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16 MAI 2019

Автор: 15210689748
"publish date: " 2021-06-28 13:39:52

16 MAI 2019

Baptiste

Autour de moi tout est flou. Je me suis réveillé, préparé pour aller voir Kristin, et me suis retrouvé ici. Je ne reconnais rien. Il fait sombre – ça n’aide effectivement pas. En toute logique, ça ne devrait pas être le cas. Ma montre me serait bien utile – si elle fonctionnait. Je tape sur sa vitre, en vain. Je me demande dans quelle situation pourrie je me suis mis. Pourtant, je ne suis pas sorti, et depuis Kristin, je suis aussi sage – et sobre – qu’un moine tibétain.

Le parquet sur lequel je marche craque. Une odeur de feu de bois me saisit, me rappelant la maison de mes parents – manquerait tout de même les cris de ces saletés de mouettes qui n’ont clairement pas encore fait la différence entre le jour et la nuit. Les murs de la pièce sont en pierre, une énorme armoire en bois massif à ma gauche jouxte une porte. Je fais un rapide tour sur moi-même, il s’agit d’une chambre. Un lit qui m’a l’air plus que moelleux – même si sacrément vieillot – trône au milieu de la pièce. Les draps ne sont pas défaits, je n’ai donc pas dû dormir dedans. Il n’y a pas non plus de nana dénudée. Je n’ai pas fait de connerie. Je souffle, en partie rassuré.

Le silence pesant qui règne est rompu par des cris qui me font sursauter. Ce qui se dit est incompréhensible, mais cela signifie que je ne suis pas seul. Je me précipite sur la porte en chêne et m’arrête un instant avant d’en actionner la clenche. Et si elle était fermée à clef ? De toute façon il faut bien que j’essaie, je devrais trouver de l’aide dans le coin, ou au moins quelqu’un qui m’explique ce que je fais ici. C’est du moins ce que je crois jusqu’à ce qu’un bruit sourd et un hurlement féminin se fassent entendre.

J’ouvre la porte qui ne montre aucune résistance et me précipite dans le couloir qui s’étend devant moi. Une femme est en danger, cela ne fait aucun doute. J’entends :

— Arrête, calme-toi !

Des sanglots ponctuent la phrase.

Des pièces fermées se succèdent sur ma gauche. Après quelques pas, je m’arrête, tentant d’identifier d’où proviennent les plaintes. Mon regard est attiré par l’une des portes, car elle est entrouverte. Un mouvement capte mon attention vers le bas si bien que je fais un bond sur le côté. Quelques secondes auparavant je pensais être seul, en réalité une petite fille se tient immobile dans l’embrasure. Elle serre quelque chose dans ses bras.

— Salut petite !

Je n’obtiens aucune réaction de sa part. Elle ne doit pas avoir dix ans, de longs cheveux blonds encadrent son visage pâle. Je m’approche un peu, ces grands yeux bleus me disent quelque chose. Je pose un genou à terre pour faciliter l’échange.

— Hey, où sommes-nous ? Que se passe-t-il ?

Elle reste impassible et tourne les talons. Je la suis dans ce qui semble être sa chambre. Quelques jouets traînent au sol et je l’apprends en marchant sur l’un d’eux. Je retiens un juron, ça fait un mal de chien ! Une bibliothèque pleine à craquer se trouve en face de moi. Elle s’installe à la hâte dans son lit et s’emmitoufle – se cache – sous sa couette. Il me semble qu’elle tremble. Seul son visage est encore visible.

— N’aie pas peur je…

Elle ne réagit pas. Est-ce moi qui la terrorise ? Voir un étranger devant sa chambre n’a rien d’habituel, mais un doute m’assaille.

— Eh, tu me vois ?

Je m’approche. Ce visage, cette expression... Si seulement j’arrivais à faire le lien qui m’échappe ! Des pas rapides se font entendre devant la chambre. La petite fille se crispe et d’un mouvement vif éteint sa lumière. La porte s’ouvre à la volée.

— Solveig !

Une sorte de nuage épais se forme autour de moi, je ne parviens pas à voir l’homme qui vient d’entrer dans la pièce. J’essaie de chasser cette fumée, de rejoindre mon amie, mais me sens faible. Je sais où et quand je suis, il faut que j’arrive à la protéger ! Je me trouve projeté en arrière, mes muscles faiblissent et j’ai l’impression de m’évanouir, j’ai beau essayer de me raccrocher aux meubles, rien n’y fait.

