celle qu’elle désire. Une chose est cependant à respecter, un garçon ne pourra pas arborer l’apparence d’une fille, et vice versa.

— Et donc… Apolline va prendre mon apparence et servir d’appât ? terminé-je.

— Servir de leurre serait le terme le plus approprié, me corrige-t-elle.

— Elle va jouer ton rôle et fouiner dans le château à la recherche d’Isaac. Nous allons l’accompagner. Toi, tu vas prendre la fiole qui va te permettre de te rendre invisible au monde extérieur, m’apprend Maximilien. Et pendant que nous occuperons la Démone, tu en profiteras pour récupérer Isaac.

— Mélodie ne risque pas de se douter de la supercherie ? Il ne faut pas oublier qui se tient en face de nous. À coup sûr, elle détient quelque chose pour contrecarrer notre plan.

— On ne peut être sûr de rien avec elle. C’est pourquoi on va devoir agir très vite. L’effet de surprise sera notre avanta…

— Taisez-vous, nous coupe brusquement Angie.

Le Leader reçoit les regards consternés d’Apolline et Maximilien, mais le sérieux dont il fait subitement preuve les pousse à ne pas répliquer. Il est sur le qui-vive, ses yeux aigue-marine bougeant constamment d’un point à un autre. Il a l’air ailleurs. Après un long silence, il articule :

— On n’est pas seuls, ici.

— Quoi ? Et comment tu sais ça ? Tu n’as plus tes pouvoirs, rétorque la rouquine.

— Je n’ai jamais eu besoin de mes pouvoirs pour sentir une autre présence. J’ai toujours été capable de le faire, les dons que j’ai reçus lors de la cérémonie n’ont fait qu’amplifier ce ressenti.

— Il a raison, intervient Bastian. Je le ressens aussi.

— Ce qui signifie que des métamorphes sont ici, comprend Sean en soupirant. Comme si on n’avait pas déjà assez de problèmes ainsi, il fallait en plus que les deux fassent alliance !

Maintenant qu’ils le disent, je peux sentir l’atmosphère chargée en énergie animale. Avant, je ne parvenais pas à comprendre leur empreinte atmosphérique. Mais à présent, je commence à reconnaître certaines spécificités qui leur sont propres. L’air devient plus lourd, mais surtout, il est chargé en agressivité et en fébrilité. C’est un mélange amer, fort et violent à la fois.

— Qu’est-ce qu’on fait, alors ? demande Apolline, les yeux grands ouverts.

Le Leader prend le temps de réfléchir.

— Non mais vous êtes sérieux ? s’exclame Cassie. Vous êtes prêts à sacrifier notre plan, à tout remettre en question, juste parce qu’Angie sent je ne sais quoi dans l’air ? Il n’a plus ses pouvoirs, c’est la peur qui le fait parler, rien de plus !

La rouquine avance d’une démarche déterminée vers la porte d’entrée, mais Bastian l’intercepte par le poignet.

— Tu oublies que je ressens cette présence tout aussi bien que lui.

— Oui, parce qu’Angie est là ! C’est un métamorphe, au cas où tu l’aurais déjà oublié ! Un métamorphe qui contribue à asphyxier notre atmosphère !

— Je le ressens aussi, je te signale ! m’exclamé-je. Nous ne sommes pas seuls, j’en suis certaine ! Les garçons ont raison, tu ferais mieux de les écouter.

— Sinon quoi ? Tu vas venir me faire peur ? Ouh, je tremble ! On n’est même pas sûrs que tu sois vraiment de notre côté… Tu nous envoies peut-être tout droit dans un piège !

— Cassie, non ! N’ouvre pas cette fichue porte ! lui crie sa sœur.

Mais c’est trop tard. La rouquine a déjà actionné la poignée. D’un geste brusque, elle dégaine une grande lame de son holster à la cuisse. Malheureusement, elle n’a pas le temps de l’utiliser. Des fils électriques s’enroulent autour de son poignet et la tirent en avant. En dehors de notre champ de vision. Nous nous précipitons devant l’entrée et pénétrons à l’intérieur du château à notre tour. Lorsque mes yeux s’accommodent au paysage chaotique, je me fige sur place. Les combats éclatent de partout. Dans le hall tout entier.

