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Chapitre 3Blâmer le monstre

Swan, EJ
"Veröffentlichungsdatum: " 24.10.2024 15:58:04

Chapitre 3

Blâmer le monstre

Il est quelque part dans le château, et je dirais même qu’il est très proche. Dans le couloir peut-être ? Je fais coulisser la porte de mes appartements et inspecte celle du Leader, qui se dresse devant moi. Son symbole, l’œil de la raison, y est fièrement incrusté. Pourtant, je sens que ce n’est pas ici qu’Angie se trouve. Je continue donc mon chemin jusqu’au seuil de la chambre de l’Aimant. C’est l’endroit exact où la sensation me mène. La porte est légèrement entrouverte. Mon cœur cogne fort dans ma poitrine, je ne sais pas ce qui m’attend de l’autre côté. Mille et une pensées me traversent l’esprit, si bien que je prends une grande inspiration et décide de pénétrer dans la pièce sans plus attendre.

Angie est assis sur le lit de Zéphyr, dos à moi. Deux semaines qu’il a complètement disparu du royaume, et le voilà revenu, d’un coup. Comme par magie. Comment dois-je réagir ? Je ressens autant de joie que de colère… Il ne semble même pas avoir remarqué ma présence. Ce qui, au fond, est tout à fait normal. Il n’a plus ses pouvoirs. Devrais-je m’annoncer avant de pénétrer dans la pièce ? Je ne tiens pas à le surprendre.

— Tu peux entrer, articule-t-il soudainement.

J’écarquille les yeux de surprise et rentre pour de bon dans la pièce, le cœur serré d’appréhension. Plus d’une émotion se manifeste en moi, mais c’est l’étonnement qui prend le dessus lorsque je remarque les habits que porte Angie. Il est entièrement vêtu de rouge et si élégant que j’en reste bouche bée. Cette couleur se marie tellement bien avec le blond de ses cheveux. C’est exactement le même costume que celui de Maximilien, à la différence que lui ne porte pas de nœud papillon. À son côté, posé sur le lit de l’Aimant, se trouve une cravate blanche. Tout porte à croire qu’il s’apprêtait à se rendre à la cérémonie…

— Tu n’étais pas là, murmuré-je.

Ce sont les seuls mots que j’arrive à prononcer. Les premiers que je lui adresse après deux semaines d’absence. Et Angie ne daigne même pas lever la tête vers moi. Il reste assis sur le lit, les avant-bras posés sur ses cuisses, triturant je ne sais quoi entre ses mains. Je m’avance lentement vers lui.

— Où étais-tu ?

Seul le silence en réponse.

— Tout le monde s’inquiète à ton sujet, insisté-je.

Je ne sais pas vraiment ce que j’espère en disant cela, car il n’a pas l’air décidé à parler. Et c’est une véritable souffrance. C’est comme s’il n’était pas là. Je m’assieds alors sur le lit, juste à sa gauche, espérant au moins qu’il me regarde et qu’il comprenne qu’il n’est pas seul. J’ignore où il était durant ces derniers jours, mais s’il ne veut pas me le dire, alors soit. Tout ce que je veux, c’est qu’il me parle, qu’il me regarde, n’importe quoi qui puisse me prouver qu’il est conscient de ma présence.

— S’il te plaît, Angie… dis quelque chose.

Plus les secondes s’écoulent dans le silence et plus ma gorge se noue. Je ne peux pas le forcer à m’adresser la parole, mais je n’ai pas non plus envie de partir d’ici.

— Sais-tu où est Eva ?

Je mets quelques secondes avant de lui répondre. Je ne m’attendais pas à ce qu’il me parle directement de sa sœur.

— Elle est avec Tessia. Toutes les deux s’occupent d’Ethan dans les appartements d’Ombelline.

Le Leader hoche la tête et continue de triturer ce qu’il tient dans les mains, sans tourner son visage vers moi. C’est alors que je retiens un hoquet de surprise en voyant ce qu’il a entre ses doigts. Je sais pourquoi personne n’a pu retrouver sa trace sur Réturis durant ces deux dernières semaines. Il ne s’y trouvait tout simplement pas.

