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Chapitre 21Obscurité lumineuse

Author: Swan, EJ
"publish date: " 2024-10-24 15:58:08

Chapitre 21

Obscurité lumineuse

Je peux déjà sentir le refus d’Angie, même à plusieurs mètres de distance. Edden s’est crispé à mes côtés. Les convaincre ne va pas être facile. Kierân m’observe silencieusement, en l’attente d’une réponse de ma part. Il ne prend pas la peine de se tourner vers le Leader des Surnaturels. Il semble croire que je dirige le groupe. Que si je prends une décision, la majorité me suivra.

— Tu as déjà une dette concernant Isaac, déclare Angie. On t’a aidé à libérer Lacnas, fais-en de même avec lui. Respecte cette promesse, et ensuite, peut-être qu’on acceptera d’y réfléchir.

— Qu’en penses-tu ? me questionne Kierân, sans prêter la moindre attention aux propos du Leader.

L’ennemi de mon ennemi est mon ami. Kierân a déjà pactisé avec la Démone de nombreuses fois, mais une guerre ne se gagne pas seul. On se doit de tenter le coup tout en redoublant de vigilance envers les métamorphes.

— J’en pense que ça vaut le coup d’y réfléchir.

Kierân sourit. Angie fend aussitôt la foule des métamorphes pour parvenir jusqu’à moi, d’une démarche rapide. Bastian le suit. Cassie part chercher son frère quelques mètres plus loin, et à l’exception de Lucie et d’Apolline, les Surnaturels sont tous rassemblés autour de moi.

— On ne peut pas leur faire confiance, articule d’emblée le Leader.

— Je sais. Mais on peut au moins leur laisser une chance.

— Pour se faire avoir ensuite ? Non merci.

Je me tourne vers Edden.

— Et toi ? Je croyais pourtant que tu étais prêt à le faire ?

— S’ils parviennent à guérir les filles, oui. Mais pour le moment, ils n’ont rien prouvé.

— Exactement, confirme Angie.

J’écarquille les yeux de surprise. Les deux garçons se regardent d’un drôle d’œil, embarrassés de tomber d’accord sur le même sujet. Je crois que ce n’est jamais arrivé.

— Les filles ne vont pas se remettre tout de suite, on n’a pas le temps d’attendre ! La Démone ne va pas patienter sagement qu’on soit prêt à donner une chance aux métamorphes pour pouvoir nous attaquer !

— Je suis d’accord avec Evalina, déclare Maximilien. Plus tôt nous trouverons une entente avec les métamorphes, mieux ce sera.

— C’est se jeter dans la gueule du loup, conteste Angie.

— Les métamorphes ont fait le premier pas vers nous, et je ne pense pas que ce soit une offre qu’ils réitèreront. Considérons-la sérieusement.

Maximilien hoche la tête afin d’approuver mes dires. Sean, Bastian et Cassie restent silencieux. Je hausse un sourcil dans leur direction, leur faisant comprendre que l’avis de tous est requis.

— Je suis d’accord, dit Cassie. Il vaut mieux les avoir dans notre camp.

À ma grande surprise, l’Optimiste se range de mon côté. Et Bastian à l’air d’agréer également.

— C’est dans l’intérêt de Kierân de nous aider. Tout ce qu’il veut, c’est que les siens soient enfin acceptés à Réturis. S’ils nous aident à vaincre la Démone, imaginez un peu ce que les monels ressentiront à leur égard ! déclare le Séducteur.

— Tu oublies que la Démone avait des arguments tout aussi valables, fait remarquer Angie à l’égard de Bastian. Et pourtant, elle a trouvé le moyen de nous duper. Kierân vise peut-être autre chose que l’amélioration de son image.

— Mais Kierân n’est pas la Démone.

Le Leader ancre un regard empli de colère dans le mien. Angie pense sans doute que je défends le chef des métamorphes, mais tout ce que je veux, c’est qu’il comprenne l’importance de la décision qu’il s’apprête à rejeter.

— Il est habité par une soif de pouvoir sans nom, il torture, et il tue. Dis-moi où tu vois une différence, Evalina.

— J’ai déjà pris plaisir dans la souffrance d’autrui, avoué-je. J’ai déjà perdu plusieurs fois le contrôle. Est-ce pour autant que tu me compares à la Démone ?

— Tu ne peux pas te comparer à la Démone, grimace-t-il. Tu n’as rien à voir avec elle.

