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Chapitre 19Choix décisif

Author: Swan, EJ
"publish date: " 2024-10-24 15:58:07

Chapitre 19

Choix décisif

Cela fait plusieurs heures que je fixe le vide, incapable de me relever. La couleur du sol est complémentaire à celle de mon esprit. Noire, telles les ténèbres qui se sont emparées de moi. Elles m’ont tenté. Elles m’ont goûté. Désormais, elles refusent de me lâcher. Je suis prisonnier de cette spirale infernale. Le bien contre le mal. Suis-je le bien ? Suis-je le mal ? Je ne sais plus. Je ne vois plus que du gris. Des nuances de gris, qui entachent mon âme et la transforment en une matière faite de pure violence et d’horreur. Ça ne me ressemble pas. Mais peut-être que si. Elle m’a eu sous la torture, et je n’ai pas su résister. Je me suis laissé emporter par cette envie de me venger. Cette envie qui me guette depuis des années. Que je ne cessais d’éloigner. Peut-être qu’on ne peut pas repousser indéfiniment ce que l’on est.

J’observe mes mains, tachées du sang de nos ennemis. J’en ai partout. J’ignore à quoi je ressemble. Je n’ai pas envie de le savoir. Je voudrais juste que quelqu’un mette fin à ce cauchemar que je suis en train de vivre. Je ne veux pas la tuer. Malgré toutes les atrocités qu’elle a commises, je ne peux pas m’y résoudre. Je n’en ai pas le courage. Et quand bien même je le voudrais, notre lien m’en empêcherait. Je suis dans une impasse. Et je suis seul. Comme je l’ai toujours été. Personne ne viendra me sauver, pas après ce que j’ai fait. J’ai contribué à leur mort. Je ne le voulais pas, mais au moment où j’ai accepté la fusion, je me suis rendu coupable de ce qui adviendrait. J’enfouis mon visage entre mes mains.

— Isaac, murmure-t-elle.

Elle est affreusement proche de moi. Elle est inquiète. Je refuse de relever la tête. J’ai trop peur de me faire happer par sa détresse alors que je devrais lui en vouloir. De toutes mes forces.

— C’était un accident.

Elle n’a pas le droit de dire ça. J’étais dans sa tête lorsque c’est arrivé. Littéralement. J’ai pu entendre ses pensées comme si elles étaient miennes. Elle voulait leur faire mal.

— Je voulais juste qu’ils s’en aillent. Crois-moi.

Comment peut-elle me mentir si ouvertement ? La puissance de notre pouvoir les a fait souffrir de la pire façon qui soit. Aucune des deux Surnaturelles n’a de Deuxième Souffle. Et sans l’intervention d’Evalina, les pertes auraient été encore plus lourdes. Je me dégoûte.

— Isaac, parle-moi.

Elle s’accroupit et pose des mains hésitantes sur mes genoux. Je n’ai même pas la force de la repousser. Je n’ai plus la force de rien.

— Ne me déteste pas.

La détester… qu’est-ce que j’aimerais. De tout mon cœur. Mais je n’y arrive pas. Peut-être parce que je sais qu’elle n’est qu’incomprise aux yeux des autres ? Seulement perdue dans sa quête de vengeance et de pouvoir ? Qu’elle peut encore être sauvée ? Je dois certainement délirer. Mon esprit ne tourne plus rond.

— Si tu refuses de m’adresser la parole, je trouverai un moyen de te faire parler moi-même, et crois-moi, ce ne sera pas très plaisant.

— Ce serait à l’image de ce que je représente à tes yeux, murmuré-je. Une simple marionnette que tu peux manipuler à ta guise.

Mélodie agrippe subitement mes poignets et me force à lui faire face. Son visage est parfait, aucune coupure ne vient taillader le grain de sa peau. Comme si la bataille n’avait jamais eu lieu.

— Ce n’est pas ainsi que je te vois.

Je soupire et retire brusquement mes bras de son toucher. Mélodie paraît blessée par mon geste. Elle s’assied à genoux sur le sol taché de sang et le contemple d’un air fasciné.