Mes oreilles sifflent, ma vue s’obscurcit pour s’éclaircir presque aussitôt et bientôt je ne vois plus que ce brouillard blanchâtre.

Solveig

C’était un samedi matin, il y a une éternité, j’avais dix-sept ans. Il faisait beau, c’était un joli week-end de printemps, de ceux où l’on entend les oiseaux chanter. Ce jour-là, je ne les ai pas entendus. J’ai bien imprimé cette sensation d’avoir un casque antibruit posé sur les oreilles quand l’infirmière est venue annoncer le décès de ma mère.

Normalement, ce sont les médecins qui font ce genre d’annonces, mais je ne sais pas ce qui a été normal dans cette journée. Je suis allée dans un bureau de tabac, j’ai acheté des clopes et un ticket de loto.

Ensuite, je me suis rendue dans un bar, j’ai commandé un alcool fort, j’ai dit au serveur de choisir quelque chose qui me remettrait les idées en place. J’étais mineure, mais je paraissais plus âgée, il s’est exécuté. À moins qu’il n’ait pas cherché plus loin vu la dégaine que je devais avoir.

Un premier verre, un deuxième, puis j’ai levé les yeux pour les poser ailleurs que sur le comptoir. Je devais commencer à être désinhibée. Il y avait un autre type, un whisky dans la main droite fixant des yeux sa main gauche. De son pouce, il faisait rouler une alliance. J’ai posé un billet à côté de mon verre et annoncé au barman que je revenais.

Dehors, tout semblait encore silencieux. Pourtant j’étais en ville, on était en plein jour, l’hôpital était à deux pas. Alors pourquoi le monde avait-il décidé d’arrêter de tourner ?

J’allumais tout de même une cigarette.

— Vous m’en dépannez une ?

Le type du bar m’avait suivi. J’acceptais.

— Vous êtes trop jeune pour boire autant.

— Vous êtes trop marié pour picoler à cette heure.

Il a regardé sa main, puis il a dû décider qu’il fallait se confier à une jeune fille qu’il ne connaissait ni d’Adam ni d’Ève, sur une terrasse.

— Je me pose des questions.

— Ont-elles des réponses ?

— Non.

— Alors elles ne servent à rien, croyez-moi.

Il a commencé à me dévisager et j’ai dû décider qu’il fallait me confier à un homme que je ne connaissais ni d’Adam ni d’Ève.

— Ma mère est morte.

Je me suis mise à trembler. Prononcer ces mots moi-même rendait la chose réelle. Alors j’ai écrasé ma cigarette et je suis rentrée à nouveau dans l’établissement pour me remplir, comme si l’alcool pouvait combler le vide que je ressentais.

Il a fini la clope avant de rentrer, lui.

— Je n’arrive pas à vous donner d’âge.

— Pourquoi vouloir m’en donner un ?

Il a poursuivi comme si ce que je répondais n’avait aucune importance.

— Vous paraissez à peine sortie de l’adolescence, pourtant dans vos yeux, votre attitude... Vous faites bien plus.

J’ai pris mon verre et je suis allée m’asseoir à une table. Je n’avais pas envie d’entendre ce type. Je venais de raconter que ma mère était décédée et lui me parlait de mon âge ?

Sauf qu’il a dû prendre cela comme une invitation, il s’est assis à la même table et a planté son regard noir dans le mien.

— Je n’ai pas envie de vous écouter, lui ai-je asséné.

— Vous préférez vous écouter ?

— Je préfère le silence.

— Alors je vais partager cette table avec vous dans le silence.

**

Ce jour-là, pour la première fois dans les bras d’un homme, j’ai oublié. La peur, la douleur. Je me suis sentie belle, vivre, heureuse. J’ai voulu tout lui offrir. Son corps connaissait le mien par cœur, instinctivement, et je ne me lassais pas de partager avec lui ce moment. De le toucher.

Ça aurait pu, ça aurait dû s’arrêter là. Je pensais d’ailleurs que ce serait le cas en quittant l’hôtel alors qu’il dormait encore.

Je me suis mise à penser à ma mère.

J’ai erré dans la ville avec mes clopes, mes cheveux en bataille et mon vide intérieur. Je ne me sentais pas triste, pas heureuse non plus. Mes mécanismes de défense étaient toujours bien en place. Pas de pleurs. Tout ignorer. C’est sûrement à ce moment-là que j’aurais dû les faire tomber. J’ai raté le coche, mais j’ai gagné dix euros au loto.

