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20 MAI 2019

Author: 15210689748
"publish date: " 2021-06-28 13:39:53
20 MAI 2019

Elise

Les mots de ma meilleure amie résonnent dans ma tête. Ils m’ont donné à réfléchir. Si bien que je me suis décidée à passer chez nous pour le voir.

— On boit un thé ? proposé-je à Simon.

Il acquiesce, l’air perdu. J’ai peut-être exagéré. Je ne lui connais pas cet air et cela m’inquiète. Une fois nos tasses servies, je m’installe avec lui sur le sofa.

— Je crois qu’on devrait parler, ajouté-je.

— Je ne suis pas sûr.

Je le regarde, hébétée.

— Qu’est-ce que tu veux Elise ? Je pensais que tu voulais faire un break.

— Je crois que j’ai dépassé les bornes.

— Oh et bien, il était temps de t’en rendre compte !

Je me lève d’un bond.

— Es-tu obligé de m’agresser ?

— Je crois qu’on devrait se séparer pour de bon.

Je le scrute, ses yeux sont levés vers moi, aucune émotion ne transparaît alors que mes mains tremblent un peu.

— Tu... Pourquoi ?

Simon s’extrait du canapé à son tour et se dirige vers la fenêtre. Il regarde dehors et moi j’attends bêtement qu’il me réponde.

— Pourquoi Simon ?

— Parce qu’on ne peut pas continuer à se leurrer, tu l’as dit toi-même. Cela fait un moment que ça dysfonctionne, que nous imaginions-nous ? Que nous pourrions construire une vie comme ça ? Non.

— Alors tu ne m’aimes plus ?

— Alors je ne veux plus de cette vie.

— Et tu veux quoi ?

Il se retourne vers moi.

— Le bébé de Camille est aussi le mien.

Je recule de quelques pas, comme si la déflagration de cette bombe dans nos vies avait un impact sur mon corps.

Je ne peux rien dire – sidérée – et lui se tourne à nouveau vers la fenêtre.

Solveig

— Bonjour, je souhaiterais parler à Madame Morel.

— Je vous écoute ?

— Je suis Lydia Martin, secrétaire chez L.V. Construction. Ma collègue m’a dit de vous rappeler.

Enfin…

— Je vous remercie de le faire, votre collègue vous a-t-elle dit de quoi il retournait ?

— Oui, pourrions-nous nous rencontrer ? Je préférerais que nous en parlions de vive voix.

Le rendez-vous est fixé pour le déjeuner. Cette conversation suscite chez moi une certaine excitation. L’espoir irrépressible que cette rencontre fera avancer mes recherches s’insinue en moi. Quel fourbe ! Peu à peu le stress vient remuer mes entrailles. Elle ne voulait pas parler au téléphone. Cela m’intrigue.

Je m’installe devant la fenêtre. Ici, et le lit sont devenus les endroits où je préfère m’installer. Sur le lit, j’écris. Devant la fenêtre, je me perds dans mes pensées. Je laisse les minutes s’égrener bien au chaud dans un monde qui n’appartient qu’à moi. C’est là que les souvenirs me surprennent, que mes orages intérieurs grondent.

Je serre The White Side contre moi. Comme si un carnet pouvait me rassurer. J’ai vérifié, à l’intérieur rien de nouveau n’est apparu. J’ai écrit quelques mots, je pensais à Erwann, à ce que j’aurai aimé lui dire avant qu’il ne meure.

Une goutte s’écrase contre la vitre, puis deux, une douce mélodie fait son apparition. Un flic, floc, rythmé qui se transforme en déluge s’abat sur la ville.

Le ciel est si noir, le soleil qui avait pointé le bout de son nez plus tôt est à présent dissimulé derrière des nuages épais.

Les passants qui se sont fait surprendre courent ou sont dissimulés derrière des parapluies multicolores. Fourmis esclaves d’un monde que j’ai envie de fuir.

Comme souvent ces derniers temps, une brume s’abat sur la ville.

Une silhouette attire mon attention.

Je me redresse brusquement. Est-ce que je me trompe ?

Pourtant…

Je m’élance à travers la chambre, récupère ma carte, manque de tomber dans le couloir.

Je dérape sur le carrelage lustré du hall pour enfin finir dans la rue.

De loin, malgré le brouillard, toujours cet homme qu’il me semble avoir reconnu. Mes jambes ne vont pas assez vite et ne sont pas aussi rapides que les gouttes qui trempent mes vêtements.

Pas non plus aussi vives que les trémulations de mon thorax qui se met en branle.

À l’angle de la rue, il tourne et quand c’est à mon tour d’y être, il n’y a plus rien qui vaille la peine d’être vu. Rien.

Dépitée, j’emprunte le chemin inverse, à côté de mes pompes.

