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21 MAI 2019

Author: 15210689748
"Petsa ng paglalathala: " 2021-06-28 13:39:53
21 MAI 2019

Solveig

Je descends au bar de l’hôtel et commande un Daïquiri, puis deux, trois... jusqu’à ne plus compter. Le monde disparaît.

Les fantômes de ma vie dansent devant mes yeux. Je suis complètement cuite, et seule – la honte.

Il est temps que je remonte jusqu’à ma chambre. Il est minuit passé. Je titube, me prends les pieds dans le tapis, tombe à genoux sur le sol. Un rire incontrôlable m’agite. Je me relève difficilement et me dirige vers mon lit. Des larmes venues d’on ne sait où se mettent à dégouliner en trombes. Des litres de flotte qui surgissent de l’écran de fumée qu’est la vie. Je regarde mon téléphone. Toujours pas d’appel d’Elise. Je suis trop épuisée pour le faire à sa place et sombre.

Je suis dans un nuage épais, gris, une brume opaque, qui peu à peu se dissipe.

Erick, Baptiste et Elise sont côte à côte, comme paralysés. Erick a les yeux fermés, je m’approche de lui, il les ouvre brusquement, les écarquille. Rien d’autre ne bouge. Je tente de venir plus près, mais je n’y arrive pas.

Baptiste gémit, je tente de l’atteindre, mais cela m’est impossible. Il y a comme une force invisible qui me retient, m’enserre, j’ai beau me débattre, j’ai la sensation que son étreinte se fait plus forte.

— Aide-nous ! crie mon amie.

Je suis projetée en arrière.

— Attends-moi !

Cette voix, je la reconnais, elle m’arrache les tripes. C’est celle de ma mère.

**

Le téléphone sonne dans le vide. Je me suis réveillée en sursaut et ai immédiatement tenté de joindre El’. Rien n’y a fait. Il est trois heures. Peu importe l’heure qu’il est. Je fourre mes affaires dans ma valise et jette un œil à la chambre qui m’a accueilli ces derniers jours. Il n’y a pas de place pour la nostalgie.

Malgré la quantité d’alcool ingérée plus tôt dans la soirée, je suis bien décidée à rentrer. Erick se planque, même si j’ai le sentiment qu’il y a autre chose. Mais Baptiste et Elise ? Et ce cauchemar ?

Arrivée à l’accueil, je suis surprise. Julie est installée. Cette fille n’arrête-t-elle jamais de travailler ?

— Je dois y aller.

Elle regarde incrédule mes bagages.

— À cette heure ?

— Une urgence.

— Erick ?

— Non pas du tout, je voudrais régler du coup.

— Je ne suis pas sûre que ce soit raisonnable, vu le rhum…

— Eh bien moi je vous dis que si, et si vous voulez que je parte après avoir réglé, et non avant, il va falloir me sortir la note.

Elle me regarde, les joues un peu rougies. Je réalise que je dépasse les bornes.

— Désolée je dois vraiment partir.

Je la remercie pour tout et quitte l’hôtel.

Ma voiture que je n’ai pas touchée depuis que je suis arrivée est toujours bien à sa place. J’y glisse mes affaires et pose The White Side sur le siège passager. Il est maintenant 3 h 45, les rues et les routes sont désertes.

Je m’éloigne de la ville à vive allure, absorbée dans mes pensées. Le cauchemar de cette nuit tourne en boucle. Il n’y a plus d’éclairage public, mais la visibilité est bonne. C’est une nuit lumineuse comme on en voit peu. La lune est immense. Elle paraît disproportionnée, étrange.

Je suis perdue, tout semble se casser la figure, m’entraînant dans sa chute. Les pins qui bordent la départementale – sombre à cette heure – semblent être découpés dans le ciel bien trop clair.

Quelque chose m’échappe.

— Des tas de choses t’échappent !

Simon

J’ai peint pendant des heures. Il n’y avait que cela qui pouvait me permettre d’évacuer. De mettre chaque chose à sa place. Le fait de tout dire à Elise m’a fait du bien, comme si les choses rentraient en ordre. Il fallait lui dire.

Je me suis retrouvé là, suspendu entre deux couleurs avec l’envie de rejoindre Camille, mais c’était trop le bazar dans ma tête et il fallait d’abord que je finisse ma toile. L’image de mon père dansait devant mes yeux. J’étais en colère après lui et en même temps je me retrouvais dans cette situation. Celle de n’être présent pour personne. Quelle folie pouvait me faire croire que j’étais un homme meilleur ? Pas les événements de ces derniers mois. Est-ce qu’il m’a façonné à son image ? Ou suis-je son antithèse ?

Des démons s’échappaient de ma tête pour venir se coller à la toile. Je me suis dit que je n’avais rien à voir avec Pierre. Que je voulais d’un foyer avec Camille. J’ai réalisé que c’est ce qui me manquait. Je n’ai pas eu de vrai foyer, le mien ayant implosé, et j’en touche un du bout des doigts. Une autre idée a fait son chemin : si je veux ce foyer, peut-être, elle, n’en veut pas.

Je ne peux pas la forcer, puis ce n’est pas dans mon caractère. Non, je ne peux pas.

Ma mère s’est retrouvée seule avec moi, car mon père ne voulait pas, ou ne pouvait pas être l’homme d’une seule femme. Il m’a avoué avoir regretté de ne pas avoir de port d’attache.

Je refuse de marcher dans ses traces. Je ne veux pas vivre comme lui. Pas à cause de ce qu’il a fait, plutôt à cause de ce qu’il n’a pas fait. Son absence et ce que mon esprit a fait de cette absence. Je courais après lui et son image en m’imaginant ne pas être assez bien. Comment un gosse ne peut-il pas être assez bien pour ses parents ? Je ne saurais jamais si c’est vrai, mais j’ai envie de tracer ma propre route. Et si Camille ne veut pas de moi, moi je veux de cet enfant.

Je refuse que plus tard il déteste un père absent. J’aimerais le voir grandir, jouer, être là pour ses premiers pas et ses premières chutes.

Cette idée m’a fait tout lâcher, j’ai regardé l’heure au réveil : 3h. Rien à faire d’être au milieu de la nuit, je dois la voir pour tout lui dire. D’autant que, sorti de ma transe, je réalise qu’Elise a dû lui rendre visite. Mon sang ne fait qu’un tour, et je sors sans même faire attention au fait que j’ai de la peinture sur tous mes habits, sur les mains, peut-être même dans les cheveux. Je cours dans les rues, où l’on voit comme en plein jour, comme si j’avais le diable aux trousses, mais ce n’est que mon nombrilisme qui me poursuit. Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ? Simplement parce que j’étais trop occupé à penser à moi.