Des jours, peut-être des semaines sont passées. J’ai du mal à m’en rappeler. J’ai quitté la jolie maison de campagne pour un appartement en ville, l’école d’aide-soignante et un boulot de serveuse pour arrondir les fins de mois.

C’est comme ça que je l’ai revu. Jérémy était sorti avec des collègues de travail dans le bar où je bossais. Nous nous sommes de suite reconnus, mais il m’a ignorée. J’en ai donc fait de même. La partie de jambe en l’air avait beau avoir été très agréable, elle datait de plusieurs mois et le message était clair.

Il m’a fait un signe de tête au moment de partir auquel je n’ai même pas pris la peine de répondre. En sortant pour rentrer chez moi, la nuit était bien avancée. Il était encore là, sur le parking, seul.

— Comment vas-tu ?

— On se connaît ? demandais-je en prenant l’air détaché.

Il s’est approché et m’a dévisagée, peut-être pour savoir le vrai du faux, pour voir si je faisais de l’humour ou si je lui en voulais vraiment. Je ne lui tenais pas rigueur de son comportement, mais je ressentais une envie de jouer à ça avec lui. Je pouvais sentir son côté bienséant à des kilomètres, j’avais aussi touché du doigt les méandres de son âme. Là en cet instant, j’avais besoin qu’il s’affirme face à moi, je voulais le voir réagir. Parce que je savais qu’il contrôlait une partie de lui et que j’avais envie de m’y frotter – surtout dans un lit.

C’est ce qu’il a fait. Et l’écho qu’il s’est trouvé en moi m’a semblé être sans limites. Comme s’il s’agissait d’une bête qui ne saurait, jamais, être rassasiée. Cette chose entre nous a pris de l’ampleur. Il y a des batailles qu’on ne peut pas gagner, où on sort les armes, mais on se bat contre des moulins à vent. Don Quichotte n’aurait rien eu à m’apprendre. Moi j’étais en plein dedans, incapable de me relever, incapable de m’en défaire. Je remplaçais par ça toute la toxicité de mon environnement familial. Ça me rendait souvent heureuse, parfois tellement triste.

Quand avec Jérémy nous avons arrêté de faire n’importe quoi, mes émotions ont éclaté. La haine envers mon père, la colère après ma mère. Toutes ses émotions qui me rongeaient de l’intérieur se sont mises à me dévorer. Je n’avais plus de relation tordue pour évacuer le trop-plein. Puis elles se sont atténuées, Erwann a pris une place à mes côtés, il s’est montré doux, apaisant. La vie a continué. Je n’ai jamais pardonné, mais j’ai avancé.

L’arrivée de la serveuse de l’hôtel me sort de mes souvenirs. Elle dépose face à moi un énorme muffin au chocolat et un thé à la cannelle dont l’odeur me chatouille les narines.

Cela ne fait que quelques jours que je ne travaille pas, c’est donc un peu comme des vacances, mais une idée s’impose à moi. Et si je n’y retournais pas ?

De toute façon, je le peux. Et je crois que je vais le faire. Poser une disponibilité. Si je fais ma demande rapidement, je n’aurais que deux mois à travailler à mon retour. C’est comme si un poids s’ôtait de mes épaules.

Je sens un regard sur moi. La fille de l’accueil, Julie, me dévisage. Je lui fais un signe de la main, elle regarde sa montre puis installe un panneau justifiant son absence et se dirige vers ma table.

Nous échangeons des banalités, mais je vois bien qu’elle a envie de passer à la suite, je l’interromps :

— Vous vouliez me demander quelque chose ?

Elle paraît un peu gênée, comme une enfant prise en faute, mais hoche la tête.

— Vous m’avez posé des questions sur un de nos clients…

— Oui ?

— Hmm, voilà je me demandais pourquoi…

— Erick est injoignable.

La demoiselle devient blême.

— C’est... hum... c’est-à-dire ?

— Je ne sais pas. Il a envoyé des messages pour dire que tout allait bien, mais nous sommes inquiets pour lui.

Elle reprend sa respiration. Je vois bien qu’elle est impactée et je m’en étonne, peut-être le connaît-elle plus que ce qu’elle m’a dit ?