Les escaliers sont presque tous occupés par des trénones tentant de repousser des métamorphes. Des corbeaux volent et tombent en piqué sur le sol en marbre noir. Des rugissements d’ours font trembler les rambardes d’escaliers, tandis qu’une multitude de brouillards noirs enveloppe le vaste espace et ses recoins. Les métamorphes transmutent des dizaines de fois à la suite. Sans aucun répit. J’aperçois des animaux que je n’avais encore jamais croisés sur Réturis. Des putois, un loup noir et deux renards au pelage sombre. C’est alors qu’une immense chauve-souris fonce droit sur moi, et celle-ci me paraît très familière. Le temps me manque pour plonger au sol. La bête a le temps de m’écorcher les épaules avec ses griffes.

Je me relève aussitôt, consciente que si je reste ainsi, June ne fera qu’une bouchée de moi. Angie se place de façon à me protéger, dague à l’affût. La chauve-souris pousse un grincement perçant, fend l’air de ses immondes ailes, renverse quelques trénones au passage et me place à nouveau dans son viseur. Elle accélère, mais s’écrase violemment contre le marbre noir lorsqu’un gros ours au pelage aussi sombre que la nuit s’interpose. Le choc est si violent qu’il en fait trembler tout le hall. Mais les combats ne cessent pas pour autant.

— Je ne comprends plus rien, souffle Lucie. La Démone et les métamorphes n’ont pas formé d’alliance et ces derniers se battent également entre eux ?

— Ça m’en a tout l’air, confirme Sean.

— C’est super sympa de m’avoir laissé me débrouiller seule ! peste Cassie, secouant son poignet pour se débarrasser des derniers fils électriques.

— Visiblement, tu n’avais pas besoin d’aide contre ce nébor, rétorque sèchement Bastian. Tu t’es jetée dans la gueule du loup toute seule en te moquant éperdument de ce que l’on te disait. Si cela t’est égal que l’on se fasse du souci pour toi, débrouille-toi toute seule.

— Ce n’est pas le moment pour tes remarques déplacées, Cassie, surenchérit froidement le Leader. Les trénones ne font pas attention à nous. Laissons les métamorphes faire le sale boulot et profitons-en pour entrer dans l’Isolement. La dalle est déjà ouverte.

En effet, en plein milieu des combats, je distingue le passage vers l’Isolement. Il est accessible. Soit quelqu’un s’y trouve au moment où nous parlons, soit ce quelqu’un a tenté d’y accéder.

— Tu crois que c’est là que la Démone retient Isaac ? le questionné-je.

— C’est en tout cas l’endroit le plus logique pour commencer les recherches, intervient Maximilien.

— On se sépare. Evalina, Bastian, Apolline et moi, nous partons inspecter l’Isolement. Les autres, vous rejoignez l’escalier où la concentration en trénones est la plus élevée et vous passez en force. Ce n’est peut-être pas un hasard si la Démone a réuni plus de monstres à un certain endroit.

Des hochements de tête viennent accompagner les ordres du Leader et nous fonçons chacun sans perdre de temps vers le lieu qui nous a été attribué. Angie a raison, personne ne fait attention à nous. J’esquive de justesse un corbeau qui s’écrase à mes pieds et saute la première dans l’Isolement. Bastian atterrit à côté de moi. Apolline repousse un ours d’un coup de pied bien envoyé puis nous rejoint dans la pénombre du lieu, suivi de près par le Leader. Il fait froid et l’air n’a pas changé depuis la dernière fois que je suis venue. Je grimace de dégoût devant les toiles d’araignée qui jonchent les murs et le plafond lugubre. J’inspire à fond, puis ouvre la marche.

L’obscurité devient plus dense à mesure que nous progressons. Je sens la présence d’Angie tout près de moi. Elle me réchauffe et me rassure. Apolline effleure les barreaux du bout des doigts et tire la langue d’écœurement devant la rouille et la poussière qui s’y sont accumulées. Sans aucune once de gêne, elle se rapproche de Bastian et essuie ses mains sur son tee-shirt. Le Séducteur s’arrête net.

— T’es vraiment qu’une gamine, Apolline !

— Et toi, t’es vraiment qu’un connard de penser que tu vas pouvoir avoir ma sœur aussi facilement.

— T’es encore sur ça ?

Apolline hausse les épaules.

— T’as pas la moindre idée de ce que je vis avec ta sœur, continue-t-il. Pour une fois, occupe-toi de tes affaires. T’es pas ma mère.

La Talentueuse s’apprête à répliquer, mais Angie les coupe d’un ton sévère :

— Si j’entends encore une seule fois l’un de vous deux régler ses comptes avec l’autre, c’est moi qui vais venir personnellement m’occuper de votre cas.

Le Séducteur lâche un ricanement.

— Ça te fait rire ? Tu veux une démonstration ?

— Non, sans façon. Je suis juste ravi de te revoir à ta place, articule Bastian. Je crois que cet Angie-là m’avait manqué.