Je cours toujours et je suis surpris par la taille de la lune, elle est énorme, gigantesque.

On dirait qu’elle a trop mangé.

Je ne peux pas la quitter des yeux. J’ai l’impression qu’elle essaie de communiquer, je voudrais qu’elle parle. Elle pourrait me dire, elle, si Camille va bien. Elle reste muette, pourtant. Et moi je cours.

Kristin

Rien, pas un mot. Pas de mail, pas de SMS. Rien. S’il avait lu mon appel à l’aide, mon frère aurait répondu. C’est une certitude.

En rentrant de l’hôpital, j’ai fait un détour par l’appartement de Baptiste. J’ai garé mon pot de yaourt un peu plus bas dans la rue.

Sauf que s’il m’évite et qu’il voit ma voiture, il ne m’ouvrira pas.

Seulement, je ne comprends pas vraiment pourquoi il refuserait. Réflexe de mes expériences passées. Lui me semble différent. J’ai donc décidé de m’ôter cette idée de la tête.

Dans la rue et jusqu’à devant son immeuble, j’ai espéré le croiser… rien. J’ai grimpé les quelques marches qui mènent à l’interphone, puis sonné, une fois, dix fois, sans foi, puis je me suis assise sur les marches. Les coudes sur les genoux j’ai regardé défiler les passants. Je ne sais pas vraiment combien de temps je suis restée assise. Je me suis demandé combien de fois il a foulé ce trottoir, s’il l’avait fait aujourd’hui. Sinon, quand pour la dernière fois ? Était-ce pour venir me voir ? Il n’y avait aucune réponse à tout cela, mais je n’arrivais pas à me décider à me lever, à retourner à ma voiture, à mon appartement.

Un monsieur qui marchait avec une canne et semblant avoir dans les quatre-vingts ans s’est arrêté à mon niveau.

— Vous avez l’air perdue

— Je ne le suis pas.

— Alors c’est que vous êtes malheureuse !

Il m’a tendu la main et je me suis levée.

— Donnez-moi donc le bras.

Je me suis exécutée.

— C’est un homme ?

J’ai acquiescé, je ne crois pas qu’il m’ait vu faire parce qu’il était concentré sur ses pieds.

— C’est un crétin !

— Je ne crois pas.

— Ah ? Alors pourquoi est-ce qu’un vieux croûton comme moi arrive à vous avoir à son bras à sa place ?

— Je suis inquiète pour lui, je crois qu’il lui est arrivé quelque chose.

Il s’est arrêté et m’a dévisagé. J’ai cru voir un éclair de douleur passer dans ses yeux. Peut-être me suis-je trompée ? Le blanc de ses yeux était jaunâtre et s’ils avaient dû être d’un bleu magnifique à une époque, leur couleur avait tourné, ses pupilles n’étaient plus tout à fait noires. Je crois bien que cela s’appelle la cataracte. Il a repris tranquillement sa marche.

— J’étais marié, vous savez. J’ai été un goujat de première, mais je l’aimais. J’espère que votre ami n’est pas un goujat.

— Moi aussi. Moi aussi…

Je lui ai souhaité bonne route et l’ai laissé repartir. J’ai repris le volant de ma 500 jusqu’à chez moi. J’ai bien essayé de manger, de dormir, en vain.

La pendule du salon affiche trois heures. Mon appartement est baigné de lumière alors que seul mon ordinateur est allumé. La lune est pleine cette nuit. Elle est belle, immense. Je la regarde et me demande si mon frère et mon petit ami la voient aussi.

Solveig

— Des tas de choses t’échappent !

Mon pied s’écrase sur le frein et ma voiture pique du nez tandis que son arrière-train hésite entre rester sur la chaussée ou non.

La voix vient de derrière moi, et je l’ai entendue il y a moins de deux heures, dans mon cauchemar. Je n’ose pas me retourner. Mes mains tremblent. Une hallucination ? J’ai beaucoup bu, mais peut-être pas à ce point.

— Tu devrais te garer sur le bas-côté, c’est dangereux, là.

— Qui... qui... comment ?

— Gare-toi.

Je m’exécute, fébrile. Une fois que c’est fait, je ferme les yeux.

— Tu es partie ?

— Non.

Merde.

Si la peur a été ma première réaction, je sens une colère grondante s’insinuer dans mes veines, tout mon corps et ma tête. Je coupe le moteur, prends les clefs, mon carnet et ouvre ma portière violemment. Je suis sûre que c’est elle, les petits mots écrits. J’ai rêvé d’elle juste avant.

Bon sang, j’ai écrit sur elle, aussi... Non, c’est impossible. Rien n’est réel.

Face à moi, de l’autre côté de la route, des vignes s’étendent à perte de vue. Sur le côté droit de la voiture, un bois. Je dois devenir complètement dingue à cause de toutes ces histoires. Note à moi-même : Ne plus jamais boire autant, seule.

Un silence pesant règne. Aucun véhicule n’a circulé depuis que j’ai pilé. Il fait un peu frais, mais j’ai bon espoir que ça me remette les idées en place. La portière arrière gauche s’ouvre derrière moi et j’ose enfin faire face.

Mes poings se serrent, je déglutis violemment.

— Qu’est-ce que tu fous là ? Et comment, d’ailleurs ?

— Je n’en sais rien, Solveig.

Ma mère me dévisage et tente de s’approcher, mais je recule.

— Tu es un fantôme ? Une hallucination ?

— Je ne sais pas. Je suis là, c’est tout.

— Eh bien, va-t’en.

Elle se tait, semblant blessée par mes propos. Comme si on pouvait blesser son imagination.

— Je ne peux pas.

Aucun son ne franchit mes lèvres.

— Tu as quel âge maintenant ?

— Vingt-sept.

— Tu n’as pas tellement changé en dix ans.

— Tu comptes discuter avec moi comme le feraient deux vieilles copines qui se sont quittées en bons termes il y a dix ans ?

Ma mère baisse les yeux.

— Je n’ai pas été la mère dont tu aurais eu besoin…

— Et bien au moins, tu en as conscience ! C’est bien !

— Et ton père ?

— Même morte, tu t’intéresses encore à ce fumier.

Je soupire puis ajoute :

— Il est toujours à la maison, je ne l’ai pas vu depuis environ sept ans. On s’envoie une carte aux anniversaires et à Noël. Ça doit lui filer l’impression d’être un père. Lui filer un peu de discussion pour le bar.

— Il n’a pas toujours été comme ça.

— Pour moi, si.

Elle incline la tête.