— Ce devait être uniquement les métamorphes, lui rappelé-je. J’ai accepté de t’aider, mais pour les repousser eux ! Pas les Surnaturels !

— Elle m’a mise hors de moi.

— Ne rejette pas la faute sur Evalina !

— Elle n’aurait pas dû me renvoyer l’attaque.

— Nous renvoyer l’attaque ! la rectifié-je.

— Elle m’a fait perdre le contrôle.

— Mais tu croyais quoi, Mélodie ? Tu t’attendais vraiment à ce qu’Evalina reste sans défense et accepte le sort réservé à ses amis ? Elle n’allait pas rester les bras croisés ! Bien sûr qu’elle s’est défendue !

Elle s’exprime calmement, pourtant, la rage de ma jumelle est si puissante qu’elle me frappe de plein fouet. Elle est submergée par la colère. Je pourrai lui retirer. Je dois m’en empêcher. Mélodie doit apprendre à se gérer toute seule.

— J’étais avec toi. Je t’ai hurlé de ne pas le faire, seulement tu ne m’as pas écouté.

— Je ne t’entendais plus. Tout ce que je voulais, c’était les blesser.

— En faisant choisir Evalina ?

Je rigole nerveusement et me lève d’un bond.

— En la faisant choisir, Mélodie ! Est-ce que tu as la moindre idée de ce que tu as fait ?

— Bien sûr que oui ! s’écrie-t-elle en se relevant. Mais sur le moment, je n’en avais rien à faire ! Je suis sûre que tu peux comprendre ça.

Son culot ne cessera jamais de m’étonner. Je suis peut-être la seule personne sur ce royaume à sincèrement la comprendre, mais il y a des limites à cette compréhension. Je ne fais que lui apporter le soutien dont elle a besoin, mais en retour, je ne vois aucun progrès. Bien au contraire. Son comportement empire de jour en jour. Et j’ai assez subi.

— Tu commets trop d’erreurs, Mélodie ! Tu pourrais apprendre d’elles afin de devenir quelqu’un de meilleur, mais tout ce que tu trouves à dire, c’est que tu n’en as pas fait exprès, que tu as perdu le contrôle ?

Je passe une main nerveuse dans mes cheveux. Mélodie cherche à répliquer, mais je ne lui en laisse pas le temps.

— Ne me prends pas pour un idiot ! Tu connais parfaitement les limites. Tu sais très bien ce que tu pourrais devenir, mais à chaque fois, tu fais sciemment le choix de prendre la mauvaise direction ! Tu n’apprends pas de tes erreurs, tu ne cesses de réitérer les horreurs que tu fais subir aux personnes de ce royaume ! Et ça, c’est bien la preuve que tu ne veux pas changer.

Mélodie secoue son visage, faisant bringuebaler ses grandes boucles d’oreilles en diamant noir.

— Tu te trompes.

— T’en es sûre ? Parce que je suis comme toi, Mélodie ! Et est-ce que tu me vois céder à mes pulsions aussi souvent que toi ?

Elle reste silencieuse.

— Je lutte, tous les jours, chaque heure, chaque minute de ma vie contre ce besoin de faire du mal à autrui ! J’ai cédé, c’est vrai, mais clairement pas autant que toi.

Mélodie baisse la tête.

— Tu n’as pas vécu ce que j’ai vécu.

Je n’ai pas vécu ce qu’elle a vécu ? Elle me sert vraiment cette excuse ? Je ne doute pas que son enfance ait été compliquée, mais comment peut-elle me dire ça ? A-t-elle la moindre idée de ce que j’ai enduré ? Est-elle seulement capable de se mettre à ma place ? Je l’ai toujours écoutée, et jamais elle ne m’a rendu la pareille.

— Tu n’es pas la seule à être née dans la peau d’un monstre et à vivre une vie de merde. D’accord, tu as été ballotée de foyers d’accueil en foyers d’accueil, mais moi non plus, Mélodie, je n’avais pas de famille ! J’ai vécu les sept premières années de ma vie ici, dans ce château qui ferait peur à n’importe quel gamin ! Ce n’est pas un environnement sain pour y élever un enfant, et pourtant, c’est là où ma vie a commencé. Toi, tu pouvais sortir. Tu pouvais découvrir le monde qui t’entourait. Mais moi, j’étais prisonnier de ces murs. J’ai été élevé par un trénone ! Et le jour où j’ai eu le malheur de lui désobéir, tout a dégénéré ! J’ai dû me débrouiller seul !

