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Chapitre 20Pression ensanglantée

Author: Swan, EJ
"publish date: " 2024-10-24 15:58:08

Chapitre 20

Pression ensanglantée

Je suis essoufflée. Mes poumons me brûlent. J’ai peur. Ma course est sans fin. Malgré tout, je sais que c’est notre dernière chance. Une telle occasion ne se représentera pas deux fois, alors je cours. Personne ne fait attention à moi. Ils sont tous occupés à se battre. La terre aride est parsemée de crevasses que je m’efforce d’éviter comme je le peux. Je suis trop petite pour enjamber les nombreux obstacles, je décide donc de ramper pour passer en dessous. Le sol est brûlant, mais je dois continuer à avancer. Je ne dois pas m’arrêter. Mes oreilles bourdonnent des cris qui se répercutent sur le champ de bataille. Mes yeux se posent sur des squelettes noircis. Encore quelques mètres. L’air est irrespirable. Il fait trop chaud. Heureusement, les vestiges s’achèvent ici. Je me redresse face à un trou béant. Juste derrière, l’objet de ma convoitise. Ce pour quoi je suis ici.

J’entends mon prénom faire écho au travers des ruines. On me hurle de m’arrêter, mais je n’en fais rien. Sans moi, ils n’y arriveront pas. Alors je reprends ma course, contournant la crevasse. Un hurlement de rage éclate dans le ciel. Quelque chose tombe juste derrière moi, mais je ne me retourne pas. Je dois continuer à courir. J’y suis presque. Une boule d’énergie fonce droit dans ma direction. Je trébuche, j’ai peur, mais quelque chose dévie sa trajectoire. Je respire à nouveau, me relève et finis par arriver devant l’objet. Je le contemple. Il est grand, et lorsque je m’en saisis, il est si lourd qu’il manque de me faire basculer dans le trou. J’entends encore mon prénom et ce hurlement de rage.

Si je le jette, elle le rattrapera avant qu’il tombe. Mais si je le brise, elle ne pourra plus rien en faire. Je prends le couteau qu’il m’a donné et je frappe. Mais rien ne se produit. Aucune égratignure. Je frappe à nouveau. L’objet reste tel quel. Plusieurs voix m’appellent et me somment de m’en aller, seulement il est trop tard. Une nouvelle boule d’énergie jaillit juste à mes côtés. Je serre les poings. Je prends une profonde inspiration et me jette sur sa trajectoire, l’objet toujours en mains. Le choc est extrêmement brutal. L’objet se brise en dizaines de morceaux tandis que je suis projetée en arrière, dans le gouffre. Je me sens chuter. Je regarde le ciel. Je ferme les yeux. Je sais que je vais mourir, mais j’ai réussi. Je les ai sauvés. Je souris et laisse mon corps rejoindre la lave en fusion.

— Evalina ?

Quelqu’un me touche le front. J’ouvre les paupières et me redresse brusquement. J’ai du mal à respirer. J’ai l’impression d’avoir réellement vécu la sensation d’une chute sans fin. Ma poitrine se soulève rapidement, mon cœur tambourinant comme un dingue. Quelqu’un me prend dans ses bras et me caresse doucement le dos.

— Tout va bien. Ce n’était qu’un cauchemar, c’est fini, ma puce.

Je me recule précipitamment.

— Dégage de là !

— Quel charmant accueil, rigole-t-il.

— Qu’est-ce que tu fais ici ?

— C’est la chambre de Raphaël.

Je cligne des yeux. J’avais complètement oublié que j’étais dans ses appartements. Je me suis écroulée comme une masse.

— Raphaël a dormi avec toi, tu savais qu’il ne serait pas là. Alors je te repose ma question. Qu’est-ce que tu fiches ici ?

D’un geste du menton, Kierân me montre les habits posés au bord du lit.

— Je t’ai apporté tes vêtements.

Je les observe d’un air confus. Comment a-t-il fait pour me dégoter les mêmes habits que je portais au Majestueux ?

— Je peux savoir comment tu les as eus ?

— Je n’ai pas fouillé dans tes affaires personnelles, si c’est ce qui t’inquiète.

— Mais ton métamorphe téléporteur l’a fait ?

— Je me suis dit que tu apprécierais davantage que ce soit un inconnu, plutôt que moi, qui aille mettre le nez dans tes affaires.

— Génial !