— Tu étais… sur Terre ?

— Tu en as déjà mangé ? me questionne-t-il.

— Je raffole des cookies depuis que je suis petite. Qu’es-tu allé faire sur Terre pendant deux semaines ? insisté-je.

Angie passe une main dans ses cheveux blonds – qui semblent plus courts que la dernière fois – en soupirant. J’y passerais moi aussi volontiers la main, mais ce n’est vraiment pas le moment…

— Je suis allé à notre ancien repère.

Je comprends d’emblée qu’en employant « notre », il parle de lui et de Zéphyr. Ils avaient donc un repère sur Terre. Mais comment a-t-il fait pour s’y rendre ? Il ne m’a jamais parlé de cet endroit.

— Comment était la cérémonie ? me questionne-t-il subitement.

— Bien. Enfin, je veux dire… aussi bien que peut être une cérémonie… mortuaire.

Je laisse quelques secondes s’écouler dans le silence, avant d’ajouter :

— Même si j’imagine que pour les autres, elle a été gâchée par le fait qu’elle ne s’est pas clôturée comme la tradition le veut.

Le Leader secoue la tête et lâche un faible rire.

— Comme si j’en avais quelque chose à foutre, des autres.

Il se lève brusquement du lit, instaurant une distance entre lui et moi. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi il réagit de la sorte. Je sais pertinemment que ce n’est pas un jour facile pour lui, mais de là à se comporter aussi bizarrement, j’en viens à me demander s’il n’y a pas autre chose. Je m’étais juré que lorsqu’il reviendrait, je l’informerais directement du lien qui m’unit à Isaac. Lorsque la Démone l’avait révélé, Angie était encore sous l’emprise du pouvoir d’Edden. Mais à bien observer le Leader, il me semble évident que mieux vaut retarder ce moment où je lui apprendrais qu’Isaac et moi sommes des âmes sœurs.

— Peut-être que toi, tu n’en as rien à faire. Mais les autres, je peux t’assurer que si. Et tout le monde s’inquiète à ton sujet, Angie !

Je me lève du lit à mon tour afin de me planter face à lui, mais il me tourne le dos une nouvelle fois.

— Que tu aies disparu sans rien dire à personne est une chose. Mais que tu ne sois pas venu à l’enterrement de ton meilleur ami en est une autre ! m’exclamé-je, espérant le faire réagir.

Le Leader serre les poings. Si le toucher là où ça fait mal est la seule façon d’obtenir une réaction, alors je compte bien continuer sur cette lancée.

— Tu as fait une promesse à Zéphyr ! Ne pas te blâmer pour son meurtre ! Et pourtant, en t’éloignant ainsi, tu donnes davantage l’impression de ne pas respect…

— Je ne peux pas ! explose-t-il soudainement, envoyant valser le cookie contre le mur le plus proche.

Je mentirais si je disais ne pas avoir peur de son accès de violence, seulement j’ai l’impression qu’il n’y a qu’en le poussant dans ses retranchements que je pourrai obtenir des explications.

— Tu ne peux pas respecter cette dernière promesse ? le questionné-je, avançant précautionneusement vers lui.

Ses épaules se soulèvent et s’abaissent si vite que je comprends qu’il tente de garder le contrôle de ses émotions. Mais cela semble plus compliqué que d’habitude. Je réduis encore un peu la distance entre nous, puis après quelques secondes d’hésitation, je me décide à poser une main sur le haut de son dos. Angie bloque sa respiration.

— Si, lâche-t-il dans un murmure, j’y travaille.

— Si ce n’est pas la promesse, alors qu’est-ce que tu ne peux pas ? insisté-je.

Au fond de moi, je crois avoir compris. Mais je veux l’entendre de sa propre bouche. Qu’il mette enfin des mots sur ce qu’il ressent.