Je dois me préparer à nouveau ou la secrétaire risque de prendre peur.

Du mascara dégoulinant sur les joues, mes cheveux plaqués contre les pommettes gouttant sur ma chemise qui est entièrement moulée à mon corps. Il doit être possible de postuler pour un film d’horreur. Peut-être pour la nana qui se fait zigouiller en premier. Ou pour celle qui a des hallucinations. Il n’y a pas besoin d’être dans un film tout compte fait.

J’aurais juré voir Erwann, sauf que c’est impossible.

Impossible. Les morts ne reviennent pas à la vie. Pourtant, j’aimerais tellement que ce soit possible.

Une heure plus tard, je pointe mon nez au rendez-vous.

— Je suis désolée, mais ma pause déjeuner est assez courte, il va donc falloir faire vite.

— Ce n’est pas un souci.

Lydia me dévisage, semblant évaluer si oui ou non elle peut me parler tout en tirant sur sa cigarette. J’en sors une aussi qu’elle allume avec son briquet. Elle a choisi de s’installer sur la terrasse « fumeurs », qui est une espèce de bulle pleine de fumée. J’ai beau être fumeuse, je me demande comment je vais pouvoir avaler le moindre aliment dans cet aquarium puant.

Ceci dit, la cigarette, on peut lui reprocher de nous faire crever, mais elle a un pouvoir magique, celui d’amener à la confidence. Il suffit de s’asseoir avec quelqu’un sous prétexte de fumer et les langues se délient, les maux sortent, les secrets se dévoilent. Je me suis toujours demandé d’où cela venait. Est-ce parce que l’on prend le temps de s’asseoir alors que l’on ne le ferait pas sans ? Ou est-ce le sentiment d’appartenance à un club privé des « je fous mes poumons en l’air » ?

Toujours est-il que la secrétaire se met à déverser en tirant sur sa clope comme si sa vie en dépendait. Ça sort par torrent et c’est décousu. Je dois reconstituer un puzzle de phrases commencées et non terminées. J’en viens à me demander si mon cerveau est capable de suivre la cadence. Pourtant à un moment elle s’arrête, pose de la monnaie sur la table et me salue en partant. Me laissant seule avec un gros tas de mots, d’explications et un nom qui me cloue à ma chaise. Un nom qui ne m’a permis que de murmurer un « merci » en guise de réponse.

En substance, elle confirme les propos d’Antoine : elle a vu Erick et le chef de projet qui chapeaute ce chantier sortir après lui. Pas l’homme que j’ai rencontré, non, celui du dessus. Jérémy.

Jérémy Varens.

Mon cerveau a pourtant tenté de me réveiller, et je n’ai pas saisi ses appels. Ça me revient maintenant dans le hall d’accueil chez L.V., j’ai vu son nom : Varens J. Et je n’ai pas été foutue de faire le lien. C’est sûrement pour cela que j’ai rêvé de lui.

Comment la vie peut-elle me ramener face à lui à nouveau ? Quand je pense changer de livre, passer à la suite, elle appuie là où ça fait mal, encore et encore.

Ce ne sont plus des appels de phares, c’est carrément le klaxon doublé d’un gyrophare avec sirène intégrée qu’elle me fait. Tout ne doit pas être si réglé, si simple que je le pensais.

C’est étonnant comme, à son insu, quelqu’un peut rythmer les grands changements de votre vie. Il devient en l’espace d’une seconde le bouc émissaire parfait.

J’erre dans les rues sous la pluie, puis me décide. Armée de mon odeur de clope, de mon maquillage qui coule à nouveau et de mes fringues trempées, je sais bien que je ne suis pas à mon avantage, mais je dois le voir. Je crois même que je pourrais ressembler à un personnage de cartoons. Les manches remontées, le buste en avant, les bras qui s’agitent dans un balancier démesuré. Je suis prête à lui faire la peau s’il le faut, mais il va passer à table.

L’agent de sécurité me dévisage quand je rentre et la secrétaire me court après dans les couloirs, mais je m’en fiche.

Telle Terminator, prête à achever sa Sarah Connor, je progresse dans le bâtiment, sûre de moi. Le problème c’est que je ne sais pas quel est son bureau, alors je me retourne vers la fille de l’accueil et le lui demande. Surprise, elle me répond du tac au tac, mais continue à me beugler dans les oreilles que je ne peux pas entrer comme ça, que je dois prendre rendez-vous.

Je parviens à me faufiler jusqu’à la bonne porte et marque un arrêt. La jeune femme continue à me pester dans les oreilles. Mais elle ne m’empêche pas de frapper au bureau de Jérémy.

Mes prévisions s’avèrent fausses. Non, je ne suis pas entrée en hurlant. Non, je ne pleure pas comme une madeleine qui a trop trempé dans je ne sais quelle boisson. Non.