— Tout comme Kierân ! Si tu veux vraiment le comprendre et découvrir pourquoi il s’évertue à nous venir en aide, accepter son alliance serait la meilleure des solutions. Au moindre doute, on arrête tout !

— C’est la meilleure solution, appuie Maximilien. On serait fou de décliner une offre pareille, Angie.

— Au contraire, il serait prudent de la refuser ! conteste Edden.

Pour qu’il soit du même avis que le Leader, c’est qu’il y a quelque chose qui ne doit vraiment pas passer. Peut-être son chemin a-t-il déjà croisé celui des métamorphes par le passé, d’une façon non réjouissante ?

— Il ne faut pas confondre prudence et idiotie.

J’écarquille les yeux devant le ton sec de Maximilien.

— Les métamorphes sont réputés pour se ranger du côté qui leur convient, continue-t-il, si nous ne formons pas d’alliance avec eux, c’est sûrement la Démone qui en profitera. Et là, on peut être sûr de n’avoir aucune chance. Sans pouvoirs et en nette infériorité, c’est perdu d’avance !

Angie ricane et tourne la tête pour fusiller le chef des métamorphes du regard.

— En d’autres mots, Kierân ne nous laisse pas le choix.

Le Leader n’a pas tort. Mais nous ne pouvons plus prendre de risques. Trop de dégâts et de pertes sont déjà à déplorer.

— C’est d’accord, déclaré-je d’une voix forte.

— Quoi ? s’écrient le Leader et le Fidèle.

Le visage de Kierân rayonne.

— Parfait. Je me doutais que tu ferais le bon ch…

— Il n’y a pas d’accord qui tienne, Evalina ! s’énerve Angie. Nous n’avons pas encore pris notre décision !

— Bien, c’est quand vous voudrez, soupire Kierân.

— Je commence à avoir une crampe, déclare soudainement Matt, prosterné aux pieds de son frère.

Parmi toute cette marée de métamorphes agenouillés, je ne l’avais pas reconnu. Le chef lui lance un regard de remontrance, mais Matt n’en a que faire. Il lève les bras au ciel pour s’étirer, puis se remet sur ses jambes. Kierân lui intime l’ordre de retrouver sa position initiale, mais il lui lance un sourire arrogant en guise de réponse.

— Tu trouves ça drôle, Matthias ?

Celui-ci hausse les épaules.

— J’ai accepté de me prosterner uniquement pour la forme, pour te faire plaisir. Mais là, ça commence à faire long.

— Tu te donnes en spectacle.

— Et alors ? C’est un crime ?

Quelques métamorphes ont relevé la tête afin d’observer l’échange entre les deux frères.

— Nous sommes en pleine assemblée. Garde ça pour plus tard.

Matt croise les bras sur son torse puis se tourne vers le clan, déclarant :

— Vous êtes tous ridicules !

Kierân attrape brusquement son poignet et le tire vers lui. Il dépasse Matt d’une bonne tête, mais ce dernier ne se laisse pas le moins du monde intimider.

— Si c’est pour te dresser contre moi, tu ferais mieux de partir, déclare le chef entre ses dents.

Matt semble chercher quelque chose dans le regard de Kierân, mais celui-ci reste impassible. Avec un comportement pareil, difficile de croire que le cadet ne cherche qu’à attirer l’attention de son frère.

— Va-t’en, Matthias.

— À tes ordres, Ô maître ! s’exclame-t-il ironiquement, en se dégageant brutalement de la poigne de son frère.

Il effectue une courte révérence, se fraye un chemin, et quitte la salle sans se retourner. Quelques discussions commencent à éclater ici et là. Kierân ne prend même pas la peine de les faire taire. Il fixe la sortie par laquelle son frère s’est échappé. Ses poings sont serrés. Les Surnaturels reprennent le débat, mais je ne les écoute pas. Toute mon attention est focalisée sur le chef des métamorphes. J’atténue dans ma tête le brouhaha. C’est comme s’il n’y avait plus que lui et moi dans la même pièce. Ses sentiments sont si puissants que je parviens à les sentir. De la culpabilité.

— Evalina ?

Je cligne des yeux et reporte mon attention sur les Surnaturels. Ils semblent attendre quelque chose de moi. Une réponse, peut-être.

— Evalina a déjà fait son choix, déclare Bastian. Il y a cinq pour et deux contres. Que tu le veuilles ou non, Angie, tu dois respecter le vote, même s’il ne t’est pas favorable.

— Techniquement, je n’ai pas encore voté, annonce la voix brisée de Sean.