— Je ne peux pas faire comme si tout allait bien, avoue-t-il. Je ne peux pas me présenter à cette cérémonie et me tenir devant tout le monde, soutenir leur regard, les entendre me présenter leurs condoléances. Je ne peux pas me tenir face au… face au cercueil sans…

Il marque une pause. Les muscles de son dos roulent sous mes doigts tellement il se crispe.

— Je ne peux pas faire comme si tout allait bien alors que c’est tout le contraire, reprend-il. Je croyais être assez préparé avec le décès de mes parents et la supposée mort de ma sœur, mais au lieu de me rendre plus fort, la mort de… Celle de Zéphyr ne fait que détruire tout ce que je pensais avoir solidement bâti.

Je lui fais face. Lui a les yeux rivés au sol. Je pose mes doigts sous sa mâchoire et l’oblige à me regarder dans les yeux. Le sort funeste de Zéphyr l’a tellement attristé que son regard aigue-marine a laissé place au gris. Il ne se contrôle plus.

Je n’aime pas le voir ainsi. Froid, perdu, et brisé. J’aimerais tant pouvoir faire quelque chose pour l’aider. Malheureusement, seul le temps apaisera ses blessures. Un temps qui nous est dangereusement compté. En cause, l’ascension de la Démone. La menace de cette dernière ne cesse de s’accroître dans le royaume tout entier. Et sans un Leader pour mener les Surnaturels, le groupe est voué à l’échec. J’espère qu’il compte rester parmi nous.

— T’éloigner de ceux qui sont encore là pour toi ne t’aidera pas à te reconstruire, lui dis-je.

— Je ne peux pas faire comme si tout allait bien et me présenter aux entraînements l’air de rien !

— Personne ne te demande de faire semblant.

Angie repousse ma main, restée sous sa mâchoire. Il recule et tourne la tête, de façon à couper le contact visuel. Et physique aussi d’ailleurs, comme s’il ne voulait plus de moi.

— Si je suis un problème, tu n’as qu’à me le dire. Ça nous évitera de tourner autour du pot, ajouté-je.

Il soupire et me dévisage à nouveau, mais cette fois-ci, plus attentivement. Ses yeux parcourent mon corps de la tête aux pieds. J’essuie mes mains moites sur le tissu de ma robe rouge puis je croise les bras sur ma poitrine, haussant un sourcil, en attendant qu’il me donne des explications.

— Tu n’es pas le problème, se contente-t-il de nier.

— Vraiment ? Arrête-moi si je me trompe, mais depuis que je suis entrée, tu cherches à me fuir ! Alors si j’ai quelque chose à voir avec le fait que tu sois parti si longtemps, dis-le-moi maintenant.

— Ce ne serait pas plutôt à toi de me dire quelque chose ? rétorque-t-il.

Je fronce les sourcils. Dès que je commence à parler de lui, il trouve toujours le moyen de faire basculer la conversation vers moi.

— De quoi est-ce que tu parles ?

— Je n’étais peut-être pas totalement conscient lorsque j’étais sous l’emprise du pouvoir d’Edden, mais une fois l’effet dissipé, les souvenirs reviennent, lâche-t-il d’une traite, ses yeux braqués sur moi.

— Mélodie a dit que tu ne pourrais pas te souvenir de…

— Il faut croire que Mélodie ne connaît pas tout sur tout, me coupe-t-il sèchement. Je me souviens très bien avoir été totalement impuissant lorsqu’elle a menacé de t’arracher le cœur. Je n’ai servi qu’à arrêter Isaac quand il volait à ton secours. Je n’étais qu’un… qu’un pantin au service de la Démone ! s’énerve-t-il, passant rageusement une main dans ses cheveux blonds.

Je cherche mes mots pour tenter de le calmer, mais il reprend sans me laisser le temps de prononcer quoi que ce soit.