Je me sens idiote. Il n’est pas sûr que les questions que je m’apprête à poser soient vraiment du fait de la recherche d’Erick. C’est-à-dire que j’ai envie de savoir, s’ils se connaissent plus que ça. Et jusqu’à quel point ?

Kristin

Baptiste est une bouffée d’air, un appui. En peu de temps, il est devenu indispensable à ma vie. Nous nous voyons tous les jours, et je sais pertinemment que c’est grâce à lui que je ne me noie pas. Oui, mais aujourd’hui il n’est pas là.

J’écarte machinalement les voilages qui tombent devant ma fenêtre. J’ai repassé dans ma tête la discussion que nous avons eue hier une bonne dizaine de fois et je n’ai aucun doute, il devrait déjà être ici. Impossible d’empêcher la vague d’angoisse de me saisir au ventre, pourtant je me rassure comme je peux.

J’imagine un embouteillage, un appel téléphonique qui l’a retardé. Peut-être devrais-je l’appeler ? Ou peut-être pas.

Pour me rassurer, je me répète qu’il est impossible que Baptiste me laisse lui aussi. Pourtant je sens bien cette alarme au fond de moi.

Je finis par l’appeler, il ne répond pas. Je pense à Solveig de suite, mais je me ravise. Et si je m’inquiétais pour rien ? Non.

J’attends.

Je garde mes peurs et mes doutes pour moi et me morfonds sur mon canapé. Il a laissé une chemise, je l’attrape et sens son odeur au niveau du col. La pression redescend peu à peu. Je reste là, avec la chemise contre moi, la tête posée sur elle et le sommeil m’emporte.

Solveig

Ils ont simplement bavardé, c’est ce que Julie la fille de l’accueil m’a dit. Je ne peux pas expliquer pourquoi, mais cette information m’a soulagée. Il est clair qu’elle est sous le charme. Fallait voir ses yeux brillants et ses joues légèrement rosées. Elle le décrit comme un homme avec du charisme et surtout une gentillesse infinie. Le tableau qu’elle m’a dressé d’Erick est carrément impressionnant. Je me demande jusqu’à quel point elle l’a idéalisé.

Nous avons discuté et elle m’a indiqué des établissements où il a l’habitude de se rendre pour manger un morceau ou boire un verre. Après tout, vu le point où j’en suis je pense que je peux aller poser des questions par là-bas. Il refuse de me voir, mais quand j’ai une idée dans la tête, et bien elle n’est pas ailleurs.

Je n’ai pas vraiment prévu la garde-robe pour sortir, alors un jean avec une blouse feront bien l’affaire pour poser des questions. Pour sortir le soir j’ai quand même toujours cette habitude de m’arranger un peu, alors je me maquille.

Le premier établissement est un bar, il se situe à quelques rues de l’hôtel, je peux y aller à pied.

J’attends donc que la nuit tombe et suis le GPS de mon téléphone qui me traîne dans une petite rue. En une dizaine de minutes, je me trouve là où je veux. Devant, quelques plantes ont été posées sur une rambarde en bois. Je reconnais le son qui s’échappe de la porte restée entrouverte. Cette guitare. C’est comme si le ciel pleurait. Gary B.B. Coleman.

J’entre, il n’y a pas beaucoup de monde, mais assez pour que je me sente fondue dans le paysage. Cet Erick est surprenant, c’est bon d’être là. Me renseigner ne m’empêche pas de boire un verre en savourant la musique.

Un type est installé derrière le bar, il est grand – vraiment très grand. Sur une chemise blanche aux manches retroussées, il porte un veston noir. Ses avant-bras sont recouverts de tatouages, mais de là où je suis, je ne peux pas voir ce qu’ils représentent. Il fait sûr de lui, se dirige d’un client à l’autre en laissant à celui-ci en plus de sa consommation un sourire ou une main posée sur son bras. Il arrive à moi et me dévisage.

— Je ne vous ai jamais vue par ici, s’exclame-t-il par-dessus la musique.

— Parce que vous reconnaissez tous les gens qui passent cette porte ?

— C’est un de mes nombreux talents.

— Votre talent m’arrange bien !

— Expliquez-moi ça ?

Il s’approche de moi et cette proximité me met un peu mal à l’aise. Je baisse la tête et contemple un instant une horloge encrée dans sa peau au milieu d’un brouillard épais, une silhouette masculine est posée sur celle-ci.