— Quand bien même tu voterais contre, ce ne sera pas la majorité, articule Maximilien. On sait tous que là où vont tes sœurs, tu les suis.

Sean réfléchit quelques secondes, puis hoche la tête pour donner son accord.

— C’est ridicule, ricane Angie. Et toi, Bastian ? Tu vas vouloir faire alliance avec ta sœur, June ?

Les yeux verts de ce dernier s’assombrissent. Il baisse la tête et murmure :

— Ça ne me plaît pas plus qu’à toi. La dernière chose dont j’ai envie, c’est de faire équipe avec eux et d’avoir à croiser June tous les jours. Mais si nous voulons remporter ce combat, alors oui, je suis prêt à faire alliance avec elle.

Le courage du Séducteur ne cessera jamais de m’étonner. Il est toujours prêt à dépasser ses peurs pour sauver des vies. Malgré ce que j’ai pu penser de lui au début, j’ai appris au fil du temps à le découvrir sous d’autres facettes. Et je dois reconnaître que le Majestueux ne s’est pas trompé en le choisissant. C’est quelqu’un de responsable. Cassie lui prend la main et entremêle ses doigts aux siens, probablement pour lui montrer tout son soutien. Le regard qu’ils partagent ensuite n’échappe à personne. Angie décroise les bras et les pointe du doigt tour à tour.

— J’ai manqué un truc ?

Cassie ouvre grand les yeux et tente de s’écarter immédiatement du Séducteur, mais ce dernier lui tient fermement la main.

— Ça fait longtemps que tu le manques, oui.

— Bastian ! s’écrie Cassie.

— Combien de temps ? le questionne Angie.

Maximilien, Sean et Edden sont tout ouïe. Et pour une fois, ce n’est pas moi l’ignorante de la situation, mais bien eux tous.

— Quatre mois avant l’arrivée d’Evalina au Majestueux.

— Bastian ! s’écrie une fois de plus Cassie, lui donnant un léger coup de pied dans la cheville.

— Ça fait plus d’un an que vous êtes ensemble ? Tu m’avais dit seulement quelques mois ! s’insurge Sean.

Visiblement, l’Optimiste avait fini par en parler à son frère. La rouquine fusille du regard le Séducteur, qui proteste qu’il ne pouvait plus garder ça pour lui.

— OK, c’est bien beau tout ça, mais ce n’est pas le moment ! déclare Maximilien en haussant la voix. Vous pourrez discuter de ça plus tard ! Pour l’instant, on doit donner notre réponse à Kierân.

Il a raison. Nous sommes en train de nous éparpiller, tout comme les métamorphes. C’est la cohue ici. Je me fraye un chemin parmi la foule et comble la distance qui me sépare de Kierân, déterminée. J’entends la voix d’Angie qui me somme de revenir, mais je l’ignore. Nous avons fait un vote, il doit le respecter. Je me plante devant Kierân, qui me tend la main. Il ne se départit pas de son sourire. J’avance alors la mienne. Mon cœur palpite étrangement vite. Je sais ce pour quoi je pactise. Ce n’est pas seulement l’alliance, c’est aussi un renouveau dans l’histoire de Réturis. Surnaturels et métamorphes œuvrant ensemble pour sauver le royaume. Du jamais vu. Et je compte bien en profiter pour lever le voile sur les secrets de Kierân afin de découvrir ce qu’il me veut. Suis-je seulement une arme à ses yeux ? Le futur me le dira. D’un geste vif, je joins ma main à la sienne et déclare :

— Nous acceptons ta proposition. Mais si jamais tu essaies de nous la faire à l’envers, sache que nous mettrons immédiatement fin à cette alliance.

Kierân hoche la tête silencieusement. Il se recule afin d’effectuer un semblant de révérence, puis pose des lèvres douces sur le dos de ma main.

— Vos désirs sont des ordres, chère Gémone.

Ses manières me déstabilisent.

— Tu as bien récupéré ? le questionné-je subitement, dans l’espoir de le déstabiliser à mon tour.

— Tu t’inquiètes pour moi ? ricane-t-il. Je guéris vite. Même si je ne m’attendais pas à une telle démonstration de pouvoir.

Je déglutis.

— Toi non plus, n’est-ce pas ?

— Je savais parfaitement ce que je faisais.

Kierân se rapproche de moi. Je retiens mon souffle. Il est beaucoup trop près. Son visage glisse jusqu’à mon oreille.

— Ce n’est pas bien de mentir, trésor.