Je me suis exprimée avec toute l’ironie qui m’habite. Je croise les bras sur ma poitrine et fusille Kierân du regard. Je veux qu’il s’en aille.

— Tu aurais préféré te balader nue ?

Mes joues rougissent aussitôt.

— J’aurais tout simplement enfilé mes vieux vêtements !

— C’est ma grotte, ici. C’est moi qui fixe les règles.

Je fronce les sourcils.

— On t’a déjà dit que tu étais bizarre ?

— On t’a déjà dit que tu étais belle ?

J’en ai le souffle coupé. Kierân me regarde comme jamais personne ne m’a regardée jusqu’à présent. Même pas Angie. Je me sens soudain affreusement gênée.

— J’imagine qu’Angie a déjà dû te le dire. S’il ne l’a pas fait, c’est un idiot.

« Tu es magnifique. » C’est ce qu’il m’a dit la dernière fois que nous nous sommes vus. Je triture mes mains entre elles et ramène mes cheveux derrière mes oreilles. Pourquoi s’intéresse-t-il autant à notre couple ?

— Ne sois pas timide. Tu devrais être fière de ce que tu es, déclare-t-il, dépliant le bras pour venir effleurer ma peau.

Mais je m’écarte avant qu’il ne puisse aller plus loin. Son regard s’obscurcit légèrement. Il repose sa main sur les couvertures entre nous.

— Quelle… quelle heure est-il ?

— Tu as une montre, trésor.

Trésor ? Il ne va quand même pas m’affubler d’un deuxième surnom ! Je jette un œil à ma montre et m’exclame aussitôt :

— Onze heures trente-sept ? Je n’ai pas pu dormir autant !

— Tu t’es littéralement vidée de ton énergie lorsque tu as repoussé les trénones. Tu avais besoin de repos.

— Quelqu’un aurait dû me réveiller plus tôt ! m’écrié-je en m’extirpant brusquement des draps.

— Si je ne l’avais pas empêché, ton petit copain l’aurait fait.

Je me fige sur place.

— Tu as quoi ?

— Angie était intenable. Il t’a cherchée partout, j’ai dû lui indiquer où tu étais pour le rassurer. Mais je ne l’ai pas fait entrer, mes métamorphes et moi-même l’en avons dissuadé.

— Pourquoi ? Il doit être dans tous ses états, maintenant !

— Oh oui, il l’est.

La confirmation de Kierân n’arrange en rien l’anxiété qui me submerge. Angie sait que j’ai passé la nuit dans une chambre autre que la nôtre, et qui plus est, celle de Raphaël. Je ne veux même pas imaginer ce qu’il doit sans doute penser à l’heure actuelle.

— Où vas-tu, comme ça ?

Kierân se lève du lit et rejoint la porte avant que je n’y parvienne. Il s’y adosse, son regard vert m’étudiant de la tête aux pieds.

— Je dois parler à Angie avant qu’il pète un câble ! Laisse-moi passer !

— Sinon quoi ? me provoque-t-il.

Je serre les poings.

— Il vaudrait mieux que tu n’aies pas à le découvrir.

— Au contraire. Je ne demande que ça, trésor.

— Arrête de m’appeler « trésor » !

— Comme tu voudras, ma puce.

— Cesse de m’appeler par ces stupides surnoms !

Kierân pose une main sur son torse.

— Tu me brises le cœur.

— Parce que t’en as un ?

— Peut-être pas aussi grand que celui de ton petit copain, mais certainement plus intéressant.

Je lève les yeux au ciel et tente de me calmer. Angie doit probablement s’imaginer le pire derrière cette porte et je ne suis même pas foutue d’aller le rassurer. Kierân observe d’un œil curieux le changement d’attitude qui s’opère en moi.

— Tu es en colère ? susurre-t-il.

— Ça se pourrait.

Ses yeux pétillent d’un sentiment de satisfaction.

— Tu sais que je ne bougerais pas de cette porte, trésor.

Oui, je le sais. Il m’invite clairement à contre-attaquer. Et je ne vais pas me faire prier. Je ressens déjà ce pouvoir bien particulier effleurer mes veines et voyager à travers mon corps. Je commence à m’habituer à sa présence. Je sais comment faire appel à lui, je le comprends de mieux en mieux. Seulement là, je n’ai rien à absorber autour de moi. En revanche, je peux sentir autre chose. Son cœur qui bat, la tension avec laquelle il attend mon prochain mouvement, la circulation de son sang, les cellules qui le constituent. Je suis hypnotisée par toutes ces nouvelles sensations. J’ouvre la main droite et lève le bras. Mes yeux me brûlent. Je sais que je suis sur le point d’accomplir quelque chose, mais j’ignore quoi exactement.