Jérémy vient d’ouvrir et nous nous dévisageons dans un silence lourd de sens.

Il ouvre la bouche, puis la referme, comme s’il se ravisait. Un pas sur le côté lui permet de se décaler un peu, il m’invite à entrer. Nous nous retrouvons face à face, il n’a presque pas changé. Une ou deux ridules viennent orner le coin de ses yeux. Je trouve ça carrément injuste, dix années se sont écoulées depuis notre première rencontre, mais le temps a oublié de passer.

Je le regarde aller à son bureau et revenir avec un mouchoir.

— Tu as du…

Il me fait un signe qui m’indique le dessous des yeux.

Huit ans qu’on ne s’est pas vus et ces premiers mots sont pour me dire ça.

— Tu n’es qu’un enfoiré !

— Ce doit être la dernière phrase que tu m’as dite.

— Il faut croire que ça doit être vrai.

— Tu n’as pas toujours pensé ça.

— Il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis. Que sais-tu sur Erick Johansson ?

— C’est ton nouveau mec ?

— Est-ce que je te demande qui est ta nouvelle maîtresse ?

— Je suis un homme fidèle.

— À d’autres, réponds à ma question.

— Le bazar que tu fiches en venant m’est déjà arrivé aux oreilles, et je n’ai rien à te dire.

— Quel bazar ?

— Tes questions, je me demandais combien de temps tu allais mettre à venir me voir.

— Je ne savais pas que tu bossais ici, maintenant.

— Écoute, je n’ai aucune idée d’où est ton ami, nous avions des différends, mais c’est réglé.

— Ça veut dire quoi « c’est réglé » ?

— Que les rapports qu’il ne voulait pas remplir ont été remplis par son chef, donc ton Erick, nous n’en avons plus rien à secouer.

— Ça ne te pose pas de problème ?

— Quoi ?

— Tu sais pourquoi il ne voulait pas valider le contrôle de sécurité !

— Tu ne sais pas de quoi tu parles, et je ne compte certainement pas parler de ça avec toi.

— Alors je vais partir.

Je fais mine de mettre à exécution mes paroles.

— Attends, m’arrête-t-il, comment vas-tu ?

— Je te le dirai quand tu répondras à ma question.

— Non, je ne peux pas.

— Ta phrase fétiche, asséné-je.

— Ah ! On en est encore là…

— Non. Non, tu as raison, me radoucis-je. Je fais aller, et toi ?

— Je suis content de te voir.

— Tu as toujours eu une façon étrange de me le montrer.

Il ne dit rien, en même temps il n’y a rien à dire, c’est la stricte vérité.

— J’y vais.

— Vas-y.

Je ne bouge pas. Je n’y arrive pas, et lui continue de me regarder. Il s’approche et me prend dans ses bras. J’ai l’impression de rentrer chez moi après être partie à l’autre bout du monde. Pourtant, lui et moi n’avons jamais été capables que de nous arracher le cœur, le calme a toujours été synonyme de tempête. Comme si le jour de notre rencontre, celui de la mort de ma mère, avait placé notre relation sous le sceau de la douleur. Mais son étreinte, là, c’est comme un feu dans la cheminée de la maison de mes parents, comme la madeleine de Proust, ça sent bon le passé.

Solveig, toujours coincée une fesse dans l’enfance. Est-ce que je vais arriver un jour à avancer ?

Une larme glisse sur ma joue. J’ai peur. Je suis terrorisée, comme la petite fille dans sa chambre avec son livre. Comme l’adolescente dans le bar. Toujours à me donner un genre et à trembler de l’intérieur. J’ai eu beau désirer une vie stable avec Erwann, ou vouloir changer de vie. Oublier. J’ai cru tout oublier, mais je suis la même. Et j’ai peur. Comment avancer ? Comment arrêter de traîner toutes mes douleurs et mes failles comme un boulet attaché à ma cheville ? Je pensais que j’en avais fini avec tout ça, mais je n’ai fait que fermer les yeux pour ignorer. Aujourd’hui, maintenant, je décide de les laisser derrière moi.

J’ai cru à tort que je pouvais me construire sans affronter mes blessures. Je veux juste trouver un peu de paix avec moi-même. Ce n’est pas grand-chose. Mais quand est-ce que j’aurais le droit à la paix ?

Je me détache et file vers la sortie sans me retourner.