Un frisson me parcourt la colonne vertébrale. J’ai beau tenter de faire bonne figure face à lui, mes tentatives échouent à chaque fois. Il parvient à percer mes défenses avec une facilité déconcertante. Il lit beaucoup trop bien en moi. Une poigne ferme s’enroule brusquement autour de mon bras. Pas besoin de me retourner pour savoir de qui il s’agit.

— Tu sais qu’en tant que Leader, j’ai mon mot à dire dans cette histoire ? articule-t-il sèchement.

— Tu as déjà donné ta voix, et elle n’était pas suffisante pour faire pencher la balance.

— Ce n’est pas une raison pour que tu ailles lui serrer la main sans mon accord.

J’ouvre la bouche pour répliquer, mais Kierân me coupe la parole :

— Je n’aurais pas accepté une autre main que la sienne.

Le Leader me lâche le bras et se tourne vers le chef. Les particules de haine qui émanent de son corps sont très fortes. Et, étonnamment, Kierân partage ce même ressentiment. Jusqu’ici, il était pourtant parvenu à garder son calme. Désormais, ils se regardent tous deux en chien de faïence.

— Je ne t’ai pas demandé ton avis.

— C’est bien ça, le problème. Tu ne te préoccupes pas des autres. Tu es affreusement égoïste, crache-t-il.

— Tu veux qu’on parle de toi ?

— Si tu insistes, sourit Kierân.

Le Leader se rapproche du chef des métamorphes d’un air menaçant.

— Ce n’est pas parce qu’on vient d’accepter de faire alliance avec vous qu’il faut que tu ailles fourrer ton nez là où tu ne dois pas.

Kierân tapote son menton de son index et fait mine de réfléchir.

— Hum, désolé, je ne vois pas de quoi tu parles.

— Ce qui est à moi, tu n’y touches pas. Est-ce que c’est plus clair ?

J’ouvre des yeux ronds comme des soucoupes en direction du Leader.

— Le sens du partage, ça te dit quelque chose ?

Angie fait un pas en avant. Kierân l’imite.

— Je ne suis pas très généreux.

— Encore un défaut à rajouter à la longue liste, ricane-t-il.

Je m’apprête à prendre la main du Leader pour le calmer, lorsqu’une lumière aveuglante surgit au fond de la salle. Les métamorphes reculent et se protègent les yeux de cette vive clarté blanche, tandis que Kierân s’avance vers elle, les traits de son visage crispés par la colère. Il semble savoir de quoi il s’agit. Lorsque la luminosité laisse place à une silhouette féminine, je n’en crois pas mes yeux. La dernière fois que je l’ai vue, elle était inconsciente à l’infirmerie. Matt a dû lui sauver la vie. Elle a recouvré son teint habituel. Blanc, parsemé de craquelures. Ses cheveux sont rassemblés en une longue tresse blanche bien serrée, qui traîne un peu par terre, mais ses habits diffèrent. Bien qu’ils soient toujours aussi immaculés, l’Immortelle porte un débardeur rentré dans un pantalon de cuir, et de grandes bottes. Une cape, juste assez longue pour frôler le sol, vient parfaire sa tenue. Le tissu recouvre ses épaules, mais pas ses bras. C’est la première fois que je la vois ainsi. L’objet qu’elle tient dans sa main gauche frappe alors le sol. Je crois qu’il s’agit d’un sceptre. Le bâton est gris et l’ornement à l’extrémité arbore la même couleur que ses vêtements. Elle chasse l’obscurité de la grotte et force les métamorphes à baisser les yeux. Tous, sauf un.

— Ombelline, articule-t-il entre ses dents.

— Kierân, le salue-t-elle d’un hochement de tête.

Il avance. La foule s’écarte à son passage.

— Il est impossible de se téléporter dans un endroit sans s’y être déjà rendu auparavant.

Ombelline s’approche elle aussi de quelques pas, faisant claquer ses talons au sol.

— Tu crois que cette grotte a ton âge ? Détrompe-toi. Elle est bien plus vieille que toi, nombre de personnes y sont déjà venues avant ta naissance.

— Cela ne te donne pas pour autant le droit de débarquer ici comme bon te semble.

— Au contraire, mes protégés sont là. J’ai donc tous les droits.

Tous deux sont maintenant à une distance respectable l’un de l’autre.

— Tes protégés viennent de conclure une alliance avec mon clan. Je respecte toujours ma parole, tu peux donc repartir l’esprit serein.