Le Leader a l’air étonné par la sincérité avec laquelle le Séducteur a prononcé ces mots. À vrai dire, moi aussi. Mais je n’ai pas le temps de m’y attarder. Une cavalcade résonne dans le couloir. Le bruit s’accentue et semble foncer droit sur nous. Je plisse les yeux pour essayer de distinguer quelque chose, mais tout ce que je vois au loin, c’est la pénombre.

— Vous arrivez à apercevoir un truc ? nous demande Apolline.

Nous lui répondons tous que non, pourtant, la cavalcade est proche. Très proche. La Talentueuse dégaine une lance, prête au combat. Bastian s’équipe de deux armes ressemblant à des boomerangs en acier, extrêmement tranchants, et le Leader a déjà sorti ses dagues depuis longtemps. Je m’apprête à en faire de même, lorsqu’une idée me traverse l’esprit. Pourquoi se battre alors que nous pourrions peut-être éviter le combat ?

— Plaquez-vous le plus possible contre les barreaux des cellules ! leur ordonné-je subitement. Avec l’obscurité de notre côté et un peu de chance, ils ne nous verront probablement pas !

Le Leader ouvre la bouche pour répliquer, mais j’attrape son poignet et le tire brusquement vers moi, usant un peu de ma force de Gémone. Apolline et Bastian filent en face de nous et se plaquent contre les barreaux. Lorsque des ombres surgissent de la pénombre, je retiens ma respiration. Quatre gros ours détalent sous notre nez et rejoignent la sortie de l’Isolement, poursuivis par un Ultrason et des nébors. Ces derniers ne sont pas comme d’habitude. Leur apparence se rapproche de l’humain. Ils courent sur deux jambes mais ressemblent davantage à des ombres. Des fils électriques les entourent, comme un sapin de Noël. Ils sont différents, ça ne me dit rien qui vaille. Heureusement, ils ne nous ont pas vus, trop occupés à leur propre combat.

Je retiens encore une fois mon souffle quand de nouveaux animaux surgissent de l’ombre. Deux autres ours, des corbeaux et un serpent. Ce dernier a l’air plutôt coriace. Il fait semblant de vouloir rejoindre la sortie, puis fait brusquement demi-tour, enroule son corps autour d’un nébor et plante ses crocs dans ses fils électriques. Le trénone est alors pris de convulsions, avant de disparaître dans une fumée noire. Les autres se jettent sur le serpent. Celui-ci esquive habilement la plupart des attaques. Des ours arrivent en renfort et je commence à me demander si l’on ne ferait pas mieux de prendre la fuite. Il ne faudra pas longtemps avant qu’un de ces monstres se retrouve propulsé contre l’un d’entre nous. Très lentement, je tourne ma tête en direction du Leader. Mais celui-ci me fait signe que non. Bouger est trop dangereux. La meilleure chance que nous ayons est d’espérer qu’ils s’éloignent.

Le serpent se retrouve subitement à nos pieds. C’est un miracle qu’il ne nous ait toujours pas remarqués. Le combat se poursuit, mais cette fois-ci, c’est Apolline qui est touchée par les fils. Elle retient un cri de douleur, mais c’est trop tard. Le trénone a eu le temps de l’apercevoir. Les étincelles provoquées par le courant électrique ont illuminé suffisamment l’espace pour lui permettre d’apercevoir également Bastian. Le monstre pousse un cri, puis deux autres nébors se matérialisent à ses côtés.

Ça, c’est nouveau. Je n’ai pas le souvenir que les trénones pouvaient matérialiser leurs copains d’un simple rugissement. D’un même mouvement, la Talentueuse et le Séducteur se baissent pour éviter les attaques des monstres. Les fils électriques des nébors s’entremêlent, ce qui laisse à Apolline l’occasion de les faire disparaître d’un coup de lance aiguisé. Je lui jette une dague en plein cœur. Il s’efface dans une fumée noire.

Angie élimine deux nouveaux naissants, mais pas assez rapidement. Leurs cris ont eu le temps d’en faire apparaître d’autres. C’est une véritable invasion. Il en arrive encore et encore. L’un d’eux s’empare de mes dagues et les envoie sur le sol crasseux. Ses fils électriques se dirigent vers moi d’une façon plus que menaçante. Faute de moyens, je les attrape à main nue avant qu’ils ne parviennent à s’enrouler autour de mes poignets, et je tire. Le nébor résiste. Il allonge ses fils et se met à courir dans la direction opposée, m’éloignant du groupe par la même occasion. Je me concentre sur l’électricité qui commence à me parcourir le corps, lorsque quelque chose s’agrippe à ma cheville. Je baisse les yeux et y découvre le serpent habile aux écailles noires, me serrant de toutes ses forces. Je ferme les yeux, rassemble toute ma concentration sur le trénone qui me traîne toujours dans le couloir lugubre, et retourne sa propre électricité contre lui. Il explose dans une fumée noire. Je reporte mon attention sur le serpent qui a lâché prise. Il zigzague entre mes pieds, sort sa langue, puis me fixe de ses yeux luisants. J’ignore si je suis censé avoir peur. Il aurait pu me mordre, mais il ne l’a pas fait.