— Je me souviens de la conversation entre toi et la Démone. Je me souviens de chaque mot comme si c’était hier. Dès que je ferme les yeux ou que j’ose me poser, ne serait-ce que quelques minutes, cette révélation revient me hanter pour me rappeler que jamais plus je n’aurai ce que je désire.

Je l’entends faire craquer les articulations de ses doigts en commençant à faire les cent pas dans la pièce. Il paraît prêt à exploser à tout moment. Une bombe que je ne saurais désamorcer.

— La vie se montre cruelle aujourd’hui, murmuré-je, mais cela ne veut pas dire qu’elle ne sera pas clémente demain.

Angie s’avance jusqu’à la chaise du bureau de Zéphyr et agrippe fermement le dossier, secouant la tête de gauche à droite.

— Que les personnes qui comptent le plus pour moi restent à mes côtés, c’est ce que je désire le plus au monde. C’est tout ce que je demande. Mais comme tu l’as sans doute constaté, ce n’est pas franchement une réussite.

— Tu n’es pas seul, Angie. Tu n’as pas tout perdu.

— Ce n’est qu’une question de temps ! D’abord mes parents, ensuite Zéphyr, puis Isaac, toi… J’en viens à penser que ma sœur est la prochaine sur la liste !

— Non, ne dis pas des choses pareilles ! Ta sœur est en sécurité au Majestueux, avec le reste des Surnaturels ! Isaac est… eh bien, il n’est pas mort. Il a certes disparu, mais il n’est pas mort ! Quant à moi, je suis là !

— Isaac est parti je ne sais où avec la Démone et nous n’avons aucune idée de l’endroit où ils peuvent être ! Elle est assez intelligente pour ne pas le retenir à l’Imposant. De plus, on ne sait pas dans quel état il est, ou s’il redeviendra lui-même un jour ! Je l’ai déjà perdu une fois, et j’ai à peine eu le temps de le retrouver que la Démone me l’arrache ! Ce monstre est à l’origine de tout !

— Angie, il faut que tu te…

— Quoi ? m’interrompt-il. Que je me calme ? Comment veux-tu que j’y arrive, sachant que mon meilleur ami est mort ! Tu m’expliques comment je suis censé me calmer ? Elle m’a tout pris ! Elle m’a même fait croire que j’avais tué ma propre sœur ! Et c’est encore elle qui m’arrache Isaac et tente de te pousser vers lui parce que tu lui es destinée ! crie-t-il, envoyant valser la chaise à travers la pièce.

Cette dernière s’écrase violemment contre le mur. Lorsque je tente de me rapprocher du Leader, il fait à peine attention à moi et envoie les feuilles présentes sur le bureau voler dans tous les coins de la pièce. Puis il balance un coup de pied dans l’extrémité du meuble, un deuxième, avant d’abattre ses poings sur le plan de travail. Le bureau cède, mais Angie continue malgré tout d’y passer sa colère. J’ai l’impression qu’il ne va jamais s’arrêter. Le voir ainsi, hors de contrôle, est trop dur. Je le stoppe dans son élan et agrippe son bras afin de le tirer vers moi, mais il résiste. S’il a besoin de faire passer sa colère, qu’il le fasse aux entraînements. Ce soir, je veux lui parler. J’ai été privé de sa présence bien trop longtemps. Je ferme les yeux pour puiser dans ma force de Gémone et le tire à nouveau vers moi. Cette fois-ci, il ne peut résister. Son corps se retrouve plaqué contre le mien.

Je me recule de quelques centimètres afin de pouvoir croiser son regard. Son torse se soulève bien trop rapidement. Il nourrit cette rage envers la Démone depuis si longtemps qu’il ne pourra en être libéré qu’à la mort de Mélodie. Lorsque je pose délicatement mes mains sur les contours de sa mâchoire, Angie tourne la tête et soupire. Je l’entends tenter de reprendre le contrôle de sa respiration, tout en évitant mon regard.

— Je ne veux pas que tu me voies comme ça, Evalina.