Kierân est suspendu à mes gestes. Il n’a pas l’air de se rendre compte que je tiens littéralement sa force vitale au creux de ma main. Je referme le poing. Il est secoué par une énergie brusque qui le maintient collé contre la porte. Une goutte de sang tombe sur le sol. Puis une deuxième. Kierân porte une main à son nez et relève des yeux ensanglantés vers les miens. J’augmente encore la pression. Ses globules rouges m’appartiennent. Je décide de les libérer de leur prison de chair. Pas lui. Il n’a plus aucun contrôle sur son corps. Il se vide de son sang. Par le nez, les yeux, les oreilles. Il est incapable d’arrêter cet écoulement rougeoyant. Si beau. Si agréable et satisfaisant à regarder.

J’abaisse mon bras et Kierân s’écroule sur le sol. Il n’a plus rien de l’être sûr de lui qu’il était encore il y a quelques minutes. Il est entièrement à ma merci. Le chef des métamorphes n’est plus qu’un individu quelconque sans aucune valeur. Son cœur bat à une vitesse folle. Je le ressens comme si c’était le mien. Il pulse l’énergie restante. Énergie dont je m’empresse de m’emparer de la main gauche et que j’écrase de toutes mes forces. Kierân a les yeux exorbités. Il se tient le torse d’un air douloureux, mais aucun cri ne s’échappe de sa bouche. Je veux qu’il hurle. J’ai envie qu’il me supplie.

— Kierân t’a demandé d’attendre ici ! s’écrie soudainement une voix masculine de l’autre côté de la porte.

— Je ne suis pas l’un de ses animaux domestiques !

— Tu le deviendras certainement…

Un silence s’installe. Je laisse ma main en suspens. Mes oreilles s’ouvrent à la dispute qui éclate à l’extérieur. L’une de ces voix a réveillé quelque chose en moi.

— On t’a aidé à échapper aux tortures de la Démone, alors la moindre des choses que tu puisses faire afin de nous remercier, ce serait de me laisser la voir.

Angie. C’est comme si sa présence venait de me sortir du tourbillon de ténèbres dans lequel je sombrais inconsciemment. Je lâche aussitôt l’emprise que j’exerçais sur le chef des métamorphes. Ce dernier pousse un râle de soulagement. Je recule et écarquille les yeux de terreur. J’observe mes mains d’un air écœuré, puis Kierân allongé contre la porte. S’il y a quelques secondes j’y prenais grand plaisir, désormais, je ne ressens aucune satisfaction à le voir ainsi. Bien au contraire. Je me dégoûte. Qu’ai-je fait ?

— Evalina ? crie Angie, tambourinant contre la porte.

Kierân a rouvert les yeux et se relève avec la plus grande des précautions, son regard rivé au mien. Un silence de mort s’est abattu dans la pièce. Si je veux sortir, c’est maintenant ou jamais. J’ouvre la porte d’un coup sec, sans un regard pour Kierân. Je n’ai pas la force de lui faire face.

— Evalina, bon sang ! Qu’est-ce que tu fabriquais ?

La voix du Leader est remplie de colère. Ses yeux aigue-marine ont viré au bleu foncé et ses cheveux blonds sont en pagaille. Je sens que ça ne va pas être facile.

— Je… euh… j’ai…

Bravo, très concluant. D’un geste brusque, il m’attrape par le bras et me force à le suivre. Il est sur les nerfs, j’ai plutôt intérêt à bien préparer ma défense. Il m’attire dans les tunnels sombres de la grotte.

— Tu sais que je t’ai cherchée partout ? déclare-t-il, s’arrêtant soudainement.

Je reste silencieuse.

— Je n’ai pas dormi de la nuit, Evalina ! Je croyais que tu reviendrais, mais tu m’as laissé seul, toute cette putain de nuit ! Et qu’est-ce qu’on m’apprend lorsque je pars à ta recherche ? Que tu es avec Raphaël, dans sa chambre, parce que vous avez soi-disant des choses à vous dire ! T’as bien profité de ta soirée ?