Un hurlement me perce soudain les tympans. Et je reconnaîtrais ce cri entre mille. C’est un Ultrason. L’air de l’Isolement devient encore plus frais que d’ordinaire. Je ne suis pas de taille à affronter un Ultrason toute seule. Mon cœur tambourine comme un fou. Un nouveau hurlement résonne, et je laisse échapper un râle de douleur. Du sang s’écoule lentement de mes oreilles. Je hais ces monstres. Je n’ai pas d’armes à portée de main, mais j’ai toujours mes pouvoirs. Je devrais être capable de le retarder un peu puis de m’enfuir à toutes jambes. Et si je peux le blesser avant qu’il rejoigne le groupe, c’est un bonus non négligeable.

Je suis tellement concentrée sur l’approche de l’Ultrason que je ne remarque pas tout de suite l’épaisse fumée autour de moi. Comme si un métamorphe allait reprendre forme humaine. J’écarquille les yeux de terreur et jette un coup d’œil furtif au sol. Pas de trace du serpent. Soudain, une main se plaque sur ma bouche. Mon dos se retrouve collé contre un torse, et même en mordant la peau de mon assaillant, je ne parviens pas à me défaire de son emprise. Il est fort. Et plus grand que moi. Je tente de lever mon visage pour découvrir son identité, mais son autre main qui s’est glissée au niveau de ma taille se resserre un peu plus. J’ai définitivement perdu le contrôle de ma respiration.

— Inspire profondément, puis expire.

Il a chuchoté, impossible de reconnaître sa voix. Mais elle ne m’est pas inconnue. Le spectre pousse un nouveau cri, si fort que ma tête a bien du mal à le supporter. Le métamorphe en pâtit aussi car ses mains se sont crispées. L’air est glacial et pourtant, je n’ai pas froid. C’est comme si le métamorphe partageait un peu de sa chaleur.

L’Ultrason apparaît enfin. Je ferme les yeux et inspire profondément. J’espère de tout cœur que les autres sont venus à bout des nébors. Il le faut. Je ne veux pas que ce monstre leur tombe dessus. Un courant d’air glacial me traverse alors, et l’atmosphère change du tout au tout. L’Isolement a retrouvé sa pénombre. Je rouvre les paupières. Le spectre a disparu. Le métamorphe retire sa main de ma bouche et la promène le long de ma mâchoire, descendant jusqu’à ma nuque.

— Sais-tu seulement à quel point ton sang est précieux, ma puce ?

Je me glace de la tête aux pieds et me dégage de son emprise immédiatement.

— Ne me touche surtout pas !

Kierân esquisse un sourire lent, qui fait ressortir la petite fossette sur son menton. C’est la première fois que je me retrouve seule avec lui. Et je n’aime pas du tout ça.

— Je ne te veux aucun mal, dit-il en levant les mains.

— Mais bien sûr, ricané-je. Qu’est-ce que toi et ta bande faites ici ?

— Je pourrais te retourner la question.

— Réponds-moi.

Kierân me fixe de ses yeux verts, d’une façon particulière.

— Tellement d’autoritarisme… Ça te va bien. La Démone retient l’un des miens en otage. J’ai rassemblé mes forces pour le récupérer, mais elle me donne plus de fil à retordre que je ne l’avais imaginé. Principalement à cause de votre défaite.

— Défaite que vous avez contribué à causer, je te rappelle ! Si elle est parvenue à s’emparer des pouvoirs des Surnaturels, c’est également de votre faute !

— Tu marques un point. Mais revenons-en au sujet principal. Tu ne m’as toujours pas dit ce que vous êtes venus faire ici. La Démone s’arrange toujours pour ne pas rassembler ses ennemis au même endroit au même moment, alors ça m’étonne qu’elle vous ait attirés ici en même temps que nous.

La Démone s’arrange toujours pour ne pas rassembler ses ennemis… C’est donc pour ça qu’elle m’a donné 72 heures ? Son but n’était pas de me donner un temps de réflexion mais bien de lui laisser le temps, à elle, de s’occuper de son problème avec les métamorphes ! Finalement, aurait-elle peur qu’on s’allie ? L’ennemi de mon ennemi est mon ami.