— Je me souviens de ta naissance comme si c’était hier. Nous aurions dû être heureux. Ton père, tu sais, a toujours connu la violence, il ne sait pas faire autrement. Il a essayé de faire des efforts.

— En te cognant dessus, en me cognant dessus. Sacrés efforts. Et toi, c’est quoi ton excuse pour être restée, et m’avoir laissé avec lui ?

— Je l’aimais. Il m’a offert une merveilleuse petite fille, et puis il m’a sortie d’une situation bien pire.

— Je ne vois pas ce qui peut être pire.

— Moi si.

— Ramassis de conneries. Tu as toujours été trop faible, trop lâche. Et vous m’avez bousillée.

— Pourquoi tu dis ça ?

Des larmes se mettent à couler malgré moi, je pense que c’est sous l’effet de la colère.

— Je ne tiens pas debout, je suis bancale, usée avant l’âge, incapable d’être vraiment heureuse. Et je vis constamment dans ce passé dégueulasse que vous m’avez créé.

— Pourtant tu as toujours été forte, solide, courageuse…

— Va-t’en ! hurlé-je.

— Solveig…

À l’intérieur de moi, des flots de pensées se mélangent. Se déchaîne un océan en pleine tempête dont les vagues s’éclatent sur des falaises de rochers qui ne semblent plus pouvoir tenir le choc. Je prends instinctivement le chemin du bois. Je marche vite, pour fuir cette discussion avec un fantôme.

Baptiste

Comme Erick avant moi, il m’est désormais impossible de bouger, je me demande quand, à son image, je vais perdre la possibilité de parler. Elise tourne comme un lion en cage devant nous, gaspillant ses forces pour rien.

— Arrête ! lui ordonné-je.

— Je ne comprends rien, ça m’énerve…

« Ça m’énerve », retentit l’écho.

— Tu as entendu ça ? questionné-je El’.

— Ça quoi ?

— L’écho, c’est la première fois depuis que je suis là qu’il y en a un.

— Je n’ai pas entendu.

Je ferme les yeux et alors que je ne devrais voir que du noir, des images prennent forme. J’ai l’impression d’avoir un casque de réalité virtuelle, un film se déroule sur la toile de mes paupières. Quand je les ouvre, Elise est devant moi.

Je m’immerge dans les images, elles ne m’appartiennent pas, ce n’est pas un souvenir, en tout cas pas un des miens.

Une jeune femme ? une adolescente ? À bien y regarder, il s’agit de Solveig qui s’agite dans un salon. La pièce est petite et mal éclairée. Ses joues sont baignées de larmes. Je détaille la pièce, une pile de tenues d’étudiante aide-soignante est posée sur une table en mélaminé. Une seule et unique chaise est glissée dessous. Des papiers traînent à droite à gauche. Un petit bar sépare la pièce et une kitchenette débordant de vaisselle non faite la décore. Elle doit avoir 18 ans, être en plein dans ses études, sa mère est morte il n’y a pas si longtemps. Elle déambule tout en pleurant, les joues et les yeux rougis.

Tout à coup elle se met à crier, un hurlement de douleur comme je n’en ai jamais entendu. Les blouses se retrouvent au sol, les assiettes encore sales se retrouvent écrasées contre un mur et la chaise les rejoint. Tout y passe, elle détruit tout puis se laisse tomber au sol. Brisée.

— Baptiste !

La voix d’Elise me tire de cet instant de voyeurisme dans les souvenirs de ma meilleure amie.

— Qu’est-ce qu’il t’arrive, tu pleures ? m’enquiers-je. Je suis sûre qu’on va s’en sortir, tu sais.

— Ce n’est pas ça.

— D’accord.

Camille

3 h 38

Je m’y reprends à deux fois avant d’être sûre de l’heure. Quelqu’un s’acharne sur l’interphone. Je peine à me lever, j’ai dû m’endormir il y a une heure, d’épuisement. J’étais trop mal, je tournais et retournais dans mon lit.

— Ouvre-moi.

Je reconnais la voix de Simon et d’un geste incontrôlé, appuie sur le bouton qui déverrouille la porte. Je regrette aussitôt - enfin pas vraiment –, tout est embrouillé. Quand je lui ai annoncé le fait qu’il allait être père, sa réaction – ou son absence - m’a mis un sacré coup. Et même si j’aimerais être heureuse de le savoir là, je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée que l’on se voit. Une part de moi est en colère parce qu’il a pris les devants en en parlant à Elise. Même si je sais que c’est injuste. J’aurais pu, j’aurais dû le faire avant, moi-même. Assumer.

Pourtant il est là et il cogne contre la porte comme un damné.

— Tu devrais faire demi-tour.

— Non.

— Je suis fatiguée et pas présentable.

— Laisse-moi entrer, s’il te plaît.

Sa voix est plus grave qu’à l’accoutumée.

— Tu as parlé à Elise.

— Écoute, on ne va pas parler de ça chacun d’un côté de cette foutue porte. Ouvre.

J’hésite. Retourne la situation dans tous les sens, en tout cas autant que mon esprit embrumé me le permet puis me dit qu’il n’a pas tort. J’actionne la clenche et reste au milieu du passage.

— Tu as parlé à Elise.

Son regard s’attarde dans le mien.

— Je suis désolé, je n’ai pas réfléchi.

Je me décale d’un pas afin de le laisser passer.

— Tu aurais dû.

— Il fallait que je lui dise qu’elle et moi ne sommes plus un couple.

— Tu ne lui as pas dit que cela.

— Non, je lui ai aussi dit pour le bébé, je ne pouvais pas mentir, c’était au-dessus de mes forces. Je voudrais être le père de cet enfant.

— Eh bien, tu l’es déjà !

— Je veux dire que je voudrais être là pour lui, pour toi…

— Ah.

Je n’ai pas mieux comme réponse et bien trop peur pour m’avancer, bien trop mal au cœur à cause de cette histoire. Ah, c’est bien. Je fuis toute notion de responsabilité dans ce qu’il peut interpréter de cette onomatopée.

— Je suis fatiguée, Simon.

— Je t’aime.

— Pardon ?

— Je t’aime.

Il me regarde avec toute la tendresse du monde. J’aurais souhaité qu’il prononce ces mots plus tôt. Pas forcé par l’annonce de ma grossesse. Mon cœur, désarmé, succombe à ces quelques mots malgré tout. Moi aussi je l’aime. Pourtant cette déclaration ne me rend pas aussi heureuse qu’elle le devrait, et plus fort, je suis encore mal. J’ai notre bébé dans mon ventre. Je suis amoureuse de Simon, et contre toute attente, lui aussi.