Je me crispe de la tête aux pieds. Le regard d’Ombelline vire jusqu’à Angie puis glisse sur moi. Elle ne laisse rien transparaître. Sa main droite vient attraper sa tresse pour la faire passer devant elle. L’Immortelle est plus grande que Kierân, mais le chef des métamorphes n’a que faire de sa position. Il croise les bras sur son torse. Il lui fait face sans transpirer la moindre crainte. Luminosité et obscurité se rencontrent mais ne s’entremêlent pas. Elles gardent leurs distances.

— J’ai besoin de m’entretenir avec la Gémone.

Mon cœur s’accélère soudainement. Kierân tourne brièvement la tête pour me jeter un regard, puis reporte son attention sur Ombelline.

— À quel sujet ?

— Rien qui te concerne.

J’ai la bouche sèche. Ombelline n’a encore rien dit concernant l’alliance. Je n’ai aucun moyen de savoir ce qu’elle en pense. De plus, je me sens toujours coupable à son égard.

— Nous étions en pleine discussion. Repasse plus tard, articule Kierân.

— Ne sois pas ridicule. Je peux me téléporter jusqu’à elle et l’emmener loin de toi en un claquement de doigts. Je ne suis venue te demander la permission que pour t’offrir un semblant de reconnaissance envers ton clan, sourit faussement l’Immortelle. Mais si tu tiens tant que ça à être ridiculisé, je peux tout simplement utiliser mes pouvoirs ?

Bien qu’Ombelline me fasse peur, je ne peux pas m’empêcher de respecter sa répartie, un léger sourire aux lèvres. Elle est parvenue à laisser le chef des métamorphes sans voix. Mieux encore, celui-ci se décale sur le côté pour lui permettre de me rejoindre. Les métamorphes reculent, certains se protégeant encore les yeux. Je tourne la tête vers Angie, qui vient m’effleurer le dos d’une main rassurante. Lorsque l’Immortelle arrive à ma hauteur, elle articule :

— Suis-moi.

Elle me tend sa main. Je la fixe sans oser faire le moindre geste.

— Hors de question que tu la téléportes sans qu’on sache où, déclare Angie d’une voix sèche.

— Quand comprendras-tu que je ne représente pas la moindre menace ?

— Quand tu cesseras d’avoir des secrets pour nous.

— Tu n’es pas le mieux placé pour dire ça, Angie.

Je fronce les sourcils.

— Tu sais tout de nous et nous ne savons rien sur toi. Tu trouves ça juste ? demande-t-il, passant devant moi pour lui faire face.

— Je n’ai pas choisi de connaître vos vies dans leur moindre détail. C’est le rituel qui le veut, se défend-elle. Maintenant, pousse-toi.

— Peut-être que si tu jouais cartes sur table, je t’accorderais un peu de confiance.

— Tu n’es pas le premier à douter de moi, Angie, et tu ne seras certainement pas le dernier. Aucun n’est parvenu à me soutirer une information, cela ne vous concerne pas. Ne crois pas être différent.

Le ton de l’Immortelle est sans appel. Je prends mon courage à deux mains et avance. Elle attrape mon bras et la pièce disparaît sous mes yeux. L’espace d’une seconde, tout est noir. Puis des murs sombres et humides se dressent tout autour de moi. Aucun objet ne vient meubler la pièce. Je lève un regard vers Ombelline. Ses yeux gris-blanc sont occupés à détailler la salle dans ses moindres recoins, bien qu’elle soit entièrement vide. Je pivote sur moi-même.

— Où sommes-nous ?

— Dans la même grotte.

— Je n’ai pas encore eu l’occasion de découvrir cette pièce.

— Tu ne risquais pas de la trouver, il n’y a plus d’accès. Tu vois une porte, quelque part ?

Cette pièce est sans issue. Seulement accessible par une personne l’ayant déjà vue et étant capable de se téléporter.

— Vous avez vécu dans cette grotte ? la questionné-je.

Je me mords aussitôt la lèvre. La curiosité est un vilain défaut.

— Je n’ai pas vécu ici. J’y ai séjourné quelque temps, me corrige-t-elle. Kierân n’a aucune connaissance de cette pièce.

— Vous y avez séjourné il y a plusieurs siècles, c’est ça ?

La poigne de l’Immortelle se resserre sur son sceptre.

— Tes camarades me tutoient, tu peux en faire de même. Je n’aime pas lorsque l’on me rappelle mon âge.

Elle a consciemment évité ma question. L’envie d’insister me titille le bout de la langue, mais je ne suis pas téméraire au point de réitérer ce que j’ai fait la dernière fois.