— Je n’avais pas revu Raphaël depuis que j’ai quitté la Terre. Il était l’un de mes meilleurs amis ! Et pas plus tard qu’hier, je découvre qu’il est lui aussi lié à ce royaume ! Tu te doutes bien que j’attendais des explications de sa part !

— Des explications ? Vraiment ? s’exclame-t-il ironiquement.

Je l’ai rarement vu dans un tel état, mis à part peut-être le jour où il a brisé la porte vitrée de la véranda du Majestueux.

— On a beaucoup discuté, c’est vrai. Mais pas toute la n…

— Je me doute bien que vous n’avez pas fait que parler, oui ! Qu’attendais-tu en t’endormant dans ses bras ? Dans son lit ? articule-t-il difficilement, les poings serrés de rage.

— Non, tu n’y es pas du tout ! Il est parti dormir avec Kierân et m’a laissé sa chambre, m’empressé-je de le rassurer.

— Admettons. Et s’il t’avait proposé de rester avec lui, tu l’aurais fait ?

— Il ne m’aurait jamais proposé ça. Il sait qu…

— Je m’en fous qu’il soit bienveillant ou pas ! me coupe-t-il. Est-ce que tu aurais accepté, oui ou non ?

— Non ! Bien sûr que non ! m’écrié-je. Pour qui tu me prends, Angie ?

Ce dernier lâche un soupir et se passe la main sur le front.

— Tu m’as repoussé, Evalina. Tu m’as repoussé dans l’un des pires moments qui soient, et d’une façon si brutale que je suis en droit de penser que peut-être… peut-être qu’Isaac n’est pas le vrai problème.

La tristesse semble remplacer la rage sur les traits de son visage.

— Je peux t’assurer que tu n’es pas le problème, Angie. Je suis sincèrement désolée si ma façon de me comporter t’a fait imaginer le contraire. Je n’ai jamais voulu ça et je suis désolée d’être partie. Tu t’es expliqué et j’ai refusé de t’écouter. C’est juste… je n’arrive pas à me faire à l’idée d’être la cause des souffrances d’Isaac. Je ne veux pas lui faire de mal, mais je ne veux pas non plus te repousser !

Angie se rapproche.

— Au début, j’étais tout aussi partagé que toi. Mais hier, j’ai fait mon choix. C’était lui ou toi, et j’ai vite compris ce que je voulais vraiment.

Je triture mes cheveux nerveusement. Il me demande clairement de faire un choix entre lui et Isaac. Maintenant.

— Tu sais qu’on ne va pas pouvoir continuer comme ça indéfiniment.

— On va trouver un moyen de briser ce lien, déclaré-je d’une voix confiante. De même que celui qu’il partage avec Mélodie.

— Et si nous n’en trouvons aucun ? Qu’Isaac ne peut pas passer à autre chose et reste lié à la Démone pour toujours ? Il faut que tu prennes conscience qu’on ne pourra pas la laisser vivre éternellement !

Mon cœur rate un battement.

— Tu es en train d’envisager de tuer Isaac ?

— Ça ne me plaît pas plus qu’à toi, mais il faut prendre en compte toutes les possibilités qui s’offrent à nous.

— Non. Je suis sûre qu’il y a un moyen ! Il suffit de chercher encore !

— Tu sais tout aussi bien que moi que s’il y en avait un autre, nous l’aurions déjà trouvé.

Je ne cesse de secouer la tête. Ça ne peut pas se terminer comme ça. Il est évident que quelque chose nous échappe. Un problème peut avoir plusieurs solutions, nous n’avons pas suffisamment creusé.

— La prochaine fois que tu le verras, tu le tueras ? le questionné-je, mon cœur battant à tout rompre.

— S’il menace les miens, oui. Je ne permettrai pas que d’autres subissent le même sort que les filles.

— Les tiens ?

— Toi. Ou un Surnaturel, précise-t-il.

— Mais pas les métamorphes ?

— Ça te surprend ?

— Pas vraiment.

Angie croise les bras sur son torse.

— Qu’est-ce que tu leur trouves, aux métamorphes ?

C’est une excellente question. Le Leader semble sincèrement curieux. Il y a tellement de choses en eux qui m’attirent. Mais j’ai peur qu’Angie perde de nouveau ses nerfs si je lui explique.

— C’est dans ce genre de moment que je regrette mon pouvoir, soupire-t-il.