Je me rapproche. Mélodie recule.

— Tout ça aurait pu me rendre fou, mais je me suis accroché au peu d’espoir qu’il me restait et je n’ai pas cherché à me venger ! Partout où j’allais, on me renvoyait d’où je venais. Je n’avais ma place nulle part, jusqu’au jour où Angie m’a sauvé à la Marque. Il a été l’un des premiers à me considérer comme quelqu’un de normal. Lui et sa sœur m’ont aidé et m’ont aimé comme si je faisais partie des leurs. Mais il a fallu que tu découvres Réturis et que tu cèdes à ces maudites pulsions pour réduire à néant le peu de bonheur que j’avais réussi à trouver !

Mélodie continue à reculer, comme si elle voulait à tout prix s’extirper de cette culpabilité qui lui monte à la gorge. Mais elle n’a pas le droit de s’enfuir. Il faut qu’elle prenne conscience de ses actes.

— Tu m’as kidnappé et enfermé à l’Isolement pendant quatre années consécutives ! Tu m’as fait croire que tu avais décimé la seule famille pour laquelle j’avais eu de l’affection ! Je ne me suis jamais senti aussi seul de toute ma vie. Mais est-ce pour autant que j’ai accepté de devenir un monstre lorsque Evalina et les Surnaturels m’ont libéré ?

Mélodie secoue la tête doucement.

— Non. Je n’ai pas choisi d’emprunter cette voie. Je sais pourquoi tu as fait tout ça. Tu m’as gardé enfermé pour être sûre que je ne rencontrerais personne d’autre qu’Evalina. Tu as fait en sorte que je m’éprenne d’elle, tu as joué avec mes sentiments, et tout ça pour la réussite de ton plan !

— Ce n’est pas de ma faute si tu es tombé amoureux d’elle.

Mélodie se retrouve acculée au mur. Je frappe celui-ci de mes poings.

— Tu sais aussi bien que moi que le lien d’âme sœur ne fait pas tout. Regarde Evalina ! Elle est parvenue à passer outre et a trouvé quelqu’un de bien pour elle. Toi, tu as forcé mon destin ! Tu m’as même obligé à l’embrasser, alors que tout ce que je voulais, c’était m’éloigner d’elle !

— Je ne t’ai pas obligé, Isaac. Je t’ai laissé le choix.

— Le choix ? Tu m’as laissé le choix ? Tu m’as posé un ultimatum, Mélodie ! Soit je l’embrassais et tu épargnais Angie, soit je refusais et tu faisais de lui ce qu’il déteste le plus au monde !

— Tu as choisi de protéger Angie.

— Encore une fois, je n’appelle pas ça un choix !

— Mais j’ai tenu ma parole ! s’écrie-t-elle, les yeux virant au rouge luisant. Et tout à l’heure, j’aurais pu viser Evalina et la détruire avec la source d’énergie que nous tenions entre nos mains ! Mais je l’ai épargnée, parce que je savais qu’Angie se serait probablement sacrifié pour elle ! S’il se transforme un jour, ça ne relèvera pas de moi.

— Tu es parvenue à te contrôler envers Evalina pour tenir ta promesse, mais tu n’as pas su épargner les filles ?

Mélodie reste silencieuse. Elle a prétendu avoir perdu le contrôle, mais ce n’était qu’un mensonge. Elle savait très bien ce qu’elle faisait.

— Sérieusement, Mélodie ? Malgré tout ce que tu m’as fait subir, je ne t’ai pas tourné le dos et j’ai accepté de t’aider, mais tu continues à me mentir ! À me servir les mêmes excuses ! Tu sais quoi ? Ça ne marche plus ! craché-je. Tu crois que j’avais envie de naître Démon ? De me retrouver lié à toi, d’être un fardeau pour le royaume tout entier parce qu’on ne peut plus te blesser sans m’atteindre moi ? Tout ce que je veux, c’est sortir de ce cauchemar, qu’Angie et Evalina soient heureux ! Qu’ils vivent leur vie, sans se préoccuper de moi ! Mais à cause de ce foutu lien, ils sont en train de ruiner leur relation. Je me fiche de souffrir !