— Tu as parfaitement le droit de péter les plombs, tu sais. Ce n’est pas parce que tu réagis de la sorte que je vais te voir différemment ou que cela va changer quoi que ce soit à ce que je re… Enfin, ça ne va rien changer. Je suis bien placée pour savoir ce que c’est que d’exploser.

C’est à ce moment-là qu’Angie se décide à plonger ses yeux dans les miens. Le vert de ses iris est si foncé qu’il paraît presque noir. L’une de ses mains vient replacer quelques mèches de mes cheveux châtains devant mes épaules. Le sentir aussi proche de moi m’avait terriblement manqué. Son odeur mentholée qui emplit mes narines me donne envie de me blottir dans ses bras et de m’y réfugier jusqu’à ce que la menace de la Démone ait disparu. Mais aujourd’hui, ce n’est pas moi qui ai besoin de lui. C’est lui qui a besoin de moi.

— Je n’aurais pas dû partir comme ça, avoue-t-il. Je pensais m’absenter quelques jours, mais plus le temps passait, et plus le courage me manquait pour revenir.

— L’important, c’est que maintenant tu sois là.

Angie esquisse un faible sourire en coin.

— Je te connais assez pour savoir que tu meurs d’envie de m’engueuler. Au lieu de ça, tu prends des pincettes avec moi… Je t’en remercie, ajoute-t-il.

— Je rêve ou bien tu viens de me remercier ?

— Et toi tu prends sur toi. Je trouve qu’on fait des progrès, sourit-il.

C’était bref, mais j’ai eu le temps d’apercevoir sa fossette. Elle m’avait presque autant manqué que ses yeux. Et le voir sourire m’emplit de joie. Isaac avait raison. Un jour, il m’a dit que mon humeur commençait à dépendre pour beaucoup de celle d’Angie.

— Je vais sans doute casser l’ambiance, commencé-je, mais Apolline m’a expliqué comment fonctionnaient les cérémonies mortuaires, ici. À minuit, le Majestueux avalera le cercueil… et Zéphyr fera entièrement partie du château. Mais seulement à minuit. Ce qui veut dire que tu as encore le temps pour aller lui faire tes adieux.

— Je sais, déglutit-il.

— Alors qu’est-ce que tu attends ?

Angie inspire profondément et enroule une mèche de mes cheveux entre ses doigts, comme s’il avait trouvé dans ce geste le moyen de se contrôler.

— Je ne sais pas si je vais pouvoir supporter la vue du cercueil, avoue-t-il.

— Tu vas y arriver, Angie. Cette fois-ci, il n’y aura personne autour de toi. Tu seras seul, tu pourras lui faire tes adieux sans qu’une foule de gens te regarde. Tu n’auras pas à faire semblant d’aller bien. Tu es quelqu’un de fort, alors je…

— Non, je ne suis pas quelqu’un de fort, me coupe-t-il.

Sa main qui jouait avec l’une de mes mèches de cheveux vient remonter tout doucement jusqu’à mon visage.

— C’est simplement ce que je veux que tout le monde croie. Mais je ne suis pas fort, Evalina.

— Quoi que tu puisses me dire, tu sais bien que je te contredirai toujours sur ce point. Tu ne te vois pas comme moi je te vois, ou bien comme Zéphyr te voyait. Quoi que tu puisses penser de toi en ce moment, s’il te plaît, mets ça de côté.

Je marque une pause. Peut-être ne ressent-il pas le courage de faire ses adieux à son meilleur ami, mais je compte bien réussir à le convaincre.

— Il te reste encore quelques heures. Tu as la chance de pouvoir lui dire au revoir, alors ne la gâche pas. Regarde-toi, dis-je en m’écartant de lui pour observer son costume de cérémonie. Tu ne t’es pas habillé comme ça par hasard. Au fond de toi, tu veux y aller ! Après minuit, il sera trop tard, et tu n’auras plus que tes regrets en guise de souvenirs. Est-ce vraiment ce que tu veux ?