— Tu n’aurais rien appris en lisant dans mes pensées.

— Je suis persuadé du contraire.

Angie hausse les sourcils. Il a l’air de s’être bien calmé, ce qui me décide à lui parler. Après tout, cela ne sert à rien de lui cacher.

— Je les trouve… je ne sais pas, je les trouve différents de nous.

— Parce qu’ils sont différents, dit-il, en insistant bien sur le verbe. Ce sont des êtres capables de se métamorphoser. Ils sont fourbes, manipulateurs, et extrêmement doués dans l’art du mensonge et de la tromperie ! Ils ne sont pas dignes de confiance.

— Je n’ai jamais dit que je leur faisais confiance. Et tu as tort, ils ne sont pas tous comme ça.

Le Leader crispe les mâchoires, faisant ressortir les veines de son cou. Clairement, ma remarque ne lui a pas plu. Le contraire aurait été étonnant. Malgré tout, la couleur de ses yeux reste la même. Il est en train de travailler sur lui-même afin de se contrôler.

— Tu penses à Raphaël ? En quoi est-il différent des autres ? Il t’a menti. Dès l’instant où vous vous êtes rencontrés, il n’a cessé de te mentir !

Je triture mes mains nerveusement et secoue la tête de droite à gauche.

— En fait, je pensais à Matt.

— Matt ? crache-t-il d’un ton acerbe. Encore et toujours Matt. Lui aussi n’a pas cessé de nous mentir, Evalina ! Et pourtant, tu le prétends différent des autres ?

Je m’apprête à argumenter, mais le Leader ne m’en laisse pas le temps.

— D’abord Matt, ensuite Raphaël, et maintenant quoi ? Tu vas me dire que Kierân est particulier, lui aussi ? Réveille-toi, Evalina ! Ici, ce n’est pas un monde joyeux où tout est bien qui finit bien ! Ne sois pas naïve, tu as déjà donné le bénéfice du doute à Mélodie, et regarde où ça t’a mené !

Je baisse les yeux au son de ses paroles. Il marque un point.

— Ne refais pas deux fois la même erreur ! Les métamorphes ne sont pas dignes de confiance, me répète-t-il d’un ton dur. Ils en ont peut-être l’air, mais ce n’est qu’une apparence. Tôt ou tard, ils finiront par te décevoir.

Cette dernière phrase est prononcée avec une violente amertume. Il est anormalement secoué par quelque chose de plus fort que lui. Quelque chose qui le prend par les tripes et sur lequel il n’a aucun contrôle.

— Angie… de quoi est-ce que tu parles ?

— De rien.

— Ça a un rapport avec la raison pour laquelle tu détestes cette race ? me risqué-je à lui demander.

— Je n’ai pas envie d’en parler.

— Il ne nous déteste pas tous ! s’exclame subitement une voix.

Je me fige sur place. Pas elle. Je tourne la tête et aperçois la métamorphe qui se meut avec une grâce et une élégance propre à son clan, ainsi qu’une assurance qui manquerait presque de me faire détaler à toutes jambes.

— Pas vrai, Angie ?

Elle s’arrête face à lui. Ses cheveux noirs sont aussi lisses que ceux d’Apolline, mais bien plus courts. Ils lui arrivent aux épaules. Ses yeux de la même couleur sombre viennent détailler le visage impassible du Leader. Elle sourit, pose les mains sur ses hanches et reprend la parole :

— Il fut un temps où tu m’appréciais.

Elle vient lui effleurer la joue, mais le Leader se décale aussitôt. La colère monte en moi.

— Qu’y a-t-il ? Je n’ai pas le souvenir que tu me fuyais ainsi…

— Je ne t’ai jamais appréciée, June.

— Ne sois pas ridicule, dit-elle d’un air provocateur. Regarde-toi. Tu faisais déjà des merveilles avant d’obtenir ce corps d’homme, alors maintenant, je n’ose imaginer ce que ça doit être…

Je bous de rage. Pour qui se prend-elle ? Elle débarque, coupe court à notre discussion et se permet de lui dire des choses pareilles en face de moi ?

— Dégage de là, June.

Cette dernière tourne enfin son visage vers le mien. Ses yeux noirs ne sont que dédain envers moi.

— Oups, je ne t’avais pas vue.

— Qu’est-ce que tu fiches ici ?