Je sens à nouveau cette colère, celle qui prend aux tripes et monte comme un incendie incontrôlé. Je lui en veux. Oh, pas à Jérémy, pas à mon père non plus, il n’a jamais été qu’un déchet et j’ai eu la chance de rencontrer des hommes bien. J’en ai après ma mère, celle qui devait être un modèle s’est avérée défaillante, éthérée. Elle n’a jamais su s’affirmer, ni face à mon père ni face à la maladie puisque c’est elle qui l’a emportée. Jusqu’à sa mort, elle a subi. Elle n’a pas su m’apprendre, me montrer comment être heureuse. Je veux être heureuse. Et c’est elle et sa mort que je dois regarder en face.

Camille

Jusqu’à cette année, je pensais être une bonne personne. Une fille bien. Je crois que je ne pourrais jamais accepter celle que je suis finalement. Je suis horrible. Je n’ai pas anticipé ce qui m’arrive. Plus jeune, je me suis mis en tête que ma vie était toute tracée, que j’épouserais Pierre. Adolescente, je ressentais beaucoup de fierté d’être sa petite amie – mes parents aussi, d’ailleurs. Eux qui avaient si peur de ne pouvoir assumer financièrement mes ambitions ont été soulagés en voyant que j’étais en couple avec un homme qui me mettait à l’abri du besoin.

Seulement eux, ils n’ont pas eu à subir l’humiliation. Je n’ai jamais été idiote. Je l’ai su la première fois qu’il m’a trompée. Croire qu’il pouvait changer par amour a été ma plus grande bêtise. Je me suis fait une raison, mais j’ai manqué de courage et puis j’aimais mon confort. Avant.

J’aurais pu rester à la maison, attendant de faire de beaux enfants, mais je me suis pris de passion pour le métier de journaliste et rien n’y a fait. Pas même les engueulades avec Pierre.

Un petit journal de proximité m’a pris mes premières piges et tranquillement j’ai tracé mon chemin. Bien sûr, j’aurais pu en faire un plus gros si j’avais accepté de partir pour Paris, mais j’ai fait des concessions, car je n’étais toujours pas prête à faire ma route sans Pierre.

Et toutes ces petites choses de la vie, tous ces instants où j’ai été déçue par mes choix qui au fond ne me satisfaisaient pas, m’ont conduit à cette soirée. Celle où j’ai couché avec Simon.

J’ai menti à mes amis, surtout à Solveig et Elise. Quel parfait alibi que Damien qui me fait du rentre-dedans depuis que nous travaillons sur la même enquête ! La réalité est tout autre. Je suffoque et me morfonds sur mon canapé, bouffée par le stress, et enceinte de celui qui partage la vie de ma meilleure amie. Celle-là même qui est venue vivre sous mon toit. Je suis horrible.

La boîte de chocolat posée sur la table basse est en train d’atteindre son niveau le plus bas.

Simon et Elise ont toujours été un couple libéré, et j’allais mal. Cela ne justifie rien.

Nous avons bu, il m’a fait rire, nous nous sommes toujours bien entendus, mais c’était le partenaire d’Elise, alors je n’ai jamais pensé à autre chose. Ce soir-là, je l’ai vu autrement. J’ai vu à quel point il était beau, drôle, intelligent. Je me souviendrai toujours de ce regard qu’il a posé sur moi. J’ai senti mon cœur battre un peu plus fort et ce n’était pas du seul fait de ce désir que je m’étonnais à ressentir. Je le sais maintenant. À ce moment-là, je n’ai simplement pas vu le mal. Jusqu’à ce que je réalise qu’au fond de moi c’était plus qu’une soirée de lâcher prise. Que je découvre que l’incartade allait me rendre mère célibataire.

Simon est venu. Lui qui représente tout l’inverse de l’homme avec qui je pensais, plus jeune, vivre ma vie. Et dont je me rends compte que je donnerais n’importe quoi pour qu’il me prenne la main ou me caresse à nouveau le visage comme lors de cette soirée. Mais je l’ai fichu dehors quand j’ai vu sa réaction. Je savais que j’allais m’effondrer.

Je cours aux toilettes pour voir la faïence blanche de mes w.c. de plus près. Qui a osé dire que les fameuses nausées de grossesse ne durent qu’un trimestre ? Je me laisse glisser sur le sol glacé de la salle de bains et pleure par hoquets.

Bon Dieu, mais quelle conne…

Je ne supporte plus la situation, moi qui ne suis pas familière du courage, qui apprend à peine à affirmer mes décisions, je me lève en m’appuyant sur la lunette blanche, me brosse les dents et traverse l’appartement en direction de la chambre d’Elise.

Le parquet craque. La porte s’ouvre brusquement.

Surprise, je regarde mon amie, elle arbore les mêmes sillons rouges sur les joues que moi, les mêmes yeux bouffis par les larmes.

Simon a parlé avant moi. Il me laisse la place de la condamnée, de celle qui aura menti jusqu’au bout.

Elise, blême, traîne derrière elle sa valise et sans un mot, quitte l’appartement.