— La Démone retient Isaac en otage depuis plusieurs semaines. À vrai dire, depuis notre défaite. On a décidé de lui rendre une petite visite surprise.

Les yeux de Kierân s’illuminent à la fin de ma phrase. J’ai horreur de ça, mais j’ai bien l’impression qu’il pense à la même chose que moi.

— Une alliance, ça te tente ? me propose-t-il d’une voix grave.

D’un geste lent mais terriblement gracieux, il me tend sa main. Je refoule mes pensées dans un coin et avance la mienne pour la lui serrer, scellant sans doute un pacte de pure folie, mais qui sera sans doute une aide indéniable pour récupérer Isaac. Kierân sera mon plan de secours. Pour une fois, je ne me pose pas trente mille questions. Je me lance.

— Je te préviens, les Surnaturels risquent fortement de ne pas adhérer à notre accord.

— Ce n’est pas grave. Tout ce que je veux, c’est toi.

Je fronce les sourcils.

— Tes camarades ont certes pas mal de qualités de combat, mais tout ceci ne vaut rien comparé à tes pouvoirs, explique-t-il. Il y a tellement de choses que tu pourrais faire avec et que tu ignores, ma puce.

Je ne devrais sans doute pas l’écouter, mais c’est plus fort que moi. Il m’intrigue. Je voudrais en savoir plus, mais le trénone qui s’écroule à mes pieds et disparaît dans une fumée noire me coupe toute tentative d’en apprendre davantage. Apolline déboule hors de la pénombre et pointe aussitôt le bout de sa lance vers Kierân.

— Éloigne-toi tout de suite d’Evalina !

Le métamorphe sourit.

— Peut-être n’ai-je pas été assez claire ?

Lorsque j’abaisse l’arme qu’elle pointe sur Kierân, la Talentueuse fronce les sourcils.

— Qu’est-ce qui te prend ?

Ce n’est pas Apolline qui me pose la question, mais Angie.

— La Gémone et moi-même avons pris l’initiative d’unir nos forces afin de nous entraider, répond Kierân.

— Une alliance ? Tu n’es pas sérieuse ?

Le ton du Leader est clairement sans appel. Il me fusille du regard.

— Vois ça comme une trêve passagère, susurre Kierân. La Démone retient l’un des miens et l’un des vôtres quelque part dans ce château. Il serait stupide de se battre alors que nous voulons tous la même chose.

Mais Angie n’en a que faire. Il se plante en face de moi, puis d’une mine sévère, il pointe un doigt accusateur vers le métamorphe et articule :

— Tu veux faire alliance avec celui qui t’a privée de ta sœur durant des mois entiers ? Avec le kidnappeur de ma sœur et le bourreau de Cassie ?

Forcément, dit ainsi, l’envie de revenir sur ma décision est fort tentante… Mais je suis sûre de mon choix.

— Oui, je veux qu’on s’allie à lui. Je n’oublie évidemment pas toutes les choses qu’il nous a fait subir et dont il est responsable, mais aujourd’hui, ce n’est pas ce qui importe. On ne peut pas se voiler la face plus longtemps, Angie ! Kierân dirige l’armée de métamorphes la plus impressionnante et probablement la plus puissante de tout le royaume ! Ensemble, je pense que nous avons une chance de gagner.

Les yeux du Leader s’assombrissent. Mais il ne réplique pas.

— Ça me coûte de l’admettre, mais de l’aide supplémentaire ne nous ferait pas de mal, Angie.

Je remercie Bastian du regard. Apolline soupire bruyamment et ne quitte pas des yeux le métamorphe. Elle n’a pas l’air enchantée par cette idée, mais je sais qu’elle sera prête à me suivre si Angie me donne son consentement.

— Si tu nous aides à libérer Isaac, qui est-ce qu’on est supposé t’aider à récupérer ? demande-t-il, tournant la tête en direction de Kierân.

— L’un des miens.

— Lequel ?

— Tu es bien insistant.

— Ton manque de détail ne me dit rien qui vaille. À qui est-ce qu’on doit rendre sa liberté ?

Kierân abandonne le sourire qu’il arborait jusqu’à présent.

— Lacnas.

Ce prénom me dit fortement quelque chose. Angie a déjà compris de qui il s’agissait, et c’est encore plus en colère qu’il reprend la parole :

— Tu veux qu’on t’aide à libérer un métamorphe qui possède l’un des pouvoirs les plus dangereux de ta race ?