Pourtant tout cela sonne comme un roman à l’eau de rose qui va dégénérer. D’une, parce qu’on ne sait pas où est Elise, et ensuite, parce que cette histoire commence d’une façon complètement malsaine. Je ne peux pas me laisser aller et je pense que c’est plutôt normal. Ma conscience de petite fille bien élevée m’alerte, tout cela sent le roussi depuis le début. Je voudrais mettre un coup de pied aux fesses de ma conscience et me jeter dans ses bras. Oh oui, je voudrais me blottir contre lui.

— On parlera de ça plus tard. Pour l’instant, Elise est dehors, je ne sais où, parce que tu as jugé que c’était à toi de lui parler de nous, tout seul dans ton coin.

— Je n’ai pas réalisé... Ça m’a paru être ce qu’il fallait faire, puis quand j’ai compris les conséquences que mon explication pouvait avoir... Enfin, regarde-moi ! Je ne suis pas un habitué des footings nocturnes.

Il a de la peinture un peu partout sur lui, je ris. Un rire mêlé de larmes. Ma main se perd dans ses cheveux, il ferme les yeux. Je nous sens à notre place, peut-être titubants, mais à notre place. C’est comme une évidence inespérée. Douce. Mon cœur s’emballe.

— Trouve Elise.

— D’accord.

Il approche sa main qui prend la direction de mon ventre. Il s’interrompt dans son mouvement.

— Je peux ?

Instinctivement, je pose la mienne dessus.

— Bien sûr que tu peux.

Un sourire discret éclaire son visage.

Il prend son temps, concentré sur mon ventre légèrement arrondi, puis dépose un baiser rapide sur mon front et sort comme il est entré, quant à moi, je retourne me coucher. Terrifiée. Aimée.

Elise

Des larmes glissent sur le visage de Baptiste. Nous étions si proches et maintenant, je ne saurais pas dire ce qui peut le faire pleurer. Je me trouve ridicule de ma réaction par rapport à son couple.

— Tu es heureux avec Kristin ?

— Je suis bien avec elle.

— Tu le mérites.

— Je le sais. Et toi Elise, tu es heureuse ?

Et voilà que je me mets à sangloter.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

Je reste silencieuse.

— Parle-moi ! On s’entendait bien, avant.

Un soupir m’échappe, il a raison, nous étions les deux parties d’une même pièce. Le pile et le face.

— C’était il y a longtemps, pensé-je à voix haute.

Je m’éloigne un peu et m’assieds sur le sol cotonneux. Apparaît devant moi l’image de Solveig sur son canapé, enveloppée d’un plaid. Elle semble absente de son corps. Je vois du mouvement derrière elle, une silhouette d’homme. C’est Baptiste. Il raccroche son téléphone. Elle lui adresse quelques mots que je ne parviens pas à comprendre, il l’embrasse et s’en va. Elle ne bouge pas, ne cille pas. Erwann vient de mourir.

Les minutes s’égrènent, rien ne bouge, mais je sens sa douleur se fondre en moi. Elle s’insinue par tous mes pores. C’est un tsunami d’angoisse, de peur, de solitude, de peine. Je n’arrive pas à tout identifier, ça me cloue au sol et j’ai la sensation que je vais me noyer dedans.

Solveig

J’ai beaucoup trop bu. De là à perdre la tête… Il y avait ce type au bar. Si ça se trouve, il m’a collé du GHB dans mon verre ou je ne sais quelle drogue faisant dérailler. Je ne ralentis pas pour autant le pas. La lune a beau être démesurément grande cette nuit, les bois deviennent tellement denses que je n’y vois plus grand-chose. Je m’enfonce dedans comme si j’avais le diable aux trousses. Le Diable. Je perds les pédales. Depuis quand est ce que je me mets à croire à ces bêtises ?

Mon pied bute sur un caillou, je sens ma cheville gauche prendre une position inhabituelle, puis mon genou décide de l’imiter.

La chute est rude, mais elle a le don de me faire reprendre mes esprits. D’arrêter la folie qui m’a prise de filer au milieu des arbres sans rien n’y voir. J’attrape mon téléphone dans ma poche, il n’y a aucun réseau ici. J’active la lampe torche. La vue de mon genou me confirme que je me suis égratignée, jusque-là, rien de trop grave. Tout semble revenu dans l’axe, je mobilise mes articulations, j’ai mal. Pour autant, ça bouge. Je replace mon téléphone et tente de me lever. C’est douloureux, cela ne doit être qu’une petite entorse... ou deux.

— Tu es tombée ?

— Tu es encore là ?

— Où veux-tu que je sois ?

— Au cimetière.

— Tu as besoin d’aide ?

— Ça va, je suis une grande fille.

J’entreprends de marcher, claudiquant en direction de ma voiture. Ce ne serait pas le tout de faire une nouvelle chute et bourrée ou droguée comme je suis de passer l’arme à gauche au milieu de nulle part.

— Tu fais l’enfant.

— Qu’est-ce que tu me chantes ?

— Regarde-toi, tu as mal, mais tu fais la fière et refuse mon aide.

— C’est sûr que je n’ai qu’à faire comme si cette hallucination était réelle et tout ira mieux.

— Je suis vraiment là !

— Tu es vraiment morte.

— Aussi.

Je souffle et reprends ma progression.

— Ce n’est pas parce que quelque chose échappe à ta compréhension que c’est faux.

— C’est vrai, je n’ai jamais compris ce que tu fichais avec mon enfoiré de père et pourtant c’était bien réel.

— Je sais que tu m’en veux, que tu nous en veux. Franchement, on a une chance inouïe toutes les deux de nous revoir et tu vas continuer à me faire tomber une pluie de reproches sur la tête ?

— Une chance ? Je n’ai rien demandé, moi. Rien !

— Et bien moi, je m’estime chanceuse.

— Tu as dû t’estimer heureuse aussi le jour où tu as épousé papa.

— Tu es rongée par la colère.

— La faute à qui ? LA FAUTE A QUI ? hurlé-je.

Elle s’arrête, je le sais, car je n’entends plus le bruit de ses pas. J’avance encore un peu, puis quand je juge être assez loin, m’adosse derrière un arbre. J’ignore l’écorce qui me griffe le dos. Ma jambe gauche me fait souffrir, et même si je pensais ne plus avoir une seule larme dans le corps, de nouveaux sanglots viennent me prouver le contraire. Bien sûr qu’elle a raison, je lui en veux. Je la déteste.

Simon

Elle m’a demandé de retrouver Elise, ou plutôt exigé. Soit. J’essaie de l’appeler, elle ne décroche pas. J’ai un appel en absence de So’. Elle non plus ne répond pas.