— Je voulais… euh… m’excuser. Pour la dernière fois. Je n’aurais pas dû vous…

— Je t’ai dit que tu pouvais me tutoyer. Tes camarades ont eu du mal aussi avec ça. À croire que mon apparence physique reflète mon âge.

J’ai plutôt envie de lui dire que c’est son haut rang qui m’insuffle le réflexe de la vouvoyer, mais je m’abstiens.

— Je n’aurais pas dû te parler comme je l’ai fait, articulé-je difficilement.

— Non, en effet. Tu n’aurais pas dû.

Je manque avaler ma salive de travers. Ses yeux sévères sont rivés aux miens. J’ignore ce qui lui passe actuellement par la tête, mais je suis prête à parier que ça ne doit pas être très joli vis-à-vis de moi. Je me sens terriblement mal à l’aise.

— Je ne suis pas venue ici pour accroître ta culpabilité, Evalina. Je suis venue pour te rendre ceci, continue-t-elle, faisant apparaître dans un petit brouillard blanc… le journal d’Eléana.

Je le fixe sans oser faire le moindre geste.

— Il était dans ta chambre. Il traînait dans un coin, ajoute-t-elle, non sans me faire comprendre au ton de sa voix ce qu’elle en pense.

J’ai conscience que balancer une si précieuse relique n’était pas très intelligent. Mais Eléana m’avait poussé à bout. Elle a tout effacé. Absolument tout. Mais comment expliquer ça à Ombelline ? Comment lui dire que la Démone originelle m’empêche de le lire ? Que je suis en contact avec elle ?

— Merci, me contenté-je d’articuler, attrapant le journal d’une main peu assurée.

Mais l’Immortelle le retient entre ses doigts.

— Quelle que soit la raison pour laquelle tu ne veux pas ou ne peux pas le lire, combats-la, murmure-t-elle.

Elle lâche enfin le carnet. Je le fourre dans ma poche et camoufle le bout qui dépasse à l’aide de mon débardeur. L’Immortelle se retourne pour observer le mur. Sa main gauche vient effleurer la terre.

— C’était ici ?

Ombelline retire brusquement sa main.

— La porte, précisé-je.

— Oui, me répond-elle, ses yeux clos.

Elle pivote sur elle-même et indique d’un geste de la main l’espace en face de nous, les paupières toujours fermées.

— Les tatamis se trouvaient là. Quant au bureau, il me semble qu’il trônait à gauche. Toujours rempli de feuilles gribouillées, rigole-t-elle faiblement.

Je fronce les sourcils. Ombelline rouvre brusquement les yeux. Ils sont un peu plus gris que d’ordinaire. Elle relève le menton et se racle la gorge. Où que ses souvenirs l’aient amenée, elle vient à l’instant de revenir à la réalité.

— C’était une salle de combat ? me risqué-je à demander.

— Entre autres. C’était il y a très, très longtemps, Evalina. Mes souvenirs sont flous. Ils ne valent pas la peine que tu t’en préoccupes.

Je suis persuadée du contraire, mais je préfère ne rien dire. Malgré son air sévère, Ombelline est curieusement plus sympathique que d’habitude. Je ne tiens pas à gâcher ce rare comportement.

— Tu diras aux autres que j’adhère à cette alliance, déclare-t-elle brusquement.

— Vous… tu… es d’accord avec ce pacte ?

— Ne sois pas si surprise.

Elle se rapproche doucement et attrape mes mains.

— J’ai une dette envers les métamorphes. Matt m’a sauvé la vie, et bien qu’il ait menti, je peux en comprendre les raisons. Je ne suis pas stupide au point de refuser une telle alliance.

Je ne pensais pas Ombelline capable de faire preuve d’autant de bon sens.

— Angie n’est pas de cet avis ? devine-t-elle, un léger sourire se dessinant sur son visage.

— Il ne voit pas cette alliance d’un très bon œil, avoué-je. Je ne sais pas comment lui faire comprendre qu’elle est nécessaire.

Ombelline pousse un profond soupir.

— N’essaie pas. Qu’il le veuille ou non, l’accord est fait. Il changera d’avis lorsqu’il se rendra compte de l’efficacité de votre coalition. Angie est une personne qui a besoin d’actes concrets. Tant qu’il n’aura pas de preuves sous les yeux, il continuera à se montrer récalcitrant.

L’Immortelle a parfaitement cerné le Leader. C’est comme avec June. Il a commencé à douter de mes sentiments à son égard, mais dès que je me suis laissée emporter par la jalousie, cela l’a rassuré. Parce que mes actes ont appuyé mes mots.