— N’exagérons rien.

— La dernière fois que je l’ai vu, il torturait Evalina dans le hall du Majestueux par la seule force de sa volonté ! s’énerve Angie. Et tu voudrais qu’on t’aide à le libérer ? Si c’est pour qu’il puisse par la suite recommencer ses activités tortionnaires, ce n’est même pas la peine d’y songer !

— Je refuse d’abandonner l’un de mes éléments les plus puissants, alors c’est à prendre ou à laisser. Evalina a déjà accepté, je n’ai pas besoin de votre consentement à tous. En réalité, j’ai tout ce qu’il me faut.

— Je ne vais pas la laisser s’embarquer dans une alliance avec toi, toute seule.

Un courant d’air glacial accapare soudain mon attention.

— Les gars ?

— Tu acceptes donc de nous aider ?

— Je n’ai pas dit ça.

— Non, mais je suis presque sûr que c’est ce que tu insinuais. Tu es juste trop fier pour l’admettre.

— Les gars ? répété-je. Il y a…

— La libération d’un tortionnaire demande réflexion.

— Parce que la libération d’un Démon n’en demande pas, peut-être ? réplique aussitôt Kierân.

— Les gars, il y a un Ultrason qui fonce droit sur nous ! hurlé-je.

Toutes les têtes se tournent dans ma direction. Pas trop tôt. Apolline jette un coup d’œil derrière moi.

— Qu’est-ce que tu racontes ? Je ne vois rien d’autre que les cellules et la sortie.

— Il ne va pas tarder à débarquer ! Vous ne sentez pas l’atmosphère qui s’est rafraîchie ?

— Si, tu as raison. Tenez-vous prêts, ordonne Angie.

Il me lance une dague de taille plutôt grande, que j’attrape et pointe en direction de l’obscurité. Un cri déchirant se répercute le long du couloir qui semble sans fin. Bastian laisse échapper un juron lorsque ses doigts se retrouvent ensanglantés par ses oreilles. Kierân, lui, disparaît dans une épaisse fumée noire et réapparaît sous forme reptilienne. Il zigzague entre nos jambes pour prendre la tête de l’assaut. Le spectre immonde se manifeste enfin. Bastian lance ses deux boomerangs en aciers tranchants dans la direction du monstre, mais ce dernier parvient à les repousser en hurlant comme un dégénéré. Je jette ma dague entre ses deux orbites béantes. Le Leader l’atteint en plein cœur, mais cela n’a pas l’air de déstabiliser le spectre, qui continue à gesticuler au-dessus de nos têtes. Puis d’un coup, il plonge vers moi. Kierân tente de planter ses crocs reptiliens dans les ossements de l’Ultrason, mais ce dernier passe au travers du serpent et continue sa trajectoire menaçante. Angie attrape alors fermement mon bras afin de me positionner derrière lui et me protéger du danger, mais le spectre est brusquement coupé dans sa course.

Un ours au pelage sombre vient de l’envoyer valser contre une cellule, d’un puissant coup de patte à la tête. Cette dernière est propulsée loin de son corps. Les bras du spectre gesticulent dans le vide. Le crâne lévite afin de retrouver le corps de l’Ultrason. Mais l’ours se transforme aussitôt en putois et se rue sur le trénone, le massacrant afin d’épuiser le corps du spectre qui n’a plus l’air de contrôler la trajectoire de son crâne. Celui-ci retombe violemment sur le sol, dans un bruit assourdissant.

D’une démarche hésitante, je rejoins la tête du spectre, puis d’un violent coup de pied, j’écrase le crâne de l’Ultrason. Merci à ma force de Gémone. Le monstre explose dans une fumée rouge. Au moins, nous savons maintenant comment venir à bout de ces trénones. Tout ça grâce au putois. Ou devrais-je dire, à l’ours. Je suis persuadée qu’il s’agit du même métamorphe qui s’est interposé entre moi et la chauve-souris un peu plus tôt. Son pelage est légèrement plus clair que celui des autres.

— Toujours à temps pour la protéger, articule Kierân, de nouveau sous son apparence humaine. Je suis enchanté de te voir si dévoué à la tâche que je t’ai confiée il y a déjà plusieurs années. Merci d’avoir gardé un œil sur elle. Sache qu’à présent, ta mission est terminée.

Je fronce les sourcils. Le putois pousse un petit cri et Kierân acquiesce.

— Si tu le désires. Mais je ne me porte pas garant des problèmes que cela engendrera.