— Le temps passe, mademoiselle.

Je ne suis pas certaine de savoir s’il fait référence à son tatouage ou au fait qu’il attende patiemment que je lui explique de quoi il retourne.

— Un… ami est peut-être venu ici dernièrement et je le recherche. Pourriez-vous me dire si vous l’avez vu ?

— Vous avez une photo ?

Je la lui sors et il regarde une fraction de seconde. Un sourire fend son visage.

— Vous cherchez Erick ?

— Euh… Oui.

— Non, il n’est pas passé récemment, à moins qu’il ait dérogé à ses habitudes, car nous avons pour habitude de boire un verre ensemble quand il descend.

— Je sais. Je me suis dit qu’avec un peu de chance, il serait dans le coin en ce moment.

Je n’ai pas trop envie d’épiloguer alors je n’en dis pas plus.

— Moi qui pensais que j’allais pouvoir vous inviter, je sens mes chances nulles.

Je ris et commande. Je commande plusieurs fois.

Au moment de partir, je lui écris mon numéro sur une serviette et la lui donne.

— Si Erick vient, vous voudriez bien m’appeler ?

— Et s’il ne passe pas ?

Je lui fais un clin d’œil, amusée par son assurance – un peu flattée aussi – et prends le chemin du restaurant dans lequel je dois me rendre.

La nuit est tombée et après quelques verres, je suis plutôt ravie que mon application m’indique un trajet à pied de moins de cinq minutes. Je tourne à l’angle d’une rue et continue mon chemin. C’est étrange, j’ai l’impression que l’on me suit. Je regarde au sol, la lumière des lampadaires projette les ombres des corps vers l’avant. J’ai au moins cette chance. Si l’on s’approche trop, je pourrai l’anticiper.

Quelqu’un marche derrière moi. J’accélère un peu le pas, la silhouette en fait de même.

L’adrénaline est une hormone merveilleuse, mon corps se prépare tout seul à un potentiel danger, les battements de mon cœur s’accélèrent, mes sens sont en alerte, si bien que je ne suis pas surprise quand je sens une main se poser sur mon épaule. Je me retourne. Un homme se tient devant moi. Avant qu’il ne commence à parler, je lui décoche un coup de genou qui manque sa cible, mais fait tout de même se plier en deux mon poursuivant.

Sauf que je réalise assez vite que je viens d’agresser le barman.

— Oh mince… Mince… Je suis désolée ! Vous allez bien ?

Il reprend son souffle et éclate de rire en me tendant mon foulard que j’avais visiblement oublié dans le bar. Son rire est communicatif.

— Vous êtes carrément impressionnante !

— J’aurais dû être boxeuse.

— Là c’est carrément du niveau MMA !

Je lui montre mon foulard et le remercie avant de poursuivre mon chemin. Je suis à nouveau interrompue par sa main sur mon épaule.

— Attendez une minute.

Il prend son téléphone et se retourne avant de revenir vers moi.

— On mange ensemble.

— Ce n’est pas une question, ça ?

— Non, effectivement.

Je ne suis pas convaincue par cette manière cavalière de s’imposer, mais en même temps j’aime bien son assurance. Et puis je dirais qu’il sait à quoi s’attendre s’il dépasse certaines limites.

— Alors c’est moi qui choisis l’endroit.

— Je ne vais pas risquer de prendre un coup mal placé !

Nous arrivons au restaurant dont Julie m’a parlé.

— Il fallait me dire que vous vouliez venir manger ici !

— Vous connaissez ?

— Un peu.

Le restaurant est petit et la salle semble vraiment remplie, nous n’aurons pas de table ici ce soir. Tout du moins, c’est ce que je crois.

— Oh Benjamin, bonsoir !

— Bonsoir, auriez-vous une table pour nous ce soir ?

— Évidemment.

Il répond avec un clin d’œil.

Nous traversons la salle et dans un recoin de la pièce nous sommes installés.

— Vous ne connaissez pas seulement un peu, semble-t-il, lancé-je.

— Je trouve que l’on mange plutôt bien, ici. Erick vient régulièrement d’ailleurs.

— Je sais.

Il croise les bras sur sa poitrine et s’appuie au dossier de sa chaise, silencieux. Il me semble qu’il réfléchit, me jauge. Ses sourcils se froncent puis se relâchent. Je me surprends à regretter de ne pas pouvoir entendre son dialogue intérieur. Il positionne son buste un peu plus en avant tout en décroisant ses bras.