— Kierân ne peut pas se passer de ma compagnie, quelle question ! ricane-t-elle.

June passe derrière Angie d’un pas langoureux et se plante à ses côtés. Ses œillades sont insupportables. En revanche, elle a beau me répondre, jamais son regard ne croise le mien. Elle tente à nouveau de toucher Angie et je ne résiste pas plus longtemps. D’un simple geste de la main, je l’envoie heurter le mur de derrière et serre le poing. June a les yeux écarquillés, incapable de bouger.

— Je vais te donner un conseil, la chauve-souris. Écoute bien, parce que je ne me répéterai pas deux fois, articulé-je.

June grogne. Un brouillard noir commence à naître tout autour d’elle, mais d’une petite pression de l’autre main, je parviens à dissiper ses particules métamorphiques dans le tunnel. Mon pouvoir devient tellement plus facile à maîtriser. June tente de se débattre, mais elle ne parvient qu’à bouger le bout de ses doigts. Je comble la distance entre elle et moi.

— On a tous compris que tu es à fond sur Angie, mais devine quoi ? C’était avant ! Tu as des centaines de métamorphes autour de toi, va donc piocher dans le tas. Envoie-toi en l’air avec Kierân si ça peut te faire plaisir, mais ne t’avise plus de t’approcher d’Angie. C’est clair ?

Le visage de June est déformé par la colère.

— J’ai dit, est-ce que c’est clair ? insisté-je en serrant le poing afin de comprimer l’air autour d’elle.

Elle ouvre la bouche, peinant à avaler l’oxygène que réclament ses poumons. Un dernier geste de mes doigts et elle laisse échapper un hurlement de rage, avant d’articuler vivement :

— Oui, c’est clair ! Maintenant relâche-moi, sale folle !

Je relâche l’emprise que j’exerçais sur elle. June s’écarte brusquement du mur et agrippe ses côtes d’un air douloureux. Sa respiration est saccadée. Elle peine à retrouver ne serait-ce qu’un semblant de contenance. Elle n’a eu que ce qu’elle méritait. Une main se pose soudainement sur ma taille. Je sursaute, prête à en découdre à nouveau, mais ce n’est qu’Angie. Il me serre tout contre lui, un petit sourire en coin illuminant son visage si fermé il y a encore quelques instants.

— Tu es aussi possessive que moi, Miss, murmure-t-il.

— Tu en doutais ?

— Je ne l’avais jamais vu de mes propres yeux.

— Tu ne m’as pas arrêté, lui fais-je remarquer.

— Je savais que tu t’en sortirais toute seule.

— Et si j’avais perdu le contrôle ?

— Tu ne l’as pas perdu.

Je souris.

— Vous savez que vous n’êtes pas tout seuls dans ce couloir ? grogne June.

— Oups, je ne t’avais pas vu.

La métamorphe me regarde comme si elle allait me sauter dessus.

— June ! clame une voix puissante. Ça suffit.

Une seule phrase de Kierân a le don de la calmer. Cette dernière nous tourne le dos, non sans omettre de me jeter un dernier regard dédaigneux. Elle rejoint le chef des métamorphes à l’autre bout du tunnel. Il a l’air de tenir parfaitement debout. Ce qui me laisse penser qu’il n’a sans doute plus aucune séquelle de mon attaque. Ou bien que c’est un très bon menteur.

— Zut, j’ai failli oublier ! s’exclame June d’un air suffisant. L’une de vos amies s’est réveillée.

— Quoi ?

— Leur état est tellement désastreux que je suis incapable de vous dire laquelle. Mais ce que je sais, c’est que ce n’est pas bon signe. Passez une bonne journée, sourit-elle.

Il ne nous en faut pas plus pour rejoindre le centre de la grotte. La dernière phrase de June n’était pas des plus réjouissantes. Angie me fait brusquement bifurquer dans un tunnel à gauche. Manifestement, il a l’air de s’y retrouver bien mieux que moi. Nous nous rapprochons, mais aucun cri ne nous parvient. J’ignore si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle. Le Leader presse le pas et je le suis du mieux que je peux. J’aperçois alors la sortie en face de nous. Des éclats de voix me parviennent enfin, et une fois entrés dans la salle, je constate qu’elle est bondée. Je n’y comprends rien, Angie non plus. Il y a beaucoup de monde. J’essaie de me frayer un chemin jusqu’aux filles, bousculant les nombreux métamorphes présents. Je me retourne afin de m’assurer qu’Angie est bien derrière moi, mais il a disparu. Je me sens oppressée. Je n’arrive pas à trouver la table où reposent Lucie et Apolline. Soudain, une main s’enroule autour de mon poignet et quelqu’un me tire à l’extérieur de cette marée humaine. L’air est de nouveau respirable.