Je me demande où El’ s’est rendue. Je doute qu’elle soit rentrée chez nous en pleine nuit, tractant sa valise. La seule personne chez qui elle a pu aller, c’est Baptiste. Ce n’est pas très loin et c’est un de nos meilleurs amis.

Je tente de le joindre. À nouveau, le même scénario, un répondeur. Je décide donc de passer chez lui, et me résigne au bout d’un quart d’heure d’appuis prolongés sur la sonnette. S’ensuit une des plus longues heures de ma vie. Je rentre chez moi, personne. Je me creuse les méninges, nous avons un double de la maison de Solveig. Elle a peut-être voulu s’isoler. Je ne remets pas la main sur le trousseau alors je m’y rends, mais trouve porte close. A priori pas de trace d’Elise. Je repars en direction de l’appartement de Camille ponctuant mes déambulations d’appels qui restent sans réponses. Si mon cerveau ne comprend pas ce qu’il se passe, mon ventre lui me fait de plus en plus mal.

J’ai un mauvais pressentiment.

Je scrute chaque ruelle et repère un hôtel. Une étincelle d’espoir s’allume en moi, jusqu’à ce que la réceptionniste me dise ne l’avoir ni accueillie ni vue dehors. Pourtant je soupçonne cette nana d’avoir passé plus de temps devant la porte à fumer que derrière son comptoir. Et Elise, on la voit de loin.

Je suis presque chez Cam lorsque je l’aperçois. La valise d’Elise gît sur le sol, la poignée étirée de tout son long. On dirait une baleine échouée en bord de plage. Je fonce à côté d’elle.

— Elise ! hurlé-je à pleins poumons.

Je regarde tout autour de moi, mais rien. Elle n’a pourtant pas pu se volatiliser ! Alors je me mets à faire des trucs stupides, regarder derrière les poubelles, les arbres. Sous un banc. Je continue à m’époumoner.

Rien à part une vieille qui ouvre sa fenêtre pour me dire de la fermer.

Elise a disparu.

Que fait-on quand quelqu’un a disparu ?

Je pense à Solveig et tente à nouveau de l’appeler. Cette voix mécanique commence à me faire péter les plombs. Je ne peux même pas retourner chez Camille. Elle est épuisée, enceinte, je ne vais pas aggraver les choses.

J’attrape la valise d’Elise et me dirige vers le commissariat le plus proche.

Solveig

Toujours pas de réseau.

— Saleté.

Plus ça va, plus mon pied gauche racle sur le sol. Je dois rejoindre au plus vite ma voiture. Je me maudis intérieurement à chaque pas. Après avoir pleuré tout mon soûl derrière l’arbre, je me suis remise en marche. La laissant derrière moi.

— Tu devrais lui parler.

Je sursaute et ferme les yeux. C’est un cauchemar. Je me mords l’intérieur de la joue, me pince violemment.

— Non, tu ne rêves pas. Regarde-moi.

— Je ne veux pas, j’ai trop bu, je crois. Ou on m’a droguée.

— Et tu comptes rester les yeux fermés jusqu’à ce que je disparaisse ?

— C’est une bonne idée. J’ai ma dose de fantômes.

— C’est toi qui nous as fait venir, je te signale.

— Ça ne va pas, non ?

J’ouvre les yeux pour faire face à Erwann.

— Tu n’es qu’un cauchemar, depuis que tu es mort tu es tout le temps dans ma tête.

— Je ne suis pas un cauchemar. Sois un peu sympa.

— Tu me hantes parce que ne suis pas allée à ton enterrement. Mais je ne pouvais pas voir tes parents.

— C’est censé être sympa, ça ?

— Je m’en suis voulu de la façon dont on s’est séparé.

— Ah, et plus maintenant ?

Je prends le temps de l’observer. J’ai oublié à quel point il était beau. Le son de sa voix. La douceur de son regard.

— Tu as couché avec Elise ! Tu as sauté ma meilleure amie !

Il ouvre la bouche dans une expression de surprise.

— Quoi ? Tu croyais qu’elle ne dirait rien ?

— Ça ne servait à rien.

— Pourtant ça change tout.

— Tu m’as quitté. Il est arrivé ce qui est arrivé. Ça ne te regarde pas.

— Oui, tu as raison. Donc tu peux retourner voir les petits anges.

— Ta mère a raison, tu es dévorée par la colère.

— Ah et qu’est-ce que je devrais faire ? Hein ?

— Peut-être que tu devrais juste accepter les choses comme elles sont.

— Je n’ai pas d’autre choix que les accepter.

— Si. La preuve ! Tu rejettes tout, tu te victimises. Tout le monde t’a fait du mal. Pauvre petite.

— Connard !

— Oh, Solveig, nous sommes tous tellement désolés d’avoir une vie qui ne tourne pas autour de toi !

— Arrête de t’approcher ! Tais-toi !

— Non parce que moi je n’ai pas souffert. C’est vrai, quoi ! La nana avec qui je pensais faire ma vie m’annonce que je suis un boulet dans la sienne et qu’elle ne veut plus de moi. Je me retrouve à ne presque plus voir mes amis. Non, vraiment, Solveig est une grande malheureuse écorchée par la vie. Je vais pleurer !

— Fous-moi la paix !

Je me mets à courir malgré la douleur. J’entends son rire qui résonne contre les troncs, dans ma tête, dans mes os. J’ai la sensation que les arbres se referment sur moi. Que la forêt au lieu de s’éclaircir à l’approche de la voiture, s’épaissit. Je devrais déjà être au volant depuis le temps que j’essaie de la rejoindre. Je m’arrête et lance l’application GPS. Celle-ci ne fonctionne pas non plus.

La peur s’insinue en moi. Je suis perdue dans une forêt, jambe bousillée, en compagnie de gens morts qui sont décidés à me faire la morale. Un frisson parcourt ma colonne vertébrale.

— LAISSEZ-MOI PARTIR ! crié-je.

— C’est à toi de nous laisser partir, répond ma mère.

— Comment ?

— Je n’en sais rien moi. Je suis juste là et ce n’est pas de mon fait. Ne te méprends pas, ça me rend heureuse.

— Moi aussi je voudrais être heureuse. Je ne demande que ça d’être heureuse. Pourtant rien n’y fait.

— Et tu penses que les autres sont responsables, mais on ne vit pas à ta place, Solveig.

— Non et heureusement. Par contre, tes erreurs m’ont construite, forgée de travers.

— C’est à toi de choisir d’être heureuse. Fais les choix dont tu as envie pour ta vie.