— Maintenant, passez à table avant que je ne vous cuisine.

— Je ne suis pas digeste.

— Là comme ça, je ne dirais pas ça

— Mon estomac est prioritaire, désolée.

— Mon expérience m’a appris à ne jamais interrompre une femme affamée.

— Vous êtes un homme intelligent.

— Avec une bonne mémoire.

Je n’ai pas vraiment le choix alors je lui explique tout. Je suis coupée par la serveuse lorsqu’elle prend notre commande et qu’elle nous amène nos plats, mais à aucun moment je ne le suis par Benjamin.

— Je vais demander, je connais bien les gérants pour avoir travaillé ici. Le monde est petit en restauration. Je peux savoir s’il est venu récemment en leur demandant de faire une recherche dans la comptabilité.

— Ce serait vraiment super.

— Ce serait normal, Erick est un ami, ce n’est pas pour rien que Julie t’a communiqué l’adresse du bar dans lequel je travaille. Je suis inquiet, pour Erick et tes recherches. Je veux t’aider. Et puis cela pourrait être dangereux.

— Je suis prudente.

— Je m’en fous, tu vas accepter mon aide et puis c’est tout.

— Je me sens un peu forcée, là.

— Veuillez, gente dame, avoir l’obligeance d’accepter mon aide ?

— Oui, je le veux.

— Je fais une crise d’angoisse... Vite un sac en papier !

Lorsqu’il me raccompagne devant l’hôtel, je ris encore à un de ces traits d’humour, ce Benjamin est drôle et je l’imagine tout à fait lancé dans une discussion à bâton rompu avec Erick.

Kristin

« Vous êtes bien sur le répondeur de Baptiste, je suis sûrement très occupé, ou alors je n’ai aucune envie de répondre. Dans le doute, laissez-moi un message avec vos coordonnées si je ne les ai pas afin que je puisse vous contacter. » Bip

— Baptiste, je m’inquiète, tu devais passer aujourd’hui et... Tu as dû oublier, mais vu les derniers événements, je suis vraiment inquiète. Alors, rappelle-moi dès que tu peux, s’il te plaît.

S’il te plaît.

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A Walk on the White Side   REMERCIEMENTS

REMERCIEMENTSTout d’abord, merci infiniment à vous qui avez ce livre entre vos mains.L’écriture est une magnifique aventure. J’ai découvert qu’au-delà d’être seule devant mon ordinateur avec mes personnages, elle était un partage et source de rencontres aussi belles les unes que les autres.À mes éditeurs sans qui ce rêve en serait resté un.Bien sûr, Guillaume, je ne pourrais jamais assez te remercier pour ton soutien, ta patience et tes conseils qui ont permis de faire avancer ce texte plus loin que je ne l’aurais imaginé. Merci pour nos échanges et ton humour.Ophélie pour tes retours pertinents, pour y avoir cru et d’un coup de sourire et de douceur avoir rendu cette aventure possible.Merci aux lecteurs du comité de lecture sans qui ce livre n’en serait pas un.Comment ne pas remercier Lilou, pour tes nombreuses lectures et ton amitié sans failles. Valérie pour en plus de m’avoir lu être la personne si incroyable que tu es. Caro, pour ton défi et les rires sans compter su

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4 MAI 2019SolveigLe ciel est teinté de rouge et de gris. Je ne suis pas du genre à voir des présages dans ce qui m’entoure. On ne me verra jamais fuir un chat noir ou céder à n’importe quelle superstition. Mais en observant le ciel ce matin, je suis plus inquiète. Comme s’il captait une certaine

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3 MAI 2019SolveigTant pis pour lui. Il est passé à côté de la rencontre du siècle.Cela m’arrive souvent de me mentir à moi-même. Je me raconte des trucs que j’aimerais vrais. Je me les répète plusieurs fois d’affilée, jusqu’à ce que j’arrive à me persuader que c’est la réalité. Dans le cas pré

A Walk on the White Side   2 MAI 2019

2 MAI 2019SolveigObjet : RestaurantÇa te dit ce soir ?S.Je me suis enfin décidée. Après tout pourquoi pas ? Qu’est-ce que je risque de plus ? La vie m’a déjà bousillée, et à plusieurs reprises. Si je reste sur mes gardes, ça peut le faire. J’avoue que nos discussions sont une bouffée

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