Le putois disparaît alors dans une épaisse fumée noire et reprend forme humaine sous mes yeux. Une fois le brouillard dissipé, je me frotte les paupières, d’abord persuadée que mon imagination me joue des tours. Mais lorsqu’il me sourit, il a beau avoir le regard noir et les cheveux d’une couleur sombre comme la nuit, son sourire reste le même. Sans réfléchir – et probablement sous le choc –, je me jette dans ses bras. Il m’accueille avec une étreinte débordant de tendresse et d’émotions. Son cœur bat si vite et si fort que je peux l’entendre comme s’il s’agissait du mien. Les larmes me montent aux yeux. Je ne réalise pas bien ce qui est en train de se passer. Ni ce que cela veut dire. Mais tout ce qui m’importe, c’est lui. C’est Raphaël.

Want to know what happens next?
Continue Reading
Previous Chapter
Next Chapter

Share the book to

  • Facebook
  • Twitter
  • Whatsapp
  • Reddit
  • Copy Link

Latest chapter

Surnaturels #2Transformation Partie1   Bientôt chez Inceptio

Bientôt chez Inceptio

Surnaturels #2Transformation Partie1   Remerciements

RemerciementsNous voici arrivés au milieu de l’aventure. Déjà trois tomes qui ont eu la chance de voir le jour… et j’ai toujours autant de mal à réaliser ! Je suis incroyablement contente d’en être arrivée là. Ça n’aurait jamais été possible sans les deux meilleurs éditeurs au monde (je suis très objective). Guillaume et Ophélie, merci tellement de me permettre de vivre tout ça. Je ne le dirai jamais assez, mais je suis vraiment admirative de tout le travail que vous fournissez au quotidien, de votre patience avec les pavés que sont les tomes de Surnaturels avant les corrections, de votre efficacité, de votre minutie, de votre gentillesse, de votre considération, de votre énergie, de votre talent… et j’allais conclure en parlant de l’humour, mais je crois que pour l’un des deux, ça ne s’applique pas… (Je suis en train de culpabiliser d’avoir dit ça dans mes remerciements.) Vous méritez tellement d’aller loin. Cette maison d’édition inceptionnelle est une véritable pépite.Et

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 25Sentiments apocalyptiques

Chapitre 25Sentiments apocalyptiquesJe ne sais pas comment j’ai fait, mais je suis debout. Je fonce dans le couloir à la recherche de la chambre de Kierân. Je sais qu’elle n’est pas loin de celle de Raphaël. Ma panique s’est transformée en rage monstre. Je ne veux plus qu’une seule chose. Le trouver, lui. J’ai envie de crier. D’exploser. De pleurer. Le monde ne tourne plus rond. Il a décidé de se foutre de moi et de basculer à l’envers. Je suis incapable de comprendre ce que j’ai entre les mains. J’ai voulu partir. Prendre la fuite et ne plus jamais remettre les pieds ici. Seulement, j’ai besoin de connaître la vérité. J’ai besoin de le confronter.Je passe devant les douches et bifurque dans le couloir à droite. La colère embrouille si fort mes sens que je manque de percuter Lacnas. Ce dernier m’adresse une phrase que j’entends à peine, continuant mon chemin. Seulement, il me rattrape. Je le repousse brutalement. Trop brutalement. Son dos vient percuter le mur et il tombe lourdem

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 24Effrayante vérité

Chapitre 24Effrayante véritéDe justesse, j’évite son poing et lui assène un coup dans le ventre. Il recule, prêt à intercepter mon bras, mais j’arrête mon geste et lui flanque un coup de pied dans les genoux. Il s’écroule à terre. Ni une ni deux, je me jette sur lui pour le maintenir fermement au sol. Mais avant que je ne puisse l’écraser de tout mon poids, il me donne un violent coup dans la poitrine et je lâche prise. Il en profite pour inverser les rôles. Il me plaque à terre, mais en usant de ma force de Gémone, je parviens à le faire basculer. Il tente de me frapper à coups de tête, mais je place mes mains autour de sa gorge pour l’en dissuader. Et je serre. Ses yeux noirs s’écarquillent. Il agrippe mes bras et tente de s’extirper de la situation. En vain. Il grogne et finit par me lâcher pour venir taper deux coups au sol. Je stoppe immédiatement mon attaque et me relève. Le premier regard que je vois, c’est celui d’Angie. Des yeux fiers. Puis un applaudissement retentit.—&