— Tu ne vas pas rester ?

— Non, mais je serai là lorsque vous aurez le plus besoin de moi.

Je m’apprête à lui demander des précisions, mais la pièce disparaît sous mes yeux. La seconde qui suit, je suis de retour dans la salle bondée de monde. Et sans Ombelline. Elle s’est volatilisée. J’entends la voix de Kierân qui tente de passer outre le brouhaha, seulement je n’ai pas l’occasion de lui prêter plus d’attention. Un métamorphe me percute de plein fouet. Lorsque celui-ci se retourne, je reste figée sur place.

— Tiens tiens, ma belle… Ça fait un bout de temps qu’on ne s’est pas vus, toi et moi.

Je croise son regard noir. Il suit Kierân partout, ma parole !

— Je suis un élément essentiel à son clan, sourit-il.

Il a lu dans mes pensées. J’essaie de reculer tant bien que mal, mais ce n’est pas chose facile parmi toute cette foule.

— Tu ne vas pas déjà me quitter ?

Je suis tentée d’utiliser mes pouvoirs, seulement avec le monde présent dans cette salle, j’ai peur de ne pas pouvoir me concentrer uniquement sur Tarek.

— Oh, ne te gêne pas pour moi. Je suis sûr que tu meurs d’envie de me plaquer contre un mur.

Un frisson glacé me parcourt le dos. L’atmosphère devient de plus en plus chargée. Il me suffirait d’un petit claquement de doigts pour m’en emparer, mais le risque est trop grand.

— Ne sois pas aussi réticente, ma belle. Tu me fends le cœur. Ça fait si longtemps que Kierân te réserve pour lui tout seul. Impossible de t’approcher… jusqu’à aujourd’hui.

Je tente de me concentrer sur les paroles du chef des métamorphes afin que Tarek se lasse et ne trouve plus rien d’intéressant dans mon esprit, mais les mots de Kierân sont atrocement ironiques.

— Personne, et je dis bien, personne, ne cherchera d’ennuis à qui que ce soit ! Que cela en déplaise à certains, nous faisons maintenant équipe. Par conséquent, je ne tolérerai aucun débordement. Quiconque transgressera cette règle se verra banni de cette alliance !

Je hausse un sourcil en direction de Tarek. Ce dernier hausse les épaules.

— Cette règle ne s’applique pas à moi.

Je serre les poings de colère. Si le chef des métamorphes était un tant soit peu enclin à maintenir la paix dans cette alliance, il n’aurait pas invité Tarek. Ni June. Ces deux-là ont des passe-droits qui me sidèrent.

— June est une métamorphe irréprochable, je ne vois pas ce que tu as contre elle, murmure-t-il, effleurant ma joue du bout des doigts.

Je le repousse violemment. Le sourire de Tarek s’élargit, avant de disparaître aussi vite lorsqu’une main lui tapote l’épaule.

— Tu viens de lire dans ses pensées ? articule Angie, d’une voix qui laisse nettement transparaître sa colère.

— Oh, tu me demandes si je viens d’exercer sur elle ce que tu es désormais incapable de faire ?

— Exactement, sourit faussement Angie.

— Eh bien oui, c’est précisément ce que je viens de faire.

Mauvaise réponse. Dans la seconde qui suit, Angie assène un violent coup de poing au métamorphe.

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RemerciementsNous voici arrivés au milieu de l’aventure. Déjà trois tomes qui ont eu la chance de voir le jour… et j’ai toujours autant de mal à réaliser ! Je suis incroyablement contente d’en être arrivée là. Ça n’aurait jamais été possible sans les deux meilleurs éditeurs au monde (je suis très objective). Guillaume et Ophélie, merci tellement de me permettre de vivre tout ça. Je ne le dirai jamais assez, mais je suis vraiment admirative de tout le travail que vous fournissez au quotidien, de votre patience avec les pavés que sont les tomes de Surnaturels avant les corrections, de votre efficacité, de votre minutie, de votre gentillesse, de votre considération, de votre énergie, de votre talent… et j’allais conclure en parlant de l’humour, mais je crois que pour l’un des deux, ça ne s’applique pas… (Je suis en train de culpabiliser d’avoir dit ça dans mes remerciements.) Vous méritez tellement d’aller loin. Cette maison d’édition inceptionnelle est une véritable pépite.Et