Angie a beau rester stoïque en face de moi, je sais qu’il m’écoute attentivement. Ses yeux migrent tout doucement au vert, souvent synonyme de culpabilité, chez lui.

— Crois-moi, les regrets sont la dernière chose que tu as besoin de ressentir, continué-je. Tu seras seul, Ombelline ne sera pas là pour te dire comment te tenir et quand repartir. Vas-y maintenant, Angie. S’il te plaît. Ou tu passeras le reste de ta vie à regretter ta décision.

Le Leader finit par hocher la tête.

— Très bien, articule-t-il.

Je ne peux pas m’empêcher de sourire face à sa réponse. Zéphyr a toujours été présent, pour chacun d’entre nous. Il s’occupait si bien de nous qu’il en oubliait de s’occuper de lui-même. C’est important que chaque personne qu’il aimait lui rende un dernier hommage. J’aimerais tellement remonter le temps. Je me rends compte que malgré toutes les discussions que j’ai pu avoir avec Zéphyr, je ne connaissais pas grand-chose de lui. C’est l’un des regrets qui me pèse depuis son décès : ne pas avoir pris le temps de le connaître davantage et de l’écouter, comme il le faisait pour nous tous.

— Qu’est-ce qui te tracasse ? me demande Angie.

— Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

Le Leader esquisse un sourire en coin et rétorque :

— Je ne lis peut-être plus dans les pensées, mais je te connais. J’ai appris à repérer le léger pli entre tes sourcils lorsque tu es soucieuse, avoue-t-il. Dis-moi ce qui ne va pas.

— J’étais seulement en train de me dire que Zéphyr était quelqu’un de bien. Rassure-moi… tu avais prévu de revenir après lui avoir fait tes adieux, n’est-ce pas ?

Angie s’extirpe de mon regard durant une fraction de seconde. Et c’est suffisant pour que je comprenne.

— Tu vas t’en aller ? ! m’exclamé-je.

— Evali…

— Tu vas repartir ! le coupé-je, la panique montant à l’intérieur de moi. Pourquoi ? Deux semaines ne t’ont pas suffi ? Tu as besoin de plus de temps ? Car permets-moi de te dire que le temps, c’est précisément ce qu’il nous manque ! La Démone devient chaque jour de plus en plus puissante ! Crois-moi, je sais à quel point c’est difficile de penser à autre chose, mais ce n’est pas en t’éloignant de nous, du Majestueux, ou bien encore de tes responsabilités que tu réussiras à passer à autre chose ! On a besoin de toi, Angie ! Le groupe a besoin de toi !

Malgré mes protestations, le Leader reste buté. C’était trop beau pour être vrai. Comment peut-il prévoir de repartir, alors que le royaume entier vit sous une terrible menace ?

— Les Surnaturels ne sont rien sans leur Leader ! Comment veux-tu qu’un groupe incomplet et sans pouvoir réussisse à vaincre la Démone ? Tu ne peux pas repartir ! Le Angie que je connais ne fuit pas ses responsabilités, il y fait face !

Il doit rester. Pour le groupe, mais aussi pour moi. J’ai besoin de lui. Je ne veux pas que le vide que j’ai ressenti durant ces deux dernières semaines revienne.

— S’il te plaît, le supplié-je. Ne pars pas.

Le Leader me tourne le dos et s’avance vers la sortie de la pièce, le pas lent, comme s’il était en pleine réflexion. Sauf que pour moi, c’est tout vu, il n’a pas à se poser de question !

— Avant de partir pour le Siège, promets-le-moi. Promets-moi que tu vas rester ici, insisté-je, le rejoignant dans l’espoir qu’il se retourne et prononce les mots que j’ai besoin d’entendre.

Mais lorsqu’il me fait face, c’est malheureusement pour prononcer tout le contraire.

— Je ne peux pas te le promettre.

Je déglutis. Puis, sans que j’y sois préparé, il comble la distance entre nous et m’attrape délicatement le visage afin d’écraser ses lèvres contre mon front. Son geste m’a tellement prise au dépourvu que je l’entends à peine me murmurer :

— Tu es magnifique, ce soir.