Une larme coule sur la joue de Mélodie. Ses lèvres tremblent. Éprouve-t-elle des remords ? De la culpabilité ? Je n’ai jamais parlé de mes problèmes à quelqu’un. Je les gardais toujours pour moi parce que je ne supportais pas l’idée de me plaindre. Mais si mes mots peuvent avoir un impact sur ma jumelle, alors je veux continuer sur cette lancée. Elle a besoin d’une personne qui lui ouvre les yeux. Elle a besoin de prendre conscience du mal qu’elle fait subir aux autres.

— Si j’ai accepté de souffrir, alors tu peux accepter la vérité. Cesse de fuir les atrocités que tu crées et regarde-les plutôt en face ! Tu ne peux pas continuer à jouer sur les deux tableaux.

Le silence qui s’ensuit est aussi frappant que la vulnérabilité de ma jumelle. Elle sait pertinemment que si elle ne fait pas d’effort, elle me perdra. Ce ne sont pas des paroles en l’air. Je n’accepterai plus de fusionner avec elle par simple vengeance envers les Surnaturels. Si je l’ai fait tout à l’heure, c’était pour lui faire gagner du temps. Pour qu’elle puisse se poser les bonnes questions et revenir sur sa décision. Mais elle a dépassé les limites.

— Je ne suis pas désolée, articule-t-elle d’un ton sans appel.

Ses yeux croisent les miens. Ils expriment un tel désir de vengeance que je ne saurais la dissuader. Elle a fait son choix.

— Mélodie…

— Cela m’a permis de me rapprocher de mon but. En revanche, je suis navrée que tu te sois retrouvé au milieu de tout ça. Que ce soit tombé sur toi.

Elle essuie les larmes sur ses joues et m’offre un sourire douloureux.

— Tout aurait été plus simple si tu n’étais pas affreusement gentil. Pourquoi a-t-il fallu que tu m’aides, malgré ce que je t’ai fait ? Tu as rendu les choses bien plus compliquées !

Je sais que je suis en train de la perdre. Que nos convictions diffèrent. J’aimerais tellement qu’elle puisse voir le monde tel que je le vois. Mais surtout, qu’elle puisse se voir telle que je la vois. Une âme égarée, qui a simplement besoin qu’on la remette sur le droit chemin.

— Parce que tu es ma famille, Mélodie.

— Tu es sans aucun doute celui qui en a le plus souffert dans l’histoire, murmure-t-elle, agrippant mon tee-shirt de ses mains. Mais tu joues un rôle tellement important que je ne peux pas faire autrement. Si tu ne coopères pas… je t’y forcerai.

— Je sais.

Elle a choisi son camp, j’ai choisi le mien. Je ferai tout pour que les Surnaturels la comprennent. Aucun d’entre eux n’a conscience des souvenirs qui hantent le cerveau de Mélodie. Tout ça me donne mal au crâne.

— Isaac, dis-moi que tu n’es pas en train de réfléchir à la façon dont tu pourrais rattraper ce que je suis devenue. Je ne suis pas un objet que tu peux réparer. J’ai fait mon choix, et tu dois le respecter.

— Et si je pense que ce choix te mènera à ta perte ? Tu sais très bien que je m’inquiète pour toi. Tu n’as pas le droit de te montrer aussi égoïste, grimacé-je.

Les murs de la pièce zigzaguent.

— Arrête d’être aussi gentil ! s’écrie-t-elle.

La salle s’ouvre en deux. Mon mal de crâne s’intensifie. Les formes et les couleurs disparaissent de mon champ de vision. La douleur se répercute dans chaque terminaison nerveuse. J’ai l’impression de tomber dans un gouffre et de quitter la réalité de ce monde pour en rejoindre un autre. Mon cou s’enflamme instantanément, mais pas de l’extérieur. La douleur est invisible à l’œil nu. Je suis complètement aveugle. Réduit à subir la souffrance et la solitude en silence. Je n’ai pas le droit de crier. Pourtant, j’entends une voix qui m’appelle. Mais ce n’est pas la mienne. Mélodie hurle mon nom à plusieurs reprises. Je suis incapable de la voir. Je suis plongé dans les ténèbres de ce lien perfide.