— Pour l’instant, je fais celui de sortir d’ici.

— Tu ne comprends vraiment rien, dit Erwann qui a à nouveau fait son apparition.

— À quoi ?

— Nous avons beau te parler, tu n’entends pas, alors débrouille-toi. C’est bien ce que tu souhaites, non ? Être indépendante, autonome, vivre comme tu l’entends. Débrouille-toi.

Il s’assied sur un tronc posé au sol, la tête entre ses mains.

Je ne sais pas si tout ça est réel. Est-il un fantôme qui souhaite se venger, me faire du mal ? Face à lui je suis démunie. Et au fond je sais qu’il n’a pas tort.

— Tu aurais au moins pu venir à mon enterrement, ajoute-t-il.

— Je sais.

Je culpabilise de ne pas m’y être rendue, d’être celle qui a fusillé notre couple, de n’avoir fait que le blesser juste avant sa mort. Puis il apparaît si fragile devant moi. Seulement, je me sens incapable de lui dire tout ça.

— Tu as changé du jour au lendemain…

— Non, j’ai évolué, et ça a pris du temps. Tu bossais tout le temps et n’étais jamais auprès de moi. Tu n’as pas remarqué, c’est tout.

— Je t’aimais.

— Moi aussi. Seulement mes sentiments ont changé. Tu me manques, tu sais.

— Je ne t’en veux pas, So’.

— Moi si, je m’en veux.

— Pourtant il n’y a pas de raison, au vu de la situation tu as pris la meilleure décision et tu ne m’as pas tué. Je suis mort, c’est tout.

— Je suis désolée, tellement désolée.

— Arrête.

Il se met debout et me serre dans ses bras, sa tête se pose sur le sommet de la mienne. On croirait que c’est réel. Que le temps s’est arrêté. Un sentiment étrange s’insinue en moi. Doux, apaisant. Je me sens en paix, avec lui, avec moi.

Simon

La valise d’Elise et moi nous retrouvons devant chez Cam. Les flics ont pris ma déposition, j’ai parlé de la disparition d’Erick, le type a regardé dans ses dossiers, et cela a pris des lustres. Il a tapé chaque mot que je prononçais, m’a fait relire, signer. Ils m’ont dit qu’ils allaient ouvrir une enquête. De rentrer me reposer. Je suppose que j’aurais pu, peut-être dû.

Camille me regarde. Son si beau visage est marqué, stigmate d’une nuit sans sommeil. D’une inquiétude grandissante.

Je la prends dans mes bras, elle se laisse aller. Elle n’a sûrement pas la force de me repousser. Je suis un profiteur, j’aime sentir son corps contre le mien.

Je la soulève et l’amène jusqu’à son lit. L’allonge.

— Dors, je suis là.

Je la recouvre.

— Reste.

Elle me fait signe de m’installer à côté d’elle. Je quitte mes chaussures et la rejoins sous la couverture, mon bras gauche trouve sa place sous sa nuque, le droit autour de sa taille.

Solveig

— Tu devrais profiter de la revoir, me conseille Erwann. C’est une chance unique.

— Tu sais dans quel état tu m’as ramassée.

— II y avait ton enfance, mais il y avait aussi ce type-là, Jérémy.

— Oui.

— Je sais que tu as vécu l’enfer. Pourtant j’ai toujours admiré que tu aies pu le traverser, en te battant. Tu as peut-être évolué, comme tu dis. Pourtant je n’ai plus l’impression que tu te battes. Tu ne devrais pas perdre ça, regarde-toi, tu n’es plus que des larmes et de la colère alors que j’ai connu une fille souriante, vivante, heureuse ! Un petit soleil rayonnant et fort.

— J’ai l’impression de ne plus savoir faire. De me noyer. J’enchaîne les cauchemars. Quand je t’ai quitté, j’ai détruit le plancher qui me tenait debout.

— Tu n’as jamais eu besoin de moi pour vivre, tu peux avancer sans personne. Tu en es capable. J’étais juste à tes côtés. Et j’aimais ça, me dit Erwann.

— Moi aussi, j’aimais ça.

Il relâche son étreinte, pose une dernière fois un baiser sur mon front et recule dans l’obscurité. On croirait qu’il est avalé par les branches. Dévoré par ces bois qui m’emprisonnent.

Peut-être que pour sortir de là il faut que je lui parle à elle aussi. Peut-être qu’elle s’en ira et que je pourrai retourner à ma vie, chercher Baptiste, chercher Erick. Retourner dans un monde réel où tous ceux à qui je tiens disparaissent alors qu’ici les disparus reviennent. Je regarde le calepin que je tiens toujours dans ma main et suis stupéfaite. Les disparus et les revenants sur lesquels j’ai écrit dans The White Side ! C’est le seul lien que je vois à tout ça.

— Maman ? appelé-je.

Le silence me répond. J’avance sur un chemin au hasard.

— Maman ?

« Maman, maman, maman ».

L’écho de ma voix me fait sursauter. Je presse le pas tout en continuant à essayer de faire revenir une morte que j’ai fuie il y a quelques dizaines de minutes. Je crois que je suis cinglée.

Tout à coup, ma cheville gauche rend définitivement l’âme aidée par ce qui me semble être un parterre d’épines. Je chute et tente de me rattraper, mais c’est un rocher branlant qui m’entraîne. Ma tête cogne quelque chose de dur.

Un son incontrôlé sort de ma bouche, un cri animal.

Je ne maîtrise plus rien. La pente que je dévale est abrupte. Je me heurte à des troncs, des rochers. Je n’arrive à me raccrocher à rien, mon corps ne répond plus. Mes pensées m’échappent. La dernière chose que j’entends est la voix de ma mère qui hurle.

— Solveig !

Je ne sais combien de temps je suis restée inconsciente. Je suis à plat dos au fond d’un ravin. Enfin je suppose que je suis dans un ravin, vu la chute. Je palpe mon corps à l’aveuglette, remue mes jambes – elles bougent ! Mes bras de même. Respirer ne me fait pas mal. Je ne devrais sûrement pas bouger de là, attendre les secours. Seulement, j’ai bien peur qu’aucun ne vienne me chercher là où je suis. Je prends donc le risque et roule sur le côté, passe à quatre pattes, puis debout.

— Eh ? Ça va ? Sacrée chute, hein ?!

Je cherche qui m’a parlé et ne vois personne.

— Qui est là ?

Un ricanement vient de tout près, je cherche dans l’obscurité.

— Ah tu tiens debout, mais tu n’y vois pas clair !

Impossible de savoir qui me parle. Quelque chose me chatouille la nuque, je me tourne et l’arbre devant moi… se tord de rire.