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 23Détruite

Chapitre 23Détruite— Tu avais promis que tu veillerais sur elle !— Je n’y ai pas failli !— Tu plaisantes ? !Ses yeux noirs sont furieux. Je fixe Angie, mais celui-ci secoue la tête, ne comprenant pas plus que moi ce qu’il se passe. Kierân nous observe et se mord la lèvre, embarrassé par toutes ces paires d’yeux scrutant sa discussion houleuse avec June. Presque tous sont là, devant les douches. Il ne manque que Matt et Tarek.— Elle est saine et sauve, ton hystérie n’a pas lieu d’être.— Je ne sais pas ce qui me retient de t’éclater la gueule contre un mur ! hurle-t-elle, agrippant brusquement l’imperméable de Kierân.Raphaël se précipite pour la repousser. Le regard de June est fou. Fou de rage et de haine. Lacnas se plante devant nous, écarte les bras et nous ordonne d’aller voir ailleurs, mais aucun des Surnaturels ne veut louper une miette de ce qui se joue en face d’eux. Moi la première.— Ça fait deux fois, Kier

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 22Porte secrète

Chapitre 22Porte secrèteD’un crachat, Tarek expulse le sang de sa bouche et renvoie le coup au Leader, mais ce dernier l’intercepte. Il saisit le bras du métamorphe, et en deux temps trois mouvements, il parvient à le renverser au sol d’une technique impressionnante.— Zéphyr n’est plus là pour m’empêcher de te tuer, lui murmure le Leader à l’oreille.Tarek tente de se défaire de son emprise, mais Angie le maintient fermement au sol, un genou contre son dos, le bras dans une posture qui se veut douloureuse.— Et j’ai vraiment très envie de le faire.Des éclats de voix et des grognements explosent tout autour de nous. Les métamorphes avancent d’une démarche menaçante vers Angie, prêts à défendre l’un des leurs. Le Leader relève Tarek et le pousse brutalement contre le mur, pointant une dague sous sa gorge. Les grognements du clan s’amplifient. Kierân lève la tête.— Anne ! crie-t-il d’une voix empreinte de colère.Anne ? Je fronce les sourcils et écarq

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 19Choix décisif

Chapitre 19Choix décisifCela fait plusieurs heures que je fixe le vide, incapable de me relever. La couleur du sol est complémentaire à celle de mon esprit. Noire, telles les ténèbres qui se sont emparées de moi. Elles m’ont tenté. Elles m’ont goûté. Désormais, elles refusent de me lâcher. Je su

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 18Éclipse intrigante

Chapitre 18Éclipse intrigante— Tu es sûr que c’est une bonne idée de les avoir laissées seules ?— Elles ne risquent pas de se réveiller de sitôt.— Mais… et si elles ont un problème ? Que l’une des deux reprend conscience du fait de la douleur ?— Matt a fa

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 17Chorégraphie endiablée

Chapitre 17Chorégraphie endiablée— Voici votre chambre, annonce Kierân.— Notre chambre ? m’étonné-je.Angie et moi pénétrons à l’intérieur d’une pièce de petite taille où la couleur marron domine largement. Il fait assez froid.— Quoi, vous n’êtes pas ensemble ? nous

Surnaturels #2Transformation Partie1   Chapitre 16Attirante curiosité

Chapitre 16Attirante curiosité— Evalina… Evalina ! Tu m’entends ? Evalina ! S’il te plaît, dis quelque chose !Mes paupières sont closes. Je me sens lourde. Affreusement lourde. Je parviens finalement à bouger les mains.— Evalina, parle-moi ! Fais-moi un sig

More Chapters
Download the Book
GoodNovel

Download the book for free

Download
Search what you want
Library
Browse
RomanceHistoryUrbanWerwolfMafiaSystemFantasyLGBTQ+ArnoldMM Romancegenre22- Englishgenre26- EnglishEnglishgenre27-Englishgenre28-英语
Short Stories
SkyMystery and suspenseModern urbanDoomsday survivalAction movieScience fiction movieRomantic movieGory violenceRomanceCampusMystery/ThrillerImaginationRebirthEmotional RealismWerewolfhopedreamhappinessPeaceFriendshipSmartHappyViolentGentlePowerfulGory massacreMurderHistorical warFantasy adventureScience fictionTrain station
CreateWriter BenefitContest
Hot Genres
RomanceHistoryUrbanWerwolfMafiaSystem
Contact Us
About UsHelp & SuggestionBussiness
Resources
Download AppsWriter BenefitContent policyKeywordsHot SearchesBook ReviewFanFictionFAQFAQ-IDFAQ-FILFAQ-THFAQ-JAFAQ-ARFAQ-ESFAQ-KOFAQ-DEFAQ-FRFAQ-PTGoodNovel vs Competitors
Community
Facebook Group
Follow Us
GoodNovel
Copyright ©‌ 2026 GoodNovel
Term of use|Privacy