Mon cœur bat si fort qu’il assourdit les cris de ma jumelle. La douleur s’intensifie. Puis s’arrête. Je parviens à reprendre une brève inspiration, avant qu’elle ne reprenne de plus belle. Mais cette fois-ci, ce n’est pas comme avant. Je chute bien plus rapidement. La douleur est égale à leur passion. Et ce soir, ils n’ont pas choisi d’arrêter. La barrière que je représentais n’est plus leur priorité. Je crispe les mâchoires. Tout mon corps brûle de cette passion dévorante. Je commence à voir des images, des bribes de vision qui apparaissent puis qui se volatilisent. Fermer les yeux n’y change rien. Elles sont ancrées dans mon esprit. Elles tourmentent mon âme et la déchirent en deux.

Je secoue la tête et me replie sur moi-même, mais lorsque la douleur descend lentement jusqu’à mon ventre, je ne retiens plus les tremblements de mon corps. Je n’ai plus aucun contrôle sur moi-même. J’ai l’impression que mon âme est bringuebalée de droite à gauche et balancée de haut en bas, heurtant des piques et des pointes. Les images sont insupportables. Je respire beaucoup trop vite. Au même rythme qu’eux. Ma situation est atrocement parallèle à la leur, mais je n’y prends aucun plaisir. La puissance de leurs sentiments décuple l’intensité de ma douleur. Puis soudainement, tout s’arrête. Je suis happé par une force venue d’ailleurs. Je n’ai plus le droit de rester dans ce monde, je n’y suis plus le bienvenu. Je reprends possession de mon corps, tandis que les images se perdent dans le néant. Je retrouve brusquement la réalité.

Mélodie s’est agenouillée en face de moi. Je ne l’ai jamais vue aussi inquiète. Elle me tire jusqu’à elle et entoure ma nuque de ses bras. Elle me serre si fort que je ne suis plus tout à fait sûr que ce soit elle, mais lorsque sa voix murmure mon prénom, mes doutes s’envolent à tire d’ailes.

— Ces deux idiots n’ont pas su se retenir ? articule-t-elle, tremblante de rage.

Je secoue la tête et m’écarte d’elle.

— Ils se sont arrêtés.

— Bien heureusement ! Ce n’était pas comme les autres fois, Isaac, j’ai cru que j’allais te per…

— Tu ne comprends pas ! la coupé-je brusquement. Ils se sont arrêtés à cause de moi !

— Ce lien est dangereux, tu ne peux pas souhaiter qu’il continue. Regarde ce qu’il t’a fait ! me dit-elle, ses mains posées de part et d’autre de mon visage.

— Mais je me fiche complètement que ça me fasse souffrir !

Les yeux de ma jumelle luisent d’un rouge qui n’augure rien de bon.

— Tu sais que tout ça ne peut se terminer que de deux façons, Isaac.

Je secoue la tête. Je ne veux pas qu’elle le dise à voix haute. Je la supplie du regard de ne pas aggraver la situation, et pour une fois, elle prend la décision de m’écouter.

— Comment c’était ?

— Tu n’as vraiment rien senti ? m’étonné-je.

— La connexion des âmes sœurs va bien au-delà de notre lien par la fourche. Je suis incapable de ressentir cette douleur, il n’y a que toi qui puisses la comprendre.

Je me revois tomber dans ce gouffre infernal, l’âme séparée en deux, le corps brûlé d’une passion destructrice.

— C’était pareil que les autres fois, déclaré-je en haussant les épaules. Excepté la chute qui était plus longue. Et toujours cet espace noir avec ce sentiment d’appartenir à un autre univers.

Mélodie se crispe.

— Pas un univers, Isaac. Une autre planète.

— Tu veux dire que cette impression de tomber, c’est en réalité un passage vers… ce monde ?

Je la sens tout à coup assez réticente à continuer.