Tout ça pour quoi ?

Tout ça pour quoi.

Kristin

— Solveig ?

— Oui, tu vas bien ? Des nouvelles de ton frère ?

— Pas de nouvelle, et toi ?

— Non désolée, pas depuis la dernière fois.

— Je ne t’appelle pas pour cela.

Je m’éclaircis la voix et reprends :

— Baptiste... Il devait venir me voir, il n’est pas venu, n’a pas prévenu et je n’arrive pas à le joindre depuis quatre jours.

Elle ne répond pas.

— J’ai hésité à t’appeler, je ne voulais pas t’inquiéter, mais…

Mais soyons clair, à qui d’autre puis-je signaler la disparition de Baptiste ? J’ai l’impression que le sort s’acharne. Je voudrais me taper la tête contre un mur tellement elle me fait mal. M’arracher le cœur et l’envoyer valser à travers le salon. J’ai l’impression d’être prise au piège et que l’on m’enlève toutes les personnes auxquelles je tiens, et la seule à qui cette sensation peut parler, c’est Solveig.

Parce que cette fille que je ne connais presque pas tient aux mêmes personnes que moi, aussi parce qu’elle sait ce que je ressens pour l’avoir déjà expérimenté.

— Tu as bien fait de m’appeler, je vais contacter Simon, Camille et Elise, puis je te dis ce qu’il en est.

Et moi, comme lorsqu’Erick a décidé de fuir, je me retrouve seule et je me sens faible. Je déteste ça. Je m’agace, la situation m’exaspère. J’écris un mail à mon frère lui disant qu’il est temps de rentrer, que j’ai besoin de lui. S’il ne le fait pas, qu’il m’écrive au moins juste un mot.

Et j’attends que le temps s’égrène, prisonnière de mon corps, car je dois aller en dialyse. Encore.

Solveig

Installée dans ma chambre, je fais le tour des répondeurs de mes amis. À croire qu’ils se sont passés le mot. Baptiste est sur répondeur – évidemment –, Camille et Simon, aussi. Enfin, Elise me répond d’une voix blanche – cette voix, je ne la lui connais pas –, alors je la questionne avant même de lui parler de notre ami.

De sa voix désincarnée, elle m’explique. Ses mots sont crus, bruts :

— Tu savais que Simon et Camille baisaient ensemble ?

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— Elle s’est bien foutue de nous, notre amie en détresse. Il n’y a jamais eu de flic marié. Elle est enceinte de mon mec !

Je me demande si El’ fait encore une crise de parano, mais le ton de sa voix me laisse entrevoir qu’elle est sûre d’elle. La seule chose que je trouve à dire c’est :

— Je suis désolée, je n’étais pas au courant.

— Oh, ne sois pas désolée, tu n’y es pour rien. Tant que nous en sommes à la journée des révélations, je dois te dire qu’après votre séparation, Erwann et moi nous sommes vus et par vus, je veux dire dans un lit. Alors au final, je ne peux pas vraiment leur en vouloir. Franchement nos amitiés sont pourries jusqu’à la moelle. On ne fait pas ça à ses amis. Regarde-nous, nous sommes pitoyables.

Je reste effarée de tous ces non-dits entre nous. Moi qui pensais que nous étions de vrais amis, qui les considère comme ma famille, vois les choses sous un angle nouveau.

Je n’ai pas envie d’épiloguer, et je ne sais même pas quoi dire. Je veux juste savoir où est mon ami. Celui qui paraissait avoir la vie la plus dissolue et qui en réalité est peut-être le plus simple et honnête.

El’ n’a aucune notion d’où il peut être, mais propose d’aller voir chez lui. Je lui demande de me tenir au courant et raccroche hébétée par nos échanges surréalistes.

Cela fait sûrement trop pour moi. Je m’assieds et je note les mots qui s’entrechoquent sur The White Side. Elise qui s’envoie mon ex.

J’ai été si aveuglée par mes petites envies d’écrire que je n’ai rien vu. Je ne suis même pas en colère. Juste incrédule. Tout est différent. Ce que je croyais être la vérité n’était qu’un écran. La vérité, la réalité, les mots changent de sens.

Tout le monde a ses secrets. Comme ma mère. Elle aussi vivait cachée, personne ne savait quelle était vraiment sa vie à part moi. Et moi je vis cachée derrière mon pseudo. Tout se noie, se mélange. Être sens dessus dessous, je crois, bien que je teste cette expression.

« Arrête »

Sous mes yeux, sur mon carnet, ce mot apparaît. Comme par magie.

Je reste interdite à contempler les lettres, passe mon doigt dessus. Que j’arrête quoi ?

Elise

Ma valise racle le sol derrière moi. Je viens de quitter l’appartement de Camille et d’avoir Solveig au téléphone.