Je recule sans le quitter des yeux. Dès que je suis assez loin, je me retourne. Il fait plus clair, les feuillages sont moins denses et la lune me permet de savoir où je mets les pieds.

— Ne cours pas si vite ! Tu vas tomber à nouveau !

Foutu résineux.

Un passage devant moi fait de roche et de terre forme un escalier. En l’empruntant, je dois pouvoir sortir de ce trou. Je grimpe sans effort et après quelques minutes me retrouve en haut. J’y vois comme en plein jour. Ce sera plus facile pour rejoindre ma voiture. Je me rassure comme je peux en me disant que c’est bientôt fini.

Je n’ai toujours pas de réseau ni aucun moyen de me diriger. Je roulais du sud vers le nord, j’ai pris à droite de la voiture, vers l’est, donc. Je vais essayer d’aller vers l’ouest. J’observe les arbres autour de moi, la mousse m’indique le nord. Me voilà partie dans une direction sortie d’un raisonnement à la mords-moi le nœud. Si je retrouve ma caisse, je m’inscris chez les scouts. Ça au moins, c’est rationnel. Ce n’est pas comme parler à des morts ou à des arbres ni penser que tout ça est la faute d’un carnet. Faudra que je me renseigne sur ce qui se donne comme drogue pour abuser des filles dans les bars. Si j’ai un problème de conscience un de ces quatre, je n’aurais qu’à en prendre.

Mon nez me démange, il se met à couler. Je palpe les poches de mon jean. Heureusement pour moi en plus d’un téléphone qui ne me sert à rien j’ai un paquet de mouchoirs. Ça m’évite de devoir arracher des pages de The White Side. Je m’en mets un dessous le nez, car j’ai l’impression de me transformer en Chutes du Niagara. Je m’essuie et jette un œil. Je jure en m’apercevant que du sang l’a complètement imbibé. J’en prends un autre et me compresse les narines en gardant la tête en avant. Ça ne m’arrive jamais. C’est ma première épistaxis. Il faut une première fois à tout.

Si mes autres premières fois pouvaient se passer ailleurs qu’ici !

Le temps que ça s’arrête, je repense à celles dont je me rappelle – de premières fois. Franchement, il n’y a que seul dans une forêt qu’on se met à repenser à ce genre de choses, peut-être aussi quand on a trop bu et qu’on les raconte à un inconnu accoudé à un bar.

Le premier baiser, la première rupture. Je pleurais tellement fort que ma mère m’a fait descendre de ma chambre et installée à la table de la cuisine. Elle m’a donné un chocolat chaud, et même si elle ne savait pas pourquoi je pleurais – et que je ne lui aurais jamais avoué la raison non plus – elle est restée à côté de moi à me frotter le dos jusqu’à ce que cessent mes sanglots.

Par moments, nous étions si proches.

Les saignements s’arrêtent enfin.

Une voix féminine me parvient. On dirait qu’elle force contre quelque chose, ou qu’elle tape.

— Maman ?

Un brouillard épais envahit le sentier si bien qu’en quelques secondes c’est une purée de pois si dense que je ne distingue plus mes doigts. Cela me rappelle quelque chose, quelque part. Je ne sais pas quoi ni où. Ça ne veut pas revenir, je l’ai au bord des lèvres, sur le bout de la langue. Ça ne vient pas.

— Putaaaaiiinnnnn !

Cette voix, je la reconnais. Sans problème.

— Elise ?

— Solveig ?

— T’es où ?

— Dans le brouillard.

Question bête, réponse bête.

— Continue de parler pour que je puisse te rejoindre, lui dis-je.

— OK… Je parle… je... parle.

Et moi j’avance, si bien que sa voix se rapproche. Le sol n’est plus comme dans la forêt alors que j’y suis encore. Il est mou, rebondit un peu. Je ne trouve rien pour me barrer le passage, ni par terre ni à ma hauteur. Ce n’est pas du luxe. Mes bras tendus devant moi balaient le vide au cas où.

— Ma chérie ?

— Je suis toujours là, mais je n’y vois rien, lui expliqué-je.

— Je sais ! Moi non plus. Quand je pouvais bouger, j’ai essayé de trouver la sortie et j’ai juste trouvé ce brouillard partout, confirme-t-elle

— Tu ne peux plus bouger ?

— Non, je n’y arrive plus, j’ai beau forcer..., sanglote Elise.

— Comment as-tu atterri ici ? poursuis-je en essayant de me repérer au son de sa voix.

Elle n’est pas loin seulement à chaque fois que je pense être près d’elle – cela échappe à ma compréhension, elle s’éloigne.

— Je ne sais pas, j’étais chez Cam’, je t’ai appelée en sortant et me suis assise sur un trottoir en pleurant. J’étais complètement paumée, il me semble que je me suis levée en me disant que j’allais aller voir chez Baptiste, c’est flou. J’ai dû m’endormir puis je t’ai vue, je sais que cela parait fou, mais j’ai assisté à un de tes souvenirs. Baptiste est là, il est coincé, ne peut plus parler. Et... Solveig, j’ai vu Erick. Mais il est dans les gaz.

— Tu es sûre de ça ? demandé-je

— Je ne suis même pas sûre d’être ici, j’ai même l’impression de t’avoir déjà vue plus tôt.

Je m’arrête. Moi aussi je l’ai déjà vue, Baptiste et Erick aussi… dans cette saleté de cauchemar.

— Erick était inconscient, réfléchis-je à haute voix.

— Oui, je crois et je pense que Baptiste n’est pas loin de lâcher... et... So’, c’est moi la prochaine... je vais crever ici…

— Non, je suis là, je suis là.

Je tente de la rassurer comme je peux, mais franchement je suis pitoyable. Admettons que l’on soit dans mon cauchemar, si j’essayais simplement de me réveiller ? Pourtant je ne dors pas, j’en suis sûre…

Une quinte de toux me surprend. Elle me terrasse. Je tombe à genoux et mets ma main devant la bouche. Encore du sang, toujours du sang, qui se répand sur le sol à chaque fois un peu plus, maculant ce gris blanc monochrome qui m’entoure.

— Qu’est-ce qui t’arrive ? Ça va ? s’inquiète-t-elle

Cela cesse. Je respire à nouveau. Je m’essuie comme je peux avec ma manche et campe sur mes jambes.

— Ouais, ouais, ça va aller, la rassuré-je.

Mes mains rouges se distinguent mieux.

— Je crois que je te vois, So’.

Je tourne la tête dans tous les sens, ça y est moi aussi je la repère. Je cours auprès d’elle.