— D’après ce que je sais, cette planète serait connue sous le nom de Mortassima. Elle recueillerait les âmes en peine, les âmes perdues, les âmes déchirées, toutes celles qui terminent mal. C’est un véritable tombeau.

Je déglutis.

— Ce lien d’âme sœur t’apporte de la souffrance. Si tu vois ce monde, c’est probablement parce que tu risques de terminer ta vie là-bas.

J’encaisse le coup de sa théorie sans broncher. Je ne tiens pas à m’y attarder. Je refuse de m’apitoyer sur mon sort.

— Au moins, nous savons que Lucie et Apolline sont en vie, tente-t-elle de me rassurer. Je doute que les deux idiots veuillent se lancer dans une partie de jambes en l’air juste après la mort de leurs amies. À moins que cela ne les stimule ? Après tout, chacun son truc.

— S’ils sont parvenus jusqu’au Majestueux, Ombelline a peut-être pu faire quelque chose pour elles !

— Non, ils n’ont pas pu l’atteindre, affirme-t-elle, un sourire malicieux prenant place sur son visage. Ils ont reçu l’aide des métamorphes, ils sont cachés dans l’une des planques de Kierân. C’est sûrement Matt qui leur a sauvé la vie.

Mon cerveau essaie d’assimiler le fait que les Surnaturels puissent accepter l’aide des métamorphes, mais ça me paraît beaucoup trop gros.

— Qui est ce Matt ? relevé-je.

— Un caméléon aux pouvoirs de guérison extrêmement puissants.

— Et comment est-ce que tu sais tout ça ?

Mélodie me lâche les mains pour venir tapoter ses lèvres du bout des doigts. Puis elle se relève.

— Ce n’est pas important.

— Pourquoi ai-je l’impression du contraire ?

Elle hausse les épaules et fait apparaître sa fourche électrisée dans sa main droite.

— Aucune idée. Toutes ces heures de captivité t’ont sûrement monté à la tête.

— Mélodie…

— Silence, Isaac ! J’essaie de me concentrer.

Elle ferme les yeux. Elle se tient debout, immobile parmi ce décor de sang, la robe déchirée par le combat d’il y a quelques heures. Puis elle me tend la main. Elle m’invite à la rejoindre, mais je refuse.

— Si tu ne viens pas à moi, c’est moi qui viendrai à toi, s’impatiente-t-elle en rouvrant les paupières.

— Où est-ce que tu comptes m’emmener ?

— Voyons, Isaac, c’est une surprise ! Et tu es en train de la gâcher.

— Je me méfie de tes surprises.

Elle réduit la distance que je m’évertuais à maintenir et d’un geste vif, plante la fourche entre nous deux. Son appel est toujours aussi fort. Je suis hypnotisé par la quantité impressionnante d’énergie qu’elle dégage. Attiré par le halo rouge qui l’entoure et ses particules qui ne cherchent qu’à entrer en contact avec les miennes, je ne peux détacher mon regard de cet instrument. La voix de ma jumelle ne me parvient plus que faiblement.

— Crois-moi, tu vas adorer celle qui t’attend.

J’approche une main hésitante.

— Je vais t’emmener là où tout a commencé, continue-t-elle.

— Cet endroit n’existe plus depuis des décennies.

— Détrompe-toi. S’il n’existait plus, Réturis aurait déjà sombré depuis longtemps. Notre royaume ne peut pas vivre sans ce lieu, insiste-t-elle, m’attrapant fermement la main.

À l’aide d’un effort surhumain, je parviens à détacher mon regard de la fourche. Mélodie me sourit. Ses yeux luisent d’une lueur dangereusement rouge. La Démone est de retour.

— Pourquoi ne peux-tu pas y aller toute seule ?

— Parce que j’ai besoin que tu repères les lieux de la bataille.

— Les lieux de la bataille ? Tu ne peux pas le faire toi-même ?

Ses ongles s’enfoncent dans mon poignet.

— Nous allons fusionner là-bas, et je ne peux pas être la seule à savoir où je mets les pieds. Nous devons être en parfaite symbiose, Isaac. Ne l’oublie pas.