Je serais perdue dans les rues si je n’avais pas un but : savoir ce qu’il se passe pour Baptiste. Chaque pas me coûte. Mais peu à peu tout s’efface laissant la seule place à ma recherche. Je vide ma tête de mes pensées. J’oublie tout.

J’avance déterminée à la lumière des lampadaires. L’humidité du sol transpire jusqu’à en faire un brouillard qui gêne ma progression, car je me cogne à un banc. Alors que je continue tout de même d’avancer presque à tâtons, je commence à me sentir mal. Une sensation de malaise m’envahit, la tête me tourne, ma vision se brouille, mes jambes sont en coton. La valise m’échappe des mains, j’essaie de la rattraper en vain. Je cherche ma respiration, mais ne la trouve pas. Je crois que je meurs. Ce doit être ça, car je me sens bien. Trop bien pour que cela soit réel.

Je serre les dents dans un réflexe incontrôlable au moment où je réalise que ma tête va heurter le sol. Le choc que je cherche à anticiper ne se produit pourtant pas.

Je suis debout, droite comme un I. Je ne suis plus dehors, mais dans une pièce que je connais. Pourtant quelque chose m’échappe.

Je prends une inspiration, surprise de pouvoir à nouveau le faire et ferme les yeux pour pouvoir rassembler mes neurones qui semblent s’être éparpillés dans le brouillard. Ça y est, je sais.

Je bats des cils le temps de faire la mise au point et Solveig se trouve devant moi, en robe rouge, assise, dos à sa porte d’entrée.

— Ma chérie, commencé-je en m’approchant.

Elle se redresse tant bien que mal et avance d’un pas décidé vers moi. Je reprends :

— Louloute ?

Elle ne s’arrête pas et... passe à travers moi.

Malgré moi, je me mets à hurler de terreur.

Bon Dieu, je suis morte !

Je viens de mourir au pire moment qu’il soit. Célibataire. Brouillée avec presque tous mes amis. En même temps, y a-t-il un bon moment pour ça ?

Je ne me suis pas préparée. Je croyais avoir la vie devant moi. Alors je fais comme si So’ pouvait m’entendre une dernière fois. Je m’approche d’elle et lui dit que je l’aime, je lui demande de me pardonner pour Erwann, pour la façon dont je lui ai parlé. Une fumée dense m’interrompt, elle s’insinue par le dessous de la porte, par les fenêtres.

— So ! Tire-toi ! So !

Elle ne semble rien voir. Je me sens happée en arrière.

Mon atterrissage est brusque, mais j’ai la sensation de rebondir. Un brouillard opaque semble avoir amorti ma chute. Il me faut quelques minutes pour reprendre mes esprits, si tant est que cela soit possible.

— Eh oh ? Il y a quelqu’un ?

Peut-être qu’un ange va me répondre – on ne sait jamais – tant que ce n’est pas un démon qui compte me faire cuire à la broche, je prends. N’obtenant aucune réponse, je décide d’explorer les lieux.

Cet endroit est vide, j’ai l’impression de tourner en rond depuis des heures, mais je n’en suis même pas sûre. Je m’assieds perdue, éreintée.

Une fatigue intense me saisit et je ne peux plus lutter contre le sommeil.

**

— El’ ?

— Elise, réveille-toi, bordel !

Mes yeux comme englués finissent par daigner s’ouvrir. Une silhouette masculine se découpe dans la brume devant moi.

— Elise c’est moi, Baptiste, fais un effort !

À ses côtés un autre homme se tient immobile. Dans un sursaut, je me redresse sur mes deux jambes. En effet, Baptiste est là avec un grand blond – très agréable à regarder.

— C’est Erick, m’explique Baptiste.

Mes membres tremblent un peu, je me sens comme sortie violemment d’un sommeil profond. Baptiste, Erick ? Il manque une pièce à ce puzzle pour que je comprenne où je suis. J’essaie de regarder autour de moi, mais il n’y a rien à voir. Tout semble irréel, même Baptiste, raide comme un piquet devant moi.

— Tu peux me dire ce qu’il se passe et ce que je fiche ici ?

— Je n’ai pas de réponse à t’apporter, mais d’avoir discuté avec Erick avant qu’il ne puisse plus parler et que je me retrouve paralysé, le point commun, c’est Solveig. Ses souvenirs.

— Avant d’arriver ici, je l’ai vue.

— Elle va bien ?

— Je veux dire… ce n’était pas normal. J’étais dans la rue, je suis tombée et puis je me suis retrouvée chez elle, devant elle, et elle ne me voyait pas.

— Oh, Erick et moi aussi avons vu Solveig à différents moments de sa vie.

— De sales moments ?

— Oui.

— Nous ne sommes pas morts ? demandé-je.