— Comment je fais... je..

— Je n’en sais rien, je crois que c’est toi qui as la clé. Aide-moi ! m’ordonne Elise.

Elle fait mine de bouger, en fait elle se débat contre une force invisible pour se mouvoir, vide ses forces pour rien. Je m’approche dans l’espoir de pouvoir la décoincer, ou la porter. Et si ça ne fonctionne pas, je ferai appel à ma créativité…

— Arrête de forcer !

— Ma Louloute, je suis tellement désolée.

— Pour Erwann ? m’étonné-je

— Excuse-moi, ma chérie, pour tout.

— Ne t’inquiète pas, la vie continue, la tranquillisé-je.

Je pense chacun de ces mots.

Je regarde mon carnet et une idée me saute au visage. Et s’il était en plus du dénominateur commun, la clé pour que nous sortions de ce cauchemar ?

Je pourrais faire ce que j’ai toujours fait avec, m’y confier entre ses pages, mais je n’ai rien pour écrire. Je tourne en rond. M’arrête une seconde. Mes souvenirs de secourisme refont surface. Quand on fait un garrot et qu’on n’a rien pour noter, on nous dit qu’il faut prendre le sang de la victime et écrire l’heure de pose de celui-ci sur son front.

Et du sang, j’en ai à disposition sur moi-même. Je me palpe le visage, mais rien. Après tout ce que la toux m’a fait cracher, je découvre dépitée que je n’en ai plus la moindre goutte.

Je fais quelques pas en arrière à la recherche de la flaque que j’ai dû laisser.

Crac

Un bout de bois se brise sous mon pied droit. Je vais essayer autre chose. Je le ramasse, ouvre le carnet et écrit « Elise » en gravant les mots sur le papier. J’espère que sans encre, cela fonctionnera.

— Toujours là ? questionné-je sans même lever les yeux du carnet.

— Oui.

J’ajoute sur le carnet : « Je te pardonne ».

— Solveig, je ne me sens pas bien, j’ai la tête qui tourne.

Je m’approche à nouveau de mon amie et n’arrive pas bien à définir si ma vue se brouille ou si c’est son corps qui devient flou. Je ne tarde cependant pas à avoir ma réponse car elle disparaît sous mon regard.

Je hurle son prénom, mais pas de réponse. Un silence pesant m’étourdit presque, seulement je dois en faire fi pour trouver Baptiste. Je repense à mon cauchemar et me dirige vers là où il doit être, il s’y trouve bien, les yeux semi-clos. Je vacille un peu, me sentant étrange, comme s’il me manquait quelque chose. Je me sens apaisée. Tellement que cela me parait irréel, que cela me donne une sensation de malaise.

Je m’assieds devant lui et avec mon petit bout de bois et grave « Baptiste, je t’aime. » À son tour, il s’évanouit dans la brume.

Enfin, je trouve Erick. Je me sens heureuse, soulagée. Comme me l’a dit El’, il est dans les vapes. Sa respiration est lente, mais bien présente. Je suis saisie d’un doute. Et si je faisais une connerie en écrivant encore dans ce carnet qui les a déjà envoyés ici. Après évaluation de mes autres options – inexistantes – je note « Erick, revient ». Il n’est plus devant moi.

Mes jambes sont en coton. Le sol se rapproche, ou peut-être est-ce mon corps qui le rejoint. J’ai froid, ma vue se brouille. Un bourdonnement dans mes oreilles m’assourdit.

Je vois du noir avec quelques points blancs.

Puis, rien que du noir.

Plus que du noir.

Baptiste

Un mal de tête me compresse le crâne. Le soleil m’éblouit. Des formes se dessinent devant mes yeux. Qu’est-ce que je fiche allongé au sol ?

— T’en as mis du temps à émerger !

Elise est au-dessus de moi, avec un homme.

Je me frotte les yeux.

— Erick ? deviné-je.

— Oui, me confirme-t-il.

— On vient d’appeler les secours, m’annonce El’.

— Pourquoi ?

— Solveig…

Je m’assieds à l’aide de la main qu’Erick me tend. Solveig est allongée au sol, du sang plein la figure et un carnet à la main. Elle respire. Je regarde autour de nous, elle a dû dévaler la pente qui se dresse devant moi.

Il y a beaucoup d’arbres, des pins. Dans les forêts proches de chez nous, ce sont plutôt des chênes.

J’ai beau chercher, je ne sais pas ce que nous faisons tous là. Il me semble que plus je fouille ma mémoire, plus la douleur dans ma boîte crânienne est intense.

— Qu’est-ce qu’on fiche ici ?

— Nous comptions sur toi pour éclairer notre lanterne, rétorque Erick.

— D’accord…

Je frotte ma tête entre mes mains – peut être dans l’espoir qu’elles aient le pouvoir de remettre mes neurones en marche.

— La dernière chose dont je me souviens, c’est un appel de Solveig pour me dire que Kristin t’attendait et qu’elle s’inquiétait, m’explique Elise, l’air absent.

Enfin quand elle réfléchit elle a toujours cette mimique.

— Je devais rejoindre Kristin… Le téléphone, le….

— Tu devais rejoindre Kristin ? Ma sœur ?

— Oui. Il va falloir qu’on parle, mais plus tard.

Erick reste muet quelques secondes, avant d’annoncer :

— Je l’ai appelée après les secours, elle est rassurée pour un temps.

— Je veux lui parler.

Le frère de Kristin lève un sourcil, mais me tend un portable.

— Et toi, tu te souviens de quoi ?

Le grand blond baisse les yeux.

— De pas grand-chose.

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REMERCIEMENTSTout d’abord, merci infiniment à vous qui avez ce livre entre vos mains.L’écriture est une magnifique aventure. J’ai découvert qu’au-delà d’être seule devant mon ordinateur avec mes personnages, elle était un partage et source de rencontres aussi belles les unes que les autres.À mes éditeurs sans qui ce rêve en serait resté un.Bien sûr, Guillaume, je ne pourrais jamais assez te remercier pour ton soutien, ta patience et tes conseils qui ont permis de faire avancer ce texte plus loin que je ne l’aurais imaginé. Merci pour nos échanges et ton humour.Ophélie pour tes retours pertinents, pour y avoir cru et d’un coup de sourire et de douceur avoir rendu cette aventure possible.Merci aux lecteurs du comité de lecture sans qui ce livre n’en serait pas un.Comment ne pas remercier Lilou, pour tes nombreuses lectures et ton amitié sans failles. Valérie pour en plus de m’avoir lu être la personne si incroyable que tu es. Caro, pour ton défi et les rires sans compter su

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