— Qu’est-ce que tu fais ici ? le questionné-je, haussant la voix pour me faire entendre parmi le brouhaha.

— À vrai dire, je ne sais pas vraiment ce que je fais là, déclare Edden en se frottant la nuque.

— Maximilien et Bastian sont venus avec toi ?

— Oui, c’est le métamorphe téléporteur qui nous a amenés ici. Il nous a fait comprendre qu’une assemblée aurait lieu et que tout le monde devrait être présent.

— Une assemblée ?

Je fronce les sourcils. Kierân n’en a jamais fait mention. Je ne comprends rien à ce qu’il se passe.

— Je n’en sais pas plus que toi, me rassure-t-il.

— Et les filles ? Lucie et Apolline, il faut que j’aille les voir !

— Elles vont bien, Evalina. Du moins, aussi bien qu’elles le peuvent.

— Mais June a dit qu…

June a menti. Elle a probablement dû être chargée de nous informer qu’une assemblée aurait lieu ici même, et vu la situation dans laquelle elle s’est retrouvée, elle a dû trouver ça drôle de nous y envoyer par la peur. C’était sans doute sa petite vengeance personnelle.

— Laisse tomber, maugréé-je. Si je la vois, je lui explose les dents.

— Depuis quand es-tu devenue aussi violente ? rigole-t-il.

— Depuis que j’ai des envies de meurtre envers June.

Edden esquisse un sourire amusé.

— Quoi ? Tu ne m’en crois pas capable ?

— Au contraire, dit-il. Et je ne t’en empêcherai pas.

— Vraiment ? Tu serais bien le seul.

— Je ne suis pas très fan des métamorphes, moi non plus.

— Je ne les mets pas tous dans le même sac.

Le Fidèle m’observe maintenant d’un air curieux.

— Tu serais prête à faire confiance à certains ?

— Confiance est un grand mot. Disons que je pourrais leur donner une chance.

— Tu insinues que tu pourrais former une alliance avec eux pour renverser la Démone ?

— Pas toi ?

Il réfléchit un court instant, son regard analysant la pièce noire de monde, puis il hausse les épaules.

— Si j’ai la garantie qu’ils n’essaieront pas de nous la faire à l’envers, pourquoi pas.

— Evalina ! m’interpelle une voix masculine.

Je me retourne et aperçois Maximilien, qui s’extirpe tant bien que mal de la foule. Il a l’air sur les nerfs.

— Tout va bien, Max’ ?

Il se passe une main dans les cheveux, sûrement dans le but d’aplatir ses épis. Mais sans grand résultat.

— Pas vraiment, avoue-t-il. T’aurais pas vu Matt, par hasard ?

— Matt ? Non, pourquoi ?

Maximilien paraît subitement embêté.

— Pour… rien, soupire-t-il.

Je hausse un sourcil.

— J’ai juste l’impression qu’il m’évite. Depuis ce matin, dès que j’entre dans une pièce, il s’éclipse. Il ne m’a pas décroché un mot, lui qui est pourtant d’un naturel bavard.

Matt m’a confié hier soir regretter que Maximilien ne soit pas là pour lui. Manifestement, il a décidé de le lui faire comprendre. Bien que ce ne soit pas vraiment mes affaires, je décide de lui faire passer le message subtilement :

— Je ne l’ai pas encore vu aujourd’hui, mais je crois qu’il est plutôt à cran. Avec ce qu’il s’est passé dernièrement et la fatigue qu’il accumule à force de soigner les filles, il commence à être à bout. Il aurait sûrement besoin de soutien.

Je plonge des yeux insistants dans ceux du Cerveau. Il remonte ses lunettes sur son nez et se décale légèrement sur la droite pour laisser passer des jeunes métamorphes turbulents, puis articule :

— Message reçu, Evalina.

Je ne suis clairement pas la fille la plus discrète du monde, mais tant pis. L’important est qu’il ait compris.

— Kierân, désigne Edden du doigt.