J’ai beau essayer de comprendre, tout semble si impossible que je ne sais pas si je délire, ou si nous délirons à trois. J’ai déjà entendu parlé de Pont-Saint-Esprit, une ville dans le Gard où des centaines d’habitants se sont mis à avoir des hallucinations, certains sont morts. Personne n’a jamais su ce qu’il s’était passé. On a parlé d’un « pain maudit » qui aurait été contaminé par on ne sait quoi, peut-être l’ergot de seigle, on a parlé d’expériences des Américains au LSD pulvérisé sur la population…

Si ça se trouve je suis défoncée et nous allons bientôt mourir.

Je réalise que mon ami n’a pas bougé d’un pouce depuis que je suis ici.

— Je ne crois pas, mais je ne suis sûr de rien.

J’attrape Baptiste et tente de l’aider à se mouvoir. Il reste figé.

— Laisse tomber, je suis paralysé. Je ne peux même plus remuer le petit orteil. Erick l’a été avant moi, mais il était déjà présent quand j’ai atterri ici, dans le brouillard. J’ai essayé pendant des heures de le secouer et sans vouloir te vexer, je suis un poil plus costaud que toi.

— Alors que faut-il faire ?

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A Walk on the White Side   REMERCIEMENTS

REMERCIEMENTSTout d’abord, merci infiniment à vous qui avez ce livre entre vos mains.L’écriture est une magnifique aventure. J’ai découvert qu’au-delà d’être seule devant mon ordinateur avec mes personnages, elle était un partage et source de rencontres aussi belles les unes que les autres.À mes éditeurs sans qui ce rêve en serait resté un.Bien sûr, Guillaume, je ne pourrais jamais assez te remercier pour ton soutien, ta patience et tes conseils qui ont permis de faire avancer ce texte plus loin que je ne l’aurais imaginé. Merci pour nos échanges et ton humour.Ophélie pour tes retours pertinents, pour y avoir cru et d’un coup de sourire et de douceur avoir rendu cette aventure possible.Merci aux lecteurs du comité de lecture sans qui ce livre n’en serait pas un.Comment ne pas remercier Lilou, pour tes nombreuses lectures et ton amitié sans failles. Valérie pour en plus de m’avoir lu être la personne si incroyable que tu es. Caro, pour ton défi et les rires sans compter su

A Walk on the White Side   11 FEVRIER 2024

11 FEVRIER 2024Solveig— Solveig, tu as un mail ! me crie Erick, du salon.Je finis de ranger quelques affaires à l’étage et descends l’escalier pour me rendre devant mon ordinateur.De : EliseObjet : The White SideSalut Solveig,J’espère qu’Erick et toi allez bien. C’est le cas pour Martin et moi. Nous sommes à Sidney et je voulais te dire, car je pense que tu voudrais savoir… ça y est, nous l’avons retrouvé, il est dans notre sac. Nous nous étions rapprochés d’un laboratoire en Nouvelle-­Zélande qui pratique des examens sur les objets anciens, les parchemins exposés dans les musées, ce genre de choses. Moyennant finance, nous nous sommes mis d’accord pour qu’ils l’étudient. Nous rentrons donc dès demain pour leur confier.Je crois que nous avons réussi à le mettre hors d’état de nuire. Autre chose, j’ai lu ton dernier livre, je l’ai adoré. Il en ressort beaucoup de douceur, et je te sens – entre les lignes – apaisée. Je trouve cela super que tu

A Walk on the White Side   10 FEVRIER 2024

10 FEVRIER 2024EliseLe téléphone sonne, voilà enfin ce coup de fil que j’attends depuis bien trop longtemps.— Prépare tes affaires, j’ai retrouvé sa trace à Sidney.— Laisse-moi une heure et je suis prête. Tu me rejoins à la maison ? interrogé-je un Martin surexcité.Des tas de pensées se bousculent dans ma tête. Parviendrons-nous à convaincre son nouvel auteur de ne pas détruire l’objet de nos recherches ?Nous avons encore tellement de questions et surtout un objectif, l’arrêter. Il nous reste un peu moins d’un an avant sa prochaine disparition.Je prépare mes vêtements à la hâte, si bien que je dois attendre Martin afin que nous embarquions direction l’Australie. Nous empruntons un taxi pour nous rendre à l’aéroport et je sens mon ami songeur, ailleurs, durant tout le trajet. Une fois bien installés dans l’avion, il m’attrape la main et la serre un peu fort.— Je ne savais pas que tu avais peur de l’avion, constaté-je.— El’, je dois de te dire q