Il rompt aussitôt le contact et lorsque je rouvre les yeux, il n’est déjà plus là. Sûrement parti pour le Siège. Même si j’ai envie de le rejoindre, je sais que c’est quelque chose qu’il doit faire seul. Tout ce que je peux faire désormais, c’est espérer qu’il prenne la bonne décision et qu’il revienne parmi nous demain. Et même si je lui en veux, au fond, c’est plus fort que moi, je n’arrive pas à lui reprocher son absence. Au fil du temps, il a su voler mon cœur et s’y approprier une place de plus en plus importante.

Durant notre échange, ce soir, j’ai eu envie des dizaines de fois de l’engueuler. Mais je me suis retenue quand l’envie montait, parce que je savais que ce n’était pas le moment. Et après tout ce temps passé ensemble, toutes ces conversations échangées, il arrive encore et toujours à me surprendre. À être imprévisible. C’est d’ailleurs l’une des premières choses qui m’a plu, chez lui. Sa capacité à m’étonner et à agir en contradiction avec mes pensées. J’ai beau prétendre ne pas aimer cela, en vérité, c’est bien ce qui m’a attiré.

« Le journal ! » hurle soudainement une voix féminine.

Le mal de tête qui accompagne ses mots est si brusque que j’en ai rejoint le sol. Était-elle vraiment obligée de hurler ainsi ?

« Relève-toi ! »

— Je n’obéis pas aux ordres d’une morte, répliqué-je, la mâchoire contractée.

Mon corps se retrouve alors propulsé vers le haut. Sans que je sache comment, me revoilà debout.

« Je t’ai demandé de lire le journal. »

— Hurler un ordre n’est pas ce que j’appelle demander !

Je me dirige spontanément vers l’armoire présente dans la chambre. J’ai beau crier intérieurement, mon corps et mes mains ne me répondent plus et j’ouvre malgré moi les portes, tel un automate. Ma tête se tourne sur le pan de gauche, où sont accrochées plusieurs armes de différents gabarits. Mes doigts viennent agripper le manche d’une grande dague et la place juste au-dessus de mon poignet gauche.

« Tu as jusqu’à demain soir pour commencer ta lecture. Ose me désobéir et tu n’auras plus qu’une seule main pour caresser le beau visage du Leader », déclare Eléana.

Mon mal de tête s’envole dans la seconde qui suit et je lâche aussitôt la dague que je tenais entre mes doigts. Mon cœur bat à tout rompre dans ma poitrine. Si la première Démone est capable de prendre le contrôle de mon corps pour m’obliger à lire un fichu journal, qui sait ce qu’elle sera capable de faire si je lui désobéis. Je ne prendrai pas ce risque. Si c’est ce qu’elle veut, alors je n’ai plus le choix. Ce carnet renferme quelque chose d’important, et je vais devoir le découvrir.

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Chapitre 22Porte secrèteD’un crachat, Tarek expulse le sang de sa bouche et renvoie le coup au Leader, mais ce dernier l’intercepte. Il saisit le bras du métamorphe, et en deux temps trois mouvements, il parvient à le renverser au sol d’une technique impressionnante.— Zéphyr n’est plus là pour m’empêcher de te tuer, lui murmure le Leader à l’oreille.Tarek tente de se défaire de son emprise, mais Angie le maintient fermement au sol, un genou contre son dos, le bras dans une posture qui se veut douloureuse.— Et j’ai vraiment très envie de le faire.Des éclats de voix et des grognements explosent tout autour de nous. Les métamorphes avancent d’une démarche menaçante vers Angie, prêts à défendre l’un des leurs. Le Leader relève Tarek et le pousse brutalement contre le mur, pointant une dague sous sa gorge. Les grognements du clan s’amplifient. Kierân lève la tête.— Anne ! crie-t-il d’une voix empreinte de colère.Anne ? Je fronce les sourcils et écar

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