michael de13   Chapitre 25Sentiments apocalyptiques

Chapitre 25Sentiments apocalyptiquesJe ne sais pas comment j’ai fait, mais je suis debout. Je fonce dans le couloir à la recherche de la chambre de Kierân. Je sais qu’elle n’est pas loin de celle de Raphaël. Ma panique s’est transformée en rage monstre. Je ne veux plus qu’une seule chose. Le trouver, lui. J’ai envie de crier. D’exploser. De pleurer. Le monde ne tourne plus rond. Il a décidé de se foutre de moi et de basculer à l’envers. Je suis incapable de comprendre ce que j’ai entre les mains. J’ai voulu partir. Prendre la fuite et ne plus jamais remettre les pieds ici. Seulement, j’ai besoin de connaître la vérité. J’ai besoin de le confronter.Je passe devant les douches et bifurque dans le couloir à droite. La colère embrouille si fort mes sens que je manque de percuter Lacnas. Ce dernier m’adresse une phrase que j’entends à peine, continuant mon chemin. Seulement, il me rattrape. Je le repousse brutalement. Trop brutalement. Son dos vient percuter le mur et il tombe lourde

michael de13   Chapitre 24Effrayante vérité

Chapitre 24Effrayante véritéDe justesse, j’évite son poing et lui assène un coup dans le ventre. Il recule, prêt à intercepter mon bras, mais j’arrête mon geste et lui flanque un coup de pied dans les genoux. Il s’écroule à terre. Ni une ni deux, je me jette sur lui pour le maintenir fermement au sol. Mais avant que je ne puisse l’écraser de tout mon poids, il me donne un violent coup dans la poitrine et je lâche prise. Il en profite pour inverser les rôles. Il me plaque à terre, mais en usant de ma force de Gémone, je parviens à le faire basculer. Il tente de me frapper à coups de tête, mais je place mes mains autour de sa gorge pour l’en dissuader. Et je serre. Ses yeux noirs s’écarquillent. Il agrippe mes bras et tente de s’extirper de la situation. En vain. Il grogne et finit par me lâcher pour venir taper deux coups au sol. Je stoppe immédiatement mon attaque et me relève. Le premier regard que je vois, c’est celui d’Angie. Des yeux fiers. Puis un applaudissement retentit.—

michael de13   Chapitre 23Détruite

Chapitre 23Détruite— Tu avais promis que tu veillerais sur elle !— Je n’y ai pas failli !— Tu plaisantes ? !Ses yeux noirs sont furieux. Je fixe Angie, mais celui-ci secoue la tête, ne comprenant pas plus que moi ce qu’il se passe. Kierân nous observe et se mord la lèvre, embarrassé par toutes ces paires d’yeux scrutant sa discussion houleuse avec June. Presque tous sont là, devant les douches. Il ne manque que Matt et Tarek.— Elle est saine et sauve, ton hystérie n’a pas lieu d’être.— Je ne sais pas ce qui me retient de t’éclater la gueule contre un mur ! hurle-t-elle, agrippant brusquement l’imperméable de Kierân.Raphaël se précipite pour la repousser. Le regard de June est fou. Fou de rage et de haine. Lacnas se plante devant nous, écarte les bras et nous ordonne d’aller voir ailleurs, mais aucun des Surnaturels ne veut louper une miette de ce qui se joue en face d’eux. Moi la première.— Ça fait deux fois, Kie

michael de13   Chapitre 22Porte secrète

Chapitre 22Porte secrèteD’un crachat, Tarek expulse le sang de sa bouche et renvoie le coup au Leader, mais ce dernier l’intercepte. Il saisit le bras du métamorphe, et en deux temps trois mouvements, il parvient à le renverser au sol d’une technique impressionnante.— Zéphyr n’est plus là pour m’empêcher de te tuer, lui murmure le Leader à l’oreille.Tarek tente de se défaire de son emprise, mais Angie le maintient fermement au sol, un genou contre son dos, le bras dans une posture qui se veut douloureuse.— Et j’ai vraiment très envie de le faire.Des éclats de voix et des grognements explosent tout autour de nous. Les métamorphes avancent d’une démarche menaçante vers Angie, prêts à défendre l’un des leurs. Le Leader relève Tarek et le pousse brutalement contre le mur, pointant une dague sous sa gorge. Les grognements du clan s’amplifient. Kierân lève la tête.— Anne ! crie-t-il d’une voix empreinte de colère.Anne ? Je fronce les sourcils et écar

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Her movements aggravated her wound and hurt her so much that she almost blacked out.
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