A Walk on the White Side   13 FEVRIER 2020

13 FEVRIER 2020SolveigDevant la galerie où expose Simon ce soir, je trépigne d’impatience. Les choses ont bien changé en un an. Nos vies ne sont plus les mêmes, nous ne sommes plus les mêmes. Mais tous, nous sommes arrangés pour être là ce soir. Camille a évidemment fait garder Elena. Kristin et Baptiste sont là, Erick aussi, bien sûr, à mes côtés.Le brouillard est derrière nous.— Bonsoir ! entends-je dans mon dos.Elise, le teint hâlé, sans mèche rose et souriante se tient devant nous.Je n’ai eu que peu de nouvelles depuis son départ, juste de quoi savoir qu’elle était toujours en vie, il me semble avoir devant moi une fleur qui a éclos.Elle resplendit.Je la serre dans mes bras et nous échangeons quelques mots. Ensemble, nous entrons enfin pour découvrir les œuvres de notre ami. Il nous a prévenus qu’une œuvre majeure crée l’année dernière en était l’élément central. Nous ne sommes pas déçus, je réalise seulement maintenant l’ampleur de son talent. Chaque tableau m

A Walk on the White Side   24 DECEMBRE 2019

24 DECEMBRE 2019EliseJe suis fauchée. J’avais quelques économies quand j’ai claqué la porte de ma vie en France, dorénavant, je n’ai plus de quoi tenir un mois. Un journal dans les mains, j’épluche les petites annonces.Les autres années, je passais au moins une partie des fêtes avec mes parents, cette année ce ne sera pas le cas. Cela m’a finalement bien arrangée d’avoir le prétexte de l’argent. Je n’arrivais pas à me dire qu’il allait falloir que je reprenne une place, un rôle qui n’est plus le mien, et en plus sans Simon.J’ai parcouru les brocantes et ai trouvé un cadeau parfait pour Martin. Quand je l’ai vu, je me suis dit que ce ne pouvait être qu’un présent de ma part pour lui. Nous avons prévu de partager un repas ce soir et j’ai hâte de lui offrir. Quelque part, le carnet nous a réunis, et m’a permis de tourner la page avec tout ce qui ne tournait plus rond dans ma vie. Et Martin s’est trouvé à côté de moi au bon moment.C’est lui qui cuisine et m’invite dans l’appartem

A Walk on the White Side   20 DECEMBRE 2019

20 DECEMBRE 2019EliseJe me rends dans un café pour rejoindre Martin, il m’a appelé aux aurores, car il a fait une découverte qu’il voulait impérativement partager avec moi. L’avantage du fait qu’il soit si tôt est qu’un jus noir bien serré m’est servi à la vitesse de l’éclair, vu que pour une fois il n’y a pas foule. L’inconvénient est que je suis épuisée.Je me tourne et retourne les méninges toutes les nuits, pensant à Solveig qui savait forcément. Me demandant si le carnet a le temps de faire à nouveau une apparition d’ici la fin de l’année. Ne comprenant pas encore tous les tenants et les aboutissants.Je remarque que Martin subit aussi la fatigue quand il me rejoint à table.— Encore une nuit difficile ? lui lancé-je— La question serait plutôt quand ai-je vraiment dormi pour la dernière fois !— Tu voulais me parler de quelque chose ?— Oui, j’ai étendu mes recherches, parce que jusqu’à présent je me suis contenté de cibler les dispari

A Walk on the White Side   18 MAI 2019

18 MAI 2019SolveigIl soupire à côté de moi, résigné, je le regarde faire alors qu’il s’approche et m’embrasse. C’est bon de le sentir contre moi, de sentir son odeur. Quand il se décide à me déshabiller, je le laisse faire, je le laisserai faire ce qu’il veut de moi, mais ça, il ne le sait pas.

A Walk on the White Side   17 MAI 2019

17 MAI 2019SimonVu l’heure, je sais qu’Elise n’est pas là, et pourtant me voilà devant chez Camille.Je n’ai pas dormi, j’ai déambulé en attendant de pouvoir venir la voir. C’est une envie à laquelle je n’arrive pas à me soustraire.Elle a dit que la situation actuelle était trop compliquée. J

A Walk on the White Side   16 MAI 2019

16 MAI 2019BaptisteAutour de moi tout est flou. Je me suis réveillé, préparé pour aller voir Kristin, et me suis retrouvé ici. Je ne reconnais rien. Il fait sombre – ça n’aide effectivement pas. En toute logique, ça ne devrait pas être le cas. Ma montre me serait bien utile – si elle fonctionnai

A Walk on the White Side   15 MAI 2019

15 MAI 2019SolveigJ’ouvre The White Side et me mets à écrire, y laissant toute mon âme. Pour la première fois depuis que j’ai commencé à me déverser dessus, j’écris sur Baptiste et non sur Erick. Son soutien a beaucoup d’importance pour moi. Et une envie irrépressible de décrire mon ami, lui don

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