— Je ne veux plus fusionner avec toi, Mélodie. Alors ça va poser un petit problème.

— Tu l’as déjà fait, et c’est tout ce dont j’avais besoin. Il me fallait ton consentement pour débloquer ce pouvoir. Maintenant que c’est fait, je peux y faire appel chaque fois que j’en ai envie, ricane-t-elle. C’est moi qui contrôle la fusion. Et ce sont mes envies qui deviennent tiennes. Tu n’y échapperas pas.

Mélodie m’a eu dans un moment de faiblesse. Il est trop tard pour tenter une fois de plus de la raisonner. Elle a des dizaines de coups d’avance sur les Surnaturels, ils ne s’en sortiront pas tout seuls. Il faut qu’ils fassent alliance avec les métamorphes. C’est probablement leur seule chance de renverser Mélodie, même si cette éventualité me serre le cœur. Je suis partagée entre les deux camps. J’ai fait mon choix, je sais où va ma priorité. Mais je sais aussi que tourner le dos à ma jumelle ne sera pas facile. Je ne veux pas la laisser tomber.

— Tu pourrais… essayer de leur parler, tenté-je lamentablement.

— Mais bien sûr, s’esclaffe-t-elle. Déposer les armes et me faire tuer aussi sauvagement qu’Ambre ? Très peu pour moi.

Mélodie rapproche ma main de l’instrument de torture. La peur me fait lutter de toutes mes forces.

— Comment puis-je être sûr que ta fourche ne va pas faire éclore un lien encore plus sournois que ceux qui me lient déjà à toi ?

Son regard s’adoucit. Sa poigne se desserre et elle murmure :

— Tu es mon frère, Isaac. Et je t’aime. Plus jamais je ne tricherai avec toi.

Je suis abasourdi par ces paroles. Mélodie en profite pour établir le contact entre ma peau et le métal de sa fourche. Une vive lumière rouge nous aveugle, tandis que le hall de l’Imposant disparaît sous nos yeux. Nous voilà projetés au Cœur de Réturis.

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Chapitre 23Détruite— Tu avais promis que tu veillerais sur elle !— Je n’y ai pas failli !— Tu plaisantes ? !Ses yeux noirs sont furieux. Je fixe Angie, mais celui-ci secoue la tête, ne comprenant pas plus que moi ce qu’il se passe. Kierân nous observe et se mord la lèvre, embarrassé par toutes ces paires d’yeux scrutant sa discussion houleuse avec June. Presque tous sont là, devant les douches. Il ne manque que Matt et Tarek.— Elle est saine et sauve, ton hystérie n’a pas lieu d’être.— Je ne sais pas ce qui me retient de t’éclater la gueule contre un mur ! hurle-t-elle, agrippant brusquement l’imperméable de Kierân.Raphaël se précipite pour la repousser. Le regard de June est fou. Fou de rage et de haine. Lacnas se plante devant nous, écarte les bras et nous ordonne d’aller voir ailleurs, mais aucun des Surnaturels ne veut louper une miette de ce qui se joue en face d’eux. Moi la première.— Ça fait deux fois, Kie

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Chapitre 22Porte secrèteD’un crachat, Tarek expulse le sang de sa bouche et renvoie le coup au Leader, mais ce dernier l’intercepte. Il saisit le bras du métamorphe, et en deux temps trois mouvements, il parvient à le renverser au sol d’une technique impressionnante.— Zéphyr n’est plus là pour m’empêcher de te tuer, lui murmure le Leader à l’oreille.Tarek tente de se défaire de son emprise, mais Angie le maintient fermement au sol, un genou contre son dos, le bras dans une posture qui se veut douloureuse.— Et j’ai vraiment très envie de le faire.Des éclats de voix et des grognements explosent tout autour de nous. Les métamorphes avancent d’une démarche menaçante vers Angie, prêts à défendre l’un des leurs. Le Leader relève Tarek et le pousse brutalement contre le mur, pointant une dague sous sa gorge. Les grognements du clan s’amplifient. Kierân lève la tête.— Anne ! crie-t-il d’une voix empreinte de colère.Anne ? Je fronce les sourcils et écar

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