Peu à peu, les métamorphes cessent de discuter. Ils se tournent en direction de leur maître, formant un cercle tout autour de lui. Ce n’est pas le plus grand, mais de par sa prestance, il en impose bien plus que tous réunis. Il n’a même pas eu à demander le silence. Il réajuste son grand manteau noir au niveau du col, fait craquer son cou et se racle la gorge. Les métamorphes sont suspendus à ses lèvres. Difficile de croire que quelques minutes plus tôt, il était à ma merci.

— Mes fidèles et loyaux serviteurs ! déclare-t-il d’une voix forte, ouvrant les bras gracieusement.

Aussitôt, la totalité de ses sujets se met à genoux comme un seul homme. J’écarquille les yeux. C’est impressionnant à voir. Seuls les Surnaturels et moi restons debout. Je repère Angie à l’autre bout de la salle. Bastian est à ses côtés, tenant fermement la main de Cassie.

— Chers Surnaturels et chère Gémone, continue Kierân, le regard brusquement ancré dans le mien. Vous n’êtes pas sans savoir qu’aujourd’hui est un jour qui restera sans doute gravé dans les mémoires à tout jamais. Seulement, il ne tient qu’à vous de faire de ce souvenir quelque chose de bon ou de mauvais. Mais sachez qu’à la fin de cette assemblée, votre réponse sera définitive.

Il marque une pause, savourant la dévotion de son clan. Malgré tout, c’est encore et toujours moi qui requiers son attention.

— Cesse de faire durer ton plaisir et dépêche-toi d’en venir aux faits, articulé-je sèchement.

Toutes les têtes se tournent vers moi. Et pour la première fois de ma vie, ça m’est complètement égal. Je ne me sens pas intimidée. Je n’ai aucune raison de l’être.

— Soit, sourit Kierân. Je vous propose une alliance pour renverser la Démone. Cette assemblée est là pour que nous puissions en discuter tous ensemble. Les miens sont déjà prêts à vous suivre. Acceptez, ou bien refusez. Sachez seulement que si vous choisissez la deuxième option, ce sera chacun pour soi. Si nos routes venaient encore à se croiser dans le futur, je ne lèverais pas le petit doigt pour vous sauver, annonce-t-il, d’un ton sans appel. Réfléchissez bien.

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RemerciementsNous voici arrivés au milieu de l’aventure. Déjà trois tomes qui ont eu la chance de voir le jour… et j’ai toujours autant de mal à réaliser ! Je suis incroyablement contente d’en être arrivée là. Ça n’aurait jamais été possible sans les deux meilleurs éditeurs au monde (je suis très objective). Guillaume et Ophélie, merci tellement de me permettre de vivre tout ça. Je ne le dirai jamais assez, mais je suis vraiment admirative de tout le travail que vous fournissez au quotidien, de votre patience avec les pavés que sont les tomes de Surnaturels avant les corrections, de votre efficacité, de votre minutie, de votre gentillesse, de votre considération, de votre énergie, de votre talent… et j’allais conclure en parlant de l’humour, mais je crois que pour l’un des deux, ça ne s’applique pas… (Je suis en train de culpabiliser d’avoir dit ça dans mes remerciements.) Vous méritez tellement d’aller loin. Cette maison d’édition inceptionnelle est une véritable pépite.Et

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Chapitre 25Sentiments apocalyptiquesJe ne sais pas comment j’ai fait, mais je suis debout. Je fonce dans le couloir à la recherche de la chambre de Kierân. Je sais qu’elle n’est pas loin de celle de Raphaël. Ma panique s’est transformée en rage monstre. Je ne veux plus qu’une seule chose. Le trouver, lui. J’ai envie de crier. D’exploser. De pleurer. Le monde ne tourne plus rond. Il a décidé de se foutre de moi et de basculer à l’envers. Je suis incapable de comprendre ce que j’ai entre les mains. J’ai voulu partir. Prendre la fuite et ne plus jamais remettre les pieds ici. Seulement, j’ai besoin de connaître la vérité. J’ai besoin de le confronter.Je passe devant les douches et bifurque dans le couloir à droite. La colère embrouille si fort mes sens que je manque de percuter Lacnas. Ce dernier m’adresse une phrase que j’entends à peine, continuant mon chemin. Seulement, il me rattrape. Je le repousse brutalement. Trop brutalement. Son dos vient percuter le mur et il tombe lourde

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